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La Société des Missions Etrangères au Tonkin

ANNALES DE LA SOCIETE DES MISSIONS ETRANGERES XXXIXe Année. N° 232. Janvier Février 1937 SOMMAIRE La Société des Missions Etrangères au Tonkin...... 3 Les Difficultés de l'Apostolat au Japon....... 16 Une tournée de Confirmation à Suifu (Setchoan)...... 22 La Mission de Kontum (Annam)........ 30 Echos de nos Missions......... 37 Nécrologe........... 47 L'oeuvre de « l'Adoption des Missionnaires »...... 47 UVRE DES PARTANTS
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    ANNALES

    DE LA

    SOCIETE DES MISSIONS ETRANGERES

    XXXIXe Année. N° 232. Janvier Février 1937

    SOMMAIRE

    La Société des Missions Etrangères au Tonkin. . . . . . 3
    Les Difficultés de l'Apostolat au Japon. . . . . . . 16
    Une tournée de Confirmation à Suifu (Setchoan). . . . . . 22
    La Mission de Kontum (Annam). . . . . . . . 30
    Echos de nos Missions. . . . . . . . . 37
    Nécrologe. . . . . . . . . . . 47
    L'oeuvre de « l'Adoption des Missionnaires ». . . . . . 47

    UVRE DES PARTANTS

    Dons pour l'oeuvre. . . . . . . . . . 48
    Recommandations. . . . . . . . . . 48
    Nos Défunts. . . . . . . . . . . 48

