Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Le bienheureux André Kim

Le bienheureux André Kim Premier Prêtre Coréen, martyrisé le 16 septembre 1846.
Add this
    Le bienheureux André Kim

    Premier Prêtre Coréen, martyrisé le 16 septembre 1846.

    Le 9 septembre 1831, la Corée était érigée en mission indépendante du diocèse de Pékin, dont elle avait relevé jusque-là, et était confiée à la Société des Missions, Etrangères de Paris. Mgr Barthélemy Bruguière, Coadjuteur du Siam, en fut le premier Vicaire apostolique. Aussitôt nommé, il quitta sa résidence de Singapore et, après un long et pénible voyage à travers la Chine, s'établit non pas dans sa mission, dont l'entrée était rigoureusement interdite aux étrangers, mais à Sivang, en Mandchourie, non loin de la frontière coréenne.
    Une de ses premières préoccupations fut la préparation d'un clergé indigène. Il pense d'abord à diriger quelques jeunes Coréens chrétiens vers le Collège général de Penang ou vers le séminaire chinois de Naples ; puis il juge préférable de les former sur place et demande à Rome l'autorisation qui lui est accordée, d'établir son séminaire dans cette presqu'île du Leaotong, où la proximité de la Corée rendra le recrutement plus facile. Il ne devait pas voir la réalisation de ces projets. Parti de Sivang, le 7 octobre 1835, pour essayer de pénétrer dans sa mission, il tomba malade pendant le voyage et mourut le 20 du même mois, condamné, comme Moïse, à ne pas entrer dans cette Terre promise, qu'il avait tant désirée et à laquelle il voulait consacrer toutes ses énergies et tout son dévouement.
    Plus heureux que l'évêque, son compagnon, le P. Maubant, réussit à gagner la frontière coréenne et, guidé par cinq chrétiens, franchit heureusement les douanes : au commencement de 1836 il s'installait à Seoul.
    Il réunit aussitôt quelques jeunes gens autour de lui et, dès le mois de décembre de cette même année 1836, il annonçait l'envoi de trois d'entre eux à Macao, où le procureur aviserait, pour le temps et pour le lieu, à leur préparation au sacerdoce. Ils avaient nom Thomas Tchoi, François-Xavier Tchoi et André Kim. C'est ce dernier dont nous devons résumer la vie, vie courte, niais remplie de mérites et terminée par le plus glorieux martyre.

