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L'Anthropos

L'Anthropos Une Revue internationale ethnologique et linguistique vient de se fonder en Autriche ; elle a pour titre l'Anthropos. Le Directeur est le P. GUILL. SCHMIDT. S. V. D. Maison de mission Saint Gabriel près Vienne (Autriche). L'abonnement coûte 15 francs par an, excepté pour les missionnaires qui ne paient que 7 fr. 50. Le Directeur nous a adressé une Invitation à la collaboration à l'abonnement à l'Anthropos avec prière de l'insérer : Nous nous faisons un devoir de répondre à cet appel :
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    L'Anthropos

    Une Revue internationale ethnologique et linguistique vient de se fonder en Autriche ; elle a pour titre l'Anthropos.
    Le Directeur est le P. GUILL. SCHMIDT. S. V. D. Maison de mission Saint Gabriel près Vienne (Autriche).
    L'abonnement coûte 15 francs par an, excepté pour les missionnaires qui ne paient que 7 fr. 50.
    Le Directeur nous a adressé une Invitation à la collaboration à l'abonnement à l'Anthropos avec prière de l'insérer :
    Nous nous faisons un devoir de répondre à cet appel :

    L'ethnologie et la linguistique et les Missionnaires catholiques.

    Parmi les sciences qui, se sont le plus développées au siècle passé, il faut citer, après diverses branches des sciences naturelles, l'anthropologie, l'ethnographie, l'ethnologie et la linguistique générale qui a tant de relations avec les premières. Les grands voyages d'exploration, les progrès des Missions et les nouvelles entreprises coloniales ont fourni à ces sciences une quantité des connaissances si importantes, que le monde civilisé et surtout les spécialistes s'y attachent avec un intérêt toujours grandissant. Une série des journaux périodiques leur sont consacrées, et la littérature qu'elles ont déjà produite, est immense. Des quantités d'objets ethnographiques sont exposées non plus seulement dans les capitales, mais dans presque toutes les grandes villes de province. Aujourd'hui enseignées dans les chaires universitaires, ces sciences peuvent être classées au même rang que les plus anciennes.
    Leur importance est aussi, en effet, fondamentale. Au moyen des ressources que fournit la nature, elles cherchent à pénétrer jusqu'à l'origine du développement de l'humanité dans son ensemble, pour l'étudier ensuite dans ses phases particulières : première apparition de l'homme, propagation de l'espèce humaine sur la terre, formation des races et des peuples, relations des peuples actuellement existants ; puis formation et développement de la civilisation extérieure, chasse, pêche, élevage des animaux, agriculture, arts et métiers, etc. Une troisième série des questions et les plus importantes porterait sur l'ensemble du développement et de la propagation de la culture intellectuelle et morale de l'homme : développement intérieur de la langue et de l'écriture, des premiers arts et métiers, des sciences primitives ; le mariage, la famille, les formes du gouvernement, du droit, des murs, de la religion.

