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La Société des Missions Etrangères en Corée

La Société des Missions Etrangères en Corée La manière dont le christianisme pénétra en Corée est vraiment extraordinaire et unique dans l'histoire de l'Eglise. Chaque année le roi de Corée envoyait à Pékin une ambassade portant à l'Empereur de Chine des présents, hommage de vassalité. En 1784, parmi les membres de l'ambassade se trouvait un certain Ri Seung-houn-i, qui, durant son séjour à la capitale, entra en relations avec les PP. Jésuites, étudia la religion et fut baptisée par Mgr de Gouvea, évêque de Pékin, qui lui donna le nom de Pierre.
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    La Société des Missions Etrangères en Corée

    La manière dont le christianisme pénétra en Corée est vraiment extraordinaire et unique dans l'histoire de l'Eglise. Chaque année le roi de Corée envoyait à Pékin une ambassade portant à l'Empereur de Chine des présents, hommage de vassalité. En 1784, parmi les membres de l'ambassade se trouvait un certain Ri Seung-houn-i, qui, durant son séjour à la capitale, entra en relations avec les PP. Jésuites, étudia la religion et fut baptisée par Mgr de Gouvea, évêque de Pékin, qui lui donna le nom de Pierre.
    De retour en Corée, Pierre Ri se fit le prédicateur de l'Evangile ; son premier converti fut un de ses amis, Ri Tek-tjo, qu'il nomma Jean-Baptiste. Bientôt les conversions se multiplièrent et le zèle des néophytes alla jusqu'à vouloir instituer parmi eux la hiérarchie catholique telle que Pierre Ri, qui l'avait admirée à Pékin, la leur dépeignait. Les principaux chrétiens tinrent conseil : François-Xavier Kouen fut élu évêque, Pierre Ri et quelques autres furent faits prêtres, et tous, dans la plus entière bonne foi, commencèrent à prêcher, baptiser, confesser, confirmer, célébrer la messe, excitant une, grande ferveur parmi leurs fidèles. Après quelques années cependant, un doute s'éleva dans leur esprit sur la validité de leur élection et, par conséquent, de leur ministère. Cessant donc toute fonction ecclésiastique, ils en référèrent à l'évêque de Pékin, qui leur fit comprendre que seule l'Eglise a le pouvoir de concéder par le sacrement de l'Ordre les pouvoirs qu'ils s'étaient arrogés, et, les exhortant à persévérer dans la foi, promit de leur envcyer bientôt un missionnaire pour les diriger et les consoler.
    Au commencement de 1795, un prêtre chinois, le P. Jacques Tjyou, arrivait à Seoul ; mais la persécution l'y avait devancé, beaucoup de néophytes avaient confessé la foi dans les tourments et remporté la palme du martyre. Le P. Tjyou dut se cacher pour exercer son ministère, puis, après quelques années d'un dur apostolat, il fut arrêté, subit la torture et, condamné à mort, fut exécuté le 31 mai 1801.
    L'Eglise coréenne se retrouvait sans pasteur et cette situation lamentable devait se prolonger durant plus de 30 ans. A plusieurs reprises les chrétiens de Corée écrivirent au Souverain Pontife pour lui demander un évêque et des prêtres : ce n'est qu'en 1831 que leur requête put être exaucée. A cette date, le Pape Grégoire XVI érigeait la Corée en vicariat apostolique et Mgr Bruguière, évêque de Capse et Coadjuteur de Mgr Florens, vicaire apostolique du Siam, en devenait le premier titulaire. Au reçu de sa nomination, Mgr Bruguière s'embarqua à Singapore, gagnant sa nouvelle mission, dont la Société des Missions Etrangères avait accepté la charge. L'évêque, au prix des fatigues et des périls d'un voyage qui dura deux ans, arrivait, au mois d'octobre 1834, à Sivang, en Tartarie, où l'attendait un de ses missionnaires, le P. Maubant. Là, il n'eut plus qu'une pensée : pénétrer au plus tôt dans le pays obstinément interdit. Ses préparatifs terminés et toutes les précautions prises pour la réussite de sa dangereuse entreprise, il quitta Sivang et se mit en route pour la Corée ; mais, après deux semaines de voyage, il tomba subitement malade au village chrétien de Pielikieou (Mongolie) et, une heure après, il était mort, assisté d'un prêtre chinois. C'était le 20 octobre 1835. Ainsi le premier Vicaire apostolique de la Corée ne connut jamais le pays pour lequel il avait déjà souffert et au bien duquel il voulait consacrer sa vie.
