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La Société des Missions Etrangères en Mandchourie

La Société des Missions Etrangères en Mandchourie
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    La Société des Missions Etrangères en Mandchourie

    En 1838 le Pape Grégoire XVI détachait du diocèse de Pékin la Mandchourie et la Mongolie, qu'il érigeait en Vicariat apostolique et confiait à la Société des Missions Etrangères de Paris. Le P. Verrolles, missionnaire du Setchoan depuis 8 ans, en fut le premier Supérieur. Sacré évêque de Colombie à Taiyuenfu par Mgr Salvetti, O. M., Vicaire apostolique du Chansi et Chensi, le 8 novembre 1840, il arrivait six mois plus tard à Yangkoan, une des principales chrétientés de son nouveau vicariat. Le nombre des chrétiens de la Mission était d'environ 2.500, que des prêtres portugais ou chinois avaient visités à de rares intervalles. L'évêque parcourut sa mission du nord au sud, et, convaincu de l'impossibilité d'administrer un territoire aussi étendu, il obtint de Rome, après de longues et difficiles démarches, que la Mongolie fût détachée de son vicariat et rendue à celui de Pékin. Pour obtenir cette division, il avait fait le voyage de Rome ; le Pape lui demanda alors de parcourir la plupart des diocèses de France pour stimuler le zèle des catholiques en faveur de l'OEuvre de la Propagation de la Foi, ce qu'il fit avec grand succès.
    En 1848 il était de retour dans sa Mission. Pendant son absence, le P. de la Brunière, dont il voulait faire son Coadjuteur, avait été massacré par les sauvages Kilimis, dans l'extrême nord, en 1846. L'évêque se ternit courageusement à l'oeuvre d'apostolat, souvent contrariée par la mauvaise volonté des mandarins, par l'opposition des païens, parfois même par la timidité des chrétiens. Il bâtit des églises à Pakiatse, à Yangkoan, à Tchakeou, à Chaling. Mais l'étendue de la Mission, la diversité des populations, la rigueur du climat, créaient aux missionnaires des difficultés considérables. Plusieurs incidents tragiques avaient marqué les débuts de la Mission : l'évêque lui-même, à Yangkoan, avait été attaqué à coups de fusil par les païens ; les PP. Franclet et Négrerie avaient été arrêtés et reconduits à Canton ; le P. Biet avait été jeté à la mer par les pirates, le P. Noirjean maltraité et emprisonné, le P. Conraux assailli et roué de coups. Ces épreuves n'altèrent ni l'esprit d'initiative de l'évêque, ni le zèle apostolique des missionnaires : ils ne sont qu'une douzaine pour évangéliser un territoire deux fois plus grand que la France, et ils réussissent, à force de courage, à développer les chrétientés existantes et à en créer de nouvelles.
    En 1870, Mgr Verrolles se rendit encore en Europe pour assister au Concile du Vatican. Sa santé l'obligea à rester plusieurs années en France ; il en profita pour procurer à sa Mission l'aide de la Congrégation de la Providence de Portieux (Vosges) ; en 1 875 arrivaient à Nyutchang les premières religieuses de cet Institut appelé à faire tant de bien en Mandchourie.
    L'évêque, à peu près dans le même temps, rentrait dans son Vicariat, mais, usé par les travaux et les fatigues d'un apostolat de 48 années, il mourut à Ingtse le 29 avril 1878. Dans cette Mission qu'il avait trouvée, 40 ans plus tôt, dénuée de tout avec 2.500 chrétiens, il laissait 19 missionnaires, 3 prêtres indigènes, 36 églises et chapelles, 48 écoles et près de
    10.000 catholiques.
    Le successeur de Mgr Verrolles fut Mgr Dubail, qui, depuis 16 ans missionnaire de Mandchourie, fut nommé Evêque de Bolina et sacré à Chaling le 9 novembre 1879. Un an après il tombait malade et un séjour de trois années en France ne put lui rendre la santé. Il demanda alors et obtint pour Coadjuteur le P. Boyer qui, sacré à Ingtse le 16 août 1886, entreprit peu après, dans le nord de la Mission, une tournée pastorale au cours de laquelle il mourut le 8 mars 1887. Le Vicaire apostolique le suivit de près dans la tombe et s'éteignit à son tour à la fin de cette même année.
