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La Société des Missions Etrangères en Cochinchine

La Société des Missions Etrangères en Cochinchine Les Dominicains portugais furent les premiers qui prêchèrent le christianisme en Cochinchine. Le P. Gaspard de la Croix pénétra dans ce pays vers le milieu du XVIe siècle ; mais c'est principalement en 1596, avec le P. Diego Adverte, que commença l'oeuvre d'évangélisation que poursuivirent avec ardeur, dans la première moitié du XVIIe siècle, les prêtres de la Compagnie de Jésus et particulièrement le P. Alexandre de Rhodes.
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    La Société des Missions Etrangères en Cochinchine

    Les Dominicains portugais furent les premiers qui prêchèrent le christianisme en Cochinchine. Le P. Gaspard de la Croix pénétra dans ce pays vers le milieu du XVIe siècle ; mais c'est principalement en 1596, avec le P. Diego Adverte, que commença l'oeuvre d'évangélisation que poursuivirent avec ardeur, dans la première moitié du XVIIe siècle, les prêtres de la Compagnie de Jésus et particulièrement le P. Alexandre de Rhodes.
    En 1659, Mgr Pierre Lambert de la Motte, préconisé l'année précédente évêque de Bérythe, était nommé Vicaire apostolique de la Cochinchine et fut sacré à Paris le 2 juin 1660.
    Le 18 du même mois il partait et, accompagné de deux missionnaires, les PP. de Bourges et Deydier, par l'Egypte, la Perse et l'Inde, se dirigeait vers le Siam, où il arrivait le 22 août 1662.
    Le royaume du Siam n'était pas sous sa juridiction, mais il offrait aux missionnaires la paix religieuse, tandis que la Cochinchine était alors en butte à la persécution. Installé à Juthia, la capitale, il attendit une occasion favorable et, dès 1664, il envoyait en Cochinchine les PP. Chevreuil et Hainques : ce sont les deux premiers prêtres des M.-E. qui pénétrèrent dans ce pays. L'évêque lui-même s'y rendit en 1671 : c'est alors qu'il fonda la Congrégation des « Amantes de la Croix » et composa un règlement pour les prêtres indigènes et pour les catéchistes. La persécution ayant cessé, il y retourna en 1676 et fut même reçu à Hué par le roi en audience publique.
    Mgr Lambert de la Motte mourut en 1 679. Son successeur, Mgr Mahot, n'eut pas le temps, en un épiscopat de deux années, d'entreprendre des oeuvres nouvelles, et moins encore Mgr Du chêne, qui mourut 15 jours après Mgr Mahot, sans avoir été sacré.
    Un évêque indigène, Mgr Pérez, leur succéda, dont la longue administration (1691 -1728) ne fut pas favorable au progrès de la religion. Le roi Minh-vuong lança un nouvel édit de persécution ; les PP. Langlais et Ferret moururent en prison. En 1705, Mgr Pérez prit comme coadjuteur Mgr Labbé, qui l'aida efficacement dans le gouvernement de la mission, mais le précéda dans la tombe. Il fut remplacé par Mgr Alexandre de Alexandris, barnabite, qui, en 1728, succéda à Mgr Pérez et fut vicaire apostolique pendant 10 ans.
    De 1691 à 1738 deux évêques s'étaient succédés qui n'appartenaient pas à la Société des Missions Etrangères. Après 5 années d'intervalle, la nomination de Mgr Armand Lefebvre rendait la mission à la Société, dont les missionnaires n'avaient jamais cessé d'y travailler. A ce moment (1743), le vicariat de Cochinchine, qui embrassait le Cambodge, comptait environ 70 mille chrétiens, 300 églises ou chapelles, 200 catéchistes et 3 ou 4 prêtres indigènes. La tranquillité dont il jouissait fut troublée en 1750 par un édit royal qui proscrivait la religion et bannissait tous les missionnaires. Mgr Lefebvre se retira à Macao, puis au Cambodge, où il mourut en 1760. Son coadjuteur, Mgr Bennetat, arrêté avec plusieurs missionnaires, avait été pendant 18 jours chargé d'une lourde cangue, puis chassé du pays ; il se rendit aussi à Macao, puis à Pondichéry et de là en France. En 1760 il se rembarqua pour l'Extrême-Orient, mais il mourut à Port-Louis (Ile-de-France) le 22 mai 1761.
    Nommé en 1 762 évêque de Canathe et vicaire apostolique de la Cochinchine, Mgr Piguel s'installa au Cambodge. Profitant d'une trêve dans la guerre entre Annamites et Cambodgiens qui désolait alors le pays, il visita la plus grande partie de sa mission et administra le baptême à 6.000 catéchumènes et la confirmation à 7.000 néophytes. Le Collège général, chassé du Siam par l'invasion des Birmans, ayant cherché un refuge en Cochinchine, mais n'ayant plus ni supérieur, ni professeurs, l'évêque y plaça comme supérieur le P. Pigneau de Béhaine. Mgr Piguel, dont l'épiscopat fut attristé aussi par des difficultés avec les Franciscains espagnols, qui voulaient éloigner les prêtres des M.-E. de la Cochinchine, mourut en 1771 au Cambodge.
    Il eut pour successeur le célèbre évêque d'Adran, Mgr Pigneau de Béhaine. L'Annam était alors en proie à la guerre civile : les Tayson avaient levé une armée et massacré la famille royale, sauf le jeune prince Nguyen-anh, âgé de 17 ans, qui avait réussi à leur échapper. Sacré à Madras le 24 février 1774. le nouvel évêque s'était installé à Hatien ; la guerre l'obligea bientôt à fuir : il chercha refuge à Poulo-way, île du golfe de Siam, et c'est là qu'il rencontra le prince Nguyen-anh, fugitif comme lui, avec qui il partagea ses modestes ressources et à qui il offrit, pour recouvrer son royaume, le secours de la France. On sait la suite des événements : le voyage de l'évêque en France avec le jeune fils du prince, le traité signé à Versailles en 1 787 entre Louis XVI et le roi détrôné de Cochinchine, la mauvaise volonté du gouverneur de Pondichéry qui empêcha l'envoi des troupes promises, le recrutement par l'évêque d'officiers et de soldats volontaires et enfin le rétablissement de Nguyen-anh sur le trône de ses ancêtres. Devenu le roi Gia-long, il n'oublia pas les services rendus et, s'il n'alla pas jusqu'à embrasser le catholicisme, il assura du moins, à la mission, une période de calme et de prospérité qui devait la préparer aux épreuves prochaines.
    Mgr Pigneau de Béhaine mourut le 9 octobre 1 799 ; il fut inhumé à 3 kilomètres de Saigon, le roi présida lui même ses funérailles et lui fit élever un riche mausolée, le « tombeau d'Adran », toujours entouré de la vénération reconnaissante de la population. En 1902 une statue de l'évêque d'Adran fut érigée sur la grande place de Saigon, devant la cathédrale.

