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La Société des Missions Etrangères au Japon

La Société des Missions Etrangères au Japon Depuis deux siècles le Japon était rigoureusement fermé aux Européens, sauf aux Hollandais, qui, au prix de concessions humiliantes, avaient obtenu l'établissement d'une factorerie dans la petite île de Deshima à Nagasaki. Depuis deux siècles, après trente années d'une effroyable persécution, le christianisme était sévèrement interdit et l'on pouvait penser qu'il ne restait rien des florissantes chrétientés du XVIIe siècle.
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    La Société des Missions Etrangères au Japon

    Depuis deux siècles le Japon était rigoureusement fermé aux Européens, sauf aux Hollandais, qui, au prix de concessions humiliantes, avaient obtenu l'établissement d'une factorerie dans la petite île de Deshima à Nagasaki. Depuis deux siècles, après trente années d'une effroyable persécution, le christianisme était sévèrement interdit et l'on pouvait penser qu'il ne restait rien des florissantes chrétientés du XVIIe siècle.
    Mais, au XIXe siècle, les puissances européennes commencèrent à envoyer leurs navires explorer les côtes des pays d'Extrême-Orient et il parut bientôt que le Japon lui-même ne pourrait demeurer plus longtemps dans son isolement séculaire.
    A Rome, le Pape Grégoire XVI, ancien Préfet de la Congrégation de la Propagande, suivait de près les événements : il se préparait à profiter des circonstances pour reprendre l'évangélisation d'un pays qui avait donné tant de Martyrs à l'Eglise, et c'est à la Société des Missions Etrangères qu'il fit appel pour cette mission difficile et dangereuse.
    Dès 1844 un missionnaire, le, P. Forcade, accompagné d'un séminariste chinois, Augustin Kô, était envoyé à Naha, dans l'île d'Okinawa, de l'archipel des Ryükyü, pour y étudier la langue japonaise en attendant que le Japon ouvre ses portes aux étrangers. Deux ans après, Grégoire XVI érigeait le Japon en vicariat apostolique et le P. Forcade, âgé seulement de 30 ans, en devenait le premier titulaire. Cette nomination pourtant ne changeait rien à la situation et durant 12 longues années encore, les missionnaires isolés à Okinawa durent attendre l'heure où ils pourraient relever au Japon l'étendard de Jésus-Christ.
    Cependant la guerre de l'opium venait d'ouvrir la Chine. En 1853 l'escadre américaine du Commodore Perry apportait au Shôgun leyoshi une lettre du Président des Etats-Unis demandant à entrer en relations avec le Japon et, malgré bien des oppositions, le gouvernement shôgunal n'osa pas répondre négativement. La brèche était ouverte : après les Etats-Unis, l'Angleterre, la Russie obtinrent les mêmes concessions. Enfin, en 1858, la France signait avec le Japon un traité qui ouvrait à ses nationaux les ports de Yokohama, Kôbe, Nagasaki, Hakodate et Niigata, ainsi que les ville de Yedo (Tôkyô) et Osaka.
    Les missionnaires pouvaient donc enfin mettre le pied sur cette terre des Martyrs, si longtemps inaccessible et, en attendant mieux, exercer leur ministère auprès des Européens, l'évangélisation des indigènes leur étant formellement interdite. Quittant aussitôt les îles Ryûkyû, le P. Girard se fixait à Yedo comme interprète du Consul de France, le P. Mounicou à Yokohama, les PP. Furet et Petitjean à Nagasaki.
    La première église catholique construite au Japon fut celle de Yokohama, inaugurée le 12 janvier 1862 ; la seconde fut celle de Nagasaki, qui fut bénite le 19 février 1865 sous le vocable des 26 saints Martyrs de 1597.
    La nouvelle église de Nagasaki excita la curiosité des Japonais, qui vinrent nombreux la visiter, et c'est parmi ces visiteurs que, le vendredi 17 mars, un mois après la bénédiction de l'église, trois femmes vinrent s'agenouiller à côté du P. Petitjean, alors en prière devant l'autel, et lui dirent : « Notre coeur, à nous tous qui sommes ici, est le même que le vôtre », c'est-à-dire nous aussi nous sommes chrétiens.