    Vietnam La Société des Missions Etrangères au Tonkin

    La première évangélisation du Tonkin remonte à la fin du XVIe siècle. Le P. Ordonnez de Cevallos est mentionné à cette époque, mais on ne possède aucun détail sur son apostolat. Après lui vinrent des PP. Jésuites, dont le plus connu est le P. de Rhodes, qui, arrivé au Tonkin en 1624 y travailla durant plus de 20 ans au milieu de continuelles difficultés et convertit un grand nombre d'infidèles. Rentré en
    Europe, il fit des démarches auprès de la Propagande pour que des évêques fussent envoyés là-bas pour former et ordonner des prêtres indigènes.
    En 1659, le Pape Alexandre VII érigeait le Tonkin en vicariat apostolique, à la tête duquel il nommait Mgr Pallu, le principal fondateur de la Société naissante des Missions Etrangères. La persécution d'abord, les affaires de la Société ensuite l'empêchèrent de pénétrer dans sa mission. Le P. Deydier y entra en 1666 et s'appliqua tout d'abord à préparer au sacerdoce d'anciens catéchistes, qu'il fit ordonner prêtres par Mgr Lambert de la Motte, vicaire apostolique de la Cochinchine. Le P. de Bourges le rejoignit bientôt et tous deux, aidés des nouveaux prêtres et de catéchistes qu'ils instruisaient avec soin, exercèrent avec succès leur ministère apostolique.
    En 1679, le Tonkin fut partagé en deux vicariats : le Tonkin Occidental, dont le P. de Bourges prit la direction, et le Tonkin Oriental, qui fut confié à Mgr Deydier. Les deux nouveaux évêques continuèrent d'administrer en commun les deux missions: pendant que l'un visitait les provinces, l'autre demeurait à la tête du Séminaire. Mais Mgr Deydier étant mort en 1693, le Tonkin Oriental fut transféré aux PP. Dominicains de la province des Philippines, qui l'ont conservé depuis lors. Nous n'aurons donc plus à en parler ici. Disons seulement que les Missions dominicaines ont subi les mêmes épreuves, les mêmes persécutions que les Missions françaises ; elles ont donné à l'Eglise de nombreux Martyrs, dont 6 évêques. Le protectorat a été, pour elles aussi, une cause de renouveau et de prospérité toujours croissante.
    Depuis un siècle le Tonkin Oriental a été divisé successivement et forme actuellement les missions de Haiphong, Buichu (au clergé indigène), Bacninh, Thaibinh et Langson Caobang, qui comptent ensemble 78 religieux dominicains, 340 prêtres indigènes et 517.000 chrétiens.
    Ajoutons que deux siècles de voisinage et de collaboration à la même oeuvre, le partage des mêmes angoisses et des mêmes espérances, ont créé entre missionnaires français et religieux espagnols des liens de charité toute fraternelle que le temps n'a pu que rendre plus étroits.
    Tonkin Occidental (auj. Hanoi). En 1696, un édit de proscription ayant été porté contre les prêtres européens, Mgr de Bourges jugea prudent de prendre une précaution dont la nécessité fut bientôt démontrée: il demanda et obtint pour Coadjuteur Mgr Bélot. La persécution redoublant d'intensité en 1712, les deux évêques et le P. Gui-sain furent emprisonnés, puis chassés du royaume. Le Coadjuteur et le missionnaire ne tardèrent pas à y rentrer subrepticement, mais Mgr de Bourges, qui s'était réfugié au Siam, y mourut en 1714, à l'âge de 84 ans.
    Devenu Vicaire apostolique, Mgr Bélot demanda à Rome de lui donner pour Coadjuteur le P. Guisain. Cette nomination ne fut faite qu'en 1718, et Mgr Bélot était mort l'année précédente.
    Sacré au Tonkin Occidental, Mgr Guisain choisit aussitôt pour provicaire le P. Néez. La persécution ayant recommencé, l'évêque chercha refuge dans la province du Nghe-an ; il y mourut en 1723.
    Le P. Néez devenait Supérieur de la Mission. Il s'occupa activement du recrutement du clergé tonkinois, qui comptait alors une vingtaine de prêtres. Ce n'est qu'après 15 années, en 1738, qu'il fut nommé Vicaire apostolique et évêque de Céomanie. Administrant sa mission avec zèle, il tint un synode qui régla plusieurs questions d'ordre pratique. Il eut plusieurs Coadjuteurs : Mgr Devaux (1746-56), Mgr Bennetat (1761), Mgr Reydellet (1762). Après avoir travaillé plus d'un demi-siècle à étendre le règne de Dieu, à compléter ou à maintenir l'organisation de sa Mission et celle de la Société des M.-E., dont il s'occupa aussi avec ardeur, il mourut dans la province de Hanam en 1764 : il avait été 9 ans simple missionnaire, 2 ans provicaire, 15 ans supérieur et 26 ans vicaire apostolique.
    Mgr Reydellet, nommé depuis 2 ans Coadjuteur de Mgr Néez, lui succéda, mais ne put être sacré qu'en 1765. La mission du Tonkin Occidental comptait alors 90.000 chrétiens dispersés en une vingtaine de districts; le clergé se composait de 3 prêtres des Missions Etrangères, 36 prêtres tonkinois, 3 ou 4 Jésuites européens, 3 Jésuites tonkinois et 11 prêtres séculiers indigènes dépendant des Jésuites. Cette dualité de juridiction amenait souvent des conflits, surtout pour la délimitation des districts. Cette question, depuis longtemps portée à Rome, se trouva tranchée lorsque Clément XIV, ayant supprimé la Compagnie de Jésus, prescrivit aux Missions Etrangères de la remplacer au Tonkin. Durant son épiscopat de 15 années, Mgr Reydellet fit la visite de sa mission ; en 1771 il envoya des catéchistes au Laos pour étudier le pays et voir quelles facilités il présentait à l'évangélisation. La persécution de 1773, qui frappa surtout les provinces de Hanoi et de Namdinh, obligea l'évêque à s'enfuir ; il mourut à Kevinh en 1780, âgé de 58 ans.
    Le successeur de Mgr Reydellet fut Mgr Davoust, son Coadjuteur depuis 9 ans. Simple missionnaire, il avait été envoyé en 1759 par Mgr Néez à Rome et à Paris pour y traiter à la fois des affaires de sa mission et de celles de la Société des M.-E. Des deux côtés les négociations furent longues et épineuses et ce n'est qu'après 22 ans de séjour en Europe qu'il obtint gain de cause. Dans l'intervalle, il avait été nommé évêque de Céram et Coadjuteur de Mgr Reydellet : il fut sacré à Rome même le 6 octobre 1771. En 1784 i1 était de retour au Tonkin et continuait l'oeuvre de son prédécesseur. Il gouverna sa mission avec bonté et fermeté, augmenta le nombre des prêtres et des catéchistes. Il choisit pour. Coadjuteur le P. Longer, missionnaire de Cochinchine et mourut en 1789. Outre les progrès qu'il imprima à sa mission, il avait joué un rôle important dans la Société des M.-E., qui lui doit d'avoir gardé l'union entre tous les corps qui la composent.
    Mgr Longer travaillait depuis 10 ans en Cochinchine lorsqu'il fut choisi pour Coadjuteur par Mgr Davoust, à qui il succéda l'année suivante. Il dut aller se faire sacrer à Macao en 1792. A son retour, il sacra Mgr Alonso, du Tonkin Oriental, et Mgr Labartette, Coadjuteur de Mgr Pigneau de Béhaine. La persécution de 1798 le força d'errer dans les montagnes et les forêts : il y fut arrêté, mais peu après délivré par les chrétiens. Son long épiscopat fut des plus féconds. Il eut successivement 4 Coadjuteurs, dont trois : NN. SS. La Mothe, Guérard et Olivier, le précédèrent dans la tombe. Accablé d'infirmités, il s'éteignit en 1831, à 79 ans. Il avait eu la plus longue carrière apostolique et épiscopale qu'aient enregistrée jusque là les annales des M.-E. en Indochine : 56 ans d'apostolat, dont 42 d'épiscopat, mais elle a été dépassée par un de ses successeurs, Mgr Gendreau, dont il sera fait mention plus loin.
    Mgr Havard, Coadjuteur de Mgr Longer, sacré par lui en 1859, recueillit sa succession. A peine avait-il pris en main le gouvernement de la mission qu'éclata une terrible persécution qui devait durer 30 ans. Alors commence pour l'évêque une période d'alertes continuelles. En 1837, un de ses missionnaires, le Bx Cornay, est martyrisé. Obligé de fuir les persécutions, il se réfugie dans la province de Ninhbinh : c'est là qu'il mourut le 5 juillet 1838, épuisé par la fièvre, les bras et les jambes enflés et couverts de plaies. Pendant son épiscopat qui ne dura que 7 ans, il avait fait 19 ordinations.
