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La Société des Missions Etrangères dans l'Inde Méridionale

La Société des Missions Etrangères dans l'Inde Méridionale
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    La Société des Missions Etrangères dans l'Inde Méridionale

    C'est en 1776 après la suppression de la Compagnie de Jésus, que la Société des M.-E. fut chargée d'une mission qui comprenait la Karnatie, le royaume de Mysore, le Maduré et une partie du Tanjore. Dans cet immense territoire, évangélisé jusque là par les Jésuites et par les Capucins, la Société des M.-E. n'était pas une inconnue : dès son origine elle avait placé des procureurs à Surate, puis à Pondichéry ; lorsque le Collège général fut détruit en 1765 par les Birmans et en 1769 par les Siamois, c'est à Virampatnam, non loin de Pondichéry, qu'il fut réinstallé.
    La nouvelle mission fut appelée successivement Mission Malabare, Vicariat de la Côte de Coromandel, Mission de Pondichéry : c'est ce dernier nom que nous lui donnerons dès le début en résumant l'histoire des péripéties qu'elle a subies et des partages qui l'ont réduite à ce qu'elle est aujourd'hui.

    W PONDICHÉRY. Le bref pontifical créant la Mission Malabare lui donnait comme premier supérieur Mgr Brigot, évêque de Tabraca, auparavant Vicaire apostolique du Siam, qui endossait cette charge à un moment des plus difficiles : guerre entre la France et l'Angleterre, Pondichéry assiégé et pris par les Anglais ; le Mysore ravagé par les troupes musulmanes de Tippoo Sahib ; la plupart des chrétiens, sous la direction des prêtres portugais de Goa, refusant de reconnaître le Supérieur nommé par le Pape. Dans de telles conjonctures, aucune oeuvre nouvelle ne put être fondée, mais les nouveaux missionnaires, en union avec les anciens, conjurèrent les périls les plus menaçants, conservèrent les paroisses existantes et entretinrent le séminaire et quelques écoles.
    Mgr Brigot avait choisi comme Coadjuteur en 1786 Mgr Champenois, à qui il laissa le gouvernement de la Mission : il mourut en 1791, âgé de 78 ans.
    Le nouvel évêque inaugurait son ministère au moment où la Révolution française allait interrompre le recrutement et l'envoi de missionnaires et où allait recommencer la guerre contre l'Angleterre. Aussi son épiscopat de 19 ans fut-il employé à garder les oeuvres du passé et à préparer celles de l'avenir.
    Cet avenir fut meilleur qu'on n'aurait osé l'espérer grâce aux ressources que procura aux missions l'OEuvre de la Propagation de la Foi fondée en 1822. Mgr Hébert, qui gouverna le Vicariat de Pondichéry de 1810 à 1836, eut le mérite, malgré le petit nombre de missionnaires dont il disposait, de conserver les positions acquises et même de fonder quelques chrétientés nouvelles. Après lui la Providence plaça à la tête de la Mission un grand évêque, Mgr Bonnand, qui devait la gouverner pendant 25 ans et provoquer de grands progrès dans toutes les branches de l'activité missionnaire.