    Qui ne voit que toutes ces questions sont d'une importance capitale, et que les réponses qui y seront faites, influeront dans une longue mesure sur la formation des opinions morales et religieuses ?
    Ajoutons que, si ces questions intéressent principalement les esprits cultivés, le monde savant n'est cependant pas le seul à y trouver de l'attrait. Grâce aux nombreux articles de journaux, aux revues périodiques, aux écrits populaires et aux discours consacrés à son instruction, le peuple lui-même profite des résultats obtenus par la science professionnelle.
    On a constaté avec satisfaction que, depuis que l'ethnographie et la connaissance des langues ont été élevées au rang des sciences véritables et méthodiques, une foule d'hypothèses futiles, au moyen desquelles nombre de dilettantes ignorants avaient parfois réussi à les discréditer, ont été reconnues fausses. Mais il en est toujours qui, dans leurs recherches, se basent sur ces sortes d'hypothèses qui ne reposent ni sur l'ethnographie ni sur la linguistique : dès lors les résultats obtenus ne peuvent être qu'erronés. Ces erreurs se répandant parmi le peuple peuvent être d'autant plus nuisibles que les questions dont il s'agit sont plus importantes.
    Ce ne sont donc pas seulement les points de vue scientifique et humanitaire qui donnent une si grande importance à ces sciences : l'Apologétique religieuse y trouve aussi son intérêt, et triple sera le mérite de ceux qui y coopèrent.
    Que les Missionnaires soient compétents dans ces sortes d'études et les premiers appelés à apporter leur contingent de renseignements utiles, nul n'en a jamais douté. Des autorités l'ont hautement reconnu, et le besoin de leur concours se fait vivement sentir justement de nos jours.
    En effet, un des avantages qui résultent de l'élévation de l'ethnographie et de la linguistique au rang des sciences proprement dites est que l'on s'aperçoit de l'insuffisance des matériaux dont elles disposaient. On reconnaît les lacunes multiples, et on ne les dissimule plus au moyen d'hypothèses inutiles ; mais on fait de véritables efforts pour se procurer les documents sérieux, nécessaires pour combler ces lacunes. C'est dans ce but que des explorateurs isolés et des expéditions entières se rendent au milieu des peuples qui doivent faire l'objet spécial de leurs recherches. Mais sans parler des frais considérables que nécessitent de telles entreprises, très souvent la connaissance insuffisante ou l'ignorance complète des langues ne permettent pas d'en attendre des résultats sûrs bien moins encore définitifs.
    C'est ici qu'apparaît la situation exceptionnellement favorable du Missionnaire. Sa vocation l'oblige à étudier à fond la langue du peuple auquel il se consacre, qui lui met en mains la clef indispensable pour pénétrer plus avant dans la vie intellectuelle et morale des peuples. Leur vie ne lui apparaît pas seulement d'une façon passagère, il en est témoin et dans son cours régulier et dans ses particularités spéciales ; il devient donc capable non seulement d'en saisir les détails, mais aussi d'observer l'attitude qu'ils ont dans l'ensemble de leur vie, et c'est là surtout ce qui donne une valeur éminente à ses études. Avec une volonté persévérante et un oeil observateur, le Missionnaire peut pénétrer même les mystères les plus secrets de la vie du peuple auquel il se dévoue ; ses relations journalières et intimes avec des gens de tout âge et de toute condition lui en fournissent constamment l'occasion. Sa vocation même le pousse et l'oblige à ces études, car sans la connaissance exacte des indigènes, de leurs murs et de leurs particularités elle ne saurait être fructueuse. La situation du Missionnaire pour l'étude de l'ethnographie et des langues est donc sans contredit la plus avantageuse, et le nombre de ceux qui peuvent concourir avec lui à cet égard, est bien limité. C'est pourquoi il serait extrêmement regrettable, dans l'intérêt de la bonne cause, que l'on négligeât d'exploiter de toutes ses forces cette excellente situation.
    Heureusement il n'y a pas lieu de formuler un pareil regret. De tout temps, de zélés Missionnaires ont eu à cur, malgré les travaux inhérents à leur vocation, de s'intéresser à la culture de l'ethnographie et de la linguistique. En effet, ce sont surtout les Missionnaires catholiques des XVI, XVII et XVIIIe siècles qui ont posé les fondements de ces deux sciences. Ce n'étaient pas seulement des récits de voyages ou des aperçus partiels qui arrivaient alors en Europe du Mexique, de l'Amérique centrale et méridionale, des Indes et de la Chine, mais des exposés méthodiques et complets de toute la vie de ces peuples. De nos jours encore les savants, même hostiles à la religion, désignent leurs travaux comme des sources classiques auxquelles l'ethnographie moderne doit recourir sans cesse. On fouille les bibliothèques pour y découvrir les grammaires et les vocabulaires, rédigés à cette époque ; les vieux manuscrits et les rares imprimés qui traitent ces matières se paient à prix d'or. Exposer à fond ces travaux des anciens Missionnaires, constituerait un ouvrage de grande valeur.
    Les troubles produites par les révolutions et les guerres de la fin du XVIIIe et du commencement du XIXe siècle, détruisirent en grande partie les Missions catholiques. Mais dès qu'elles eurent repris vie, elles reprirent aussi leurs anciennes et glorieuses traditions, en ce qui concerne la culture de l'ethnographie et de la linguistique. Aujourd'hui il y a toute une série de noms célèbres de Missionnaires appartenant aux divers Ordres et Congrégations qui déploient un zèle plein d'activité dans l'étude de ces deux sciences. Grand nombre d'entre eux ont publié eux-mêmes des oeuvres excellentes ; plusieurs ont fait part de leurs connaissances à des explorateurs qui les ont mises à profit. Parmi ceux-ci, quelques-uns ont exprimé leur reconnaissance en termes chaleureux ; d'autres se sont attribués à eux-mêmes tout l'honneur, sans faire mention de l'humble Missionnaire à qui ils devaient leur succès en grande partie et souvent en totalité.
    Mais puisque de nos jours l'ethnographie et la linguistique ont acquis une importance qui va toujours grandissant, il importe que le Missionnaire se mette à luvre sur ce champ d'action avec plus de zèle que jamais, et qu'il y soit encouragé et favorisé de toute manière.
    Or comme toute science, qui tend à prendre son essor et à s'étendre, a besoin du concours d'une publication périodique, il serait nécessaire ici également de posséder une Revue spéciale. Elle devrait se proposer en premier lieu de faciliter aux Missionnaires la publication de leurs travaux ethnographiques et linguistiques, puis, de les mettre plus au courant de ces questions et de stimuler leur activité et leur zèle.

