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La Société des Missions Étrangères au Canada

La Société des Missions Étrangères au Canada
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    La Société des Missions Étrangères au Canada

    Vers le milieu du XVIIe siècle, quelques pieux jeunes gens, ecclésiastiques et laïques, avaient formé une association de prières et de charité qu'ils avaient placée sous la protection de la Sainte Vierge. Un jour, leur directeur, le P. Bagot, conduisit à une de leurs réunions le P. de Rhodes, retour du Tonkin, qui leur exposa les besoins des missions de l'Extrême-Orient et le désir du Souverain Pontife de voir former, dans ces régions, un clergé indigène sous la direction d'évêques in partibus infidelium jusqu'à ce qu'il fût possible de créer des diocèses.
    Vivement émus des paroles du vénérable religieux, quelques-uns de ces jeunes gens résolurent de se consacrer aux missions. Le Pape Innocent X, informé de leurs dispositions, ordonna à Mgr Bagni, Nonce à Paris, de choisir parmi eux les trois ecclésiastiques qu'il jugerait les plus dignes de l'épiscopat. Ce devait être les trois premiers évêques de la Société des Missions Etrangères. Le choix du Nonce se porta sur M. Pallu, chanoine de Saint Marthin de Tours, M. de Laval, ancien archidiacre d'Evreux, et M. Pique prêtre pieux et savant.
    L'opposition du Portugal, puis la mort d'Innocent X retardèrent les négociations relatives à cette affaire : ce n'est qu'après 5 années, en 1658, qu'elle fut enfin terminée. Mais, dans l'intervalle, M. de Laval, désespérant de voir intervenir une prompte solution, avait tourné ses regards vers d'autres régions à évangéliser : il venait d'être nommé évêque de Pétrée et vicaire apostolique du Canada. Il n'avait pas pour cela brisé les relations avec M. Pallu et ses confrères : son nom figure au bas de la supplique adressée par eux au Pape Alexandre VII pour demander l'autorisation de fonder à Paris un séminaire « qui ait pour unique fin la propagation de la foi auprès des infidèles et dans lequel puissent être admis des prêtres, afin d'éprouver leur vocation et de les préparer par tous les moyens convenables à quelque Mission que ce soit ».
    Le vicaire apostolique du Canada était donc resté uni de cur et d'âme à Mgr Pallu, à Mgr de la Motte Lambert, à leurs missionnaires et à leurs procureurs.
    Son immense Vicariat comprenait les colonies françaises d'Amérique, c'est-à-dire tout le territoire depuis le cap Breton jusqu'au lac Supérieur, et du lac Supérieur jusqu'au golfe du Mexique. Il avait confié les missions sauvages aux Jésuites et la colonie canadienne aux prêtres séculiers.
    Un conflit avec l'autorité civile au sujet de la vente de l'eau-de-vie l'obligea à revenir en France pour porter ses plaintes au pied du trône. Il gagna sa cause : Louis XIV ordonna de prendre des mesures pour mettre fin à un commerce immoral et dangereux, et il témoigna l'estime qu'il portait à Mgr de Laval en demandant à Rome l'érection de la mission de Québec en évêché. La fondation d'un séminaire étant une conséquence naturelle de cette décision, l'évêque la décréta par une ordonnance datée de Paris le 26 mars 1663.
    Dans sa pensée, le séminaire était tout à la fois une maison d'éducation classique, de formation ecclésiastique et le centre d'une grande organisation embrassant tout lé clergé séculier. Il devait être un lieu de réserve d'où il pût tirer les sujets dont il aurait besoin pour l'administration de son diocèse et où il lui fût loisible de les renvoyer quand il le jugerait à propos. En un mot, il le concevait comme l'âme de la Nouvelle-France, qui devait imprimer partout la même direction, le même mouvement et la même vie (1).
    Ne possédant pas assez de prêtres et de ressources pour assurer la perpétuité de cet établissement, il songea naturellement à le confier à la Société des Missions Etrangères, qu'il connaissait si bien, et il entra en pourparlers avec MM. Gazil et Poitevin, alors Directeurs provisoires du Séminaire. « J'ai appris avec joie, leur écrit-il le 20 août 1664, l'établissement de votre Séminaire des Missions Etrangères... Je ne puis assez louer votre zèle, lequel, ne pouvant se contenir dans les bornes et limites de la France, cherche à se répandre dans toutes les parties du monde et aller au delà des mers dans les régions les plus éloignées ; ce que considérant, j'ai cru ne pouvoir procurer un plus grand bien à notre nouvelle Eglise, plus à la gloire de Dieu et au salut des peuples que Dieu a confiés à notre conduite, qu'en contribuant à l'établissement d'une de vos maisons dans Québec, lieu de notre résidence, où vous seriez comme la lumière posée sur le chandelier pour éclairer toutes ces contrées par votre saine doctrine et l'exemple de vos vertus.

