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L'Église du Sacré Cur à Yokohama

L'Église du Sacré Cur à Yokohama
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    L'Église du Sacré Cur à Yokohama

    La première église catholique érigée au XIXe siècle sur la terre japonaise est l'église du Sacré Coeur de Yokohama. Elle a devancé de trois ans l'église de Nagasaki, où eut lieu en 1865 la découverte des descendants des chrétiens du XVIIe siècle. Le P. Girard, Supérieur de la Mission du Japon, après avoir travaillé douze ans à Hongkong et aux îles Ryûkyû en attendant de pouvoir pénétrer au Japon, put enfin débarquer à Yokohama : il y acheta un terrain pour bâtir une église, et, comme ses fonctions d'interprète du Consulat de France le retenaient surtout à Yedo (Tôkyô), il chargea le P. Mounicou de surveiller les travaux de construction.
    La nouvelle église fut inaugurée solennellement le 12 janvier 1862 en présence des membres de la Légation de France et des autorités militaires et navales alors à Yokohama. L'église était affectée uniquement au service des étrangers catholiques, mais la religion continuait d'être absolument interdite aux Japonais ; les placards promulguant la prohibition du christianisme sous des peines sévères ne disparurent des carrefours et des places qu'en 1873.
    L'inauguration d'un temple catholique excita la curiosité des Japonais, qui vinrent nombreux le visiter ; mais, après quelques jours, défense fut faite d'y pénétrer.
    L'année suivante, au mois d'octobre, eut lieu la cérémonie du baptême d'une cloche envoyée de France : le parrain fut M. Roches, ministre de France ; la marraine Mme Jaurès, femme de l'amiral commandant la division navale d'Extrême Orient. Cette cloche, qui suivit l'église dans ses déplacements et survécut à tous les désastres, est celle qui appelle encore les fidèles à la prière du haut de la nouvelle tour qui l'abrite.
    A la fin de 1866, l'église du Sacré Coeur reçut la première visite de Mgr Petitjean, qui venait de recevoir à Hongkong la consécration épiscopale des mains de Mgr Guillemin, assisté du P. Ambrosi, préfet apostolique, et du P. Osouf, procureur des Missions Étrangères, qui, dix ans plus tard, devait devenir vicaire apostolique du Japon Septentrional et, en 1891, premier archevêque de Tôkyô.
    Au mois de septembre 1867, l'église de Yokohama perdit son premier pasteur, le P. Girard. Ses restes, échappés au cataclysme de 1923, ont été transférés dans la nouvelle église qui a remplacé celle de 1862.
    Pendant quelques années, le P. Marin remplaça le P. Girard à la tête de la paroisse du Sacré Coeur ; puis, en 1872, le P. Pettier fut nommé à cette charge, qu'il cumula avec celle de procureur de la mission et qu'il devait exercer pendant quarante-deux ans.
    Des ateliers d'imprimerie et de lithographie pour éditer en japonais les livres de religion furent créés ; une bibliothèque contenant de vieux manuscrits japonais des XVIe et XVIIe siècles relatifs à l'évangélisation fut constituée. Malheureusement, le 30 décembre 1874 un incendie réduisit en cendres cette précieuse bibliothèque avec les archives de la Mission. C'était une perte irréparable, souvent déplorée depuis lors. L'église cependant échappa au désastre.
    Après ce funeste événement, le P. Pettier se rendit en Amérique, puis en France pour y faire une tournée de quêtes en faveur de la Mission si durement éprouvée. Le P. Midon le remplaça pendant le temps de son absence.
    En 1876, la Mission du Japon, qui jusque-là avait compris tout l'Empire du Soleil Levant, fut partagée en deux vicariats : celui du Sud, que garda Mgr Petitjean, et celui du Nord, qui fut confié à Mgr Osouf, ancien Procureur général de la Société à Hongkong, puis directeur au Séminaire de la rue du Bac. Sacré par Mgr Forcade le 11 février 1877, dans la chapelle du Séminaire, le nouveau Vicaire apostolique arrivait au mois de juillet à Yokohama, et c'est dans l'église du Sacré Coeur qu'eut lieu la cérémonie de son intronisation.