    II

    Création d'une Revue ethnographique et linguistique ; concours des Missionnaires à cette oeuvre.

    Pour toutes les raisons, que nous venons d'exposer des hommes dévoués ont décidé la création d'un nouveau journal périodique d'ethnographie et de linguistique.
    ANTHROPOS. Revue internationale ethnographique et linguistique, tel sera son titre ; et nous avons l'honneur d'inviter les RR. PP. Missionnaires à vouloir bien lui prêter leur zélée coopération, assurés que la nouvelle Revue fera tous ses efforts pour justifier la confiance et le concours qu'ils voudront bien lui accorder.
    1. Ce journal sera publié sous la direction d'hommes qui par leur état et leurs opinions sont en rapport avec les Missionnaires, qui ont droit d'espérer que leurs confrères résidant à l'étranger voudront bien les honorer de leur confiance.
    2. Quant à la question pécuniaire, les dépenses seront à la charge de quelques Sociétés catholiques scientifiques, spécialement de la « Leo-Gesellschaft » en Autriche, et de la «Goerres-Gesellschaft » en Allemagne, unies à plusieurs Sociétés de secours pour les Missions, qui toutes tiennent à témoigner ainsi de l'importance qu'elles attachent à cette Revue et de l'estime qu'elles ont pour le travail des Missionnaires dans ce champ d'action.
    3. Grâce à ces secours, la collaboration à la Revue n'occasionnera pas la moindre dépense aux Sociétés de Missions d'Europe et moins encore aux Missionnaires eux-mêmes. Bien plus, la Revue sera à même de rétribuer par des honoraires importants les articles qui lui sont envoyés.
    4. La Revue tendra à constituer un organe dans lequel pourront se produire et se faire valoir au grand jour de la publicité scientifique, les idées chrétiennes et catholiques sur tout ce qui se rapporte aux questions de l'ethnographie et de la linguistique. En réunissant les travaux des Missionnaires catholiques, qui n'ont paru qu'isolément jusqu'ici, et qui souvent n'ont pas été appréciés à leur juste valeur, la Revue mettra sous les yeux du monde entier, et avec une concision convaincante, la vaste étendue et la valeur de ces travaux. La considération, qui en résultera, reviendra sans partage aux Missionnaires eux-mêmes, aux Ordres et aux Congrégations dont ils sont les membres, et à l'Église catholique, dont ils sont les serviteurs et les champions. La coopération des Missionnaires sera proclamée sur le titre de la Revue par une remarque spéciale.
    5. En outre la Revue aura soin d'entretenir et d'éclairer l'activité ethnographique et linguistique des Missionnaires. De temps en temps elle publiera des tableaux synoptiques rendant compte des recherches déjà faites dans chacune de ces deux branches, afin d'empêcher les recherches inutiles sur des sujets déjà connus. En mettant en évidence les points qui devront être spécialement envisagés dans les recherches, elle procurera une économie de temps et de travail. Elle indiquera les meilleures méthodes à suivre, les sources littéraires nécessaires, et les mettra à la disposition des Missionnaires, autant que ses moyens le lui permettront. De cette façon, les Missionnaires seront à même de suffire aux exigences toujours croissantes de la tâche qui leur incombe, par suite des progrès de la science moderne.
    6. Une longue série de chaleureuses recommandations, imprimées à part, montrent l'enthousiasme, avec lequel a été accueillie, dans le monde catholique, ecclésiastique et scientifique, l'idée de cette Revue. Les Supérieurs des divers Ordres et Congrégations, ceux des Séminaires des Missions étrangères sont unanimes à dire dans leurs lettres que cette entreprise est conforme à l'esprit et aux règles de leur Société et de leurs Établissements. Les recommandations des deux Sociétés catholiques scientifiques prouvent que, dans les cercles scientifiques, on s'attend à voir ces deux sciences prendre un véritable essor, grâce à l'union de tant de travailleurs répandus dans le monde entier.
    Nous croyons en droit d'espérer que l'idée de cette Revue, accueillie en Europe avec un si chaleureux enthousiasme, sera reçue par les Missionnaires avec une joie et un intérêt plus grands encore. Nous n'ignorons pas avec quel dévouement un grand nombre d'entre eux se sont déjà adonnes à l'ethnographie et à linguistique, dans des conditions bien peu favorables, alors que, devant eux-mêmes pourvoir aux frais de la publication, elle ne leur offrait pas la moindre compensation. Nous avons donc lieu de croire que ces fidèles et intrépides travailleurs vont déployer un zèle plus grand encore, maintenant qu'ils auront à leur disposition un journal périodique qu'ils pourront considérer comme le leur, qui leur assurera la publication facile et avantageuse de leurs articles, qui les mettra en continuelles relations avec les autres Missionnaires et lés savent qui cultivent ces deux branches de la science.
    Si cet appel à tous les Missionnaires du monde obtient l'accueil favorable que nous espérons, notre nouvelle Revue sera facilement hors de pair. Elle ne saurait manquer de se créer une position dominante dans les sciences, soutenue qu'elle sera par une foule de coopérateurs dispersés au milieu de tous les peuples de la terre et si bien à même de fournir des renseignements précieux sur les différents détails de leur vie. Par son existence et son activité notre Revue sera en outre une réfutation inéluctable des reproches si souvent lancés contre l'Église catholique et ses ministres, de vouloir tenir le monde dans les ténèbres et d'opprimer les sciences. L'abondance des faits précieux, tirés de l'intimité de la vie des peuples les plus éloignés, mis au jour devant le monde savant, constituera une base solide et un ensemble de matériaux de choix pour élever l'édifice sublime de hautes et importantes sciences et pour opposer un ferme rempart aux attaques des ennemis de la religion. La Revue, en fidèle servante de la vérité, coopérera donc à l'honneur de Celui que toute vérité glorifie, de Celui qui gouverne tous les peuples avec un amour infini, qui a livré son Fils pour leur salut et qui par Son Esprit Saint a voulu, malgré la diversité des langues, les réunir tous dans l'unité de la foi.