    (1) Cf. Vie de Mgr de Laval, par GOSSELIN.

    « Puisque vous êtes le flambeau des pays étrangers, il est bien raisonnable qu'il n'y ait aucune région qui ne ressente votre charité et votre zèle. J'espère que notre Eglise sera l'une des premières qui auront ce bonheur, d'autant plus qu'elle possède déjà une partie de ce que vous avez de plus cher.
    « Vous y trouverez un logement préparé et un fonds suffisant pour commencer un petit établissement qui ira toujours en croissant, je l'espère ».
    Les Directeurs répondirent en sollicitant de l'évêque une permission officielle de fonder une maison dans la ville de Québec, « afin de pouvoir travailler aux missions du pays, conformément au but de leur institution ».
    Mgr de Laval agréa leur demande et donna aux membres du séminaire, « à perpétuité le pouvoir d'enseigner les peuples en tout ce qui regarde la vie et les vertus chrétiennes, par des prédications, des catéchismes, des conférences », etc. ; il leur permit en même temps d'aller en mission dans tous les lieux du diocèse.
    Il déclare que les Supérieurs du séminaire de Québec « seront choisis et nommés par MM. du Séminaire de Paris, suivant leurs règlements, et recevront ensuite la bénédiction de l'évêque avant d'entrer en charge ».
    L'acte d'union entre les deux séminaires fut signé à Paris le 29 janvier 1665.
    Dès lors la Société des Missions Etrangères dirigea nombre de ses prêtres vers le Canada jusqu'à la prise de Québec par les Anglais en 1759. Les uns passèrent leur vie dans l'enseignement, les autres se consacrèrent à l'évangélisation de l'Acadie et de la Louisiane. Entre leur situation dans la Société et celle des missionnaires d'Extrême-Orient, il y eut toujours deux différences : ils étaient libres d'accepter ou de refuser d'aller au Canada, et ils ne recevaient pas la patente qui associait directement aux Missions Etrangères, tandis que les missionnaires d'Asie devaient, sous peine d'exclusion, accepter la mission qu'on leur désignait et étaient incorporés dès leur départ (1).

    (1) Cf. Histoire générale de la Société des Missions Etrangères, par Adrien LAUNAY.

