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La Savoie et la Société des Missions Etrangères

La Savoie et la Société des Missions Etrangères La catholique Savoie se devait à elle-même de concourir à l'évangélisation des pays infidèles : elle n'a pas manqué à ce devoir et nombreuses sont les recrues qu'elle a fournies à l'armée apostolique.
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    La Savoie et la Société des Missions Etrangères

    La catholique Savoie se devait à elle-même de concourir à l'évangélisation des pays infidèles : elle n'a pas manqué à ce devoir et nombreuses sont les recrues qu'elle a fournies à l'armée apostolique.
    Depuis sa fondation, la Société des Missions Étrangères de Paris la seule dont nous ayons à nous occuper ici, a compté parmi ses membres 151 enfants de la Savoie. Dans les étroites limites d'un article de revue nous ne pouvons évidemment les citer tous ; nous mentionnerons seulement ceux qui ont laissé un souvenir plus durable et, pour rendre à chacun son dû, nous passerons successivement en revue les quatre diocèses de Savoie tels qu'ils sont constitués actuellement.

    Archidiocèse de Chambéry

    Le premier prêtre savoyard qui demanda à être admis au Séminaire des Missions Étrangères est M. Claude Gayme. Né à Chambéry même, vers 1642, il reçut la prêtrise à Grenoble, entra ensuite à la rue du Bac et partit pour l'Extrême-Orient en 1670 avec Mgr Pallu, qui le chargea de fonder une procure à Bantam, dans l'île de Java. Il n'y demeura que quatre ans et fut ensuite procureur général des missions à Juthia, capitale du Siam. Choisi par le roi Phra-narai pour accompagner une ambassade en France, il s'embarqua, mais le bateau qui le portait, le Soleil d'Orient, fit naufrage, probablement dans les parages du cap de Bonne-Espérance, et tous les passagers y trouvèrent la mort.
    Ce début, il faut le reconnaître, était peu encourageant ; aussi ce n'est qu'après un intervalle d'un siècle et demi qu'un nouveau Savoyard vint s'offrir pour l'apostolat. Mais depuis lors les aspirants se succédèrent sans interruption notable et, de 1820 à l'époque actuelle, le diocèse de Chambéry a envoyé soixante trois de ses enfants collaborer à l'évangélisation de l'Extrême Orient. Sur ce nombre, vingt travaillent encore aujourd'hui à leur laborieux ministère, quarante-trois sont allés recevoir la récompense promise aux bons serviteurs, et, parmi eux, sept avaient reçu l'honneur de l'épiscopat. Saluons-les tout d'abord.
    Hugues Bottero, né à Chambéry en 1837, missionnaire de Pondichéry en 1860, devint en 1899 le premier évêque du nouveau diocèse de Kumbakonam, qu'il administra durant quatorze ans. Il traduisit la Bible en tamoul.
    Jean-Marie Dépierre, né à Thoiry en 1855, missionnaire de Saigon en 1879, professeur au grand Séminaire, évêque de Benda et vicaire apostolique en 1895, mourut après un trop court épiscopat de trois ans seulement.
    Félix Choulet, né en 1854 à Grésy-sur-Aix, missionnaire de Mandchourie en 1880, devint vicaire apostolique en 1901, succédant à son compatriote Mgr Guillon, massacré par les Boxeurs. Il travailla activement à réparer les ruines accumulées dans la mission par la révolte des Boxeurs, puis les dégâts causés par la guerre russo-japonaise (1904-05). Il donna sa démission en 1921, put encore sacrer son successeur Mgr Blois et s'éteignit en 1923, après deux années de cruelles souffrances courageusement supportées.