    Mais, après ce premier aveu, les visiteurs voulurent s'assurer qu'ils avaient affaire à de vrais pasteurs, légitimes successeurs de ceux qui avaient évangélisé leurs ancêtres. Or, en partant pour l'exil ou pour le martyre, les missionnaires du XVIIe siècle avaient dit et répété à leurs fidèles : « Nous allons mourir, mais la religion ne meurt pas. Ayez confiance : un jour viendra où, la persécution ayant cessé, de nouveaux apôtres débarqueront dans votre pays. Vous reconnaîtrez à trois signes qu'ils sont nos frères dans la foi : ils honoreront la Sainte Vierge, ils seront envoyés par le Pape de Rome, et, célibataires, ils garderont la chasteté sacerdotale ».
    Les générations successives s'étaient transmis l'une à l'autre la notion de ces trois marques du vrai pasteur, et ce ne fut qu'après s'être convaincus que les nouveaux venus remplissaient bien ces trois conditions que les visiteurs de la mission, toutes craintes dissipées, reconnurent les missionnaires pour les successeurs légitimes des apôtres de leurs ancêtres. Cette question élucidée, les adhésions se multiplient : à la fin de cette même année 1865 on estime à 1 0.000 le nombre des fidèles retrouvés.
    Ainsi donc, fait unique dans l'histoire de l'Eglise des milliers de descendants des anciens chrétiens, sans prêtres, sans sacrement autre que le baptême, sans culte, au milieu d'une persécution cruelle et ininterrompue, ont gardé la foi de leurs pères. Ils vont montrer qu'ils ont hérité aussi de leur courage.
    Lorsque ces faits furent connus à Rome, le Pape Pie IX nomma le P. Petitjean évêque de Myriophite et vicaire apostolique du Japon. Malgré la prudence du nouvel évêque et de ses missionnaires, la nouvelle de la découverte des chrétiens parvint aux oreilles du gouvernement, qui remit en vigueur les anciens édits proscripteurs de la religion. Une nouvelle persécution éclate. De juillet 1868 à janvier 1870, 3.500 chrétiens des environs de Nagasaki sont arrachés à leurs demeures et exilés au loin dans des provinces soumises à des daimyô païens. Leur captivité, aggravée par les mauvais traitements, souvent par des tortures, toujours par une nourriture insuffisante, dura jusqu'au mois d'avril 1873 ; ils furent alors libérés, mais 700 d'entre eux étaient morts dans leur exil.
    Tandis que les chrétiens délivrés relèvent leurs maisons ruinées, les missionnaires reprennent avec plus d'ardeur l'oeuvre d'évangélisation : ce n'était pas encore la liberté religieuse, mais une tolérance qui les dispensait de n'exercer leur ministère que durant la nuit et en cachette ; sans doute, ils ne pouvaient encore résider que dans les ports ouverts, néanmoins le travail allait devenir bien plus considérable. La Société des Missions Etrangères se montra à la hauteur de la situation : aux 19 prêtres qu'elle avait envoyés au Japon, elle en adjoignit 15 autres dans la seule année 1873.
    A ce moment on estimait à 15.000 le nombre des chrétiens, presque tous dans le Kyûshû ; mais il s'agissait d'étendre partout le travail d'évangélisation. Mgr Petitjean, pour le suppléer dans ses tournées de confirmation, demanda un auxiliaire, qu'il obtint en la personne de Mgr Laucaigne, nommé évêque d'Apollonie. Puis, estimant impossible pour lui de diriger une mission qui embrassait l'empire japonais tout entier, il obtint de Rome la division du Japon en deux vicariats apostoliques : celui du Sud, qu'il se réserva, et celui du Nord, à la tête duquel fut placé Mgr Osouf, ancien procureur général de la Société des Missions Etrangères à Hongkong, qui fut sacré à Paris le 11 février 1877 par Mgr Forcade, l'ancien missionnaire des Ryûkyû, devenu Archevêque d'Aix.