    C'est dans la même église que, le 11 juin 1888, Mgr Midon reçut de Mgr Osouf, dont il était jusque-là le Provicaire, la consécration épiscopale pour devenir le Premier Vicaire apostolique de la nouvelle Mission d'Osaka.
    En 1898, le P. Pettier restaura l'église du Sacré Coeur et, en exhaussant la nef centrale, lui donna un caractère plus architectural.
    Cependant les paroissiens adoptaient pour la plupart l'usage d'établir leur maison de résidence sur la colline (Bluff), ne gardant en ville que leurs bureaux ou leurs magasins : de là pour eux une plus grande difficulté pour l'assistance aux offices du dimanche. Pour obvier à cet inconvénient, le P. Pettier, grâce au concours du P. Guérin, qui lui avait succédé comme Procureur de la Mission, put acquérir sur le Bluff un terrain de 4.000 mètres carrés sur lequel l'église, démontée de toutes pièces, fut transportée, rebâtie et enrichie à la façade de deux tours, entre lesquelles une tribune reçut un orgue, le premier dans une église catholique au Japon.
    L'année 1912 marquait le cinquantième anniversaire de la fondation de l'église du Sacré Coeur. Le jour même de la fête patronale, ce jubilé fut célébré en grande pompe : le P. Pettier chanta la grand'messe solennelle et, le soir, une procession du Saint-Sacrement clôtura la fête.
    Le 6 juin 1918 amenait le cinquantième anniversaire de l'ordination sacerdotale du pasteur, le P. Pettier, qui pendant quarante et un ans avait identifié sa vie avec celle de sa paroisse. La célébration de son jubilé fut splendide : messe en musique, offrande au jubilaire d'une somme importante qui lui permit d'éteindre les dettes contractées pour la restauration de l'église.
    L'année suivante, le P. Pettier, devenu presque aveugle, rentrait en France : il eut encore la joie de célébrer ses noces de diamant sacerdotales à Châteaugiron, son pays natal. Deux ans après, âgé de quatre-vingt-sept ans, il s'éteignait au sanatorium de Montbeton (Tarn-et-Garonne).
    Le P. Lemoine, qui lui avait succédé à la paroisse du Sacré Coeur, y continua, en les développant, les oeuvres existantes ; en 1920, il fut remplacé par le P. Lebarbey, dont l'apostolat était couronné de beaux succès, lorsque, le 1er septembre 1923, un cataclysme épouvantable à la fois tremblement de terre, incendie et typhon, vint anéantir le travail de soixante années. Le P. Lebarbey périt écrasé sous les ruines de son presbytère ; le P. Lemoine échappa à la mort d'une manière toute providentielle ; la belle église fut détruite entièrement : tout était à refaire.
    C'est au P. Lemoine que fut confiée la tâche difficile de relever le poste de ses ruines. Il se mit à l'oeuvre courageusement. Un an après le désastre il put inaugurer, sur le même emplacement du Bluff, une chapelle et une résidence provisoires, auxquelles furent ajoutées successivement une salle de réunion et une aile latérale à la petite église.
    Cependant les paroissiens, qui peu à peu se réinstallaient sur le Bluff, aspiraient au jour où une véritable église, digne de l'Église catholique et de la grande cité cosmopolite de Yokohama se dresserait à nouveau sur leur colline. En 1933, bien que la moitié seulement des fonds nécessaires fût assurée, le P. Lemoine, confiant en la Providence, commença les travaux et, le 23 novembre 1936, Mgr Chambon bénissait solennellement la nouvelle église du Sacré Coeur, qui, un an après, devenait l'église cathédrale du nouveau diocèse de Yokohama.
    Daigne la miséricorde divine lui épargner les dures épreuves qu'a subies sa devancière et bénir la paroisse et le diocèse dont elle devient l'église « mère et maîtresse » !

    1938/153-157
    153-157
    Japon
    1938
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