    Alexandre Berlioz, né en 1852 à Serrières-en-Chantagne, prêtre en 1875, fut d'abord attaché à la procure à Hongkong, puis à Marseille ; missionnaire du Japon septentrional en 1879, il fut nommé évêque de Hakodate en 1891. Quand sa mission fut transférée aux PP. Dominicains Canadiens (1931), il se retira à la Maison de Nazareth à Hongkong où il mourut en 1936.
    Laurent Guillon, originaire de Chindrieux, où il était né en 1854, fut ordonné prêtre en 1877 et partit l'année suivante pour la Mandchourie. Après douze années de ministère il était nommé évêque d'Euménie et vicaire apostolique. En 1898, il obtint le partage de sa mission en deux vicariats et demeura à la tête de la Mandchourie Méridionale. Deux ans après, c'était l'insurrection des Boxeurs : assiégé dans sa cathédrale avec le P. Emonet et de nombreux fidèles, il fut atteint d'une balle et tomba en disant : « Votre évêque meurt le premier, mes enfants ; suivez-moi tous au ciel ! » C'était le 2 juillet 1900.
    Jean-Claude Combaz naquit à Saint-Béron en 1856. Ordonné prêtre en 1880, il alla rejoindre au Japon son compatriote le P. Bonne, qui l'y avait précédé d'un an, fut professeur avec lui au grand Séminaire où il lui succéda comme supérieur. Nommé évêque de Nagasaki en 1912, il continua les bonnes traditions de ses prédécesseurs et, à sa mort en 1926, il laissait un clergé indigène si bien préparé que Rome décida de constituer avec le département de Nagasaki un diocèse administré par un évêque et des prêtres japonais.
    François Bonne, né en 1855 à La Grotte, missionnaire du Japon Méridional (Nagasaki) en 1879, fut durant trente ans supérieur du grand Séminaire ; nommé ensuite archevêque de Tôkyô, il fut atteint d'une pleurésie huit mois après son sacre et succomba le 11 janvier 1912, sans avoir pu réaliser les espérances que permettaient de concevoir ses talents et ses vertus.
    Après cette glorieuse phalange de pontifes il convient de mentionner le P. Emonet, né à Massingy en 1849, missionnaire de Mandchourie en 1875, qui, après vingt-cinq années d'un laborieux ministère, fut massacré dans la cathédrale de Moukden avec son évêque et compatriote Mgr Guillon.
    Parmi les missionnaires chambériens, bien d'autres mériteraient d'être cités à l'ordre du jour de l'armée apostolique : un P. Mollard (18491923) d'Ontex, qui, après douze ans de professorat au grand Séminaire de Hanoi, fut pendant trente-sept ans directeur au Séminaire des Missions Étrangères ; un P. Guillot (1853-1921), de Belmont-Tramonet, qui évangélisa durant quarante-cinq ans la Cochinchine septentrionale (Hué) ; un P. Jean-Marie Martin (1861-1935), de Jacob Belle Combette, qui fut pendant cinquante ans le chevalier apôtre du Tonkin ; un P. Sibuet (1859-1925), de Saint Vital, missionnaire de Coimbatore (Inde) durant quarante ans. Et tant d'autres dont les noms sont inscrits dans le liber beatæ prædestinationis.
    Comme nous l'avons dit, vingt missionnaires chambériens travaillent actuellement dans nos missions d'Extrême-Orient et y continuent les traditions de zèle intrépide léguées par leurs devanciers dans l'arène apostolique.