    Dans les deux vicariats l'oeuvre d'évangélisation fut poussée avec diligence. Dans le Sud, on découvrit encore de nombreux descendants de chrétiens, tandis que dans le Nord, on s'attaquait résolument à l'élément païen. A Nagasaki, Mgr Petitjean se hâta de fonder un séminaire, qu'il recruta parmi les enfants d'anciens chrétiens et, avant de mourir, il eut la consolation d'ordonner les trois premiers prêtres de l'Eglise japonaise ressuscitée : ce fut en 1882. A Tôkyô, Mgr Osouf s'appliqua aussi à la formation d'un clergé indigène, mais, vu le petit nombre des chrétiens de son vicariat, ce n'est qu'en 1894 qu'il put ordonner deux prêtres de son diocèse.
    De 1874 à 1887, 55 missionnaires furent envoyés de Paris : 26 pour Tôkyô, 29 pour Nagasaki. En 1887, fa population catholique des 3 vicariats était de 37.000, dont 25.000 pours la seule mission de Nagasaki. Mgr Petitjean était mort le 7 octobre 1884, âgé seulement de 55 ans, mais usé par les fatigues de son laborieux apostolat. Son auxiliaire, Mgr Laucaigne, trois mois après, le rejoignait dans la tombe. Le nouveau Vicaire apostolique, Mgr Cousin, obtint de Rome que son vicariat fût divisé : il ne garda que le Kyûshû et les îles adjacentes. La partie occidentale du Hondo et l'île de Shikoku formèrent un vicariat, qui prit le nom de Japon Central et eut pour évêque Mgr Midon, jusque-là provicaire de Mgr Osouf à Tôkyô, qui fut sacré à Yokohama le 11 juin 1888. Osaka fut le chef-lieu de la nouvelle mission.
    Trois ans plus tard, le Vicariat du Japon Septentrional fut divisé à son tour. Le nord du Hondo, avec le Hokkaidô (Yeso) et les îles Kouriles formèrent la mission de Hakodate, du nom de la ville où s'établit le vicaire apostolique Mgr Berlioz, qui fut sacré à Tôkyô le 25 juillet 1891.
    Le Pape Léon XIII avait toujours manifesté grand intérêt envers le Japon, en lequel il voyait une nation appelée à exercer une influence considérable en Asie. Déjà, en 1885, il avait chargé Mgr Osouf de remettre à l'Empereur une lettre dans laquelle il remerciait Sa Majesté de la protection accordée aux chrétiens de l'Empire. Après que la liberté religieuse eut été accordée par la Constitution de 1889, il voulut donner au Japon une nouvelle preuve de sa bienveillance : il établit dans l'Empire la hiérarchie ecclésiastique telle qu'elle existe dans les pays chrétiens : Mgr Osouf devint Archevêque de Tôkyô, avec trois évêques suffragants : Mgr Cousin, de Nagasaki, Mgr Midon, d'Osaka, Mgr Berlioz, de Hakodate.
    Ces événements eurent leur répercussion dans le pays ; les craintes de persécution disparaissant de plus en plus, le nombre des conversions au catholicisme alla chaque année en augmentant, nécessitant un nombre toujours plus grand de missionnaires. La Société des Missions Etrangères redoubla d'efforts pour répondre aux besoins de l'apostolat. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, elle avait envoyé au Japon plus de 200 missionnaires. En 1900, ils étaient encore 120, dont 38 à Tôkyô, 32 à Nagasaki, 28 à Osaka et 22 à Hakodate ; à ces chiffres il faut ajouter 34 prêtres indigènes, dont 27 au seul diocèse de Nagasaki. Le nombre des chrétiens dépassait 56.000.
    Qu'était-ce que cela en face de 42 millions de païens à convertir ? La Société des Missions Etrangères, comprenant qu'elle ne pouvait à elle seule suffire à une telle tâche et désireuse avant tout du salut des âmes, résolut de faire appel à d'autres Congrégations missionnaires pour collaborer avec elle à l'évangélisation du Japon. L'Ordre de Saint Dominique qui, au XVIIe siècle, avait donné au Japon des apôtres et des martyrs, fut le premier désigné par Rome pour revenir y travailler à la propagation de l'Evangile : en 1904 la grande île de Shikoku fut détachée du diocèse d'Osaka et confiée aux Dominicains de la province du Saint Rosaire des Philippines.