    Plus heureux que lui, le P. Maubant réussit à franchir la frontière coréenne et à pénétrer dans la ville de Seoul, où il arriva en janvier 1836. Un an après, le P. Chastan l'y rejoignait, et les deux courageux missionnaires, après quelques mois employés à l'étude de la langue coréenne, se livrèrent sans répit au ministère apostolique, qui eût bientôt épuisé leurs forces réunies, si la Providence ne leur eût envoyé du secours.
    Aussitôt connue en France la mort de Mgr Bruguière, les Supérieurs de la Société des Missions Etrangères choisirent pour lui succéder le P. Imbert, missionnaire au Setchoan depuis 12 ans. Rome approuva ce choix et l'élu fut sacré le 14 mai 1837. Peu après il quittait le Setchoan, se rendait à Sivang, puis à Moukden, et enfin, dans la nuit du 18 décembre, franchissait à son tour la frontière de Corée, puis arrivait à Seoul. Après avoir étudié la langue, il commença la visite des chrétientés ; mais, malgré toutes les précautions prises, il fut dénoncé par un traître, arrêté et incarcéré à Seoul. Dans l'espoir d'éviter la persécution à ses chrétiens, il invita alors ses deux missionnaires à se livrer aussi : il fut obéi, et, quelques jours plus tard, les trois apôtres, après de cruelles tortures, étaient condamnés à mort. Ils furent décapités non loin de Seoul le 21 septembre 1839. Mgr Imbert et les PP. Maubant et Chastan ont été béatifiés en 1925 et la Société des Missions Etrangères, à laquelle ils appartenaient, célèbre leur fête le 26 septembre de chaque année.
    Quelques mois avant ces événements, un jeune missionnaire, le P. Jean Ferreol, s'était embarqué pour la Corée et, à son arrivée en Mongolie, il apprit à la fois et le martyre de ses confrères et sa nomination d'évêque de Belline et de Vicaire apostolique de Corée. Il fut sacré en Mandchourie par Mgr Verrolles le 31 décembre 1843. Ne pouvant entrer dans sa mission par le nord, il se rendit à Shanghai, où il ordonna prêtre le diacre André Kim ; puis, avec celui-ci et le jeune P. Daveluy, récemment arrivé de France, il s'embarqua pour la Corée, où il réussit à aborder le 12 octobre 1845 ; quelques jours plus tard, il était à Seoul et commençait aussitôt l'administration des chrétiens. Mais son arrivée coïncidait avec une reprise de la persécution, dont le prêtre André Kim, béatifié en 1925 avec les Martyrs de 1839, fut la plus glorieuse victime.
    Cependant l'évêque et le P. Daveluy continuaient la visite des chrétientés, mais leur santé délicate ne leur permettait pas de faire face à tous les besoins de la mission ; heureusement la Providence leur envoya une précieuse recrue en la personne du prêtre coréen
    Thomas Tchoi, récemment ordonné à Shanghai. Cette arrivée fut suivie d'une autre, celle du P. Maistre, qui depuis dix ans avait vainement multiplié les tentatives pour pénétrer en Corée. Il n'y arriva que pour assister aux derniers moments de Mgr Ferréol, qui, épuisé par des travaux au-dessus de ses forces, rendit son âme à Dieu le 3 février 1853.
    Le P. Maistre, que l'évêque défunt avait nommé provicaire, prit en mains le gouvernement de la mission, qu'un nouveau deuil vint attrister : le P. Jansou, à peine débarqué, tomba malade et mourut le 18 juin.
    Les ouvriers apostoliques étaient donc réduits à trois : les PP. Maistre, Daveluy et le prêtre Tchoi, et il leur fallait administrer environ 13.000 chrétiens, dispersés de tous côtés. Cette situation devait durer trois ans. En 1855, la Corée apprit avec joie qu'elle avait un nouvel évêque : c'était Mgr Berneux, ancien missionnaire du Tonkin, où il avait confessé la foi : incarcéré dans la prison de Hué, il avait été condamné à mort avec 4 autres missionnaires, mais le Commandant d'une canonnière française obtint leur libération. Ne pouvant plus rester en Indochine, le P. Berneux avait opté pour la Mandchourie, où il travaillait avec zèle depuis 11 ans, lorsqu'il reçut sa nomination de Vicaire apostolique de la Corée. Il fut sacré par Mgr Verrolles le 27 décembre 1854. Gagnant aussitôt Shanghai, il y fut rejoint par deux jeunes missionnaires, les PP. Pourthié et Petitnicolas, et, au printemps de 1856, tous trois arrivaient à Seoul.