    Le P. Raguit, missionnaire de Mandchourie depuis 1872, nommé Evêque de Trajanapolis et sacré à Pékin, le 9 septembre 1888, n'eut pas le temps de donner sa mesure comme évêque. De même que Mgr Boyer, il entreprit la visite de son vicariat, mais, comme lui aussi, il éprouva de grandes fatigues et mourut à Paiensousou le 17 mai 1889 : son épiscopat n'avait été que de 6 mois.
    Après ces épreuves successives, la Mission de Mandchourie reprit confiance à la nomination de son nouveau Vicaire apostolique, le P. Guillon. Jeune encore, il n'avait que 35 ans, ayant travaillé onze années dans la Mission avec un zèle couronné de succès, tout permettait d'espérer un long et fructueux épiscopat. Sacré évêque d'Euménie à Moukden le 25 mai 1890, il lance énergiquement son vicariat dans la voie du progrès : grâce à son action stimulante de zèle, les conversions se multiplient : en 5 ans elles dépassent 10.000. Et ces heureux résultats lui font désirer, pour une meilleure administration, le partage de sa mission en deux vicariats : il obtint cette division en 1898. Il y eut dès lors la Mandchourie Méridionale et la Mandchourie Septentrionale. Mgr Guillon demeura à la tête de la première, avec Moukden comme résidence épiscopale. La seconde eut pour Vicaire apostolique Mgr Lalouyer, évêque de Raphanée, qui s'installa à Kirin. Le vicariat de Moukden comptait alors 15 missionnaires, 4 prêtres indigènes, 115 catéchistes et 18.000 catholiques. Celui de Kirin avait 10 missionnaires, 3 prêtres indigènes et 9.000 chrétiens.
    Ce partage avait pour but de favoriser le travail d'apostolat et d'en accroître les résultats ; il en fut ainsi dès la première année. En 1899, 4.000 nouveaux chrétiens étaient enrôlés dans la Mandchourie Méridionale, tandis que Mgr Lalouyer fondait de nouveaux postes et créait une école préparatoire au séminaire, en vue de recruter des sujets pour le clergé indigène.
    L'année 1900 s'ouvrait donc sous les plus heureux auspices, Hélas ! Elle allait amener une effroyable tourmente qui devait accumuler les ruines dans les deux Missions.
    Au commencement de cette année éclatait soudain l'insurrection des Boxeurs, fanatiques qui, avec la connivence des autorités chinoises, prétendaient exterminer les étrangers et les chrétiens. Comme ensorcelés par des chefs qui n'étaient que de sanguinaires énergumènes, ils se disaient invulnérables, n'ayant rien à craindre ni des balles ni du feu. Leurs rangs furent bientôt grossis par une foule de gens sans aveu attirés par l'espoir du pillage, et ils firent irruption en Manchourie comme un torrent qui se précipite, dévastant tout sur son passage.
    A Moukden, le 2 juillet, Mgr Guillon, son provicaire le P. Emonet, un prêtre chinois, deux Surs de la Providence et plus de 150 chrétiens, réunis dans l'église, étaient massacrés.
    Le 11 juillet, à Lienchan, c'était le tour des PP. Bourgeois et Le Guével. Deux prêtres indigènes succombaient dans le même temps à Maimaikai.
    Dans la Mission du Nord, durant la seconde quinzaine de ce même mois de juillet, trois missionnaires, les PP. Leray, Georjon et Souvignet, un prêtre indigène et nombre de chrétiens, furent à leur tour victimes de la rage des Boxeurs.
    Ainsi, en un mois, un évêque et 9 missionnaires avaient payé de leur vie le zèle avec lequel ils se dévouaient au salut des âmes.
    Les autres missionnaires avaient pu fuir et chercher refuge en territoire russe, à Shanghai, au Japon, d'où ils attendirent impatiemment de pouvoir rentrer dans leurs postes ravagés. Car les Boxeurs n'avaient rien épargné : on ne pouvait compter les églises, les chapelles, les presbytères, les écoles, pillés, incendiés, ruinés de fond en comble.