    ***

    André Kim était né en août 1821 dans une famille chrétienne depuis plusieurs générations, qui avait donné à l'Eglise des confesseurs de la foi et des martyrs. Son père, qui devait payer de sa vie le départ de son fils pour Macao, était catéchiste. Baptisé à 14 ans, André était admis l'année suivante (11 juillet 1836) par le P. Maubant au nombre de ses élèves : il trouvait là Thomas et François Tchoi, qui, depuis plusieurs mois, avaient, sous la direction du missionnaire, commencé l'étude du latin, tout en continuant celle du coréen et du chinois.
    Une occasion se présentant de faire avec quelque garantie de sûreté le voyage de Macao, le Père résolut d'en faire profiter ses deux premiers élèves. Pour André, il hésita, tant à cause de sa santé, plutôt débile, que du peu de temps qu'il avait eu pour le préparer ; mais la crainte de ne pas trouver d'ici longtemps une occasion favorable le décida, et, le 3 décembre 1836, sous les auspices de saint François-Xavier dont on célébrait la fête, les trois jeunes gens quittaient Seoul, accompagnés de quatre chrétiens qui devaient les guider jusqu'à la frontière, où les attendait le P. Chastan. Le 29 décembre, la petite caravane arrivait sans encombre au lieu du rendez-vous : les trois séminaristes furent confiés aux courriers chinois qui se rendaient à Macao, tandis que les quatre catéchistes rentraient en Corée en y introduisant secrètement le P. Chastan.
    Le voyage par mer du Leaotong à Macao effraya les courriers chinois ; ils choisirent la voie de terre et, traversant toute la Chine du nord-est au sud-ouest, ce n'est qu'au bout de cinq mois que, le 6 juin 1837, ils atteignirent Macao.
    Le P. Legrégeois, procureur des Missions Etrangères, accueillit avec la plus grande bienveillance les trois Coréens et les garda auprès de lui avec quelques élèves cochinchinois qui s'y trouvaient déjà.
    Peu après leur arrivée, des menaces de troubles provoqués par les Chinois obligèrent les missionnaires et les hôtes de la procure à se réfugier à Manille ; mais, l'alerte passée, ils rentrèrent à Macao et les étudiants se mirent courageusement au travail. L'année 1838 fut marquée, pour les Coréens, par une douloureuse épreuve : le jeune François-Xavier Tchoi, qui donnait les plus belles espérances par son intelligence et sa piété, mourut le 26 novembre après un courte maladie.
    Au commencement de l'année suivante, les prodromes de la « guerre de l'opium » causèrent de nouveaux troubles à Macao et, une fois encore, les missionnaires et les étudiants de la procure se virent obligés de chercher refuge à Manille. Là ils reçurent la plus bienveillante hospitalité des PP. Dominicains, dans leur couvent d'abord, puis dans une de leurs fermes à Lolombey, où ils purent jouir du calme nécessaire à leurs études. Ils eurent alors pour professeur le P. Desflèches, le futur Vicaire apostolique du Setchoan, récemment arrivé de France, qui leur fit faire de grands progrès, mais les quitta au bout d'une année pour se rendre dans sa mission. Au mois de décembre 1839, les 'fugitifs purent regagner Macao.
    En 1842, le P. Legrégeois était rappelé à Paris comme directeur au Séminaire de la rue du Bac. Il eut pour successeur à la procure de Macao le P. Libois, son second depuis cinq ans, qui entoura les étudiants coréens du même intérêt et de la même sollicitude toute paternelle.
    Cependant André Kim achevait ses études classiques et la Providence allait l'arracher pour quelque temps à la monotonie de sa vie de séminariste.
    Lorsque, après la a guerre de l'opium », l'Angleterre eut obtenu l'ouverture de cinq ports de la Chine, le gouvernement français, dans le but de partager les mêmes avantages, envoya un plénipotentiaire, M. de Lagrenée, tandis qu'une division navale, sous les ordres du Contre-amiral Cécilie, devait promener notre pavillon et, par de pacifiques démonstrations, appuyer les pourparlers du diplomate.
    Désirant profiter des circonstances pour entamer des relations avec les gouvernements de la Corée et du Japon, l'Amiral demanda au P. Libois de lui fournir un interprète pour l'aider dans les tractations qu'il entrevoyait. Le zélé procureur vit dans cette démarche de l'Amiral une invitation de la Providence à venir en aide à la Corée et il prêta le concours du P. Maistre, destiné à cette mission, et d'André Kim, qui servirait d'interprète auprès de ses compatriotes.
    Le 15 février 1842, l'Erigone levait l'ancre, se dirigeant vers le nord. Le passage de quelques mois à bord du bateau amiral ne fut pas inutile à notre séminariste : non seulement sa santé, assez chancelante jusque-là, s'y fortifia, mais ses relations avec les officiers du bord l'aidèrent à se défaire de sa timidité naturelle et de la mentalité coréenne trop sujette à la suffisance et à l'étroitesse d'esprit. Il était à une bonne école de courage intrépide dont les leçons devaient lui profiter.
    Le 11 septembre, le P. Maistre et André débarquaient à Shanghai. Ils trouvèrent l'hospitalité chez Mgr de Besi, alors Administrateur du diocèse de Nankin, qui leur procura une barque pour se rendre dans le Leaotong, où ils arrivèrent le 23 octobre. A leur descente du bateau, la foule, les prenant pour des Anglais, menaçait de leur faire un mauvais parti : une intervention à la fois adroite et énergique du jeune Coréen les tira d'embarras. Ils se rendirent au plus vite à Pakiatse, village à 4 journées de la frontière coréenne, et y demeurèrent chez une veuve chrétienne en attendant une occasion favorable pour pénétrer en Corée.
    Au commencement de décembre leurs préparatifs étaient terminés et il avait été décidé que, le 20 de ce même mois, les deux voyageurs, sous l'habit de mendiants, tenteraient l'aventure, lorsque le Vicaire apostolique de Mandchourie, Mgr Verrolles, jugeant le projet trop périlleux, interdit au P. Maistre de partir. André dut donc entreprendre seul le voyage : il se mit en route le 23, et, après 4 jours de marche, il atteignait sans encombre la ville frontière de Pienmoun. Il y rencontra l'ambassade coréenne qui se rendait à Pékin et dans l'escorte de laquelle s'était faufilé un chrétien, François Kim. Par lui il apprit le triste état du catholicisme dans leur pays, le martyre de Mgr Imbert, des PP. Maubant et Chastan, la persécution dans laquelle, avec beaucoup d'autres chrétiens, son père avait été mis a mort pour la religion. Ces affligeantes nouvelles n'arrêtèrent pas le zèle de l'ardent séminariste : il franchit la frontière et pénétra dans la patrie qu'il avait quittée depuis six ans; il voulait aller jusqu'à Scoul; mais, au premier relais où il s'arrêta, la foule s'ameuta autour' de lui, refusant de le reconnaître pour Coréen et menaçant de le livrer aux mandarins : il jugea prudent de reprendre la route du Leaotong et, le 6 janvier 1843, il était de retour à Pakiatse, après 14 jours d'absence. Sa première tentative pour rentrer dans son pays avait échoué : il était déçu, mais non découragé.