    Mgr Labartette, depuis 15 ans coadjuteur de Mgr Pigneau de Béhaine, lui succéda. Pendant 20 années, jusqu'à la mort de Gia-long (1820), les missionnaires purent exercer en paix leur ministère apostolique et parfaire l'éducation religieuse des chrétiens. L'évêque, pour l'aider dans l'administration de sa mission eut successivement deux coadjuteurs, qui moururent avant lui. Lui-même s'éteignit en 1823, à 79 ans d'âge et 50 années de mission dont 39 d'épiscopat.
    Après sa mort, le plus ancien des missionnaires, le P. Taberd, exerça les fonctions de supérieur de la Mission ; en 1827, il fut nommé Vicaire apostolique et évêque d'Isauropolis. C'est durant son épiscopat que commença, sur l'ordre du roi Mingmang, une cruelle persécution qui devait sévir pendant plus de 50 ans. Des milliers de chrétiens abandonnèrent leurs maisons et leurs champs pour se réfugier dans les montagnes, les communautés religieuses furent dissoutes, les séminaires dispersés, la tête des missionnaires mise à prix. Le provicaire, le P. Gage-lin, ouvre en 1833 le long martyrologe ; deux ans après, le P. Marchand subit l'horrible supplice des cent plaies ; en 1838, le P. Jaccard est étranglé ; en 1840, le P. Delamotte meurt dans les prisons de Hué ; dans le même temps, les PP. Miche et Du clos y sont enfermés à leur tour, mais sont délivrés par l'intervention du commandant de la corvette française « l'Héroïne ».
    Cependant Minh-mang meurt en 1841 ; son successeur Thieu-tri se montre moins acharné contre les chrétiens. Mgr Taberd, que la persécution avait chassé de la Cochinchine, était mort à Calcutta en 1840 ; il avait confié le gouvernement de la mission à Mgr Cuenot, qu'il avait choisi comme coadjuteur et qu'il avait sacré lui-même à Singapore en 1835. Le nouveau vicaire apostolique conféra à son tour la consécration épiscopale à son provicaire, le P. Dominique Lefebvre, qui devait être son coadjuteur jusqu'en 1844. Cette année-là le Pape Grégoire XVI divisait la mission de Cochinchine en deux vicariats : Cochinchine Orientale, dont Mgr Cuenot gardait la direction, et Cochinchine Occidentale, dont Mgr Lefebvre fut le premier titulaire. Ce premier partage, qui sera suivi de plusieurs autres, nous oblige à résumer séparément l'histoire de chacune des nouvelles Missions.