    Ce fut le premier acte d'un morcellement devenu nécessaire et qui devait, en 30 ans, porter de 4 à 16 le nombre des missions du Japon, et qui devra se continuer longtemps encore.
    Après les Dominicains espagnols, les Pères allemands du Verbe Divin, les Franciscains de la province d'Allemagne, les PP. Jésuites allemands, les Franciscains du Canada, les Salésiens italiens, les Franciscains polonais, les Jésuites espagnols reçurent successivement des territoires qui, confiés jusque-là aux Missions Etrangères, furent érigés en préfectures apostoliques indépendantes.
    Mais de toutes ces cessions, il en est une qui témoigna le plus éloquemment du détachement de la Société des Missions Etrangères et de sa disposition à céder la place à un clergé indigène. En 1927, Mgr Combaz, successeur de Mgr Cousin sur le siège de Nagasaki, était mort après 15 années d'épiscopat ; le diocèse comptait alors 30 prêtres japonais. Le Supérieur Général de la Société des Missions Etrangères, Mgr de Guébriant, estima que le temps était venu de fonder un diocèse indigène et c'est lui-même qui demanda à Rome de donner à un évêque et à des prêtres japonais le département de Nagasaki, avec tous ses souvenirs et ses chrétientés prospères, tandis que les prêtres des Missions Etrangères se réserveraient les départements de Fukuoka et de Kumamoto, encore peu évangélisés, pour y poursuivre leur tâche ardue de défricheurs. Le Souverain Pontife acquiesça à ce désir et voulut sacrer lui-même le premier évêque japonais, Mgr Janvier Hayasaka. La cérémonie eut lieu à Rome le dimanche 30 octobre 1927, et Mgr de Guébriant était là, avec Mgr Chambon, archevêque de Tôkyô, assistant l'auguste Consécrateur et goûtant en son âme l'austère joie du sacrifice consenti par lui et par ses missionnaires.
    Quelques années après (1931), c'est le diocèse tout entier de Hakodate que la Société des Missions Etrangères cède aux Dominicains Canadiens, dans l'espoir qu'ils pourront lui fournir un plus grand nombre d'ouvriers apostoliques.
    Il ne reste donc plus actuellement à la Société qui, il y a quelque 30 ans, avait la charge de tout le Japon, que les trois missions de Tôkyô, Osaka et Fukuoka, tels que les ont réduites plusieurs cessions successives. Mais, même ainsi réduits, le diocèse de Tôkyô comporte encore une population de 18 millions d'habitants, celui d'Osaka 12 millions, celui de Fukuoka 5 millions. Pour l'évangélisation de ces 35 millions de païens, ils n'ont que 75 missionnaires français et 20 prêtres indigènes ; mais ils ont obtenu l'aide de nombreux auxiliaires qui, par leurs oeuvres d'enseignement et de bienfaisance, collaborent activement à l'oeuvre apostolique. Jésuites, Marianistes, Salésiens de Dom Bosco, Dames du Sacré Coeur, Dames de Saint-Maur, Soeurs de Saint-Paul de Chartres, Soeurs de la Charité de Nevers, Soeurs du Saint Enfant Jésus de Chauffailles, Soeurs japonaises de la Visitation, etc., apportent tout leur zèle et tout leur dévouement à l'oeuvre d'apostolat confiée à la Société des Missions Etrangères.
    De ce rapide exposé on peut conclure que, au Japon comme en Chine, en Indochine et dans les Indes, la Société des Missions Etrangères de Paris, fidèle au but de son institution, a travaillé avec abnégation à la formation d'un clergé indigène et à la conversion des infidèles, demeurant toujours prête à céder la place pour aller défricher d'autres régions, si on le lui demande. Elle a bien mérité de Dieu et de son Eglise.

    1936/4-12
    4-12
    Japon
    1936
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