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La terreur rouge

La terreur rouge I. Nouvelles de Swatow. Le P. Vacquerel, prêtre le 21 septembre 1878, parti le 16 octobre suivant pour la mission du Kouang-tong (Canton, Chine) à la veille donc de célébrer ses Noces d'Argent sacerdotales et apostoliques écrit de son poste de Chong-san à la date du 3 février dernier : « Depuis des mois, nous sommes sur le qui-vive, dans la crainte perpétuelle d'une attaque des paysans gagnés au communisme; c'est la lie de la population, gens de sac et de corde qui n'ont rien à perdre et se livrent au pillage.
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    La terreur rouge

    I. Nouvelles de Swatow.

    Le P. Vacquerel, prêtre le 21 septembre 1878, parti le 16 octobre suivant pour la mission du Kouang-tong (Canton, Chine) à la veille donc de célébrer ses Noces d'Argent sacerdotales et apostoliques écrit de son poste de Chong-san à la date du 3 février dernier :

    « Depuis des mois, nous sommes sur le qui-vive, dans la crainte perpétuelle d'une attaque des paysans gagnés au communisme; c'est la lie de la population, gens de sac et de corde qui n'ont rien à perdre et se livrent au pillage.
    « Dans le Hoi-Fung, la sous-préfecture de l'Est du Quang-Tong la plus rapprochée de Hongkong, une bande terrorise le pays depuis plus de trois ans : incendies de villages entiers, pillages, massacres de païens aussi bien que de chrétiens, avec des raffinements d'une cruauté sadique que l'Enfer seul peut inventer, femmes, enfants, ils n'épargnent rien ni personne. Tout le Hoi-Fung et peut-être les deux tiers du Loc-Fung qui touche à mon district par le Sud, ne sont plus qu'un vaste désert couvert de ruines. Ce qui restait des habitants a fui. A Ho-Po, district du P. Veaux, il y a plus de dix mille réfugiés ; au moins trois mille chez le P. Rivière ; j'en ai ici quelques dizaines. Quelle misère! La plupart ont tout perdu et n'ont sauvé que les habits qu'ils avaient sur eux, et nous sommes dans la plus mauvaise saison, l'hiver.
    ... Depuis deux ans ma chrétienté de Chong-san est sous la menace perpétuelle d'une attaque de la part d'un ramassis de gredins qui ne le cèdent en rien à ceux qui opèrent dans les sous préfectures du Hoi-Fung et du Loc-Fung: déjà une foule de villages, après avoir été pillés, ont été réduits en cendres ; il y a eu des batailles entre communistes et anticommunistes, avec terribles représailles de la part de ces derniers lorsqu'ils étaient les plus forts. Le Chinois en est encore au principe : « OEil pour oeil, dent pour dent! » Et même à nos chrétiens qui récitent pourtant chaque jour et plusieurs fois par jour le « Notre Père », qu'il est difficile de faire admettre le pardon des injures !
    « Il y a quelques jours, un espion était pris dans un village de la montagne, à deux lieues d'ici : c'était un bandit de la pire espèce ; un païen chassé de son village par les communistes le reconnut comme l'assassin de son vieux père ; après avoir été torturé comme savent le faire les Chinois, il fut finalement décapité.
    « Le premier de l'an chinois, trois autres étaient arrêtés ici même, tout près de notre village ; sous prétexte de demander l'aumône, ils étaient venus examiner les lieux et, à travers la brousse, ne suivant pas les chemins battus, ce qui a donné l'éveil, ils retournaient rendre compte de leur mission. Se lançant à leur poursuite, nos gens les ont rattrapés, ra menés ; interrogés séparément, et leurs réponses ne concordant pas, ils ont été livrés aux notables du clan des Tsong de Chongsa. Je ne sais au juste ce qu'ils sont devenus, mais je serais bien surpris s'ils n'avaient pas subi le sort de l'autre, moins peut-être la torture. Devant la carence de l'autorité ou son inexistence, les clans se protègent eux-mêmes et leur justice sommaire doit assez ressembler à celle des conseils de guerre.