    Quelques semaines plus tard, le 31 juillet, un autre missionnaire, le P. Dumoulin Borie était arrêté et emprisonné à Donghoi ; durant sa captivité il reçut les Lettres apostoliques qui le nommaient évêque d'Acanthe et vicaire apostolique du Tonkin Occidental. Condamné à la décapitation, il fut exécuté le 24 novembre 1838 et ce n'est qu'au septième coup que sa tête tomba. Pour suppléer l'onction qui fait les pontifes, il avait reçu la couronne du martyre. Il a été béatifié en 1900 par le Pape Léon XIII, et la Société des M.-E. Célèbre sa fête le 24 novembre, jour anniversaire de sa mort glorieuse.
    Si le successeur de Mgr Dumoulin Borie ne devait pas mourir martyr, il devait du moins réaliser durant son épiscopat de 18 ans la courageuse devise qu'il avait choisie : « Fac me cruce inebriari ». Mgr Pierre Retord fut sacré à Manille le 31 mai 1840. Rentré dans sa mission, ayant été autorisé à prendre un Coadjuteur, il choisit le P. Gauthier, à qui, le 6 février 1842, il conféra la consécration épiscopale. Dès ses débuts l'épiscopat de Mgr Retord fut marqué par une tactique toute différente de celle que l'on avait suivie depuis le commencement des persécutions. Au lieu de se cacher et de laisser les chrétiens dans l'ombre, l'évêque prit hardiment la liberté : accompagné de quelques missionnaires, prêtres indigènes et catéchistes, il parcourait les paroisses, appelant les fidèles à de grandes fêtes religieuses qui duraient un ou deux jours, quelquefois une nuit ; puis chrétiens, missionnaires, chapelles même, tout disparaissait, mais les faibles avaient été fortifiés et les bons rendus meilleurs. Cette méthode, faite d'audace et de prudence, donna beaucoup de vie à la mission.
    En 1846, sur la demande de Mgr Retord, la partie sud du vicariat en fut détachée pour former la mission du Tonkin Méridional, qui fut confiée à Mgr Gauthier.
    La persécution n'avait pas cessé : des chrétiens et des prêtres tonkinois avaient été emprisonnés ; bientôt on s'attaqua aux prêtres français : les PP. Schoeffler (1851) et Bonnard (1852) furent arrêtés et décapités.
    Obligé de fuir d'asile en asile, l'évêque se cacha dans les forêts des montagnes, et c'est là qu'il passa les dernières années de sa vie, jusqu'au jour où, dévoré par la fièvre, il mourut de misère et d'épuise- ment : c'était le 22 octobre 1858.Mgr Jeantet, qui succéda à Mgr Retord, était son Coadjuteur depuis que Mgr Gauthier avait été transféré au Tonkin Méridional. Il était Supérieur du séminaire de la mission et continua de diriger cet établissement, mais la persécution l'obligea à fuir. Agé de 67 ans, le fardeau de l'épiscopat, dans les conditions où se trouvait l'Eglise du Tonkin, était au-dessus de ses forces ; aussi se choisit-il un Coadjuteur jeune et vigoureux, le P. Theurel, qu'il sacra lui-même le 6 mars 1859. Ses dernières années furent un peu plus tranquilles, grâce au traité franco annamite de 1862, qui spécifiait la libre pratique du catholicisme. Il mourut le 24 juillet 1866, au moment où il allait donner sa démission.
    C'est durant l'épiscopat de Mgr Jeantet et de son Coadjuteur Mgr Theurel que furent martyrisés les Bienheureux Pierre Néron (1860) et Théophane Vénard (1861) .
    Mgr Theurel, qui, simple missionnaire avait fait preuve d'activité et d'initiative, qui, pour rester au Tonkin, avait refusé la charge de directeur du Séminaire des M.-E. à laquelle l'appelait la confiance des Supérieurs, ne répondit pas aux espérances qu'avaient inspirées son intelligence et son courage. Vivant sous le régime de la persécution et réduit, la plupart du temps, à se cacher dans les maisons des chrétiens les plus fidèles, sa santé ne put résister longtemps. Fatigué par le travail et la maladie, il était rentré en France en 1865 ; l'année suivante, il revenait au Tonkin pour succéder à Mgr Jeantet ; mais à pein avait-il choisi et sacré son Coadjuteur Mgr Puginier, que, épuisé par un labeur incessant, il mourut le 3 novembre 1868.
    Les premiers actes de l'épiscopat de Mgr Puginier suffirent à prouver que la Mission avait 'à sa tête un grand évêque : il donne une retraite aux prêtres tonkinois; il règle par un mandement divers points d'administration ; il fait instruire canoniquement la cause des nombreux Martyrs du Tonkin; il visite les districts ; il réclame près des mandarins la liberté religieuse promise par le traité conclu avec la France.
    En 1872 commence, avec les expéditions Dupuis et Garnier, son rôle politique et patriotique, qui devait être si important et qu'il a résumé dans cette parole, dont il fit la règle de sa conduite: « Nous, missionnaires, nous travaillons pour Dieu, pour notre patrie et pour le pays auquel nous nous sommes dévoués » ; en servant les intérêts de la France, il avait la conviction de favoriser ceux de l'Annam. Lorsque le gouvernement français abandonna l'oeuvre de Garnier, des milliers de fidèles, qui s'étaient montrés les partisans de ce dernier, furent massacrés et de nombreuses paroisses furent pillées. La tempête cependant se calma peu à peu, et alors s'ouvrit pour la Mission une ère de conversions peu connue jusque là. En 1879, on enregistra jusqu'à 5.400 baptêmes d'adultes. La même année commença l'évangélisation du Laos tonkinois.
    Mais la conquête du Tonkin par la France amène de nouveaux troubles : 7 missionnaires et des centaines de chrétiens sont massacrés, de nombreuses stations catholiques sont pillées. Le calme revenu, l'évêque reprend son rôle de pacificateur, faisant admirer par les autorités françaises sa sagesse et sa clairvoyance, comme pour les missionnaires et les chrétiens son action religieuse et ses vertus.
    En 1877, Mgr Puginier avait choisi comme Coadjuteur Mgr Gendreau. Cinq ans après, il mourait à Hanoi et un Résident supérieur pouvait dire sur sa tombe : « Son nom restera éternellement uni aux plus illustres noms dont le Tonkin s'honore et dont il vénère la mémoire ».
    Devenu Vicaire apostolique, Mgr Gendreau s'appliqua à continuer l'oeuvre de son prédécesseur. L'établissement du Protectorat français ayant assuré une paix durable, il put se consacrer tout entier à son ministère épiscopal, auquel il apporta un zèle infatigable et une fervente piété. Sous son administration, la religion fit de tels progrès que l'évêque, malgré son activité, se jugea incapable de soutenir seul le fardeau de la direction d'une mission d'année en année plus prospère. Il demanda et obtint que son vicariat fût divisé : en 1895 est créée la Mission du Haut Tonkin ; en 1901, celle du Tonkin Maritime. Même après ce partage, le vicariat du Tonkin Occidental comptait encore plus de 120.000 chrétiens et environ 2 millions de païens à convertir: l'évêque gardait encore abondante matière pour exercer son zèle.
    En 1895, Mgr Gendreau avait choisi comme Coadjuteur Mgr Mar; cou ; celui-ci étant devenu vicaire apostolique du Tonkin Maritime, il le remplaça en 1911 par Mgr Bigolet, qui mourut en 1823, puis par Mgr Chaize, qui gouverne aujourd'hui la Mission.
    Une grande joie dans la vie de Mgr Gendreau fut, en 1900, la béatification de 9 Martyrs de la Société des M.-E., dont trois, les BBx Cornay, Schoeffler et Bonnard, de la Mission du Tonkin Occidental : il assista à Rome aux fêtes célébrées à cette occasion, qui fut pour lui la récompense de la part qu'il avait prise à la laborieuse compilation des matériaux requis pour l'introduction de la cause de ces Confesseurs de la Foi. La même consolation lui fut accordée en 1909, lors de la béatification des Vénérables Néron et Vénard, également Martyrs du Tonkin, mais c'est à Hanoi qu'il s'associa de loin aux honneurs rendus ces deux nouveaux Protecteurs de sa chère Mission.
    Nous ne pouvons entrer dans le détail du ministère épiscopal de Mgr Gendreau. Disons seulement qu'en 1892 il avait trouvé dans le vicariat dont il devenait le chef, 220.000 chrétiens, et que, à sa mort, malgré la cession faite en 1895 de 17.000 chrétiens au Haut Tonkin et, en 1901, de 80.000 au Tonkin Maritime, il en laissait à son successeur, Mgr Chaize, 185.000 avec 160 prêtres tonkinois.
    Mgr Gendreau est mort à Hanoi le 7 février 1935, dans sa 85e année, après 62 ans d'apostolat, 48 ans d'un épiscopat qui a marqué d'une forte empreinte de foi et de ferveur l'Eglise confiée à sa vigilance.

