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L'Archidiocèse de Lyon et la Société des Missions Etrangères de Paris

L'Archidiocèse de Lyon et la Société des Missions Etrangères de Paris
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    L'Archidiocèse de Lyon et la Société des Missions Etrangères de Paris

    Il y a longtemps que l'Archidiocèse de Lyon a mérité une glorieuse citation à l'ordre du jour de l'Armée missionnaire. N'est-ce pas lui qui a donné naissance à la grande OEuvre de la Propagation de la Foi, qui assure à des milliers de missionnaires aux quatre vents du monde le pain ou le riz de chaque jour ; à la si méritante Société des Missions Africaines, dont les fils ont en partage les régions les plus dures du continent noir ; aux Maristes, qui évangélisent les îles lointaines de l'Océanie ; aux Petits Frères de Marie, auxiliaires zélés des missionnaires dans les cinq parties du monde ? Et les Congrégations lyonnaises de religieuses : Petites Servantes du Sacré-cur, Franciscaines de la Propagation de la Foi, Soeurs de Saint-Joseph, Tiers Ordre régulier de Marie, Dames de Nazareth, Surs Missionnaires de Notre Dame des Apôtres, et j'en oublie, qui toutes apportent aux missionnaires le concours si important et si apprécié de leurs oeuvres d'enseignement et de bienfaisance !
    L'Exposition Catholique de Lyon, dans la partie réservée aux Missions, fera ressortir aux yeux des visiteurs les merveilleux résultats obtenus par ces institutions lyonnaises, grâce à la générosité qui, jaillie, il y a plus d'un siècle, du coeur d'une pieuse Lyonnaise s'est étendue peu à peu à tout le monde païen.
    Lyon, cependant n'avait pas attendu la fondation de ces divers Instituts pour s'intéresser à l'apostolat en pays infidèles. Depuis le milieu du XVIIe siècle existait à Paris une Société dont le but unique était la conversion des païens et, dès les années de sa fondation, la Société des M.-E avait accueilli des « aspirants » lyonnais. Le premier fut le P. Jean Basset. Originaire de Lyon même et fils d'un échevin de cette ville, il partit pour l'Extrême-Orient en 1685, n'étant encore que diacre et fut ordonné prêtre à Juthia (Siam) l'année suivante. Envoyé ensuite en Chine, il y travailla avec zèle durant 20 ans et mourut à Canton en 1707.
    Après lui et jusqu'à nos jours le diocèse de Lyon a donné à la Société des Missions Etrangères 240 apôtres. Sur ce nombre, 2 ont été martyrisés et ont reçu de l'Eglise les honneurs de la béatification ; 8 ont été massacrés en haine de la religion ; 16 (dont 4 encore vivants) ont été revêtus de l'épiscopat, et combien d'autres se sont distingués par leurs vertus et leurs labeurs apostoliques !
    Nous ne pouvons mentionner ici que les noms les plus saillants. Et d'abord les
    Martyrs.
    Le Bienheureux Jean-Louis Bonnard, de Saint Christo en Jarret , missionnaire du Tonkin en 1849, condamné à mort pour avoir prêché la foi catholique et décapité le 1er mai 1852. Il a été béatifié en 1900 par le Pape Léon XIII.
    Le Bienheureux Jean-Pierre Néel, de Sainte-Catherine, missionnaire du Kouytcheou (Chine) en 1858, subit le même supplice le 18 février 1862. Béatifié par le Pape Pie X en 1909.
    Ces deux Bienheureux ne sont pas les seuls, parmi les missionnaires lyonnais, qui aient versé leur sang pour la religion de Jésus-Christ. Il y a quelque 50 ans, lors de l'expédition française au Tonkin, les mandarins provoquèrent des mouvements hostiles aux missionnaires et aux chrétiens annamites, et nombreuses furent les victimes de leur haine fanatique.
    En 1883, le P. Gaspard Béchet, né à Lyon dans la paroisse Saint-pierre, missionnaire du Tonkin Occidental depuis 2 ans seulement, était condamné à mort et décapité avec 3 catéchistes et 2 autres chrétiens.
    L'année suivante, le P. Etienne Rival, de Lorette (Loire), travaillant dans la même mission depuis 5 ans, était mis à mort, on croit qu'il fut brûlé vif, au Laos tonkinois, en même temps que le P. Manissol et plusieurs chrétiens.
    Le P. François Manissol, de Saint Romain d'Urfé (Loire) , à son arrivée au Tonkin en 1883, fut donné comme vicaire au P. Rival et fut massacré avec lui par les sauvages du Laos : il n'avait que 8 mois de mission.
    Trois mois plus tard, le P. André Tamet, de Saint Etienne, était décapité à son tour : pour échapper aux persécuteurs, il s'était enfui dans la forêt, où il resta caché durant plusieurs mois, mais il fut trahi, arrêté avec trois chrétiens et mis à mort avec eux.
    L'année suivante, le P. Benoît Sâtre, originaire d'Ampuis, missionnaire du Tonkin Méridional depuis 5 ans, fut assiégé par les païens à Longmoi, où il s'était réfugié avec ses chrétiens, et, dans une sortie qu'il tenta le 24 novembre 1885, il fut frappé de trois coups de feu mortels et expira le soir même ; son corps fut jeté dans le fleuve.