    Diocèse d'Annecy

    Le diocèse d'Annecy a donné jusqu'à ce jour cinquante quatre de ses enfants à la Société des Missions Étrangères et l'on peut dire qu'il a débuté par un « coup de maître », car le premier missionnaire qu'il lui envoya devint un Martyr et un Bienheureux : c'est François Jaccard, né à Onnion en 1799, missionnaire de Cochinchine en 1823, condamné à la strangulation et exécuté le 21 septembre 1838 près de Quangtri ; béatifié par le Pape Léon XIII en 1900. L'année dernière, de grandes fêtes ont été célébrées dans son village natal à l'occasion du centenaire de son martyre ; les Annales lui ont consacré un article dans le numéro de mai juin 1938 : nous n'avons donc pas à retracer ici la carrière du vaillant confesseur de la foi, une des gloires les plus pures du diocèse qui l'a vu naître et de la Société à laquelle il voulut appartenir.
    Dans les fastes épiscopaux de la Société des Missions Étrangères figurent trois enfants du diocèse d'Annecy.
    Claude Dépommier, né aux Clefs en 1815, prêtre en 1839 et pendant trois ans vicaire à Chambéry, entra ensuite au Séminaire de la rue du Bac et fut envoyé dans la mission de Pondichéry, où il travailla pendant vingt ans ; nommé ensuite évêque de Chrysopolis et vicaire apostolique de Coimbatore, il gouverna sa mission avec un zèle prudent et mourut en 1874.
    François Belleville, né en 1860 à Chavanod, missionnaire du Tonkin Méridional (Vinh) en 1884, réussit l'année suivante à sauver de la ruine plusieurs chrétientés ; après avoir été professeur puis supérieur du grand Séminaire, il fut nommé, en 1911, évêque d'Amisus et vicaire apostolique, mais ses forces n'étaient pas à la hauteur de son zèle : sa première visite pastorale acheva de les épuiser et il mourut après une année seulement d'épiscopat.
    Joseph Excoffier, originaire de Saint Silvestre, où il était né en 1861, missionnaire du Yunnan en 1886, n'était que depuis neuf ans en mission lorsqu'il fut nommé évêque de Métropolis et Coadjuteur de Mgr Fenouil. Après douze années il donna sa démission et rentra en France, où il mourut en 1923.
    Parmi les Anneciens dont la Société des Missions Étrangères a longtemps gardé le souvenir, il convient de citer le P. Joseph Voisin, né à Bellevaux en 1797, il entra au Séminaire de la rue du Bac après son ordination sacerdotale, fut envoyé en Chine, il y passa dix années, puis, rappelé à Paris, fut pendant quarante-trois ans directeur au Séminaire, où il mourut âgé de quatre-vingts ans.
    La grande guerre a fait plusieurs victimes parmi les Savoyards.
    Le P. Joseph Guillot, de Faverges, était depuis quatre ans missionnaire en Corée lorsque la mobilisation le rappela en Franco : il fut tué à Verdun le 13 mai 1916.
    François Veillet, de Samoëns, incorporé après deux années de séminaire, périt en Alsace le 13 août 1914. Il n'avait que vingt et un ans.
    Charles Cusin, de Crest-Voland, entré au régiment en même temps, fut frappé à mort le même jour, également en Alsace.
    Sur les cinquante-quatre missionnaires du diocèse d'Annecy, vingt-trois combattent encore actuellement pour l'extension du royaume de Dieu en Extrême-Orient ; au Séminaire, dix aspirants se préparent à les rejoindre pour travailler avec eux.
    Dieu donne à tous courage et confiance !