    Tonkin Méridional (Vinh). Mgr Gauthier, depuis 5 ans Coadjuteur de Mgr Retord, fut le premier Vicaire apostolique de cette Mission lors de son érection en 1846. Son épiscopat de 30 ans se passa tout entier dans une période de persécution, avec de rares accalmies et de fréquentes recrudescences. Dans l'espace de 5 années, 20 prêtres indigènes furent décapités. A la suite de l'expédition de Francis Garnier au Tonkin, les lettrés reprirent les armes: 200 chrétientés furent pillées, 2.000 chrétiens égorgés. L'évêque, offrant sa vie pour ses brebis, alla se livrer aux mandarins, qui le renvoyèrent, protestant de leur innocence et se déclarant impuissants. Cependant, sur les instances de l'Amiral Dupré, gouverneur de la Cochinchine, des troupes, que soutinrent les chrétiens, battirent les rebelles et la paix se rétablit. Mgr Gauthier avait eu un premier Coadjuteur, Mgr Masson, qui mourut en 1853. Ce n'est que 15 ans après qu'il en choisit un second, Mgr Croc, qui lui succéda en 1877. La Mission comptait alors 11 missionnaires français, 54 prêtres indigènes et 72.000 chrétiens.
    Pendant les premières années de son épiscopat, Mgr Croc travailla à réparer les ruines de la persécution, mais la guerre du Tonkin excita de nouveaux troubles, et, bien que les chrétiens se défendissent de leur mieux, les pertes furent grandes : 160 églises incendiées, 4.800 fidèles massacrés, etc. Epuisé par tant d'épreuves, l'évêque se rendit au sanatorium des M.-E. à Hongkong, où il mourut au mois d'octobre 1885.
    Mgr Pineau, qui lui succéda, profita de la paix recouvrée pour donner un nouvel essor à sa omission jusque là si éprouvée. Durant son épiscopat de 14 années, plus de 100 chrétientés furent fondées, 84 prêtres indigènes furent ordonnés, 30 églises furent construites. En 1910, sa santé affaiblie le porta à donner sa démission. Il se retira dans son diocèse d'Angers et y mourut en 1921.
    Mgr Belleville, qui lui succéda, ne fut, pour ainsi dire, que montré à la Mission : son épiscopat ne fut que d'une année ; il l'employa à la visite de son vicariat, mais ses forces ne furent pas à la hauteur de son zèle : il mourut le 7 juillet 1912, n'ayant pu réaliser les espérances qu'autorisaient ses talents et son activité.
    Son successeur, Mgr Eloy, continue depuis 1912 l'oeuvre de relèvement et de progrès commencée par ses prédécesseurs. La mission de Vinh est l'une des plus florissantes de celles qui sont confiées à la Société des M.E. ; elle est la première pour le nombre de ses prêtres indigènes, qui est de 172. Les chrétiens sont 160.000 et se montrent pieusement fidèles aux obligations de la vie chrétienne.
    Haut Tonkin (Hunghoa). Détaché de la Mission du Tonkin Occidental en 1895, le Vicariat du Haut Tonkin, qui embrasse une superficie de 60.000 km2 et une population d'environ 1.200.000 habitants, eut pour premier évêque Mgr Ramond, qui, aujourd'hui encore, dirige sa Mission dans une voie de progrès continuel : durant son administration, le nombre des catholiques de la Mission a passé de 17.000 à 57.000, celui des prêtres indigènes de 12 à 47. Agé de 82 ans, Mgr Ramond, après 56 ans de vie apostolique, dont 42 d'épiscopat, a demandé un Coadjuteur : c'est le P. Vandaele, jusqu'ici procureur de la Mission, où il travaille depuis 1899, qui a été désigné pour venir en aide au vénéré Vicaire apostolique.

