Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Laos une fête à Napone

Laos une fête à Napone Lettre du P. Thomines Missionnaire apostolique Dans la mission du Laos les fêtes patronales sont l'occasion d'une sorte de retraite. Les missionnaires en profitent pour se réunir et réveiller ensemble la ferveur des chrétiens. Monseigneur ayant décidé de se rendre à Napone, je l'y accompagnai.
Add this
    Laos une fête à Napone
    Lettre du P. Thomines
    Missionnaire apostolique

    Dans la mission du Laos les fêtes patronales sont l'occasion d'une sorte de retraite. Les missionnaires en profitent pour se réunir et réveiller ensemble la ferveur des chrétiens. Monseigneur ayant décidé de se rendre à Napone, je l'y accompagnai.
    Napone est un petit village de l'intérieur, embourbé dans la rizière. Soixante kilomètres de forêt le séparent de Nong Seng. Soixante kilomètres, la belle affaire avec un bon cheval ! C'est vrai, Au Laos cependant, à la saison des pluies, lorsqu'on se met en route il ne faut point jurer d'arriver tôt. Nous en fîmes l'expérience.


    La journée s'annonçait bonne, le ciel paraissait clément, les poneys allaient bon train à l'ombre des grands arbres. Soudain de gros nuages noirs montent à l'horizon, la pluie surprend les voyageurs, une pluie diluvienne et glacée ; en un instant la route n'est plus qu'une fondrière ; de loin en loin de grandes nappes d'eau recouvrent les champs où le riz commence à verdir; les ruisseaux prennent l'allure de rivières qui débordent. Péniblement l'on avance...Voici un « rosé » plus large et plus profond que les autres, et, pour le franchir, seulement quelques bouts de bois mal assemblés. L'on passe comme l'on peut le fourniment, et les chevaux qui savent nager se retrouvent sur l'autre rive. Un évêque couvert de boue gluante franchissant, non sans acrobatie, un pont de singe... Saint Paul, qui fit trois fois naufrage, eut lui aussi de dures journées.
    L'on traverse enfin une rizière inondée où se promène un grand échassier au crâne chauve. Ce sont les champs de Namone, village chrétien où nous trouvons un gîte pour la nuit. Tant bien que mal l'on s'installe dans la sacristie. Monseigneur, curé du lieu...depuis longtemps déjà, entend les confessions. Vers le soir les gens du village apportent des pousses de bambou cuites à l'eau, un brouet auquel il faut faire honneur, des pastèques et des concombres.
    Le lendemain la pluie a cessé. Les Laotiens assistent nombreux à la messe. Monseigneur leur adresse quelques mots. Ils ont décoré l'autel un peu minable d'une parure de branches fleuries coupées dans la forêt, qui l'ornent avec une réelle splendeur.
    Nous continuons notre route, les ennuis de la veille se renouvellent, encore accrus. Il faut nager. Une pause à Hin-Sanene dans une région désolée, hantée jadis par le tigre. L'on traverse Kut-sa-mane, gros village déchu habité par des « Sos ». Qui les jugerait à leur mine dirait qu'ils sont bien nommés. Nous arrivons enfin à Napone noyé dans un fleuve de boue, et tandis que le gong sonne pour saluer son arrivée, Monseigneur pénètre sur le terrain de la mission... Le curé de Napone attendait...
    A la prière du soir Monseigneur exhorte les chrétiens rassemblés, puis, l'église une fois vide, deux nattes sont étendues par terre, car il n'y a guère de place dans la paillote provisoire qui sert de logement. Le Publicain se tenait au loin, n'osant approcher, nous dormirons, ô mon Dieu, en votre présence; que notre sommeil soit une adoration.
    Le lendemain ce sont les confessions. Elles sont nombreuses. Pour célébrer sainte Madeleine, la pauvre église prend une parure de fête. Jadis elle faisait encore bon effet, fraîche et peinturlurée. Maintenant le pisé des murs s'est effrité par plaques, les tuiles disjointes laissent passer les rayons du soleil meurtrier. De grandes feuilles de bananier et des oriflammes cachent sa misère.
    Les chrétiens des environs sont accourus pour la fête, des musiciens même, avec leurs cuivres venus de Thare. Aux messes matinales ils se pressent à la Sainte Table et se retrouvent tous à la grand' messe pour entendre la parole du prédicateur. L'église regorge de monde. Sitôt après, ils viennent air groupes, déférents et respectueux, baiser l'anneau et recevoir la bénédiction de leur évêque, foule bigarrée et multicolore, exubérante et enjouée. Le soir, après le salut de clôture, ils reviendront au son des gongs, des cuivres et des cymbales, précédés de danseurs barbouillés et chargés de grelots, portant sur des civières des monuments de fleurs de cire qu'ils offrent à leur curé. Ces gens simples n'ont pas encore perdu le secret du rire. Ils savent encore s'amuser de façon innocente. Tard dans la nuit le village retentira du bruit des cymbales et s'illuminera du flamboiement des torches.
    Le lendemain, il faut partir. Au retour d'une expédition si consolante, une prière monte tout naturellement aux lèvres. « Envoyez, ô mon Dieu, des ouvriers pour que ce pays donné s'ouvre enfin à la lumière de la foi ».

    1925/215-216
    215-216
    Laos
    1925
    Aucune image