    Cochinchine Orientale (Quinhon). Le premier acte de Mgr Cuenot fut de choisir un nouveau coadjuteur pour remplacer Mgr Lefebvre : ce fut Mgr Pellerin, qu'il sacra en 1846, mais qu'il ne devait pas conserver longtemps car, en 1850, le Vicariat était encore partagé en deux : la partie sud gardait le nom de Cochinchine Orientale et restait à Mgr Cuenot ; la partie nord prenait le nom de Cochinchine Septentrionale et était confiée à Mgr Pellerin.
    Dans sa mission ainsi réduite, Mgr Cuenot, caché dans un village chrétien, s'occupait activement du clergé indigène et des séminaires, il stimulait le courage des missionnaires et des catéchistes, il commençait l'évangélisation des sauvages des montagnes. Menacé d'être découvert à Gothi, il se réfugia à Goboi, mais fut arrêté, emmené à Bindinh et enfermé dans l'écurie des éléphants de guerre, où il tomba malade et succomba le 14 novembre 1861. Il venait d'expirer quand arriva l'ordre du roi Tuduc de le décapiter. Mgr Cuenot a été béatifié par le Pape Pie X en 1909.
    Mgr Charbonnier, qui, après deux ans de vacance du siège épiscopal, succéda à Mgr Cuenot, était depuis 16 ans missionnaire du Tonkin Occidental ; en 1 861, il avait été arrêté avec le Père Mathevon, chargé d'une cangue, enfermé dans une étroite cage de bois et, durant une année de détention, cruellement frappé et soumis au supplice des tenailles. Il fut enfin condamné à mort, mais Tuduc, par crainte de la France, le fit mettre en liberté. Il fit alors un voyage au pays natal, et c'est là qu'il reçut sa nomination d'évêque de Domitiopolis et de Vicaire apostolique de la Cochinchine Orientale. Sacré à Paris, dans l'église du Séminaire des M.-E. le 27 décembre 1864, il se rendit promptement dans sa nouvelle mission, où, avec prudence et persévérance, il s'appliqua à réparer les ruines accumulées par la persécution. En arrivant dans son vicariat, il y avait trouvé 4 missionnaires, 22 prêtres indigènes, 22 séminaristes, 8 communautés avec 300 religieuses et environ 26 mille chrétiens. A sa mort, en 1878, il y laissait 18 missionnaires, 21 prêtres annamites, 95 catéchistes, 80 séminaristes, 400 religieuses et 37.000 chrétiens.
    Sacré à Gothi le 26 octobre 1879, Mgr Galibert, qui recueillait la succession de Mgr Charbonnier, fit aussitôt une tournée chez les sauvages Bahnars, à la suite de laquelle il tomba malade et dut rentrer en France, où il mourut le 24 avril 1883.
    Provicaire depuis 1870, Mgr Van CameIbeke, nommé évêque de Hiérocésarée prenait le gouvernement de la Mission au moment où de terribles épreuves allaient fondre sur elle. En 1885, la conquête du Tonkin par la France provoqua de la part des mandarins et des lettrés une effroyable persécution : en quelques mois, 8 missionnaires, 5 prêtres indigènes et plus de 25.000 chrétiens furent massacrés ; tout le vicariat fut ravagé. L'évêque, réfugié à Quinhon, s'efforça de soulager la misère de ses fidèles échappés au désastre. La paix rétablie, un mouvement extraordinaire de conversions se produisit. A la veille des massacres la mission comptait 41.000 chrétiens ; en 1886 il n'en restait plus que 15.000 ; à la mort de Mgr Van Camelbeke en 1901, il y en avait 73.000. En 15 ans, le chiffre des fidèles avait quintuplé : le sang des Martyrs avait fécondé la terre annamite.
    L'épiscopat de Mgr Grangeon (1902-1929) vit le labeur des missionnaires couronné de succès et les oeuvres catholiques en progrès constant. Septuagénaire et éprouvé dans sa santé, Mgr Grangeon donna sa démission en 1929 et mourut en 1933.
    Son successeur, Mgr Tardieu, qui gouverne actuellement la mission, a obtenu de Rome en 1933 que la partie occidentale de son vicariat, région montagneuse habitat des races moï, soit érigée en mission autonome dite de Kontum.
    Après cette dernière division, qui lui a enlevé quelque 20.000 chrétiens, la mission de Quinhon en compte encore 66.000, avec 28 missionnaires, 79 prêtres annamites, 80 catéchistes, 30 Petits Frères de Saint-Joseph, 220 Amantes de la Croix. Les Frères des Écoles chrétiennes, les Soeurs de Saint-Paul de Chartres, les Franciscaines Missionnaires de Marie et les Soeurs de Saint-Vincent de Paul apportent leur précieux concours aux oeuvres d'enseignement et de bienfaisance.