    III

    Organisation intérieure de la Revue.

    1. La Revue paraîtra d'abord chaque trimestre en format de 8°, chaque livraison contenant environ 130 pages. Selon son développement, elle pourra devenir mensuelle.
    2. La première livraison paraîtra le 1er janvier 1906. Tout Missionnaire qui aurait dès à présent quelque travail achevé en matière d'ethnologie ou de linguistique nous ferait le plus grand plaisir en nous l'envoyant sans retard afin que nous puissions le publier dans les premiers numéros.
    3. Le prix de l'abonnement sera de Frs.15 (= Mk. 12, Kr. 15, Sh. 12, Lire 15, Pes. 15). Pour faciliter aux R. P. Missionnaires l'abonnement de la Revue, on a diminué pour eux le prix de l'abonnement de la moitié. Car on a pensé que tant pour la Revue que pour les Missionnaires il sera de la plus grande importance, de rester en connexion non seulement par la collaboration des Missionnaires, mais aussi par l'abonnement, pour garder ainsi la possibilité de stimuler et d'instruire les Missionnaires dans leur activité ethnographique et linguistique. Il va sans dire que l'abonnement pourra se payer aussi par la collaboration à la Revue. On déduira du prix de l'abonnement les honoraires dus pour les articles envoyés.
    4. Les honoraires de ces articles seront de Fres. 4 par page, et l'auteur recevra 25 exemplaires à part. Si quelqu'un en désirait un plus grand nombre, il n'aurait à payer que les seuls frais de papier et de brochage. Les illustrations seront rétribuées d'après le nombre des lignes que contiendrait l'espace qu'elles rempliront.
    5. Le texte de la Revue comprendra d'abord les articles de nos Vénérés Coopérateurs Missionnaires, tantôt résumés en de courtes notes, et tantôt traitant un sujet d'une manière plus détaillée. Selon leur étendue, les articles seront répartis en plusieurs livraisons, de façon à donner à chacune d'elles une plus grande variété. Les articles seront publiés en latin et dans les langues des différentes nations des Missionnaires : français italien, allemand, espagnol, anglais. Remarquons qu'il existe déjà plusieurs Revues ethnologiques et linguistiques qui doivent surtout à leur caractère international une importance spéciale.
    6. Pour les illustrations devant servir à rendre le texte de la Revue plus clair, on demande de bonnes photographies ou des dessins. Nos coopérateurs peuvent être assurés qu'elles seront produites à leur entière satisfaction, l'éditeur choisi étant tout à fait à la hauteur des exigences modernes.
    7. La Revue renfermera en outre un exposé indiquant chaque fois l'état nouveau des recherches scientifiques dans chacune de ces branches, l'indication des meilleurs méthodes d'investigation ainsi que des points qui devront encore être étudiés, puis l'analyse et la critique littéraires des ouvrages qui nous seront envoyés, des comptes-rendus de la littérature et surtout du contenu des revues ethnographiques et linguistiques.
    8. Pour toutes les communications (contributions littéraires, assurances de contributions, abonnements etc.) on est prié de s'adresser pour le temps prochain au Rédacteur principal de la Revue : P. W. Schmidt S. V. D., Maison de Mission Saint Gabriel, près Vienne, Autriche.

    IV.

    Principes généraux à observer.

