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La visite de Mgr de Guébriant dans nos Missions 2

La visite de Mgr de Guébriant dans nos Missions 2 Au Kientchang
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    La visite de Mgr de Guébriant dans nos Missions 2

    Au Kientchang

    Le 7 octobre 1885, le P. de Guébriant, jeune missionnaire, partait pour la Chine. Au commencement de l'année suivante, il arrivait à Suifu, centre de la mission du Setchoan Méridional, à laquelle il était destiné. Après une courte période d'acclimatement, d'étude de la langue, d'apprentissage des us et coutumes du pays, il fut envoyé par son évêque, Mgr Chatagnon, dans le sud de la Mission, le Kientchang, région encore inexplorée, toujours exposée aux incursions et aux razzias des sauvages Lolos et où les tentatives d'évangélisation avaient jusque là échoué presque complètement. C'est ce sol ingrat que le P. de Guébriant était appelé à cultiver ; c'est à ce difficile labeur qu'il se dévoua, et avec succès, pendant 25 ans. En 1894, il était nommé provicaire pour cette partie de la Mission. En 1910, le Kientchang était érigé en mission autonome et le P. de Guébriant en devenait le premier vicaire apostolique, avec le titre d'évêque d'Eurée. Le nouvel évêque décrivait ainsi le champ de son apostolat : « A peine accessible dans le massif formidable de ses montagnes ; fermé au nord et au sud par les cluses de cours d'eau énormes, à l'est par la férocité de populations encore sauvages, à l'ouest par des chaînes de glaciers adossés au Thibet impénétrable, le Kientchang, partie déshéritée de la magnifique province du Setchoan, avait de bien faibles chances de voir la Religion s'implanter sur son sol ingrat. Pays de conquête chinoise, il présente encore cette circonstance particulièrement défavorable à l'évangélisation du mélange de populations disparates, hostiles entre elles, turbulentes, ombrageuses, vivant dans un état de trouble presque continuel ». Malgré ces difficultés, le nombre des chrétiens, qui était de 600 à 700 en 1894, était monté à 4.000 en 1910, et lorsque Mgr de Guébriant, transféré à Canton, dut quitter le Kientchang en 1916, il s'élevait à 8.800. L'apostolat du premier vicaire apostolique avait été fructueux.

    Le Kientchang, devenu vicariat apostolique de Ningyuanfu, avait nécessairement sa place dans l'itinéraire du Supérieur de la Société, et, si ce lui fut une joie de revoir les lieux témoins de ses labeurs apostoliques, grande aussi fut l'allégresse des missionnaires et des chrétiens en accueillant celui qui avait été pour eux un Père et un Pasteur dont ils ne sauraient oublier le zèle, le dévouement et la générosité.

    Les notes envoyées par un missionnaire nous permettront de suivre le vénéré Visiteur dans cette intéressante partie de sa tournée apostolique.