    « Le samedi, 28 janvier, nous étions avertis de nous tenir sur nos gardes parce qu'une attaque était imminente, ce qui d'ailleurs nous était confirmé par certains indices. On achève de mettre le village en état de défense, ma résidence surtout, solidement construite en ciment armé, clone pouvant servir de réduit central et au besoin soutenir un siège ; de Chongsa on nous envoie du renfort, avec promesse de nous envoyer du monde encore si nous sommes attaqués. C'est que, pour le clan des Tsong, Chong-san est un poste avancé du côté du Nord, un petit Verdun. Chong-san occupé par les communistes du Tchong-luc, le clan se trouve pris entre deux feux; aussi tout le clan, qui compte plus de 15.000 âmes et qui n'est pas contaminé par le bolchevisme, nous est-il acquis, païens et chrétiens.
    « Le 29, qui était le dimanche, dès le point du jour, j'étais réveillé par le son perçant des conques de guerre. « Allons, me dis-je cette fois ça y est ; la danse va commencer ; le jour aurait pu être mieux choisi ; mais qu'y faire que de s'en remettre à la très sainte volonté de Dieu et à sa très paternelle miséricorde?... » Bientôt tout le monde est sous les armes et chacun a gagné le poste de combat qui lui a été assigné. Les femmes, les enfants et ceux qui ne sont plus en âge de porter le fusil arrivent à la chapelle pour les prières et pour entendre la messe. La messe dominicale, valait-il mieux l'avancer ou la retarder? Je me décidai pour le premier parti et je pus célébrer en toute tranquillité. Ce ne fut ce jour-là qu'une fausse alerte ; des coups de fusil avaient été entendus dans la montagne, c'est ce qui avait donné lieu de croire à une attaque imminente.
    « Dans cette même journée du dimanche, nous apprenions que les païens d'un village situé à 6 lys d'ici (environ 4 kilomètres) avaient appelé les communistes et que 300 avaient répondu à l'appel ; il n'y avait plus à se faire illusion, c'était bien ma chrétienté de Chongsan qui était visée. L'attaque n'ayant pas eu lieu le dimanche, ce serait pour le lendemain.
    « Depuis une douzaine de jours, le vent soufflait du Sud et il faisait une chaleur anormale pour la saison ; dans la nuit le vent sauta brusquement au Nord, abaissant considérablement la température et accompagné d'une pluie fine qui pénétrait jusqu'aux moelles; deux matins de suite, le jour levé, on voyait les montagnes couvertes de givre : allez donc vous mettre en campagne par un temps pareil ! Nos 300 communistes sont toujours là, dans le village qui les a appelés, se gobergeant aux frais de l'habitant qui peut-être aujourd'hui se mord les doigts de les avoir mandés ; c'est que, vous pouvez le croire, les gaillards ne vivent pas que de l'air du temps.
    « Nos braves ont-ils été déconcertés en ne voyant pas revenir leurs espions, sur le sort desquels ils n'ont pas dû se faire illusion ? Ont-ils appris que nous étions décidés à les recevoir chaudement et qu'il n'y avait plus à compter sur une surprise ? La température glaciale a-t-elle refroidi leur ardeur guerrière ? On ne sait ; toujours est-il que jusqu'ici ils n'ont pas paru, mais la menace d'une attaque est toujours suspendue sur le village.
    « J'espère que le bon Dieu qui nous a si bien protégés jusqu'ici, nous continuera sa toute paternelle protection : ce qu'il garde est bien gardé : Si Deus pro nobis, quis contra nos ?
    « ... Quelle vie que celle que nous menons! Toujours en alerte, toujours à se demander de quoi demain sera-t-il fait? Ah ! Les nuits d'insomnie, qu'elles sont longues ! »

    Il. Nouvelles du Sutchuen.