    1. Nous prions nos Vénérés Coopérateurs de vouloir bien se souvenir que notre Revue est un journal scientifique et non un journal récréatif. Une double conséquence découle de ce principe :
    1° Il est des articles qui n'auraient aucun intérêt pour les lecteurs d'une Revue récréative ou des Annales des Missions, qui intéresseront au contraire vivement les lecteurs de notre Revue. Certaines questions traitées à fond dans une feuille récréative fatigueraient le lecteur ; dans la nôtre elles jouiront d'une préférence marquée ; plus un travail a de fond et d'ensemble, plus il a de valeur. Le caractère de notre Revue exige donc que tout ce qui est purement récréatif en soit exclu. Cela ne veut pas dire qu'il faille se montrer d'une sévérité exagérée et supprimer tout ce qui ne porte pas l'empreinte d'un pédantisme sec et abstrait. Au contraire, un article conçu et exposé de façon à satisfaire l'intérêt purement scientifique, qui aurait en même temps quelque autre attrait, serait d'une double valeur. Toutefois l'intérêt scientifique doit toujours rester prépondérant.
    2° La seconde conséquence du caractère scientifique de la Revue consiste dans l'intégrité de l'exposé. Il est des faits, sur tous ceux touchant les murs, le mariage, la vie de famille de certains peuples, qui relatés et présentés en toute vérité, ne manqueraient pas de scandaliser dans un journal ou dans un livre destiné à des lecteurs ordinaires. Cependant, dans les recherches scientifiques sur la vie et les murs d'un peuple, l'on ne peut omettre ces choses, il faut tout exposer sans quoi l'on n'aurait qu'un tableau incomplet et propre à donner lieu à des conclusions fausses, nuisibles aussi bien pour la science que pour l'apologétique. Il est donc du domaine de la Revue d'énoncer clairement les faits, tout en laissant de côté les détails non indispensables au récit. Ces récits n'étant pas destinés aux classes populaires, bien moins encore aux enfants, il n'y a pas lieu de craindre qu'ils nuisent aux lecteurs.
    2. Quant à la longueur des articles, il n'y aura pas d'autre règle à suivre que de traiter à fond et d'épuiser le sujet. Quiconque n'aurait pas le loisir de s'occuper de toutes les circonstances de la vie d'un peuple, pourrait s'en tenir à quelques points particuliers et les examiner à fond. On publiera immédiatement ces compositions, et plus tard, si l'occasion s'en présente, on reviendra sur les autres points. On peut aussi faire en sorte que plusieurs Missionnaires, évangélisant un même peuple, répartissent entre eux la besogne de l'exploration et de l'exposition des différentes matières. A l'aide de ces deux moyens on obtiendra sur le peuple en question une vue d'ensemble peut-être plus complète que si elle avait été donnée par un seul et d'un seul trait. Dans quelques cas particuliers cependant, quand il s'agit de découvertes importantes et de longue portée, il serait désirable que par une simple note, on en fit part de suite au monde savant ; le développement de l'exposé serait remis à plus tard, mais par ce moyen l'auteur s'assurerait les droits de priorité de la découverte.
    3. Ce qui fait la force du Missionnaire dans l'ethnographie et la linguistique, c'est surtout la faculté de constater et de contrôler par lui-même les faits tels qu'ils se passent dans la réalité. Il est à la source et peut y puiser à volonté. Mais ordinairement, il faut le remarquer, ce n'est pas au Missionnaire d'établir des comparaisons étendues, non plus que d'amples théories. Car, ces sciences ayant beaucoup progressé pendant les dernières années, le Missionnaire devrait, pour s'y livrer avantageusement, avoir fait dans ces sciences des études spéciales, avoir une connaissance approfondie de la littérature souvent très étendue du pays, posséder des livres ou avoir à sa disposition une bibliothèque qui puisse les lui fournir. Sans ces conditions préalables, ces théories n'obtiendraient, le plus souvent, que des résultats incertains, fantaisistes ou tout à fait erronés, nullement propres en tous cas à fait honneur aux Missionnaires catholiques. Cependant il peut se rencontrer des circonstances où les lois dérivant des faits mêmes soient tellement visibles qu'il serait impossible de ne pas les remarquer ; dans ce cas, on aurait grandement tort de céder à d'autres l'honneur d'avoir découvert ces lois. Mais en général, il vaut mieux que le Missionnaire s'abstienne des longues théories, afin de ne pas s'exposer à compromettre la considération dont il est sûr de jouir en publiant les faits. Il serait à souhaiter que les Missionnaires des Ordres et des Congrégations eussent en Europe des confrères pouvant aborder les moyens subsidiaires, réunir les faits en une composition systématique, établir les lois qui s'imposent, et réserver ainsi cet honneur aux Ordres et aux Congrégations missionnaires.