    ***

    Rentré à Pakiatse, il reprit, sous la direction du P. Maistre, ses études théologiques, qu'il dut cependant interrompre deux fois dans le cours de cette année 1843 : la première fois, en mars, pour se rendre encore à Pienmoun pour retrouver François Kim revenant de Pékin avec l'ambassade et préparer avec lui la rentrée des missionnaires en Corée ; la seconde fois, en septembre, pour s'entendre avec des chrétiens coréens en vue du passage des missionnaires par Hountsuen Kiengwen, point plus septentrional de la frontière 1). A Kiengwen se tenait tous les deux ans une foire importante qui rassemblait pour peu de temps Chinois, Tartares et Coréens. Une tentative de pénétration par cette ville fut décidée pour l'année 1844.
    Sur ces entrefaites le nouveau Vicaire apostolique, Mgr Ferréo2), enfin arrivé en Mandchourie, fut sacré à Yangkoan par Mgr Verrolles, le 31 décembre 1843. Un de ses premiers actes fut d'envoyer André Kim en exploration aux villes frontières de Hountsuen et Kiengwen pour s'assurer de la possibilité d'emprunter cette voie pour pénétrer en Corée. C'était un voyage de 800 km. À l'aller et autant au retour, dont 200 entre Ningouta et Hountsuen à travers un désert inhabité et dans la saison la plus pénible. Après cette expédition de deux mois, accomplie sans incident notable, le séminariste reprit à Pakiatse ses études théologiques et les mena à bonne fin, car c'est dans le cours de cette année 1844 qu'il reçut successivement avec son condisciple et ami Thomas Tchoi, rentré de Macao quelques mois après lui, les ordres mineurs, le sous-diaconat et le diaconat.

    1) Hountsuen, en Tartarie, et Kiengwen en Corée, sont deux villes situées de chaque côté de la frontière, â peu de distance l'une de l'autre.
    2) Jean-Joseph Ferréol (1808-1853), du diocèse d'Avignon, missionnaire de Corée en 1839 ; évêque de Belline et Vicaire apostolique en 1843.

    Vers la fin de l'année Mgr Ferréol se rendit à Pienmoun avec André Kim pour y rencontrer les courriers coréens qui avaient promis de l'introduire dans sa mission. L'entrevue eut lieu le 1er janvier 1845 : les chrétiens déclarèrent que, par prudente, l'entrée de l'évêque devait être encore ajournée. Mgr Ferréol s'y résigna, niais à la condition que l'on introduirait au moins le jeune diacre, qui jugerait sur place des difficultés de la situation et s'efforcerait de les résoudre.
    André partit donc avec les envoyés coréens. La frontière fut franchie la nuit, à distance prudente du poste douanier de Tuitjyou, et, après 12 jours de voyage, la petite caravane arrivait à Seoul. Là il fallut avoir recours aux précautions les plus minutieuses pour que sa présence demeurât secrète, et il ne permit même pas que son arrivée fût révélée à sa mère. Pendant les quatre mois qu'il passa à la capitale il dut, malgré les défaillances de sa santé, préparer à la fois l'entrée en Corée de Mgr Ferréol, celle du P. Maistre et le voyage qu'il avait résolu de faire jusqu'à Shanghai pour y trouver des missionnaires venus de France et les introduire dans la mission à laquelle ils étaient destinés.