    Dans l'histoire de la Société des Missions Etrangères, le XIXe siècle se terminait par cette page triste, mais glorieuse.
    La tempête passée, on se remit à l'oeuvre pour réparer les ruines. En 1901, le Séminaire de Paris envoie 5 missionnaires à Moukden et 4 à Kirin. Le P. Choulet, provicaire de la Mission, est nommé évêque de Zéla et recueille la succession de Mgr Guillon : le 24 novembre, il est sacré à Pékin par Mgr Favier.
    Dans les deux Missions l'oeuvre de relèvement est poussée activement ; des cabanes hâtivement construites servent d'églises et de presbytères et la vie chrétienne reprend son cours habituel dans la plupart des postes. Après la tourmente qui a fait périr plusieurs milliers de chrétiens et en a dispersé un plus grand nombre encore, les deux Missions comptent ensemble 23.500 chrétiens : le travail ne manquera pas.
    Malheureusement le calme ne fut pas de longue durée. En 1904 éclatait la guerre russo-japonaise et c'est la Mandchourie, celle du sud surtout, qui devait être le théâtre des opérations militaires. Et non seulement la guerre empêcha de relever les ruines de la persécution de 1900, mais plusieurs missionnaires furent dévalisés, des chapelles furent détruites, les matériaux préparés pour la reconstruction des églises et des presbytères furent dilapidés par les soldats. Moukden, qui fut le champ d'une longue et sanglante bataille, dut subir longtemps les exigences de la loi martiale, et les missionnaires, surtout parce que Français alliés de la Russie, soupçonnés, surveillés, endurèrent bien des tracasseries et passèrent par de dures angoisses.
    Enfin la paix signée en 1905 permit de reprendre les travaux de l'apostolat et, cette fois, ce fut pour aller toujours en progressant.
    Cependant la Révolution de 1911, qui chassa la dynastie mandchoue des Tsing et lui substitua une république, fut l'occasion de troubles dans plusieurs parties de la Chine, et particulièrement en Mandchourie. Les troubles apaisés, il resta néanmoins dans le pays, surtout dans le nord, de nombreuses bandes de brigands, ne vivant que de vol et de pillage et dont les chrétientés furent souvent les victimes. Le Japon, pour sauvegarder ses intérêts en Mandchourie, entreprit à plusieurs reprises des campagnes contre ces bandits : le sud en est délivré à peu près complètement, mais le nord a encore à souffrir parfois de leurs incursions.
    Malgré ces alertes, l'évangélisation allait se développant. En 1912 avait lieu à Moukden la bénédiction solennelle d'une belle cathédrale, remplaçant celle que les Boxeurs avaient détruite après y avoir massacré tant de victimes, immolées en haine de leur religion. L'année suivante, également à Moukden, était fondée la Congrégation des Vierges indigènes du Saint Cur de Marie.
    En 1920, la Mission de Moukden comptait 30.000 catholiques, celle de Kirin 27.000. Ces résultats étaient consolants, mais le nombre des ouvriers apostoliques ne pouvait suffire pour un territoire de si grande étendue : Moukden avait 27 missionnaires et 18 prêtres indigènes ; Kirin 20 missionnaires et 17 prêtres chinois, soit 82 apôtres pour administrer près de 60.000 chrétiens et évangéliser 20 millions de païens dispersés sur une superficie de 950.000 km2. Il devenait impossible à la Société des Missions Etrangères de pourvoir aux besoins toujours croissants, en personnel et en ressources, de ses Missions d'Extrême-Orient: il était à souhaiter que d'autres Instituts missionnaires vinssent prendre part aux labeurs de l'apostolat. Dès cette année 1920, les deux districts d'Il an et de Yenki, au sud de la Mandchourie, dont les chrétientés étaient surtout composées de Coréens émigrés, étaient détachés du vicariat de Kirin pour faire partie de la Mission de Ouensan (Corée), confiée aux Bénédictins allemands de Sainte-Odile. D'autres divisions se préparaient.
    L'année 1923 vits mourir les deux Vicaires apostoliques de la Mandchourie. Mgr Choulet qui avait démissionné en 1920, avait été remplacé à Moukden par Mgr Blois, missionnaire dans ce vicariat depuis 15 ans ; à Kirin, Mgr Lalouyer eut pour successeur Mgr Gaspais, son Coadjuteur depuis 2 ans.