    4. On trouverait difficilement quelqu'un plus à même que le Missionnaire d'établir et d'approfondir les faits ; en bien de cas le Missionnaire devient même indispensable à la science. Mais il importe que dans ses recherches le Missionnaire apporte un esprit attentif, nous dirions même un religieux respect, pour tout ce qui se présente comme fait réel. Ce qui, après sérieux examen, a été reconnu comme fait certain, cela, et cela seulement doit être noté et publié, quelque étrange que la chose paraisse, et si opposée qu'elle soit aux vues jusque-là préférées. Pénétré de la certitude que la Nature ne saurait être en opposition réelle avec la Révélation surnaturelle, le Missionnaire ne cherchera ni à amoindrir ni à augmenter, par une tendance d'apologie religieuse, un fait avéré. D'autre part, prenant librement essor dans le domaine de la science, le Missionnaire, dégagé de toute préoccupation de passer pour « érudit », se gardera bien de se laisser aveugler par les opinions du jour. Celles-ci, pour être répétées à satiété par certains hommes, n'en manquent pas moins, en bien des cas, d'un fondement solide. Le Missionnaire devra se rendre compte de sa responsabilité à tous les points de vue, sachant bien que les faits qu'il publie, serviront dans la suite de matière à conclusions à d'autres savants, et que les palliatifs ou les omissions dans ces matières fondamentales doivent inévitablement rendre les conclusions fausses et nuisibles. La loi de véracité absolue pour un historien, proclamée en termes si nobles par Sa Sainteté Léon XIII, trouve son application parfaite aussi dans le domaine de l'ethnographie. Ce n'est que le monde réel des faits tels que Dieu les a permis, qui peut faire ressortir la sagesse, la justice et la bonté divines dans la vie et les murs des peuples.
    6. Le dernier but de toute science n'est autre que de pénétrer et d'approfondir l'ordre et les grandes lois qui régissent la masse de faits particuliers ; mais pour arriver à découvrir ces lois, il faut une quantité considérable de faits particuliers, surtout dans les premières phases de développement d'une science. Comme ni l'ethnographie ni la linguistique n'ont encore surpassé ces premières phases, il faut leur appliquer la règle indiquée. Qu'on veuille donc bien éviter les données trop générales, et, si l'on ne peut pas s'en passer tout à fait, il faut les prouver de suite par une série suffisante de détails. Telle chose, qui à première vue paraissait absolument uniforme, offrira une foule de faits particuliers, quand on cherchera à la pénétrer avec attention. De même qu'une langue qui de prime abord semble uniforme pour tout un pays, apparaît presque toujours, dans la suite, divisée en une multitude de dialectes ; ainsi des murs et des coutumes qui paraissaient uniformes, ne manqueront après un examen approfondi d'offrir des divergences réelles, suivant la diversité de condition, de sexe et de contrée. La constatation de ces différences est souvent d'une très grande importance Par des descriptions trop générales maintes contrées, les Indes et la Chine par exemple, nous paraissent uniformes ; mais des recherches plus approfondies amèneront sans doute la découverte des traits de différences nouveaux à ajouter à ceux déjà connus. C'est surtout sous le triple rapport, intellectuel, moral et religieux, qu'il faudra éviter avec soin de parler seulement en général, et tâcher au contraire de procurer le plus de traits particuliers possible.
    7. Nous ajoutons encore un autre point très important. L'ethnographie moderne, dont les recherches et les statistiques s'appliquent de préférence aux murs et aux coutumes en général, n'en a presque pas eu compte. Nous voulons parler de la différence à établir entre les individus d'une même tribu ou d'un même peuple, par rapport à leurs talents et leurs capacités dans les diverses branches de l'activité humaine, et cela au point de vue technique, économique, intellectuel, moral et religieux ; ainsi que de l'observation de personnalités remarquables, plus ou moins bien douées. Il serait à la fois intéressant, et avantageux à la science de suivre les degrés du développement intellectuel de ces personnages et de se rendre compte de l'influence qu'ils exercent sur leur entourage. Car ce qui influe sur le développement d'un peuple ou d'une race, ce ne sont pas seulement les coutumes et les usages répandus à travers de longues étendues de temps et d'espace, mais plus encore peut-être le prestige d'individus tout particulièrement favorisés de la nature. Car les talents et le génie, ils ont contribué, partout et en tout temps, au plus haut degré au développement de l'humanité. C'est là un trait distinctif de l'homme. Cet examen devrait donc se faire bien à fond, surtout chez les peuples encore à l'état sauvage, car c'est à leur sujet que, dans bien des milieux, on nie l'importance de l'influence individuelle. Il est évident que, ici, pour aboutir, il faut posséder parfaitement la langue du peuple et connaître à fond de ses usages et coutumes, ce qui n'est possible qu'après de longues années passées dans le pays. C'est pourquoi le Missionnaire plus que tout autre semble être appelé à le faire. Qu'il se souvienne dans ses investigations qu'il lui faut en toutes choses un jugement réfléchi, et qu'il doit bien se tenir en garde contre tout préjugé soit contre les individus, soit en leur faveur.