    Suifu, 17 janvier 1928.

    Les derniers jours du mois de décembre furent très mouvementés, et l'année 1927 faillit mal finir pour nous. Un peu partout dans la province, à la nouvelle sans doute de la victoire éphémère des rouges à Canton, les bolchevistes, qui n'avaient pas fait parler d'eux depuis plusieurs mois, relevèrent la tête, et se mirent à pérorer et à agir contre la Religion chrétienne, à Fouchouen, à Suifu, à Yachow, les antichrétiens furent violents.
    Devant une de nos églises de Suifu, un groupe de manifestants fit naître une bagarre, au cours de laquelle plusieurs étudiants furent assez malmenés par des chrétiens dont la patience fut mise à bout. Grâce à Dieu, les autorités militaires firent la sourde oreille aux clameurs des chefs du club kouemingtang, à Suifu, et ne procédèrent pas à l'arrestation des cinq ou six chrétiens, coupables de s'être défendus, arrestation réclamée par voie d'affiches.
    Le matin du 26, les élèves des écoles de Fouchouen, garçons et filles, conduits par leurs professeurs, envahirent et saccagèrent pour la seconde fois (la première fois ayant eu lieu, le 12 mars dernier) la mission protestante de cette ville. Les militaires n'intervinrent qu'après que tout ce qui pouvait être brisé fut mis en pièces. Aucune sanction, bien entendu, ne fut prise contre les étudiants ni contre leurs professeurs.
    Le jour même de Noël, à Yatcheou, une nuée d'antichrétiens composée surtout d'étudiants, essaya, à plusieurs reprises, de faire irruption dans les établissements protestants, mais comme ceux-ci étaient protégés par un fort cordon de policiers, elle dut se contenter de processionner à travers les rues de la ville, foudroyant toutes les religions chrétiennes à coups de « ta tao à bas ! » La mission catholique ne fut pas inquiétée.
    A Louikiang et à Longtchang, le mouvement antichrétien et antiétranger est mené par un jeune colonel, fils du puissant générât qui commande en chef toutes les troupes échelonnées entre Longtchang et Yanghien, sur la grande artère qui conduit de Chungking à Tchentou.
    Tous ces divers incidents nous prouvent que la ligue antichrétienne est plus forte que jamais et qu'elle aura recours contre nous aux moyens les plus violents, dès qu'elle jugera le moment favorable.
    D'autre part, nos revenus ont à souffrir énormément des contributions et impositions de toutes sortes, prélevées par les militaires ou par les miliciens. Rien que dans le courant de l'année der nièce, nous avons dû payer six ans d'impôts anticipés, de l'an 16 de la République chinoise à l'an 21 inclusivement. Nous faisons ainsi une perte globale approchant de 15.000 piastres.

    III. Nouvelles du Yunnan.

    Yunnanfu, 25 mars 1928.