    Cochinchine Occidentale (Saigon). Lorsque, en 1844, Mgr Lefebvre prit en mains le gouvernement de la nouvelle Mission, qui comprenait les 6 provinces de la Basse Cochinchine, le Cambodge et une partie du Laos, il ne s'y trouvait que 3 missionnaires, 16 prêtres indigènes et environ 23.000 chrétiens ; il n'y avait ni églises, ni presbytères, ni écoles : la persécution avait tout détruit. Avant même d'entrer dans sa mission, l'évêque avait été arrêté, conduit à Hué et emprisonné, mais il fut délivré par le contre-amiral français Cécille. Transporté à Singapore, il revint à Saigon, fut de nouveau arrêté, conduit à Hué et condamné à mort, puis emmené encore à Singapore. Infatigable, il réussit à pénétrer une troisième fois, se tint caché dans un village, d'où il administra son vicariat. Il sacra son coadjuteur, Mgr Miche ; puis il obtint que le Cambodge fût détaché de sa mission (1850) et confié au nouvel évêque. Lors de l'expédition franco-espagnole de Cochinchine, la persécution redoubla de violence et il se retira près de Saigon, puis, en 1860, à Saigon même. C'est alors qu'il appela dans son vicariat les Soeurs de Saint-Paul de Chartres et les Carmélites. Epuisé par de longues et dures épreuves, il donna sa démission, rentra en Europe et mourut à Marseille le 30 avril 1865.
    Mgr Miche fut alors nommé Vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale et garda l'administration du Cambodge. Grâce à la liberté qui succédait à la persécution, les Frères des Ecoles chrétiennes vinrent s'établir à Saigon et de nombreuses chrétientés furent créées. En 1872, il choisit pour coadjuteur Mgr Colombert et, un an après, il s'éteignait à Saigon le 1er décembre 1873.
    Mgr Colombert (1873-1894), Mgr Dépierre (1895-1898), Mgr Mossard (1899-1920), Mgr Quinton (1920-1924) gouvernèrent successivement la mission de Saigon et ce demi-siècle est marqué par des progrès ininterrompus : le territoire se couvre de belles églises, les écoles se multiplient, des livres de piété et de nombreux ouvrages classiques sont imprimés, le nombre des chrétiens augmente chaque année.
    Mgr Dumortier, Vicaire apostolique depuis 1925, continue avec un zèle prudent l'oeuvre de ses prédécesseurs. Le Vicariat de Saigon, qui a donné au Tonkin son premier évêque annamite, compte aujourd'hui 26 missionnaires, 115 prêtres indigènes et 115.000 chrétiens ; c'est assurément une des plus belles missions de l'Extrême-Orient.