    La seconde partie de la Brochure qui nous a été adressée renferme le questionnaire pour les recherches ethnologiques ; il est divisé 25 paragraphes dont voici les titres :

    I. Géographie et statistique. II. Constitution des Indigènes ; maladies et leur guérison. III. Habitations et installation. IV. Alimentation. V. Parure et coiffure. VI. Défigurations artificielles. VII. Habillement. VIII. Armes. IX. Chasse, Pêche Entretien du bétail, Agriculture. X. Substances enivrantes et toniques. XI. Moyens de Transport. XII. Le Commerce. La Monnaie ou ce qui en tient lieu. Les Mesures et les Poids. XIII. Industries et Capacités techniques. XIV. Ecriture et Chiffres. Chronologie et Astronomie. XV. Histoire, Contes, Fables, Proverbes. XVI. Naissance et Développement des Arts. Poésie, Musique, Danse, Art dramatique, Sculpture, Peinture. XVII. Parenté, Totémisme. XVIII. Mariage, Situation de la femme. XIX. Naissance et Condition de l'Enfant. XX. Vie sociale. Formules de politesse. XXI. Situation politique. La Guerre et la Paix. XXII. Droit, et Justice. XXIII. Murs et Moralité. XXIV. Religion. XXV. Mort et Obsèques. Opinions sur l'autre monde.


    1906/102-112
    102-112
    France
    1906
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