    ***

    Parti de Yunnanfu le 14 février avec le P. Audren, provicaire, venu au devant de lui, Mgr le Supérieur voyagea sept jours d'affilée, tant à cheval qu'en chaise à porteurs, et souvent à pied, à travers un pays aux routes très dures et dénuées de toute auberge quelque peu confortable. Il ne manifeste aucune fatigue apparente, ne se plaint de rien, mais ne cache pas sa joie de retrouver les chemins malaisés, si souvent foulés jadis, et de se remettre au maigre régime du missionnaire ambulant : riz sec et fromage de soja. Et quels sentiments agitèrent son coeur lorsque, au delà du ruban d'émeraude qu'est le Fleuve Bleu, il vit se profiler les montagnes du Kientchang !... Une rapide descente de 2.000 mètres, la traversée du fleuve, une raide montée de 30 li (17 km.) et Monseigneur trouve le P. Bettendorf, venu à sa rencontre (20 février). A la résidence de Mulotchaiku, 23 km plus loin, il bénit une chrétienté de 1.300 fidèles, là où de son temps il n'y avait qu'une vingtaine de catéchumènes.
    Le 22, entrée solennelle à Houyli, poste du P. Audren, où Monseigneur retrouve les notables, amis d'autrefois, avec une population chrétienne largement accrue et des oeuvres prospères, dont la visite occupa toute la journée du lendemain : couvent des religieuses, hôpital, dispensaire, écoles. Le 24 fut réservé aux notabilités de la ville, qui se présentèrent nombreuses et sympathiques. Enfin, pour clôturer la fête, un banquet et un feu d'artifice mirent tout le monde en joie.
    Le 26, la caravane, augmentée des PP. Bettendorf et Flahutez, atteignait Kongmuin, où chrétiens et païens font à Monseigneur une réception aussi solennelle que le permettaient le temps et le lieu. Son Excellence visite les travaux de l'église en construction.
    On ne saurait espérer qu'un voyage dans l'intérieur de la Chine puisse se passer sans incident : au village de Kintchoankyao Monseigneur dut exhiber son passeport et il fallut plus d'une heure pour que la validité en fût reconnue.
    Le 28, arrivée à Tetchang, ancienne paroisse de Monseigneur, administrée actuellement par le P. Tong, doyen des prêtres chinois de la mission. Là encore, magnifique réception, avec arcs de triomphe et crépitement prolongé d'innombrables pétards.
    Enfin on approche de Ningyuanfu, capitale du Kientchang et résidence du vicaire apostolique. Mgr Baudry, accompagné de plusieurs missionnaires et de nombreux chrétiens, est venu au devant de son vénéré prédécesseur : de là jusqu'à l'évêché ce fut une cavalcade comme oncques n'en fut pareille. A l'entrée de la cathédrale, un vieux catéchiste lut à Monseigneur une adresse qui, rappelant tous les services rendus à la Mission du Kientchang, puis aux Eglises de Chine et à l'Eglise universelle, lui souhaitait de travailler longtemps encore à l'extension du règne de Dieu et se terminait par le voeu traditionnel : « Wan soui ! » longuement répété avec enthousiasme par la nombreuse assistance. Monseigneur s'avance alors jusqu'au sanctuaire et rappelle aux chrétiens, dans un langage qui n'a rien perdu de son irréprochable correction de jadis, l'obligation qui leur incombe d'aider leurs pasteurs à l'évangélisation des païens ; puis on chante le Magnificat, après quoi, sans plus de repos, commence la visite des établissements de la Mission : séminaire, école normale du Sacré Coeur, écoles paroissiales de garçons et de filles, hôpital et dispensaire, maisons des Franciscaines Missionnaires de Marie et des religieuses chinoises. A tous et à toutes, comme il l'avait fait à Houyli, Monseigneur, après les compliments mérités, donne les consignes les plus propres à intensifier les progrès des oeuvres entreprises.
    Après un jour et demi consacré à cette laborieuse visite, l'infatigable Visiteur voulut bien prêcher une retraite, en partie commune aux missionnaires et aux prêtres indigènes. En six conférences il encouragea ses auditeurs à poursuivre, avec un zèle indéfectible, leur grande et belle oeuvre d'apostolat en dépit des difficultés qu'elle rencontre, et il termina par cette parole jaillie de son coeur si pleinement missionnaire : « Je vous envie, je vous jalouse de vivre dangereusement votre vie ! » Comme chaque année la retraite se termina par une journée d'adoration du Saint-Sacrement et, au salut du soir, par le renouvellement du « Bon Propos » de persévérer jusqu'à la mort dans les labeurs de l'apostolat, et de l'apostolat dans notre chère Société des Missions Etrangères.
    Monseigneur trouva encore le temps de voir chaque missionnaire en particulier et aussi beaucoup de chrétiens, de recevoir le sous-préfet, le général Yang, le colonel Ten et d'autres notabilités. Un mandarin, dont le frère, étudiant en Belgique, est devenu catholique, lui demanda pour son fils, qui doit aller achever ses études en France, l'abri et la sauvegarde de la maison de Bourg-la-Reine. Enfin, le dimanche 6, un repas d'adieu réunit les deux évêques, les missionnaires, les prêtres indigènes, mêlés aux autorités civiles et militaires presque au complet.
    Le lendemain, un nouveau cortège se formait pour accompagner Mgr le Supérieur ; après un De Profundis au cimetière sur la tombe de nos morts, Mgr Baudry, les PP. Valtat et Boiteux accompagnèrent l'auguste voyageur jusqu'à Loukou, où se fit la séparation. Seul, le P. Bocat continua jusqu'à Tchengtou son rôle de socius.
    La visite du Kientchang était terminée. Les impressions qu'en gardent les missionnaires sont faites de reconnaissance et de courage. Ils espèrent que leur vénéré Supérieur en conservera, lui aussi, un agréable souvenir.