    Le premier acte du nouvel évêque fut de se faire autoriser par Rome à se choisir un Coadjuteur : son choix se porta sur le P. Daveluy, qu'il sacra lui-même à Seoul le 27 mars 1857. A la fin de cette même année, la mort enleva à la mission un bon ouvrier, le P. Maistre, mais il fut remplacé par le P. Féron, arrivant de France.
    Les années qui suivirent furent une période de fructueux travaux, mais aussi de nombreuses épreuves : une persécution ordonnée par le Préfet de police, puis désavouée par le Roi : l'émotion causée en Corée par l'entrée à Pékin des troupes anglo-françaises en 1860, la crainte de voir les étrangers arriver à Seoul, troublèrent profondément les esprits, qui ne retrouvèrent le calme qu'après le départ des flottes européennes. Au commencement de 1861 arrivèrent en Corée quatre nouveaux missionnaires, mais, dans le même temps, la mission perdit son seul prêtre indigène, Thomas Tchoi. En 1863 arriva le P. Aumaître, mais deux du groupe de 1861 succombaient dans le cours de cette même année.
    Au commencement de 1864 le roi mourut et on lui donna pour successeur un enfant de 12 ans ; l'autorité fut exercée par des ministres hostiles au christianisme et ils ne devaient pas tarder à manifester leur haine de cruelle façon. Cependant, l'arrivée en juin 1865 de 4 nouveaux missionnaires fut une grande joie pour la mission qui comptait alors 23.000 catholiques.
    Sur ces entrefaites, un navire russe se présenta en janvier 1866 dans le port de Ouensan, demandant la liberté de commerce et le droit pour les marchands russes de s'établir en Corée. Cette démarche causa grand émoi à la Cour et redoubla l'audace des dignitaires opposés au christianisme : il fut promptement décidé que tous les missionnaires seraient mis à mort. Le 23 février, Mgr Berneux est arrêté ; quelques jours après, les PP. de Bretenières, Beaulieu et Dorie, rejoignent leur évêque dans la prison ; après plusieurs interrogatoires accompagnés d'horribles tortures, les quatre victimes sont conduites au dernier supplice le 8 mars, au lieu même où, 27 ans auparavant, Mgr Imbert et ses compagnons avaient subi le martyre. Le 11 mars, les PP. Pourthié et Petitnicolas avaient le même sort. Enfin, le 30 du même mois, Mgr Daveluy, les PP. Au maître et Huin, à 40 lieues de la capitale, donnaient leur vie pour l'amour de Celui qui, ce même jour, c'était le Vendredi Saint, était mort pour le salut du monde.
    Ainsi, en moins d'un mois, deux évêques et sept missionnaires avaient arrosé de leur sang le sol du pays auquel ils apportaient la grâce de l'Evangile avec les lumières de la vraie civilisation. La Société des Missions Etrangères poursuivra-t-elle ses efforts pour la conversion d'un peuple qui s'y montre si cruellement réfractaire ?
    Trois missionnaires seulement avaient réussi à échapper aux recherches des persécuteurs. Ils se réfugièrent temporairement à Chefoo, dans le Shantung, tandis que le Séminaire de Paris, pour remplacer les Martyrs, envoie 3 nouveaux prêtres en 1867. Plusieurs tentatives pour rentrer en Corée demeurent sans résultat. Au mois d'avril 1869, le P. Ridel est nommé évêque de Philippopolis et Vicaire apostolique de la Corée : la nouvelle lui parvient en Mandchourie, d'où il voulait essayer une fois encore de pénétrer dans sa mission. Appelé au Concile du Vatican, il part, et c'est à Rome que, le 5 juin 1870, il sera sacré par le Cardinal de Bonnechose. De retour en Mandchourie, ce n'est qu'en 1877 qu'il trouve une occasion favorable pour rentrer en Corée et il s'installe enfin à Seoul. A peine y était-il depuis 3 mois qu'il fut arrêté et jeté en prison : mais grâce au Ministre de France à Pékin et aux gouvernements chinois et japonais, il fut libéré après 4 mois et reconduit à la frontière de Chine. Peu après, deux missionnaires, les PP. Deguette et Liouville, sont aussi arrêtés et emprisonnés, puis rendus à la liberté par ordre du gouverneur de la province. Les temps semblaient changés et l'espoir renaissait au coeur des ouvriers apostoliques. En effet, en 1882, la Corée signait des traités avec les puissances étrangères et les missionnaires allaient enfin pouvoir prêcher ouvertement la religion.
    Mgr Ridel n'était plus là pour assister à ce renouveau de l'apostolat : frappé de paralysie en 1881, il était rentré en France ; il y mourut en 1884.