    Quelque temps auparavant, en Cochinchine Orientale, le P. François Chatelet, après avoir résisté aux païens qui assaillaient sa chrétienté de Caigia, dut se rendre et fut aussitôt massacré : c'était le 26 août 1885.
    La Chine devait aussi ajouter quelques 'noms au martyrologe lyonnais.
    Le P. Mathieu Bertholet, né dans le Puy-de-Dôme, mais incorporé au diocèse de Lyon, évangélisait le Kouytcheou depuis 18 ans lorsque, le 21 avril 1898, il fut assailli par une bande de Chinois ennemis des étrangers, et massacré.
    Parmi les victimes de la terrible insurrection des Boxeurs en 1900 on trouve un missionnaire lyonnais, le P. Jean-François Georjon, natif de Marches (Loire). Missionnaire en Mandchourie depuis 1892, il fut massacré avec des raffinements de cruauté: on lui coupa les oreilles et les bras, on lui rabattit la peau du front sur les yeux et enfin on lui trancha la tête, mais après l'avoir laissé longtemps souffrir.
    Dans son Martyrologe l'Eglise n'inscrit pas seulement ceux qui ont versé leur sang pour sa cause ; elle y donne place aussi aux Confesseurs, et, au premier rang, aux Confesseurs Pontifes.
    Avec ses Martyrs l'Eglise de Lyon a donné à l'apostolat nombre d'évêques, qui ont laissé le souvenir de leurs travaux et de leurs vertus.
    Le premier en date est Mgr Jean-Louis Taberd, qui, né à Saint Etienne en 1794, fut, avant de partir en mission, vicaire de Montluel (alors du diocèse de Lyon), puis de Saint Irénée à Lyon même. Après trois ans de ministère, il entra aux Missions Etrangères et fut envoyé en Cochinchine. Nommé vicaire apostolique en 1827, il ne put être sacré qu'en 1830 à Bangkok (Siam). La persécution le chassa de sa mission et c'est à Calcutta (Inde) qu'il mourut en 1840. Son nom a été donné à une rue de Saigon et au collège catholique de cette ville.
    Un des plus grands évêques de l'Inde fut Mgr Clément Bonnand. Né en 1796 à Saint Maurice sur Dargoire, prêtre en 1821, après deux années de vicariat à Ambérieu il fut admis aux Missions Etrangères et destiné à Pondichéry. Il n'y était que depuis 7 ans lorsqu'il fut choisi pour Coadjuteur par Mgr Hébert, à qui il succéda en 1836. Au milieu de grandes difficultés avec les Portugais et les Goanais, il imprima un développement rapide aux oeuvres de sa mission. En 1858 le Pape Pie IX le nomma Visiteur de toutes les missions de l'Inde, et c'est dans l'accomplissement de cette tâche, honorable mais difficile, qu'il mourut à Bénarès
    en 1861.
    Encore un nom qui fait grand honneur au diocèse de Lyon : c'est celui de Mgr Pierre Retord, l'illustre évêque du Tonkin Occidental. Originaire de Renaison, il fut, après son ordination en 1828, vicaire de Saint-Georges, à Lyon, durant 3 ans. Entré alors aux Missions Etrangères, il fut destiné au Tonkin, où un édit récent du roi Minh-mang venait de proscrire de nouveau la religion chrétienne. C'est dire que l'apostolat du nouveau missionnaire commença et se poursuivit au milieu des dangers et des alertes continuelles. En 1840 il était nommé évêque d'Acanthure et vicaire apostolique, et, durant ses 18 années d'épiscopat, il vit la persécution s'aggraver de plus en plus, ses missionnaires emprisonnés, ses chrétiens exilés ou massacrés, et lui, toujours proscrit, poursuivi, errant, mais jamais découragé, il allait mourir de misère et d'épuisement, dans une cabane au fond des montagnes, réalisant jusqu'à la fin sa prophétique devise : « Fac me cruce ine-briari ! ». L'église de Lyon et la Société des Missions Etrangères ont le droit d'être fières d'un tel modèle de zèle, de piété et de vaillance.
    Nous ne pouvons que mentionner les autres missionnaires lyonnais qui, plus récemment, furent revêtus de l'épiscopat : Mgr Jean Chouzy, de Panissières, préfet apostolique du Kouangsi de 1891 à 1899 ; Mgr Marc Chatagnon, de Cellieu, qui gouverna la mission de Suifu de 1887 à 1920 ; Mgr Gustave Blanc, de Reugney, vicaire apostolique de Corée (18821890) ; Mgr Félix Chouvellon, d'Usson, vicaire apostolique de Chungking (1891-1924) ; Mgr Pierre Rey, de Juliénas, archevêque de Tôkyô (1912-1927) ; Mgr Jean-Claude Bouchut, de S.-Christoen-Jarret, vicaire apostolique du Cambodge (1902-1928) ; Mgr Pierre Fayolle, de Duerne, qui, à Suifu, succéda à Mgr Chatagnon de 1920 à 1931 ; Mgr Pierre Perrichon, de Larajasse, qui, durant 12 années (1920-1932), fut le Coadjuteur de Mgr Barillon, évêque de Malacca ; Mgr Vincent Sage, de Bourg-Argental, qui, de 1914 à 1917, fut le Coadjuteur du vicaire aposte de Moukden (Mandchourie).