    Diocèse de Tarentaise

    Le premier missionnaire envoyé par le diocèse de Tarentaise fut le P. Pierre Richon. Né à La Pallud en 1808, il fit ses études théologiques au grand Séminaire de Moutiers et y fut ordonné prêtre le 9 juin 1838. Un mois après il entrait au Séminaire de la rue du Bac et, l'année suivante, il partait pour la mission de Pondichéry. Il y travailla pendant vingt-cinq ans et mourut en 1864, laissant la réputation d'un apôtre infatigable, dont aucune épreuve ne troublait la sérénité.
    Après lui nous devons mentionner Mgr Marie Julien Dunand, né en 1841 à Saint-Jean de Belleville. Après son ordination sacerdotale reçue à Moutiers, il travailla pendant cinq ans dans son diocèse comme professeur puis comme vicaire d'Albertville. En 1868 il entrait au Séminaire des Missions et, l'année suivante, était envoyé au Setchoan Occidental (Chengtu). Peu après son arrivée il fut nommé supérieur du Séminaire, charge qu'il remplit pendant quinze ans. Choisi comme provicaire par Mgr Pinchon, il lui succéda en 1893. Ses vingt-deux années d'épiscopat, marquées par la persécution de Yu-man-tse, par le soulèvement des Boxeurs, par la Révolution chinoise, furent cependant une période de progrès pour la religion chrétienne, grâce au zèle prudent et infatigable de l'évêque. Il mourut en 1915, à soixante-quatorze ans.
    Marie André Garin, né en 1854 à Chevron, missionnaire de Cochinchine Orientale en 1878, y travaillait avec un zèle fructueux lorsque éclata la persécution de 1885 : il fut brûlé vif dans l'église de Phuongchuoi avec un grand nombre de ses chrétiens. En sept années il avait baptisé douze cents adultes et près de dix mille enfants de païens.
    Diogène Ligeon, originaire des Chapelles, où il était né en 1819, missionnaire de Pondichéry en 1846 : il y travailla pendant quarante-trois ans et son évêque, Mgr Laouënan, a rendu de lui ce témoignage : « Il a été un modèle parfait de toutes les vertus sacerdotales et apostoliques ».
    Louis-Philippe Montmayeur (1836-1917), de Longefoy, se dévoua pendant cinquante-deux ans à l'évangélisation du Cambodge.
    Constantin Biolley (1846-1932), de Bourg-Saint-Maurice, donna les soixante années de sa carrière apostolique à la mission de Coimbatore (Inde).
    Camille Doucet (1853-1917), de Chevron, travailla durant quarante ans en Corée et fut provicaire de la mission de Seoul de 1896 jusqu'à sa mort.
    Arrêtons là cette énumération, qui suffit à témoigner de la part brillante qu'ont prise à l'évangélisation de l'Extrême-Orient les missionnaires venus de la vaillante Tarentaise. Aujourd'hui ils ne sont plus que trois pours continuer les traditions et les bons combats de leurs devanciers, mais ils espèrent fermement que la bonne Providence pourvoira à la relève :

    Ne faut-il pas remplacer ceux qui tombent ?

    et que Moutiers soit toujours représenté au front de l'armée apostolique.

    Diocèse de Saint-Jean de Maurienne

    Ce n'est qu'en 1879 que le premier missionnaire venu de la Maurienne partit pour l'Extrême-Orient. Il avait nom Antoine Léard et était originaire de Jarrier. Envoyé dans la difficile mission du Thibet, il s'y dépensa pendant quarante années de travaux, de souffrances et de mérites. Il mourut en 1920.
    Après lui Jean-Baptiste Perret, de Beaune, missionnaire de Birmanie Méridionale en 1882 ; après vingt-cinq ans de mission la maladie le ramena en France ; il mourut à Paris en 1907.
    Louis Thomas, de Chamoux, est mort récemment (décembre 1938) après quarante-six ans de mission au Setchoan Oriental.
    Le diocèse de Maurienne a donné jusqu'à ce jour onze de ses enfants à la Société des Missions Étrangères ; sur ce nombre, six combattent encore actuellement sur le front de l'armée apostolique et regardent avec un peu d'anxiété du côté de leurs montagnes natales dans l'espoir de voir quelque vaillant jeune homme se dirigeant vers Paris pour y prendre au Séminaire de la rue du Bac la place qu'ils ont laissée vacante.

    ***

    En résumant les détails qui précèdent, nous trouvons que les quatre diocèses de la Savoie ont ensemble donné à la Société des Missions Étrangères cent cinquante missionnaires, dont onze évêques, un martyr béatifié, un massacré en haine de la foi chrétienne, quatre-vingt-dix-neuf ont quitté ce monde, cinquante-deux y travaillent encore pour la cause de Jésus-Christ et de son Église.
    De plus, douze aspirants savoyards se préparent au Séminaire à rejoindre leurs aînés.
    Concluons en constatant que la catholique Savoie a bien mérité une citation à l'ordre du jour de l'armée missionnaire. Dieu l'en récompensera en suscitant parmi ses enfants de nouvelles vocations au sacerdoce et à l'apostolat.

    1939/197-203
    197-203
    France
    1939
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