    Dans la suite l'évêque de Québec ne perdait aucune occasion de montrer ses sentiments d'affection et de reconnaissance, soit en remerciant les directeurs de Paris des services qu'ils lui rendaient, soit en faisant l'éloge des missionnaires qu'ils lui envoyaient. Il disait des directeurs de son séminaire, recrutés presque tous aux Missions Etrangères : « Ils sont peu nombreux, mais, grâce à leur activité, ils font face à tous leurs devoirs ; le détachement dont ils font profession, la charité qui les unit, l'assiduité qu'ils ont au travail et la régularité qu'ils s'efforcent d'inspirer à tous ceux qui sont sous leur conduite, m'ont donné une très sensible consolation ».
    Cet éloge n'était point une parole banale, il était confirmé par les faits. En 1668, Mgr de Laval confia aux prêtres de son grand séminaire la direction du petit séminaire de Saint Joachim. En 1675, il renouvela avec les Missions Etrangères l'acte d'union signé dix ans auparavant ; les principaux articles de ce second traité sont analogues à ceux du premier : défense aux directeurs du séminaire de Québec de vendre ou d'aliéner ses propriétés sans l'autorisation du séminaire de Paris ; nomination par le séminaire de Paris du supérieur de l'établissement de Québec, etc.
    Après avoir fait construire un nouveau séminaire assez vaste pour loger cent personnes, Mgr de Laval, en 1680, fit à Paris, en faveur du Séminaire des Missions Etrangères, un legs général de sa fortune, pour être employé à l'entretien du séminaire de Québec. Mais la distance des lieux rendant le recours à Paris souvent impossible et les délais pouvant nuire aux affaires, le séminaire de Paris accorda à celui de Québec la faculté de disposer de ces biens et de se choisir un supérieur, à charge d'en demander la confirmation à Paris.
    Par testament du 5 avril 1672, M. de Barillon de Morangis avait fait une donation « en faveur des missions d'Ecosse, de Grèce, de Syrie, de Perse, de la Chine, de l'Amérique et autres lieux ». Cette somme fut employée à bâtir l'église du séminaire de Paris, mais une rente de 100 livres fut affectée au séminaire de Québec, en considération de la part qui pouvait lui revenir sur cette fondation, « pour nourrir et former des ouvriers pour le Canada ».
    En 1684, Mgr de Laval, accablé par les infirmités, revint en France pour apporter au roi sa démission. En 1697 il signait, avec les directeurs, une convention ainsi conçue : « Le séminaire de Paris sera regardé comme le centre de la correspondance de toutes nos missions... du Canada et autres lieux où il y aura des vicaires apostoliques ou des missionnaires qui auront liaison avec lui ». Retourné au Canada, le vénérable évêque y mourut le 6 mai 1708, à l'âge de 86 ans.
    Il eut pour successeur Mgr de Saint-Vallier, qui avait été son vicaire général. Durant l'épiscopat du nouvel évêque, les relations avec le séminaire de Paris se continuèrent, sinon aussi cordiales, du moins correctement sympathiques.
    Lorsque, en 1690, une flotte britannique vint attaquer Québec, nombre de familles se réfugièrent au séminaire, où elles trouvèrent la nourriture et le logement; les soldats vinrent à leur tour y chercher des vivres et du bois ; les élèves du petit séminaire de Saint Joachim se joignirent aux combattants volontaires et leur vaillante conduite leur mérita les félicitations du gouverneur, M. de Frontenac.
    Mais la guerre avait occasionné des pertes que le séminaire n'avait pas le moyen de supporter: celui de Paris l'aida à rétablir ses finances.
    Les services du séminaire de la rue du Bac étaient hautement appréciés par le gouverneur du Canada. Il écrivait à un ami : « Vous avez à Paris un séminaire des Missions Etrangères qui a aidé le nôtre de son crédit et de son argent. Si vous voyez M. de Brisacier, qui en est supérieur, vous lui présenterez mes hommages... Je voudrais bien que son séminaire envoyât chez nous plus de sujets qu'il ne fait, mais il paraît qu'il en a bien peu et qu'il n'a pas l'espérance d'en avoir davantage ».
    Les appréciations de M. de Frontenac sur l'état du Séminaire de Paris étaient malheureusement trop vraies ; néanmoins la Société des Missions Etrangères continua de s'intéresser à la mission du Canada. Elle favorisa de tout son pouvoir l'évangélisation des sauvages, particulièrement de ceux qu'on appelait les Crucientaux. Les missionnaires eurent non seulement à les convertir, mais encore à leur apprendre à défricher la terre, à se servir des instruments aratoires, à déposer le blé récolté dans un magasin commun, etc.
    Encouragés par ces premiers succès et toujours soutenus par le séminaire de Paris, les directeurs de Québec créèrent des postes en Acadie et jusque dans la Louisiane. C'est vers cette dernière province que partirent en 1698 MM. de Montigny, Davion et de Saint Côme. Ils descendirent ensemble le Mississipi : M. Davion fut laissé au fort Saint-Louis ; M. de Saint Côme, qui s'était fixé au fort des Natchez ; fut massacré en 1707 par les Sitimakas, peuplade de la rive droite du Mississipi. Quant à M. de Montigny, établi aux Tamarois, voyant l'immense contrée qu'il avait à défricher, il s'empressa de demander des secours et le séminaire de Québec lui envoya MM. Bergier, Boulleville et de Saint Côme le jeune, accompagnés de trois frères coadjuteurs. Peu après avoir reçu ces collaborateurs, M. de Montigny quitta le Canada, où il avait passé huit années. Le séminaire de Paris l'envoya alors (1702) en Chine, où il évangélisa successivement le Fokien, le Kouangtong et le Tchekiang. Il accompagna Mgr de Tournon, visiteur apostolique, à Nankin, puis à Canton, d'où il fut chassé et conduit à Macao. Rentré en France, il fut reçu directeur du Séminaire des Missions Etrangères (1711), puis nommé procureur de la Société à Rome (1714). Sept ans plus tard il revint à Paris, où il mourut en 1742. Pendant les dernières années de sa vie, il ajouta à ses fonctions de directeur du Séminaire celle de procureur du diocèse de Québec. On croit qu'il est l'auteur de l'Histoire de l'établissement du Christianisme dans les Indes Orientales par les évêques français et autres missionnaires apostoliques. (Chez Mme Devaux, libraire, n° 382, rue de Malte, à Paris, an XI, 1803. 2 vol. in-12, pp. XXIV-299,335.)
    Le 15 novembre 1701, le séminaire de Québec fut détruit par un incendie : les bâtiments, les archives, la bibliothèque, le mobilier, furent la proie des flammes. Ce désastre consterna les directeurs du Séminaire de Paris, qu'il atteignait indirectement, puisqu'ils avaient la haute direction sur l'administration temporelle. Le supérieur, M. de Brisacier obtint alors de Louis XIV une première gratification de 10.000 livres et la promesse de 4.000 pour les années suivantes jusque-là la reconstruction complète.
    Malheureusement un second incendie se déclara en 1705 par l'imprudence d'un ouvrier ; les flammes gagnèrent un magasin rempli de poudre achetée pour les sauvages et une explosion formidable se produisit. Le séminaire de Québec était de nouveau détruit. Ce fut une double perte d'argent et de temps : l'argent fut difficilement recueilli et les élèves furent presque tous renvoyés chez eux. Il fallut quêter encore, multiplier les économies et se résigner à voir les travaux ne s'achever qu'en 1723. Mais cette fois le nouvel édifice fut conservé, et c'est dans cette demeure qu'ont été formées ces vigoureuses générations sacerdotales auxquelles le Canada doit d'avoir gardé ses croyances et sa belle langue maternelle.
    Cependant la Société des Missions Etrangères qui, durant les 50 années qui suivirent sa fondation, avait envoyé en Extrême-Orient 130 missionnaires, voyait son recrutement devenir de plus en plus difficile. Le séminaire de Paris ne comptait souvent que 5 ou 6 lévites ; quelquefois même il était vide. La Société voyait en même temps diminuer ses ressources, mais non pas ses charges. Réduite à l'impossibilité de fournir des sujets à ses missions mêmes, elle s'adressa d'abord à Saint-Sulpice pour lui en procurer pour le Canada. En 1726, M. de Montigny écrivait à ses confrères de Québec : « Nous avons été obligés de prier les Messieurs de Saint-Sulpice, dans une conjoncture où nous manquions de sujets, de nous en procurer quelques-uns. Ils ont fait charitablement ce que nous pouvions désirer ».
    En 1729, un des directeurs du séminaire de Paris, M. Dosquet, était nommé coadjuteur de Mgr du Plessis de Mornay, évêque de Québec, auquel il succéda en 1733 (1). Connaissant mieux que personne la pénurie de personnel dont souffraient alors les Missions Etrangères, il se mit en rapports avec le Séminaire du Saint Esprit en vue d'obtenir les sujets dont il avait besoin pour son diocèse. Son procureur à Paris, l'abbé de l'Isle Dieu, intervint auprès du Ministre de la Marine pour faire accorder aux prêtres du Saint Esprit les avantages dont jouissaient les missionnaires de la rue du Bac, c'est-à-dire le passage gratuit sur les vaisseaux du roi et une gratification pour couvrir les frais de trousseau et d'installation.
    A dater de cette époque la Congrégation du Saint Esprit destina des sujets au Canada ; de 1732 à 1755 elle en envoya 14, parmi lesquels MM. Leloutre et Maillard ont laissé un nom illustre dans l'histoire de l'Acadie. Mais les archives du séminaire de la rue du Bac mentionnent jusqu'en 1755 des noms de séminaristes bénéficiaires de bourses fondées en faveur de ce séminaire et envoyés au Canada.