    Pour compléter cette liste épiscopale, nous devons signaler quatre prélats vivants : Mgr Marie-Joseph Cuaz, de Lyon même (S.-François), ancien vicaire apostolique du Laos (1899-1913), que sa santé délabrée a ramené en France ; Mgr Pierre Valentin, d'Usson, depuis 1926 Coadjuteur du Vicaire apostolique de Tatsienlu ; Mgr Jacques Rouchouse, de Saint Etienne, depuis 20 ans vicaire apostolique de Chengtu ; Mgr François Chaize, de Mornant, en 1925 Coadjuteur du vicaire apostolique de Hanoi, le vénéré Mgr Gendreau ; son successeur en 1935.
    Et, après ces évêques, qui ont gardé si vaillamment et gardent encore les traditions apostoliques de la vieille Société de la rue du Bac, combien de missionnaires ont mérité d'être cités au tableau d'honneur apostolique lyonnais ! La liste en serait longue et nous ne pouvons la dresser ici. Mais comment se résigner à ne pas rappeler, par exemple, les PP. Charrier et Mathevon, qui ensemble confessèrent la foi au Tonkin en 1862, ensemble subirent les tortures des verges, des bâtonnets et des tenailles, et, délivrés de prison par la France, portèrent tout le reste de leur vie les stigmates des supplices qu'ils avaient endurés alors : le premier mourut à Paris, directeur du Séminaire, en 1871 ; le second, atteint de la lèpre, acheva en 1885 dans une pauvre cabane annamite, une vie toute de sacrifice et d'abnégation.
    Comment aussi, après avoir salué les Martyrs du Laos tonkinois, ne pas rappeler le souvenir du P. Thoral, fondateur de cette mission et pionnier de ses héroïques apôtres, emporté par la terrible fièvre des bois (1882), et celui du P. Degeorge, un de ses successeurs, qui, dans un petit volume : « A la conquête du Chau-Laos », a raconté les émouvantes péripéties du laborieux apostolat auquel il avait, lui aussi, consacré toute son énergie jusqu'à sa mort en 1926 ?
    Comment ne pas citer le nom resté légendaire au Japon, du P. Aimé Villion, qui, durant 64 ans, sans jamais revenir en Europe, évangélisa l'Empire du Soleil Levant, auquel il avait voué tout son coeur et toutes ses forces ?
    Et, parmi les vivants, pourrait-on omettre de mentionner le nom du P. Deux, qui, au Tonkin depuis 1866, a consacré sa longue vie à la formation et à l'instruction de futurs prêtres annamites et n'a jamais revu sa patrie.
    Saluons enfin en terminant deux vétérans du Japon, les PP. Perrin et Relave, qui tous deux ont célébré leurs noces d'or sacerdotales et n'ont jamais quitté le pays, si attachant d'ailleurs, à l'évangélisation duquel ils ont employé tout leur zèle.

    ***

    Ce trop rapide exposé prouve surabondamment la réciproque cordialité des relations maintenues dans le passé entre le diocèse de Lyon et la Société des Missions Etrangères.
    Où en sont aujourd'hui ces relations ? Actuellement la Société compte 4 évêques et 75 missionnaires lyonnais. Parmi les dix « partants » du mois dernier, 3 sont originaires du diocèse de Lyon : la situation est donc satisfaisante, car aucun diocèse de France ne peut revendiquer de tels chiffres dans notre Congrégation.
    Hélas ! Ces trois derniers partis, Lyon n'est plus représenté au Séminaire de la rue du Bac : plus un seul Lyonnais ! Mais ce ne sera qu'une courte interruption, car il y a encore 4 aspirants au Séminaire de Philosophie de Bièvres et 3 font leur service militaire ; dans quelques années ils seront donc 7 à prendre les places vacantes et à renouer la tradition lyonnaise, celle du premier diocèse missionnaire de France.

    1936/98-104
    98-104
    France
    1936
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