    Cochinchine Septentrionale (Hué). C'est en 1850, nous l'avons dit, que la mission de la Cochinchine Septentrionale fut détachée de la Cochinchine Orientale. Le premier Vicaire apostolique fut Mgr Pellerin, depuis 4 ans coadjuteur de Mgr Cuenot. Après une rapide visite de son vicariat, la persécution l'obligea à fuir à Hongkong ; de là, il se rendit en France. A peine était-il rentré dans sa mission que la persécution redoubla. L'évêque se retira alors au Collège général de Penang, où il mourut le 13 septembre 1 862.
    Son successeur fut Mgr Sohier qui, depuis 20 ans, travaillait dans la mission et qui, à cause de la persécution, avait mené une vie errante au point qu'il dut, pendant plusieurs semaines, loger dans le creux d'un arbre en pleine forêt, bien qu'il fût, depuis 1851, évêque coadjuteur de Mgr Pellerin. Le traité franco annamite de 1862 ramena la paix et permit de commencer la réparation des ruines causées par la persécution. En 1864 il fit un voyage en France dans l'intérêt de sa mission. Il assista au Concile du Vatican en 1860-1870. De retour en Indochine, il contribua à obtenir que le traité avec l'Annam en 1874 proclamât la liberté du catholicisme. La visite de sa mission, qu'il entreprit malgré sa fatigue, acheva de l'épuiser : il mourut à Kesen le 3 septembre 1876.
    Mgr Pontvianne, nommé Vicaire apostolique en 1877 et sacré l'année suivante, se mit aussitôt à visiter sa mission ; il tomba malade et alla au sanatorium de Hongkong chercher une guérison qu'il ne put obtenir : il s'éteignit le 30 juillet 1879.

    L'épiscopat de Mgr Caspar (1880-1907) fut marqué d'abord par les désastres causés à sa mission par la conjuration des mandarins et des lettrés. En 1883, 4 chrétientés sont détruites et plus de 50 chrétiens massacrés. En 1885, toute la province de Quangtri ravagée ; églises, couvents, presbytères, maisons des fidèles incendiés ; 10 prêtres indigènes et 8.500 chrétiens massacrés. En 1886, c'est le tour de la province de Quangbinh : 450 chrétiens massacrés, 10 églises brûlées. Il fallut un long temps pour relever les ruines de ces trois années de persécution. L'évêque s'y employa avec zèle. Il donna sa démission en 1907 et se retira en Alsace, son pays natal, où il mourut dix ans plus tard.
    Monseigneur Allys, nommé Vicaire apostolique en 1908, consacra ses 23 années d'épiscopat au développement de toutes les oeuvres catholiques : apostolat, clergé indigène, enseignement, bienfaisance : rien n'échappa à sa sollicitude pastorale.
    Une des oeuvres qu'il eut le plus à coeur fut la fondation d'une Congrégation indigène de « Pefis Frères du Sacré Coeur de Jésus », qu'il rendit très prospère. Il en avait confié la direction à un zélé prêtre annamite, le P. Cân, qui fut choisi pour devenir Vicaire apostolique de la mission tonkinoise de Buichu. Menacé de cécité, Mgr Allys donna sa démission en- 1931 ; devenu aveugle, il mourut à Hué le 23 avril 1936.
    Moins de 2 mois après, Mgr Chabanon, qui lui avait succédé, s'éteignait à Marseille, à peine débarqué sur le sol natal auquel il venait demander le rétablissement d'une santé épuisée par 40 années d'un laborieux apostolat.
    La mission de Hué, actuellement en pleine prospérité, compte 24 missionnaires, 105 prêtres indigènes et 76.000 chrétiens.

