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La sorcellerie et les sorciers dans l'Inde

VARIÉTÉS La sorcellerie et les sorciers dans l'Inde Qu'il y ait sur la terre des hommes doués de pouvoirs magiques, des hommes capables de nuire, à volonté, c'est là, pour l'Indien, une vérité évidente. Inutile de le contredire sur ce point, vous n'y gagneriez rien. Pour lui c'est un fait d'expérience. Faut-il s'étonner de sa crédulité ? En France, n'avons-nous pas les devins pour les villes, et les sorciers pour les campagnes ? N'a-t-on pas il y a quelque temps assisté au succès de Mlle Couesdon ?
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    VARIÉTÉS

    La sorcellerie et les sorciers dans l'Inde

    Qu'il y ait sur la terre des hommes doués de pouvoirs magiques, des hommes capables de nuire, à volonté, c'est là, pour l'Indien, une vérité évidente. Inutile de le contredire sur ce point, vous n'y gagneriez rien. Pour lui c'est un fait d'expérience. Faut-il s'étonner de sa crédulité ? En France, n'avons-nous pas les devins pour les villes, et les sorciers pour les campagnes ? N'a-t-on pas il y a quelque temps assisté au succès de Mlle Couesdon ?

    Peut-on, après cela, reprocher aux Indiens de croire aux sorts et aux sorciers ?

    Il y en a partout et ils ne chôment pas. On les emploie, mais personne ne les aime.

    On les regarde comme des chiens dangereux, ne sachant faire que le mal.

    Quelquefois, les villageois leur font payer cher l'honneur de tromper leurs semblables. C'est ce que prouvent les débats qui viennent d'avoir lieu devant la haute cour d'Allahabad, débats qui se sont terminés par trois condamnations à mort. Voici les faits tels que les journaux les rapportent.

    Dans le village de Bahger, district de Budaun, vivait une famille d'Ahirs, composée du père et de quatre enfants. L'un d'eux, Nathua, avait de fréquentes attaques de nerfs et montrait des signes d'aliénation mentale. Les jours de foire, il fallait l'attacher ou l'enfermer à la maison pour l'empêcher d'aller faire du tapage dans les bazars. Prières, remèdes, rien n'y faisait.

    En désespoir de cause, Mau Singh, le père de famille, finit par se persuader que Nathua avait été ensorcelé. Il n'eut pas de peine à faire partager cette opinion à ses enfants.

    Dans le village, il y avait un homme d'allures mystérieuses qui soignait les enfants malades avec de la cendre. Pas de doute, c'était un sorcier, c'était lui le coupable ; c'était lui qui avait lâché un de ses diables sur le malheureux Nathua.

    Le 5 mai au soir, Mau Singh attire chez lui le prétendu sorcier. On lui administre d'abord quelques bons coups de bâton pour lui faire avouer son crime. « C'est toi, lui dit Mau Singh, qui as jeté un sort sur mon fils, retire-le ».

    Soucera eut beau protester de son innocence ; ce fut peine perdue. A la fin, le père et les enfants furieux s'emparent de sa personne, l'étendent par terre, lui attachent les mains et les pieds à quatre pieux fixés en terre et la bastonnade commence aux cris répétés de : « Gloire au Gange. Gangaji ka djaï ».

    Le supplice dut être terrible, mais il ne fut pas long. Le pauvre diable perdit connaissance et la mort vint bientôt le délivrer de ses ennemis. D'après le rapport du médecin légiste, les os étaient brisés dans cinquante endroits.

    Pour terminer la cérémonie, un des enfants donna deux coups de bâton à son père, deux à chacun de ses frères et autant à toutes les femmes de la maison, sans doute pour empêcher le démon d'aller chercher un refuge.

    Voilà les faits sur lesquels la haute cour d'Allahabad vient de se prononcer. Les trois principaux acteurs de cette horrible scène doivent déjà avoir rejoint dans l'autre monde leur malheureuse victime.

    N'est-ce pas que le métier de sorcier n'est pas toujours plaisant dans l'Inde ? Autrefois, dit-on, ce n'était pas le sorcier seulement qui devait payer de sa vie la crainte qu'il inspirait à ses semblables, toute sa famille y passait. Les choses ont changé. La loi anglaise y a mis bon ordre et la vie d'un sorcier coûte aussi cher que celle d'un autre.




    1902/281-282
    281-282
    Inde
    1902
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