    Au moment du renversement de T'ang Ki iao (6 février 1927) à Yunnanfu, son cousin Tang Ki lin administrait la région de Taly (Ouest). Tang Ki-ui et Tchen oui Ken, amis de T'ang Ki iao, vinrent l'y rejoindre, et organisèrent dans tout l'ouest un parti d'opposition au Gouvernement de Yumanfou.
    Yunnanfou eut d'abord à lutter dans l'Est contre une tentative d'invasion de la part du Koui tcheou. Victorieux de ce côté, il lança, en février de cette année, le Général Tchang tsong sur Taly, l'impétuosité de ce dernier fut telle que les troupes de Taly commandées par Tchen oui Ken, essayèrent d'entamer des pourparlers. Pour ne pas gêner les pourparlers, Tang-Ki-yu, le principal adversaire du Gouvernement de Yunnanfou, venait de quitter Taly et gagner la frontière. Inutile, Tchang tsong avait la consigne de reconquérir Taly par la manière forte ; et il continua rigoureusement son attaque jusqu'au bout.
    Resté seul à Taly, T'ang Ki lin appela à son secours, le chef brigand Tchang Kié pa, bien connu pour sa cruauté. Celui-ci hésita d'abord quelques jours, puis, sortit de son repaire, et entra à Taly le 6 mars, avec plus de 1.500 hommes.
    La Mission catholique de Taly et des sous-préfectures environnantes, bien que faisant encore partie intégrante du Vicariat Apostolique de Yunnanfou, est depuis quelques années confiée exclusivement aux R.R. P.P. du Sacré Cur de Bétharram. Ces missionnaires au nombre de huit préparent dans cette région une future Mission distincte de celle de Yunnanfu. Leur supérieur, le R. P. Erdozaincy-Etchart étant absent, c'est le R. P. Louis Pirmez qui le remplace dans ses fonctions. De nationalité belge, le P. L. Pirmez, vint en Chine en 1922, muni d'un passeport de la Légation de France à Pékin, il est âgé de 40 ans.
    Cependant les troupes de Yunnanfou approchaient de Taly Tchen oui Ken jugea inutile de résister, il s'enfuit vers Yong-tchang route de Birmanie. Le 12 mars, panique en ville de Taly ; Tang Kié lin, le sous-préfet et ceux des principaux chefs qui étaient compromis, s'enfuirent à leur tour ce jour-là vers le nord. Tchang Kié pa, qui depuis son arrivée (9 mars) à Taly affectait d'entretenir des relations amicales avec tous et particulièrement avec la Mission catholique invitant les Missionnaires et les Notables, etc changea brusquement d'attitude devant la débâcle générale.
    Le 13 mars, de bon matin, il manda un de ses lieutenants avec forte escorte à la Mission, appela d'urgence les Pères qui s'y trouvaient : le R. P. Pirmez et le P. Trezzi, un troisième le P. Oxibar était ce jour-là absent. Il leur signifia qu'ils devaient le suivre : « J'ai besoin de vous comme otages; n'ayez pas peur, vous serez très bien traités ». Le nommé Ko, agent de la Gabelle, et connu sous le nom de M. Paul, était un ami de la Mission. Il s'interpose et demande à servir d'otage aux lieux et place des deux Pères. « Tu es un Chinois, lui dit Tchang Kié pa ; donc, sans valeur pour moi. « Il me fautdes Européens». « A ce compte-là, réplique M. Paul, il vous suffit d'un Européen » ; et le Père Pirmez fit observer l'état délicat de santé du P. Trezzi qui serait plutôt une gêne à la montagne. Le brigand se rendit à ces raisons.
    Durant la journée du 13, les deux missionnaires eurent permission à 2 ou 3 reprises de se rendre à la Mission, mais une escorte, armée jusqu'aux dents, les suivait partout.
    Enfin la nuit, il fallut partir; le P. Pirmez ramassa sa literie, des habits et quelques objets de culte. A minuit, le chef pirate et sa bande partaient emmenant le cher Père avec eux, en direction du Nord.
    Le P. Trezzi qui nous donne ces détails par lettre du 14 mars, arrivée à Yunnanfou le 22 mars, ajoute que les notables restés en ville, devaient se rendre avec M. Paul et le P. Oxibar à la ville de Hia-Kouan (12 km sud de Taby, au-devant des troupes de Yunnanfou pour y traiter des conditions de paix et les moyens de délivrance du P. Pirmez.
    Or nous savons par télégrammes du 17 et du 18 mars que le général Tchang-tsong commandant les troupes de Yunnanfu était entré le 17 à Taby, mais n'avait encore rien fait pour la délivrance de notre Confrère.
    De Yunnanfu, des ordres sévères ont été envoyés au général Tchang-tsong pour prendre d'urgence toutes mesures en vue de la libération du prisonnier.

    1928/105-109
    105-109
    Chine
    1928
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