    ***

    La difficulté, constatée par l'évêque, de faire pénétrer les missionnaires en Corée par la voie de terre lui avait inspiré l'idée d'essayer de la voie de mer, et c'est André Kim qu'il chargea de tenter l'aventure. Il devait se rendre à Shanghai ; pour cela il acheta une barque et recruta un équipage de matelots chrétiens. « Mais, écrivait-il, je ne leur ai point dit vers quelles contrées nous nous dirigerions. Du reste, ils ont bien quelque raison de craindre, car ils n'ont jamais vu la haute mer et ne connaissent pas la navigation, mais ils sont persuadés que je suis un habile pilote ».
    Au début de mai 1845, il s'embarqua donc avec onze compagnons dans un bateau qui mesurait 8 m. de longueur sur 3 m de largeur et 2 in. 1/2 de profondeur. Pas un clou n'était entré clans sa construction ; des chevilles retenaient entre eux les ais, sans goudron, sans aucun calfatage. A deux mâts de hauteur démesurée étaient attachées deux voiles en nattes de paille ; une ancre en bois, le pont en planches simplement juxtaposées sans aucune attache. Tel était le misérable bâtiment sur lequel ces hommes, encouragés par le jeune diacre, allaient tenter la traversée de la Mer Jaune. C'était une entreprise dangereuse, aussi le voyage fut-il des plus agités. Plus d'une fois les marins improvisés crûrent leur dernière heure arrivée ; n'ayant pour se guider qu'une mauvaise boussole, entraînés par la tempête hors de leur route, ayant perdu gouvernail, voiles, mâts, ils furent préservés du désespoir par l'énergie et la présence d'esprit de celui qui s'était constitué leur capitaine. Leur confiance fut récompensée : une jonque chinoise rencontrée en pleine mer consentit à les remorquer jusqu'à l'entrée de la rivière de Shanghai ; ils étaient sauvés.
    Après avoir échappé aux périls de la mer, il fallait se soustraire aux vexations des mandarins chinois. André Kim usa d'une diplomatie hardie : il demanda et sut obtenir la protection des officiers des navires anglais, qui non seulement ravitaillèrent son équipage exténué, mais l'invitèrent lui-même à dîner à leur bord. Les mandarins furent stupéfaits : comment un Coréen pouvait-il être l'ami des Anglais et comprendre leur langage? Ils le pressèrent cependant de se rembarquer et de retourner dans son pays, mais il leur déclara qu'il ne partirait pas avant d'avoir conféré avec l'Amiral Cécilie, Commandant l'escadre française, et leur enjoignit de ne pas signaler son arrivée aux autorités supérieures, puisqu'il ne tarderait pas à retourner en Corée. Déroutés par une telle assurance, les mandarins s'inclinèrent et allèrent jusqu'à envoyer à la barque coréenne des secours et des provisions qu'André crut devoir refuser.
    C'est ainsi que, grâce à ses relations avec les officiers et le Consul anglais de Shanghai, grâce aussi à son savoir-faire et à son audace, il sut s'imposer non seulement aux autorités chinoises, mais à la populace ébahie d'un tel spectacle : il put demeurer dans la ville plus de deux mois sans être arrêté comme chef de pirates, ce qui fût arrivé sûrement sans son intrépidité, qui faisait l'admiration des missionnaires et des officiers européens.
    L'attente de l'arrivée de l'Amiral français n'était qu'un prétexte pour cacher le vrai motif de son séjour prolongé à Shang bai. A peine débarqué, il avait informé Mgr Ferréol de son arrivée, l'invitant à le rejoindre pour prendre avec lui le chemin de la Corée sur la même barque qui l'avait amené. L'évêque n'hésita pas : accompagné d'un jeune missionnaire récemment arrivé de France, le P. Daveluy, un futur martyr, il fit la traversée de la Tartarie à Shanghai ; puis, avant de reprendre la mer, il voulut accorder à son vaillant diacre la plus belle récompense qu'il pût désirer, et, le dimanche 17 août 1845, dans l'église d'une chrétienté voisine de Shanghai, il lui conféra l'ordination sacerdotale. Le dimanche suivant le nouveau prêtre célébrait sa première messe dans la chapelle du petit séminaire de Wandang, fondé en 1843 par Mgr de Besi.
    Deux semaines plus tard la barque coréenne reprenait la mer : l'évêque qui depuis cinq ans avait vu échouer toutes ses tentatives pour entrer dans sa mission, allait enfin y aborder, et avec lui deux prêtres au coeur rempli de ferveur et de zèle apostolique. Mais cette seconde traversée fut aussi longue, aussi mouvementée, aussi périlleuse que la première, et Mgr Ferréol, dès le débarquement, décida que cette voie serait abandonnée et que les missionnaires tenteraient désormais de pénétrer en Corée par Pienmoun.