    Tonkin Maritime (Phat diem). En 1901, Mgr Marcou, depuis 6 ans Coadjuteur de Mgr Gendreau à Hanoi, devenait Vicaire apostolique d'une nouvelle mission détachée du Tonkin Occidental, qui cédait à sa filiale 30 missionnaires, 53 prêtres indigènes et 80.000 chrétiens. Seul jusqu'en 1917, puis assisté d'un Coadjuteur, Mgr de Cooman, l'évêque travailla avec un zèle infatigable à la prospérité de son vicariat. En 1932, on y comptait 38 missionnaires, 140 prêtres indigènes et 145.000 catholiques. Devant ces résultats de son laborieux ministère, Mgr Marcou estima que le temps était venu de céder au clergé indigène la partie la plus florissante de ce beau Vicariat, tandis que les prêtres des M.-E. porteraient leur activité sur les régions encore peu évangélisées relevant de l'Annam et du Laos. Cette dernière partie forma la nouvelle mission de Thanh-hoa ; l'autre, beaucoup moins étendue et comprise dans le delta du Fleuve Rouge, resta confiée au premier Vicaire apostolique, qui reçut comme Coadjuteur avec future succession, un prêtre annamite du Vicariat de Saigon, Mgr Tong. De ce jour, la Mission de Phatdiem ne dépendant plus de la Société des M.-E., les missionnaires français se transportèrent tous dans le Vicariat de Thanh-hoa ; seul, Mgr Marcou demeura, jusqu'au jour où, jugeant son Coadjuteur suffisamment initié aux exigences du supériorat d'une mission, il donna sa démission de vicaire apostolique (1935) et se retira à Thanh-hoa, au milieu de ceux dont il avait été le Pasteur et le Père pendant 30 ans.