    Bientôt après commençait le démembrement des deux anciennes missions. En 1928, Kirin cédait aux missionnaires suisses d'Immensee toute la province de Tsitsikar ; l'année suivante était créée la mission de Szepingkai, prise surtout sur le Vicariat de Moukden et confiée aux Pères des Missions Etrangères de Québec (Canada). En 1932 les prêtres des Missions Etrangères de Maryknoll (Etats-Unis) prennent possession d'un territoire du vicariat de Moukden, qui forme la mission de Fushun. L'apostolat, grâce à ces nouveaux collaborateurs dans toute l'ardeur de la jeunesse, car jeunes sont les Instituts auxquels ils appartiennent, allait se développer en intensité et obtenir de fructueux résultats.
    Un événement politique de grande importance devait alors modifier le statut des missionnaires. En 1933 la Mandchourie, brisant les liens séculaires qui l'avaient rattachée à la Chine, se déclarait indépendante et se proclamait en république, à la tête de laquelle elle choisissait comme Président le dernier empereur de Chine, détrôné en 1911 ; puis, quelque temps après, la jeune République devenait l'empire du Mandchukuo ; son Président changeait ce titre pour celui d'empereur et prenait le nom de Kangtê. La ville de Changchun, dans la mission de Kirin fut choisie pour être le siège du gouvernement et reçut le nom de « Hsinking » (nouvelle capitale). Revendiquant ensuite des territoires qui avaient jadis appartenu à la Mandchourie, le gouvernement annexa au nouvel empire les provinces de Jehol, de Chinchow et de Hingan, qui constituaient les deux missions de Jehol et de Chihfeng, la première confiée aux missionnaires de Scheut (Belgique), la seconde au clergé séculier indigène. Cette annexion a porté à 9 le nombre des circonscriptions ecclésiastiques de la Mandchourie. Aux Instituts missionnaires travaillant dans ce pays sont venus s'adjoindre les Capucins du Tyrol autrichien, qui sont chargés de la mission d'Han, séparée de celle de Yenki, que gardent les Bénédictins de Sainte-Odile.
    Des changements si importants dans le régime politique de la Mandchourie ne purent être effectués sans qu'il en résultât d'inévitables perturbations et les missionnaires, surtout dans les années 1931-1933, vécurent des heures d'angoisse ; leurs travaux apostoliques eurent grandement à souffrir du fait d'un brigandage effréné. Mais peu à peu le calme se rétablit, et l'essor qui se manifeste dans le mouvement des conversions permet d'envisager l'avenir avec confiance.
    Les missions de Mandchourie ne pouvant plus entretenir des relations suivies avec la Délégation Apostolique de Pékin, le Saint Siège a confié au Vicaire apostolique de Kirin le soin de traiter avec le Gouvernement de Hsinking les questions intéressant toutes les Missions du Manchukuo, et les autorités du jeune Empire se montrent bienveillantes envers les missions et les missionnaires.
    Telle est la condition actuelle du catholicisme en Mandchourie.
    Pour nous en tenir à ce qui concerne la Société des Missions Etrangères, jusqu'à ces dernières années, elle avait la charge de tout cet immense territoire ; aujourd'hui, sur les 9 circonscriptions entre lesquelles il est partagé, elle n'en a plus que deux : le vicariat de Moukden et celui de Kirin.
    La mission de Moukden, d'une superficie de 60.000 km2 et d'une population totale de 8.600.000 habitants, compte 31 missionnaires, 20 prêtres indigènes, 82 religieuses, 29.130 chrétiens et 113 séminaristes.
    La mission de Kirin, sur une superficie de 187.00 km2 a 7.860.000 habitants, dont 30.250 chrétiens ; 28 missionnaires, 27 prêtres indigènes, 143 religieuses s'y dévouent à l'évangélisation, à laquelle prendront part, le temps venu, 76 séminaristes.
    Dans les deux Missions la tâche est immense : le zèle des apôtres ne lui fera pas défaut.

    1936/147-154
    147-154
    Chine
    1936
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