    Durant son épiscopat de grands changements survinrent dans les circonscriptions ecclésiastiques de l'Inde Méridionale. En 1836, l'ancienne Mission de Maduré est rendue aux Jésuites. En 1845, le Vicariat de la Côte de Coromandel est divisé en 3 missions : Pondichéry, Mysore et Coimbatore. La Mission de Pondichéry, dont Mgr Bonnand demeurait le chef, comprit alors 20 missionnaires français, 4 prêtres indigènes, 102 catéchistes et 82.000 chrétiens parmi 8 millions d'infidèles. L'évêque réunit un Synode et en appliqua activement les décisions : construction d'un séminaire, multiplication des écoles, fondation de Congrégations de religieuses enseignantes, d'un séminaire collège à Karikal, d'une imprimerie à Pondichéry, etc.
    En 1859, Mgr Bonnand fut nommé par le Pape Pie IX visiteur apostolique de toutes les missions de l'Inde, et c'est dans l'exercice de cette importante charge qu'il mourut à Bénarès en 1861. Un de ses successeurs, Mgr Laouënan, a pu dire à son sujet: « C'est lui qui a jeté l'Inde dans le mouvement catholique ».
    Mgr Godelle, Coadjuteur depuis 1857, lui succéda et, durant une administration de 6 années, continua les travaux commencés par son prédécesseur.
    Avec Mgr Laouënan (1868-1892) s'ouvre une nouvelle ère de prospérité religieuse. De nombreuses conversions se produisent, particulièrement pendant les années de la grande famine 1876-1878, attirées par la charité des missionnaires. Après la famine, il s'occupe de marier les orphelins et crée « l'OEuvre des Mariages », qui lui permet d'établir plusieurs centaines de familles. Il reconstruit le grand séminaire, augmente le Collège de Cuddalore. Sous son impulsion, les conversions se multiplient. En 1883, il obtient un Coadjuteur, Mgr Gandy. Il prend une part très active aux négociations qui précédèrent la conclusion du Concordat entre Rome et le Portugal et qui se terminèrent par l'établissement de la hiérarchie dans l'Inde (1886). Mgr Laouënan devenait archevêque de Pondichéry. Il continua à travailler au développement des oeuvres de son diocèse ; mais en mars 1891, la maladie l'obligea à revenir en France, où il mourut le 29 septembre 1892, âgé de 70 ans. Son biographe a résumé son épiscopat de 24 ans en ces quelques mot : « Il fut le bon chef d'une grande mission ». Il avait trouvé dans la Mission, en en prenant le gouvernement, 125.000 fidèles ; il en laissait à son successeur 217.500, avec 88 missionnaires, 34 prêtres indigènes, 47 séminaristes, 7.800 élèves dans 160 écoles.
    Mgr Gandy s'occupa avec une sollicitude particulière de la formation du clergé indigène. Le séminaire de Pondichéry devint de séminaire central des diocèses confiés à la Société des M.-E. En 1899 il obtint que la partie méridionale de son diocèse en fût détachée et formât le diocèse de Kumbakônam, qui lui enlevait 85.000 chrétiens. Après 42 ans de mission, dont 26 ans d'épiscopat, Mgr Gandy mourut en 1909.
    Mgr Morel, qui lui succéda, continua les traditions de ses prédécesseurs et son zèle fut récompensé par les progrès réalisés, durant son épiscopat, dans toutes les branches de l'apostolat : évangélisation, enseignement, bienfaisance. En 1928, il céda la partie nord de son diocèse (North-Arcot) à la Mission de Madras. L'année suivante, il donna sa démission, tout en restant dans le diocèse, au bien duquel il travaille encore par sa vie de recueillement et de prière.
    La Mission de Pondichéry a à sa tête, depuis 7 ans, Mgr Colas. Lorsque fut créé le diocèse de Salem, Pondichéry dut lui céder la partie du district de ce nom qui lui avait appartenu jusque là. Actuellement la Mission compte 117.600 chrétiens, 55 missionnaires, 37 prêtres indigènes, 14 religieux et 326 religieuses. C'est assurément une des plus florissantes de la Société des Missions Etrangères.

    MYSORE. Mgr Charbonnaux, depuis 5 ans Coadjuteur du Vicaire Apostolique de Pondichéry, fut le premier Supérieur de la nouvelle Mission de Mysore lors de sa création en 1850. Il multiplia le nombre des écoles, fonda une imprimerie qui édita des livres de piété et d'apologétique en anglais et en divers dialectes indiens ; il créa à Bangalore le Collège Saint-Joseph, établissement modèle qui, progressant sans cesse, compte aujourd'hui 2.000 élèves ; il appela dans sa mission les Soeurs du Bon Pasteur d'Angers et de Saint-Joseph de Tarbes, et, à sa mort en 1873 il pouvait se rendre le témoignage d'avoir été le bon et fidèle serviteur qui a fait fructifier les talents qui lui ont été confiés.
    Pendant l'épiscopat de Mgr Chevalier (1873-1880), la famine qui désola l'Inde amena beaucoup de païens à l'Eglise ; des villages furent créés où les néophytes trouvèrent un abri contre la misère et une protection pour leur persévérance ; 1.400 orphelins recueillis par la mission furent répartis dans des fermes nouvellement établies.
    Mgr Coadou (1880-1890) donna une grande extension au Collège de Bangalore et aux écoles des provinces. C'est durant son épiscopat que la hiérarchie catholique fut établie dans l'Inde : il devint alors évêque de Mysore, mais toujours avec résidence à Bangalore.
    Mgr Kleiner (1890-1910) et Mgr Baslé (1910-1922) s'appliquèrent à développer les oeuvres existantes et à en créer de nouvelles et le diocèse continua de progresser.
    Depuis 1922, Mgr Despatures gouverne la Mission, aidé par 35 missionnaires, 48 prêtres indigènes, 85 catéchistes, 10 religieux et 391 religieuses. La population catholique est de 72.750. C'est à Bangalore, où réside le Délégué Apostolique, qu'a été transféré le grand séminaire commun des 4 missions indiennes de la Société des M.-E. Et de celle de Kumbakônam.