    (1) Mgr Dosquet donna sa démission en 1739 et reçut en commende l'abbaye de Breine, dans le diocèse de Soissons. Il mourut en 1777, à 86 ans, ayant toujours gardé son titre de directeur du séminaire des Missions Etrangères.

    Le rôle de la Société des Missions Etrangères, de plus en plus réduit, se termina complètement lorsque le Canada fut perdu pour la France, une des premières mesures prises par le général Murray ayant été la défense de faire venir des prêtres français pour gouverner le séminaire de Québec.
    « Ainsi se terminèrent les travaux de la Société en Amérique. Durant un demi siècle, elle avait donné ses prêtres et son or ; elle avait multiplié les démarches à Rome ou à Versailles pour servir le séminaire de Québec; elle avait aidé à l'établissement du clergé indigène, à l'organisation du diocèse, et évangélisé les sauvages de la Louisiane et de l'Acadie, secouru les colons français : elle avait beaucoup donné et n'avait rien reçu... De ses labeurs et de ses sacrifices il lui reste la consolation et l'honneur d'avoir, sur ce petit coin de terre, bien servi l'Eglise et la France » (1).
    Mais les relations sont demeurées cordiales entre les deux séminaires. Celui de Québec a tenu à conserver, gravé au frontispice de sa façade, le monogramme ME, qui rappelle l'antique union avec la rue du Bac, et, chaque année, les Supérieurs des deux maisons, en souvenir d'un glorieux passé, échangent leurs félicitations et leurs voeux pour que, selon le désir de Mgr de Laval, les deux Instituts continuent de « travailler efficacement à la gloire de Dieu et au salut des peuples ».

    1932/205-213
    205-213
    Canada
    1932
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