    ***

    La fin d'une longue et laborieuse pérégrination.

    Après son ancienne mission du Kientchang, Mgr de Guébriant visita les trois autres Vicariats de la province du Setchoan :
    Tchengtou, Tchongking et Suifu, ce dernier où il avait débuté dans la vie apostolique et travaillé plus de vingt ans avant d'être élevé à l'épiscopat et mis à la tête de la nouvelle mission du Kientchang. Accueilli partout avec la plus respectueuse bienveillance, même de la part des autorités chinoises, et quittant à regret une province qui lui rappelait tant de souvenirs, Monseigneur s'embarquait à Suifu pour la descente du fleuve Bleu et arrivait à Shanghai à la fin du mois d'avril. De là une rapide digression sur Pékin pour y saluer le Délégué apostolique, Mgr Costantini. Puis retour à Shanghai et embarquement pour le Japon.
    A Nagasaki, le Supérieur des Missions Etrangères retrouve ces ferventes chrétientés, confiées naguère aux prêtres de sa Société et qu'il a voulu céder à un évêque et à un clergé indigènes également formés par eux ; aussi l'accueil qu'il y reçoit est-il tout particulièrement empreint de reconnaissance et de vénération. Quelques heures de chemin de fer le conduisent à Fukuoka, le diocèse où les missionnaires de Nagasaki, abandonnant leurs vieilles chrétientés, sont venus travailler à en créer de nouvelles. Après la visite des principaux établissements catholiques de la mission, c'est un hydravion qui, en moins de quatre heures, transportera l'infatigable voyageur de Fukuoka à Osaka, par-dessus la multitude des iles si pittoresques de la Mer Intérieure. Osaka, Kôbe, Kyôto, et même sur la côte occidentale, Miyazu, Maizuru, furent visités successivement; puis vint le tour de Tôkyô, capitale de l'Empire et siège de l'archevêché, métropole des trois autres diocèses. En dehors de la visite des nombreuses communautés religieuses de la ville, le séjour à Tôkyô fut marqué par une audience de S. M. l'Empereur, à qui Mgr de Guébriant fut présenté par M. Wilden, ambassadeur de France.
    Quelques jours plus tard, Monseigneur débarquait à Fusan, et alors commençait la visite de nos deux missions de Corée, Taikou et Seoul. Après celles-là, celles de Mandchourie, Moukden et Kirin, cette dernière se terminant à Kharbine, où le Transsibérien recevait un voyageur qui, dix jours après, le mercredi 8 juin à 7 heures, débarquait à Paris. Le long et laborieux périple de huit mois était terminé, « bouclant la boucle ».
    Il est regrettable que l'on ne puisse évaluer le nombre de milliers de kilomètres parcourus pendant ce temps. Sur les 39 missions confiées en Extrême-Orient à la Société des Missions Étrangères, 5 seulement, à cause de la distance ou de la difficulté des communications, n'ont pu être visitées : dans l'Inde, le Sikkim ; en Chine, Nanning (Kouangsi), Kouiyang et Lanlong (Kouytchéou) ; dans les marches thibétaines, Tatsienlou.34 ont donc eu l'honneur et la joie de recevoir leur vénéré Supérieur, qui, après une traversée de vingt jours, dut, pour les rencontrer, parcourir successivement l'Inde, la Birmanie, le Siam, la Malaisie, l'Indochine, la Chine, le Japon, la Mandchourie, et enfin traverser rapidement la Sibérie, l'U. R. S. S., l'Allemagne, la Belgique, pour rejoindre Paris, son point de départ.
    Que si l'on osait demander au vaillant voyageur ses sentiments en achevant cette longue tournée apostolique, il est probable qu'il se dirait heureux de retrouver son « chez soi » au centre de la Société dont il a le gouvernement, mais heureux surtout d'avoir, au prix de fatigues dont Dieu seul a eu le secret, porté joie et réconfort à ses frères et à ses fils qui là-bas combattent pour la cause de l'Evangile et de la civilisation chrétienne.
    1932/184-189
    184-189
    Chine
    1932
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