    COIMBATORE. Détachée de Pondichéry en 1850, Mgr Coadou la Mission de Coimbatore, qui ne comptait que 4.000 chrétiens, eut pour premier évêque Mgr Marion de Brésillac. Celui-ci, désireux d'améliorer l'état du catholicisme dans l'Inde, essaya des changements qui ne réussirent pas et se trouva en désaccord avec ses missionnaires sur la question des castes. Revenu en Europe, il donna sa démission ; il entreprit à Lyon la fondation de la Société des Missions Africaines et mourut à Sierra Leone en 1859.
    Son successeur à Coimbatore fut Mgr Godelle, qui jeta les bases des premières oeuvres de la Mission et fonda plusieurs écoles et un collège à Coimbatore. Devenu Vicaire apostolique de Pondichéry, il fut remplacé par Mgr Dépommier (1864-1873), dont l'épiscopat fut attristé par les famines de 1869 et 1870 ; mais c'est Mgr Bardou (1874-1903) qui vit la grande famine, durant laquelle, pour venir en aide aux malheureux qui mouraient de faim sur tous les chemins, évêque et missionnaires donnèrent tout ce qu'ils possédaient. Le fléau disparu, ils s'occupèrent sans relâche de former les nouveaux convertis et de les consolider dans la foi.
    En 1887 le Vicariat de Coimbatore fut érigé en évêché suffragant de l'archevêché de Pondichéry. Mgr Roy, qui gouverna le diocèse pendant 27 ans, travailla avec succès à développer toutes les oeuvres d'apostolat. Il donna sa démission en 1930 et eut pour successeur Mgr Tournier, qui continue les traditions de zèle et de dévouement et de ses prédécesseurs.
    Le diocèse de Coimbatore compte aujourd'hui 60.000 chrétiens, 26 missionnaires, 33 prêtres indigènes, 51 catéchistes, 18 religieux et 203 religieuses.

    KUMBAKONAM. Le diocèse de Kumbakônam, détaché de l'archidiocèse de Pondichéry en 1899 fut transféré au clergé indigène en 1930. Il n'a donc été que durant 30 années confié à la Société des M.-E. Pendant cette période, deux évêques s'y succédèrent : Mgr Bottero (1899-1913) et Mgr Chapuis (1914-1930), dont l'épiscopat ne fut pas infructueux : en 1899, la mission comptait 85.000 chrétiens ; en 1930, elle en cédait 105.000 au clergé indien et 23.000 au diocèse de Mylapore. Les missionnaires français laissaient à leurs successeurs un diocèse pourvu de toutes les oeuvres essentielles : petit séminaire, école secondaire, école professionnelle, nombreuses églises, etc. Pour eux, ils iraient exercer ailleurs leur vocation de défricheurs.

    SALEM. Pour les prêtres des M.-E. Qui abandonnaient au clergé indigène le florissant diocèse de Kumbakônam fut créée la Mission de Salem, comprenant le district civil de ce nom, dont la plus grande partie avait appartenu jusqu'ici au diocèse de Pondichéry et des enclaves moindres à ceux de Mysore et de Kumbakônam.
    Les nouveaux apôtres, au nombre de 30, héritaient de 18.000 chrétiens dispersés parmi 2 millions de païens. Comme oeuvres déjà établies, une école secondaire de garçons dirigée à Yercaud par les Frères de Saint Gabriel, et une pour les filles tenue par les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny; 18 écoles élémentaires de garçons et 7 de filles, confiées aux religieuses indigènes du Saint Coeur de Marie, de Pondichéry; un dispensaire à Atour, tenu par les Soeurs Catéchistes Missionnaires de Marie Immaculée. A cela près, tout était à faire. Avec entrain, les missionnaires, sous l'active impulsion de Mgr Prunier, premier évêque du nouveau diocèse, se sont mis à l'oeuvre, et aujourd'hui la Mission de Salem compte 25.000 chrétiens, 27 missionnaires, 6 prêtres indigènes, 44 catéchistes, 19 religieux et 67 religieuses. D'importants mouvements de conversions se manifestent et, malgré le petit nombre des ouvriers et l'insuffisance des ressources, là encore l'oeuvre de Dieu se fera.

