Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

L'année 1925 en Cochinchine Orientale (Quinhon)

L'année 1925 en Cochinchine Orientale (Quinhon) Par Mgr Grangeon
Add this
    L'année 1925 en Cochinchine Orientale
    (Quinhon)

    Par Mgr Grangeon

    De nos chrétiens les confrères sont en général contents, les communions sont fréquentes, l'assistance a la messe régulière, le développement de la vie chrétienne de plus en plus en progrès, et cela grâce surtout à la pratique du premier vendredi du mois. Les superstitions chez les catéchumènes sont en décroissance, même chez les Moïs de Kon-tum, où cependant elles sont si fortement enracinées qu'il ne faut pas espérer les voir disparaître ou se transformer favorablement comme sous un coup de baguette magique. Mais après des siècles de christianisme, que de pratiques superstitieuses encore chez nos Européens!
    Le grand vice des Moïs, nul ne l'ignore, c'est l'ivrognerie ; même, sur ce point, on constate une amélioration sensible. Jadis, nous conte le P. Louison, ils venaient trouver le Père et, avec le sourire béat de l'ivrogne, lui disaient : « Père je suis saoul, complètement saoul ». Aujourd'hui, quand ils ont immodérément aspiré à la jarre, ils ne viennent plus le conter. Cette conscience de leur état n'est-elle pas déjà un progrès ?
    Ces Moïs au reste peuvent devenir et deviennent parfois d'excellents chrétiens. Le P. Asseray note que l'esprit des villages de Kon Jodrei, Kon Jodri et Kon Dorei semble se christianiser de plus en plus. Le P. Bonnal est enchanté du village de Plei Konanh, dont la plupart des chrétiens ne passent pas un mois sans se confesser; plusieurs même viennent, par tous les temps, communier chaque semaine. Le P. Ban n'hésite pas à dire que Dak Io, vu ses progrès vraiment sérieux, ne tardera pas « à valoir une bonne paroisse annamite ». A Kon Boban, le P. Thiêt a trois villages surtout qui lui donnent entière satisfaction : le village central, Kon Boban Kotu et Kon Ku. Il a pu leur faire suivre les exercices du mois de Marie et ceux du mois du Sacré Coeur, et les amener à la communion du premier vendredi du mois.
    Point de vie chrétienne sans instruction et pas d'instruction sérieuse sans écoles. A plusieurs reprises nous avons rappelé ces principes à nos collaborateurs, et on peut dire que, cette année, les efforts faits relativement aux écoles ont été considérables. Les PP. Van à Thuan-yen, Sanctuaire à Cu-va, Le Darré à Gia-huu, Nhuan à Hoi-duc, Laborier à Thac-da, Thien à Dai-an, Solvignon à Go-thi, Chi à Nam-binh, Porcher à Hoa-vong ; Huan à Tinh-son, Phien à Van-gia, Garrigues à Binh-cang, Piquet à Phan-rang, Loui-son à Kon-tum, Alberty à Ro-hai, Bonnal à Phuong-qui, ont des écoles auxquelles l'Administration ne trouverait presque rien à redire.
    Tous les efforts n'ont pas encore été couronnés de succès. Généralement la nécessité de l'instruction reste encore méconnue; le prêtre cherche en vain les fonds nécessaires à la construction de l'école et à l'entretien du maître; souvent aussi les familles, trop pauvres, ayant besoin de leurs enfants, se refusent à les envoyer s'instruire. Et c'est dommage, car, ainsi que le constate le P. Huan à Tinh-son : « L'école a eu pour résultat un accroissement de vie chrétienne ».
    Outre plusieurs écoles, divers bâtiments ont été élevés cette année. Tourane a maintenant un presbytère qui permettra de donner l'hospitalité aux confrères et aux Frères de passage. Faifo, grâce à l'initiative de la chrétienne femme d'un Résident, a maintenant une jolie petite église. A Xoai, district de Gia-huu, la nouvelle église a été bénite le jour même de la première messe d'un nouveau prêtre originaire de cette paroisse. A Go-thi le noviciat des religieuses indigènes est presque achevé. A Long-song les élèves ont pu prendre possession de la première aile du nouveau petit séminaire dont le P. Dorgeville a surveillé la construction tout en continuant à faire sa classe.
    Voilà ce que nous avons fait pour l'entretien et le progrès de la Mission; voyons maintenant ce que nous avons fait pour la conquête des âmes des infidèles. Là encore nous ne citerons que les chefs de districts, alors cependant qu'il nous faudrait rendre hommage au zèle des vicaires, des catéchistes, et de quelques excellents chrétiens, telle cette bonne vieille de Phan-rang qui s'est fait une spécialité de prêcher les autres vieilles qu'elle rencontre sur la route, de les instruire et de les amener au Père : cette année elle a ainsi ouvert le ciel à six de ces « vieilles vieilles ».
    Près de deux mille baptêmes d'adultes glanés à travers nos 60 districts, tel est le résultat de l'exercice 1924-1925. A part le brillant succès du P.Lalanne et de ses collaborateurs à Tra-kieu, 542 baptêmes d'adultes, 8 confrères seulement accusent des chiffres dépassant la cinquantaine: 57, le P. Jean à Mang-lang; 61, les PP. Ban à Ha-mong, Porcher à Hoa-vong et Vi à Dong-qua; 79, le P. Piquet à Phan-rang; 80, les P. Labiausse à Kim-chau et Thien à Dai-an; 85, le P. Solvignon à Go-thi.
    Pourquoi la moisson n'est-elle pas plus abondante ? C'est évidemment le secret de Dieu, mais cela tient aussi à des causes qu'on peut facilement connaître. Certes la mentalité païenne annamite a évolué; il semble qu'elle se soit rapprochée de nous dans la mesure où l'Administration nous témoignait de l'indifférence, et il s'est trouvé que plus notre influence a baissé officiellement, plus elle s'est élevée dans les milieux indigènes. Les essais d'anticléricalisme tentés par quelques Européens, la restauration du Bouddhisme et le développement du Confucianisme favorisés par plusieurs n'ont eu pour résultat que d'amener la classe intelligente à réfléchir. Voyant alors clairement que ce n'était ni par intérêt patriotique, ni pour une question de lucre, que nous étions là, ces Annamites ont cherché à pénétrer notre vie, à nous mieux connaître. Ajoutons que les écoles officielles, elles-mêmes, en ouvrant des horizons jusque-là inconnus des étudiants, ne sont pas sans nous rendre quelque service. Le magister dixit a bien perdu de son influence à notre époque, et souvent l'élève prend le contre-pied de son professeur, ne serait-ce que pour faire figure. Mais ce qui aide le plus à la pénétration du monde infidèle, ce sont évidemment nos écoles et surtout celles des chers Frères; les nôtres atteignent le peuple qui nous connaît déjà, celles des Frères atteignent la bourgeoisie qui nous a toujours ignorés.
    Donc la pénétration se fait, elle devient de jour en jour plus facile, et les préjugés païens s'évanouissent. Mais qui aidera à cette moisson, qui la recueillera ? Nous avons perdu dans cette seule année quatre confrères, dont l'un était notre Provicaire pour l'a région de Kon-tum. Par extraordinaire, nous avons eu une ordination de huit prêtres, mais nous n'aurons, l'an prochain, que celle de notre séminariste de Rome. D'un autre côté les missionnaires prennent de l'âge et des infirmités, et nombre de nos prêtres annamites ont une santé médiocre.
    Parmi les événements malheureux de l'année qui vient de se terminer, citons le typhon et le raz de marée qui ont dévasté le sud de la province de Binh-dinh et presque toute la province du Phu-yen, et jeté bas en particulier les belles églises de Manglang et de Song-cau, la famine qui s'est fait âprement sentir dans les provinces éprouvées, et aussi dans les autres, spécialement dans celle du Quang-nam.
    Conséquence de ces fléaux, l'émigration a atteint des chiffres importants. Jusqu'à présent les émigrants se dirigeaient surtout vers la Cochinchine, attirés par sa réputation de richesse et par les facilités que donnent les plantations de caoutchouc pour gagner aisément le riz quotidien. Nombreux sont encore ceux qui prennent cette direction ou qui vont vers Dalat, plus rapproché, mais situé, lui aussi, en dehors de notre Mission. Cette année pourtant — grâce peut-être à une circulaire adressée aux chrétiens — deux de nos provinces ont reçu plusieurs centaines de nos émigrés : celle de Phan-rang où des travaux agricoles sont en plein développement et celle de Kon-tum où la colonisation commence à mettre en valeur les fécondes régions des Djaraï. Plus de quarante grandes concessions de 500 à 10.000 hectares sont demandées à l'heure actuelle, tant par des Européens que par des Annamites.