    ***

    Pendant que l'évêque et son missionnaire s'occupaient dans leurs cachettes à l'étude de la langue, le P. Kim avait la consolation de revoir sa mère, qu'il avait quittée depuis neuf ans et qu'il retrouvait veuve après de dures épreuves subies pour la foi. Puis, durant l'hiver 1845-46, il fit, dans les environs de Seoul, sa première tournée d'administration des chrétiens : ce devait être la dernière. Ce ministère terminé, il fut chargé de préparer l'entrée en Corée du P. Maistre et de Thomas Tchoi, demeurés en Tattarie. A peine, pour s'acquitter de cette mission, s'était-il mis en relation avec des Chinois qui pêchaient sur la côte coréenne, qu'il fut arrêté, conduit à la capitale et jeté en prison. II ne se fit aucune illusion et pas un instant son courage ne se démentit : répondant avec fierté à tous les interrogatoires, il déclara hautement sa qualité de chrétien et de prêtre, et raconta sa vie entière. Sa grandeur d'âme et son intelligence séduisent les ministres eux-mêmes, qui prièrent le roi de lui conserver la vie. Celui-ci était sur le point d'accorder la grâce demandée, lorsque lui fut remise la lettre de l'Amiral Cécilie demandant raison, au nom de la France, du meurtre de trois missionnaires en 1839. Le souverain, voyant les chrétiens soutenus par les étrangers, entra dans une violente colère et donna l'ordre de mettre à mort tous les prisonniers qui refuseraient d'apostasier. De sa prison André Kim écrivit une lettre d'adieu à son évêque et une aux chrétiens de Corée, leur recommandant une confiance inébranlable malgré les épreuves présentes et une grande union dans la charité.
    C'est le 15 septembre, après trois mois de captivité, que le « prisonnier pour le Christ », comme il se nommait lui-même, reçut sa sentence de mort, qui, selon l'usage, devait être exécutée le lendemain sur la rive du fleuve Hankang, à 4 km de Seoul. A l'heure fixée, le condamné, les mains liées derrière le dos, est amené au lieu de l'exécution; les soldats se rangent en cercle autour de lui ; un mandarin lit la sentence de mort. Après l'avoir entendue, André, s'adressant à la foule venue nombreuse pour assister à son supplice, prononce d'une voix forte ces paroles : « Je suis à ma dernière heure, écoutez-moi attentivement. Si j'ai communiqué avec les étrangers, c'est pour ma religion, c'est pour mon Dieu : c'est pour Lui que je meurs et une vie immortelle va commencer pour moi. Si vous voulez être heureux après votre mort, faites-vous chrétiens, car Dieu réserve des châtiments éternels à ceux qui l'auront méconnu ». Ces paroles achevées, on le dépouille d'une partie de ses vêtements, on lui perce chaque oreille d'une flèche qu'on y laisse suspendue, on lui saupoudre de chaux le visage; puis deux satellites, glissant des bâtons sous ses bras, le promènent trois fois autour du cercle formé par les soldats ; ensuite ils le font agenouiller, attachent à ses cheveux une corde qu'ils tirent pour lui maintenir la tête élevée. Alors une douzaine de soldats, simulant un combat, se mettent à courir autour au condamné, chacun le frappant de son sabre en passant devant lui : la tête ne tomba qu'au huitième coup.
    Ainsi fut consommé, au soir du 16 septembre 1846, le martyre du premier prêtre coréen, âgé de 25 ans, après une année seulement de sacerdoce.
    Quarante jours après cette mort glorieuse, le corps du martyr fut enlevé par les chrétiens et inhumé provisoirement à A ikoke. Il repose maintenant dans la chapelle du séminaire de Ryongsaug, non loin du lieu de son exécution. Déclaré Vénérable par Pie IX en 1857, il a été béatifié en 1925.
    En apprenant la mort de son ancien interprète, l'Amiral Cécille écrivait : « Ah ! si, lorsque nous étions sur cette côte maudite, nous avions pu connaître son arrestation et le danger de mort qui le menaçait, nous aurions peut-être pu le sauver ; du moins nous l'eussions tenté. Car vous n'ignorez pas que j'avais une prédilection marquée pour Kim. Sa conduite pendant les cinq mois qu'il avait passés à bord de l'Erigone nous l'avait fait prendre à tous en amitié. Je m'intéressais véritablement à lui ; je le croyais destiner à accomplir de grandes choses et vous savez mieux que moi s'il en était capable. C'est une grande perte pour la mission de Corée ».
    Cette perte fut surtout sensible à l'évêque et aux missionnaires, qui perdaient un collaborateur sur lequel ils avaient fondé les plus belles espérances.

    ***

    Ce court résumé de la vie du jeune martyr coréen fera comprendre aux lecteurs des Annales la raison pour laquelle, en face de celle du sympathique Bienheureux Théophane Vénard, est représentée sur la couverture de leur Revue l'image du Bienheureux André Kim : un martyr français et un martyr indigène, tous deux fils de cette vieille Société des Missions Etrangères, qui les a préparés à l'apostolat et au martyre. Et si, en tous deux, la semence jetée par leurs maîtres est tombée dans une bonne terre, il faut bien reconnaître aussi que, pour produire de tels fruits, cette semence devait être de qualité supérieure.
    1933/103-111
    103-111
    Corée du Sud
    1933
    Aucune image