    Il eut pour successeur Mgr Blanc, qui, en Corée depuis 1876, avait été son provicaire, puis son Coadjuteur. Profitant de la liberté accordée par les traités, le nouveau Vicaire apostolique fonde des oeuvres : école, orphelinat, hospice ; il appelle les Soeurs de St Paul de Chartres, il acquiert un terrain pour construire la cathédrale et l'évêché ; il compose des ouvrages de doctrine, mais il meurt le 21 février 1890 sans avoir pu réaliser tous les projets que lui suggérait son zèle.
    La Providence tenait en réserve celui qui, recueillant sa succession, allait porter la Mission de Corée à un degré de prospérité inespéré : il se nommait Gustave Mutel. Ordonné prêtre en 1877, il avait reçu sa destination pour la Corée. En s'y rendant, il s'était arrêté plusieurs mois au Tonkin pour s'initier à la marche à suivre dans les procès des causes de béatification ; après quoi, ne pouvant pénétrer dans sa mission, il s'établit en Mandchourie, où il demeura trois années, qu'il employa surtout à l'étude des caractères chinois et de la langue coréenne. En 1880, une tentative pour entrer en Corée échoua, mais l'année suivante il fut plus heureux et put arriver à Seoul, où il fut chargé de la procure et de l'administration des chrétiens de la capitale. Il exerçait ces fonctions avec succès depuis 4 ans, lorsqu'il fut rappelé à Paris comme directeur du Séminaire.
    Il laissait dans sa mission le souvenir d'un zélé missionnaire ; aussi ses confrères n'hésitèrent-ils pas, à la mort de Mgr Blanc, à le demander pour Vicaire apostolique. En 1890 il était nommé Evêque de Milo et sacré dans l'église du Séminaire des Missions par le Cardinal Richard, de sainte mémoire. Quatre mois après il était à Seoul, préludant au ministère épiscopal qu'il devait exercer durant 42 ans avec une prudente et inlassable activité. Un de ses premiers actes fut l'érection d'un séminaire, et le nombre des prêtres coréens ordonnés par lui s'élevait, à sa mort, à 64. Il développa les oeuvres d'évangélisation et vit son troupeau s'accroître chaque année de 4.000 à 5.000 âmes.
    L'Eglise de Corée, sous sa direction, fit de tels progrès que le moment vint où Mgr Mutel songea à partager avec d'autres les responsabilités de son immense Vicariat. De là, en 1911, l'érection des 4 provinces du sud de la péninsule en mission autonome, celle de Taikou, confiée aussi à la Société des Missions Etrangères et qui enlevait 27.000 chrétiens à la mission mère. De là encore, en 1920, la cession aux Bénédictins de Sainte-Odile de 2 provinces du nord-est, pour former le Vicariat de Ouensan avec 3.000 chrétiens. De là enfin, les 2 provinces du nord-ouest cédées aux Missionnaires américains de Maryknoll avec 7.000 fidèles.
    Après ces divisions successives, la Mission de Seoul compte aujourd'hui 61.000 chrétiens, celle de Taikou 45.000, et la Corée tout entière 128.500. Lorsque Mgr Mutel en devint Vicaire apostolique, il y en avait 17.000. Il n'y avait alors pas un seul prêtre indigène, il y en a actuellement plus de 80. En moins de 50 ans, le catholicisme a donc fait en Corée de merveilleux progrès, dus pour une bonne part à la sage administration de Mgr Mutel, mais aussi à l'intercession des nombreux Martyrs qui ont répandu leur sang pour la foi sur le sol coréen. Aussi un des plus beaux jours de la vie du vaillant évêque fut-il celui où, en 1925, il assista à Rome à la béatification de 79 Martyrs de 1839-1846. Il avait préparé les matériaux pour celle des Martyrs de 1866 : il n'a pas eu la consolation de la voir proclamée de son vivant.
    En 1925, le Pape Pie XI l'avait nommé Archevêque de Ratiaria ; le gouvernement français l'avait décoré de la Légion d'Honneur. Le 23 janvier 1933, il allait recevoir du Dieu qu'il avait si bien servi la récompense d'une longue vie de dévouement apostolique.
    La Société des Missions Etrangères a donc le droit d'être fière des travaux de ses évêques et de ses prêtres en Corée, où 12 d'entre eux ont versé leur sang pour la cause de Dieu. Dans les deux Missions Seoul et Taikou, dont elle a encore la charge, elle entretient 50 missionnaires, qui, avec 90 prêtres coréens, administrent 106.000 chrétiens. Elle peut donc envisager l'avenir avec de consolants espoirs.

    1936/51-59
    51-59
    Corée du Sud
    1936
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