    L'APOSTOLAT MISSIONNAIRE DE LA FRANGE. — Conférences données à l'Institut catholique de Paris. Ile série, 1924-1925. —Un vol. in-16. — Pierre Téqui, libraire-éditeur, 82, rue Bonaparte, PARIS (VIe).
    Ce volume qui s'ouvre par une introduction due à Mgr Beaupin, Secrétaire général du Comité catholique des Amitiés françaises à l'étranger, nous offre dix très belles conférences sur les missions ;
    Origines de la Société des Missions Etrangères, par Mgr de Guébriant, Supérieur du Séminaire et de la Société des Missions Etrangères.
    Le relèvement de la femme païenne aux Indes, par soeur Jeanne, des Filles de Saint-François de Sales.
    L'Emulation missionnaire à travers le monde, par Mgr Beaupin.
    Madagascar religieux, par le R. P. Dhélias, S. J.
    Les Missions Maristes en Océanie, par le R. P. Courtais, Mariste.
    L'institut Missionnaire des Frères des Ecoles Chrétiennes, par le Fr. Gordien.
    La Mission des Gallas en Abyssinie, par Mgr Jarosseau, des FF. MM. Capucins.
    L'Apostolat par l'éducation au Japon, par le R. P. Lebon, Marianiste.
    Les étudiants chinois à l'étranger, par le R. P. Lebbe, Lazariste.
    Ce que j'ai vu en Afrique Occidentale française, par Mgr Descamps.

    1926/24-27
    24-27
    Vietnam
    1926
    Aucune image