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Labeurs spirituels et matériels

Labeurs spirituels et matériels Dun Missionnaire de l'Inde Petit à petit l'oiseau fait son nid. Après avoir terminé la visite de tous les villages de mon district et donné à Maradanapalli les exercices du Jubilé avec une Première Communion de 35 enfants, je rentrais à mon quartier général de Madagondapalli. Je commençai par faire défricher mon jardin et creuser un petit puits d'un mètre de largeur sur 12 mètres de profondeur, avec une moyenne de 3 mètres d'eau. J'ai ainsi de l'eau propre à volonté : quelle aubaine !
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    Labeurs spirituels et matériels

    Dun Missionnaire de l'Inde

    Petit à petit l'oiseau fait son nid. Après avoir terminé la visite de tous les villages de mon district et donné à Maradanapalli les exercices du Jubilé avec une Première Communion de 35 enfants, je rentrais à mon quartier général de Madagondapalli.
    Je commençai par faire défricher mon jardin et creuser un petit puits d'un mètre de largeur sur 12 mètres de profondeur, avec une moyenne de 3 mètres d'eau. J'ai ainsi de l'eau propre à volonté : quelle aubaine !
    Le puits creusé et le jardin défriché, je n'ai eu à faire que le geste du semeur et en rien de temps j'ai vu pousser et croître sous mes yeux une grande partie de nos légumes de France : haricots, pois, radis, carottes, choux, salades, tomates, pommes de terre, et jusqu'à des citrouilles. J'appris ensuite à mon cuisinier à faire la soupe, à confectionner un ragoût, à préparer de la salade, etc. ; grâce à quoi, ma santé, un peu chancelante au printemps, s'est rétablie et maintenue tout cet été.
    Par là j'ai voulu aussi instruire mes gens : ils connaissaient déjà les pommes de terre, les pois, les haricots et les tomates ; maintenant ils ont pris goût à la salade, aux choux, aux radis. Aussi, dans leur pensée, j'ai certainement droit à la décoration du Mérite Agricole.
    Voici un exemple de la science agri- culturale de mes gens. J'avais semé de la graine de choux et de la graine de radis. Devant m'absenter durant quelques jours, j'explique bien au catéchiste qu'il ne faudra repiquer que les choux, bien en ligne, à la distance de 60 centimètres, et laisser grossir les radis. A mon retour, que vois-je ? Il avait repiqué choux et radis : les choux à 10 centimètres et les radis à... un mètre les uns des autres !
    Mais parlons un peu du spirituel. Voilà deux ans que je suis arrivé à Madagondapalli : je connais maintenant les gens et les lieux. Les gens sont frustes, grossiers, incultes ; mais ils ont un coeur d'or. S'ils ne sont pas parfaits chrétiens, même au sens large du mot, c'est qu'ils n'ont jamais eu de prêtre à demeure chez eux pour les instruire et les diriger. Aussi, pour remuer et soulever la masse, ai-je résolu de former une élite dans chaque village. Au cours de mes voyages j'ai pris des renseignements et, n'ayant encore ni maître d'école ni catéchiste, je dois en former moi-même. J'ai groupé à Madagondapalli tous les enfants de la paroisse sachant lire et écrire une langue ; j'ai rassemblé ainsi 7 enfants, qui parlent trois langues différentes, le télégou, le canara et le tamoul, toutes Iangues parlées dans leurs villages.
    Pour m'aider dans ma tâche, j'ai rappelé Arolsiasami, un de mes premiers baptisés, que j'avais envoyé étudier à Salem pour être catéchiste, et voici notre programme d'études. Tous les jours je fais le catéchisme pendant une heure en tamoul, avec lecture de la Bible ; puis, étude du canara, du tamoul et du télégou. Je donne aussi des leçons d'anglais, de chant, etc. Je suis successivement professeur, surveillant, économe et souvent juge de paix, tout cela sans jamais cesser d'être curé missionnaire. Ma barbe en blanchit et mes cheveux tombent comme les feuilles d'automne, mais je vois le bon grain germer dans l'âme de mes enfants. Ne dois-je pas diminuer pour qu'ils grandissent ?... Ces langues, canara, télégou, tamoul, que mes élèves doivent apprendre, et moi aussi, sont totalement différentes l'une de l'autre. et extrêmement compliquées.
    Laissez moi maintenant, grâce à la photographie ci-contre, vous présenter mes élèves.
    Le grand jeune homme, à droite, est Madelei, 17 ans, fils du catéchiste de Madagondapalli ; il lit et écrit le canara, mais apprend le tamoul.
    A la droite du précédent, tout souriant, c'est Arolsiasami, 16 ans, le premier païen que j'ai converti et baptisé à Atour ; il sait très bien le tamoul, lit et écrit un peu l'anglais, apprend le cnara et aspire au sacerdoce.
    De l'autre côté du tableau, Antoni, fils du catéchiste de Darasapalli, 17 ans ; lit et écrit très bien le canara et le télégou ; apprend avec moi le tamoul et l'anglais.
    A ma gauche, c'est Madeleiappen, de Madagondapalli, 14 ans ; sait déjà écrire 10 lettres sur les 490 que compte sa langue maternelle, le télégou.
    A ma droite, Savarimuitu, 11 ans, de Solleipuram ; lit et écrit le télégou, apprend le tamoul. Avec sa petite taille, sa tête rasée et sa tresse de cheveux, il a tout l'air d'un Chinois. Il a fait sa première Communion l'an passé et veut se faire prêtre ; c'est un bon petit gars, qui sert très bien la messe.
    A ma gauche, assis, Savariappen, 15 ans, de Solleipuram ; sait lire et écrire le télégou et un peu le canara ; il apprend le tamoul et l'anglais.
    A sa gauche, également assis, Gabriel, de Madaranapalli, 13 ans ; il lit un peu le tamoul.
    Enfin, à sa gauche, debout, Savariappen, du même village ; lit aussi un peu le tamoul.
    Et, sur le tableau noir qu'ils entourent, ils ont écrit en 5 langues, français, anglais, tamoul, canara, télégou, à votre adresse, chers lecteurs, leurs salutations, auxquelles ils ajoutent leurs prières pour que vous soyez comblés des faveurs divines.

    A. JUSSEAU,
    Missionnaire de Salem.

    1935/171-172
    171-172
    Inde
    1935
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