    Cambodge (Phnompenh). Après avoir fait partie de la mission de Cochinchine, le royaume du Cambodge fut, en 1844, rattaché au vicariat de la Cochinchine Occidentale, puis, en 1850, érigé en vicariat apostolique et placé sous la direction de Mgr Miche. La nouvelle mission ne comptait que 600 chrétiens, mais l'évêque, avec beaucoup de travail et de temps, parvint à former 3 ou 4 paroisses ; il tenta même, sans succès, d'évangéliser le Laos. En 1863 le Cambodge fut placé sous le protectorat français, ce qui eut une heureuse influence au point de vue religieux.
    En 1865, Mgr Miche, devenu vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale, céda à la mission du Cambodge, dont il était resté administrateur, deux provinces méridionales de la Cochinchine qui renfermaient alors environ 5.000 chrétiens. Depuis lors la mission du Cambodge se développa rapidement. Après la mort de Mgr Miche (1873), le P. Cordier gouverna le vicariat ; il fut nommé vicaire apostolique en 1882 et fixa sa résidence à Phnompenh, capitale du royaume.
    Une tentative d'annexion du Cambodge à la Cochinchine provoqua une révolte : le P. Guyomard fut massacré (1885) ainsi qu'un grand nombre de chrétiens, et plusieurs chrétientés furent pillées ou incendiées. L'orage passé, les missionnaires reprirent leurs travaux.
    Durant l'épiscopat de Mgr Grosgeorge (1896-1902), de Mgr Bouchut (1902-1928), et de Mgr Herrgott (1928-1936) la Mission continua de développer toutes ses oeuvres. Les Soeurs de la Providence de Portieux y travaillent depuis 1876 avec grand succès ; les Carmélites ont un monastère à Phnompenh depuis 1919. Les écoles y sont très florissantes.
    La mission de Phnompenh compte actuellement 30 missionnaires, 78 prêtres indigènes et 90.500 chrétiens.
    Elle peut envisager l'avenir avec confiance.

    Kontum. La dernière création dans le groupe des missions de Cochinchine est celle du vicariat de Kontum, détaché de la mission de Quinhon en 1933. C'est la « mission des sauvages bahnars », dont les Annales ont résumé l'histoire dans leur dernier numéro. Elle a à sa tête Mgr Jannin, qui apporte à cette oeuvre difficile un zèle infatigable et une longue expérience.
    Il n'a comme collaborateurs que 12 missionnaires et 15 prêtres indigènes pour administrer 23.000 chrétiens et travailler à la conversion de 700.000 païens, de langues et de moeurs différentes mais il a foi en la divine Providence et en la protection de Marie : sa confiance ne sera pas déçue.

    ***

    Si l'on jette un regard d'ensemble sur ce groupe des missions de Cochinchine depuis 275 ans confiées à la Société des Missions Etrangères, on constate que, durant deux siècle leur histoire n'a été qu'une longue suite de persécutions avec de courtes accalmies employées à relever des ruines matérielles et spirituelles toujours renouvelées. 21 missionnaires, un nombre au moins égal de prêtres indigènes, des milliers et des milliers de chrétiens condamnés à mort par les autorités ou massacrés par les païens, ont versé leur sang pour la religion de Jésus et ce sang a fait germer sur la terre d'Annam de nouvelles phalanges de fidèles plus nombreuses et aussi ferventes. Aujourd'hui les 5 missions qui composent ce groupe comptent ensemble 125 missionnaires, 390 prêtres indigènes et 370.000 chrétiens. Les Martyrs se sont noblement vengés !

    1937/49-61
    49-61
    Vietnam
    1937
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