    SIKKIM. Bien que la Préfecture du Sikkim ne se trouve pas dans l'Inde méridionale, elle fait partie du groupe des Missions de l'Inde confiées à la Société des Missions Etrangères et doit avoir place dans ce rapide aperçu. Son origine remonte à l'année 1880, lorsque Mgr Biet, vicaire apostolique du Thibet, dans l'espoir de pouvoir pénétrer dans ce pays par le sud, envoya le P. Desgodins s'établir dans cette région. En 1883, un territoire du district de Darjeeling, à l'est de la rivière Tista, était rattaché à la Mission du Thibet. En 1929, ce territoire augmenté du Sikkim, fut érigé en mission autonome et, deux ans plus tard, en préfecture apostolique. Le ministère y est particulièrement difficile à cause des diverses races, Lepchas, Thibétains, Népaliens, ayant chacune sa langue, ses moeurs et sa religion. Kalimpong, lieu de résidence du préfet apostolique, possède un couvent de religieuses de Saint-Joseph de Cluny, qui dirigent un pensionnat et un orphelinat. Le nombre des chrétiens de la Mission n'est encore que de 1.300 : son avenir est entre les mains de Dieu et des Chanoines de Saint Augustin à qui elle est désormais confiée.
    Nous terminons ici l'esquisse historique si rapide et pourtant trop longue peut-être, des missions de la Société des M.-E. En Extrême-Orient. Que conclure de ce court exposé ?
    Depuis sa fondation en 1658 la Société a envoyé plus de 3.500 prêtres dans les missions qui lui ont été successivement confiées par la S. C. de la Propagande. Leur apostolat a subi de nombreuses persécutions, a été aux prises avec bien des difficultés, bien des oppositions. Parmi eux, 16, condamnés à mort en haine de la Foi et exécutés, ont été béatifiés par l'Eglise ; 9 ont été égaiement condamnés à mort et exécutés : leur cause est pendante en Cour de Rome; 85 autres sont morts dans les prisons ou, sans avoir été condamnés par sentence juridique, ont été massacrés en haine de la foi catholique. Les autres, s'ils n'ont pas répandu leur sang, ont consumé leur vie dans les labeurs apostoliques, et, pour la plupart, sans jamais revoir leur pays natal.
    En 1900, la Société avait la charge de 31 missions comptant ensemble 1.254.000 catholiques sur une population totale de 256 millions ; le nombre des missionnaires était alors de 1.200, celui des prêtres indigènes de 600.
    Depuis lors, 38 territoires des Missions de la Société en ont été détachés pour former de nouvelles missions, dont 8 transférées au clergé indigène (2 au Japon, 4 en Chine, 1 en Indochine, 1 dans l'Inde) et 30 confiées à d'autres Instituts. Au moment de la cession, ces territoires comptaient un total d'environ 400.000 chrétiens et 290 prêtres indigènes. De plus, des lois néfastes ont entravé le recrutement des séminaires et diminué le nombre des missionnaires, la grande guerre a fauché dans les rangs des ouvriers apostoliques. Et cependant, malgré ces causes de décroissance, la Société des M.-E., dans ses 38 missions d'une population totale de 210 millions d'habitants, a vu le nombre des catholiques s'élever à 1.785.000, et, si lé chiffre de ses missionnaires est descendu à 1.058, celui des prêtres indigènes est monté à 1.550.
    D'autres Instituts missionnaires ont souffert aussi dans leur recrutement et, pour suppléer à cette insuffisance, ont demandé aide à des bonnes volontés étrangères. La Société des M.-E., elle, a voulu rester, selon ses Constitutions, essentiellement française et garde sa confiance en l'avenir : les « années creuses » passeront et, grâce à Dieu, la jeunesse de notre patrie n'a pas perdu les antiques traditions nationales de foi et de générosité pour porter aux infidèles les lumières de la civilisation chrétienne et française !

    1937/146-154
    146-154
    Inde
    1937
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