    Thanh-hoa. Lorsque, en 1932, fut effectué le partage de la mission de Phatdiem, la part laissée à la Société des M.-E. reçut le nom de Vicariat de Thanh-hoa et eut pour évêque Mgr de Cooman, depuis 15 ans Coadjuteur de Mgr Marcou. La partie méridionale de la nouvelle mission est habitée par une population exclusivement annamite ; le nord et le nord-ouest sont peuplés d'indigènes appartenant aux peuplades « muong », « thay », « meo », etc. C'est cette dernière région, désignée ordinairement sous le nom de « Chau-Laos » ou Laos tonkinois, dont l'évangélisation a coûté dans le passé tant de vies de missionnaires fauchées par la terrible fièvre des bois ou par la haine des persécuteurs. La mission, dans laquelle travaillent 35 missionnaires et 50 prêtres indigènes, compte actuellement 53.000 chrétiens.

    ***

    Laissant de côté les missions dominicaines, la partie du Tonkin qui, il y a un siècle, formait la seule mission du Tonkin Occidental, comprend aujourd'hui 5 vicariats, dans lesquels 125 missionnaires et 520 prêtres indigènes administrent 550.000 chrétiens. Durant ce siècle, 20 missionnaires ont été mis à mort et des milliers de chrétiens massacrés. Une fois de plus s'est réalisée la parole de Tertullien : « Sanguis Martyrum semen Christianorum », et la Société des Missions Etrangères, en ajoutant leurs noms à son long martyrologe, rend grâces à Dieu, qui a béni et récompensé les travaux, les prières, les souffrances de ses apôtres.

    1937/4-15
    4-15
    Vietnam
    1937
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