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La Renaissance du clergé Japonais au XIXe siècle

La Renaissance du clergé Japonais au XIXe siècle La Société des Missions Etrangères a toujours regardé comme sa tâche primordiale la formation d'un clergé indigène. Mgr Lambert de la Motte à peine arrivé à Ajuthia, Mgr Deydier dans sa barque tonkinoise, le P. Flamel dans les montagnes du Setchoan, y consacrèrent leur apostolat au milieu même des persécutions, estimant cette oeuvre la seule qui puisse assurer l'avenir des Missions et les préparer à devenir des églises autonomes.
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    La Renaissance du clergé Japonais au XIXe siècle

    La Société des Missions Etrangères a toujours regardé comme sa tâche primordiale la formation d'un clergé indigène. Mgr Lambert de la Motte à peine arrivé à Ajuthia, Mgr Deydier dans sa barque tonkinoise, le P. Flamel dans les montagnes du Setchoan, y consacrèrent leur apostolat au milieu même des persécutions, estimant cette oeuvre la seule qui puisse assurer l'avenir des Missions et les préparer à devenir des églises autonomes.
    Les Missionnaires auxquels fut confiée le ré évangélisation du Japon au XIXe siècle ne manquèrent pas de se conformer à cette tradition, et l'histoire de leurs efforts pour recruter des sujets et les conduire jusqu'au sacerdoce témoigne de leur inlassable persévérance.
    Il y avait eu des prêtres japonais aux XVIe et XVIIe siècles, mais une longue et cruelle persécution avait couronné leur sacerdoce par le martyre et depuis plus de 200 ans on pouvait croire que la religion chrétienne la « perverse religion de Jésus », disaient les édits proscripteurs, avait pour jamais disparu du Japon, consumée par la flamme des bûchers ou étouffée dans les eaux sulfureuses du mont Unsen. Il n'en était rien. Dans des villages écartés, dans des fies isolées, la foi s'était conservée et transmise de génération en génération, et le monde tressaillit de surprise et d'admiration en apprenant que, le 17 mars 1865, trois pauvres femmes avaient été déléguées pour révéler au missionnaire de Nagasaki, le P. Petitjean, l'existence de milliers de leurs compatriotes demeurés chrétiens malgré tous les édits et toutes les persécutions.
    Devenu, l'année suivante, vicaire apostolique du Japon, Mgr Petitjean pensa que, parmi ces descendants de martyrs et de confesseurs de la foi, il se trouverait certainement des âmes appelées par Dieu à l'honneur du sacerdoce pour travailler à la conversion de leurs frères. Il réunit dans sa maison extérieurement comme domestiques , quelques jeunes chrétiens intelligents, qu'il confia au P. Laucaigne pour les préparer d'abord à leur première communion, leur apprendre plus à fond la religion et leur enseigner les rudiments de la langue latine.
    Bientôt éclatait la persécution. Les chrétiens des environs de Nagasaki et des îles voisines étaient arrêtés, emprisonnés, puis, sur leur refus d'abandonner la religion de leurs pères, bannis dans des provinces éloignées et soumis à mille tracasseries, à des travaux pénibles, parfois même à de cruelles tortures. Le même sort menaçait les jeunes gens réunis à la mission, si leur présence venait à être découverte. Comment, au reste, continuer leurs études à Nagasaki, au milieu d'inquiétudes et de dangers toujours renaissants ? Mgr Petitjean voulut les mettre en lieu sûr avant qu'on vînt s'emparer d'eux. Sans donner l'éveil, il les fit partir, sous la conduite du P. Cousin, pour le Collège général de Pinang. Ils étaient au nombre de dix, tous devenus comme orphelins depuis le départ de leurs parents pour l'exil.
    Le consignataire d'un bateau en partance pour Shanghai se mit à la disposition des missionnaires. Le P. Cousin s'embarqua ostensiblement un soir, puis, la nuit venue, le bateau leva l'ancre et séloigna du rivage. Les curieux et les officiers de la douane se retirèrent alors. Peu après, le canot du capitaine se détachait du bord et allait, à travers la nuit, prendre les enfants qui attendaient à peu de distance sur la rive. L'embarquement se fit sans encombre et, quelques minutes plus tard, le navire emportait dix nouveaux passagers, qui allaient demander à une plage plus hospitalière la liberté de se consacrer au service de Dieu. C'était au mois de juillet 1868.
    A Shanghai les fugitifs quittèrent leurs vêtements japonais et, pour éviter d'être reconnus, prirent l'habit à peu près européen, déjà en usage parmi les étudiants. Après un arrêt assez long à Hongkong, le P. Cousin et ses élèves arrivaient à Pinang.
    Le Collège ou Séminaire général que la Société des Missions Etrangères avait fondé au Siam dès les premières années de son existence, était depuis 1807 installé dans l'île malaise de Poulo-Pinang. Il comptait 120 élèves, venus de toutes les missions de la Société. C'était la première fois depuis deux siècles qu'on y voyait des Japonais (1). Leur arrivée porta à 130 le nombre des élèves. Le P. Cousin, après avoir conduit à bon port ses étudiants et les avoirs confiés aux directeurs du Collège, devait reprendre au plus tôt le chemin du Japon ; mais il se trouva que, au moment où il arrivait à Pinang, le Supérieur, M. Martin, venait de mourir ; les directeurs, trop peu nombreux, lui demandèrent de rester avec eux et de se charger d'une classe jusqu'à l'arrivée d'un nouveau professeur attendu de France. Il ne pouvait refuser de rendre ce service à ses confrères ; il resta donc plusieurs mois au Collège, à la grande satisfaction des Japonais, et ce n'est qu'au mois d'octobre qu'il se rembarqua pour Nagasaki. Même ainsi différé, son départ laissa ses séminaristes quelque peu désemparés et comme perdus au milieu de condisciples dont ils ignoraient la langue et avec lesquels le latin ne pouvait pas encore leur servir de trait d'union.

    (1) Le samedi saint, 13 avril 1675, Mgr Laneau avait ordonné prêtre un Japonais, Jean-Baptiste Bangayama (?), qui travailla dès lors clans le Siam. Il y avait encore un Japonais au Séminaire en 1687, mais on n'a sur lui aucun renseignement.

    Pour favoriser leur acclimatement, le nouveau Supérieur, le P. Laigre Filliatrais, les confia au dévouement d'un jeune directeur, récemment arrivé de France, le P. Vigroux, qui, appréciant les qualités naturelles du caractère japonais, s'attacha si bien à ses élèves que, comme nous le verrons, il trouva le moyen de ne les plus quitter.
    Pendant que ce petit groupe s'accoutumait peu à peu au climat de la Malaisie, au règlement du Séminaire et aux études classiques, au Japon la persécution allait s'aggravant. D'autres jeunes gens avaient remplacé à l'évêché ceux de Pinang. Ils y vivaient en reclus, redoutant sans cesse qu'une perquisition de la police ne vînt à les découvrir, auquel cas leur sort était certain : c'était le bannissement avec toutes ses rigueurs et ses dangers pour leur foi. Dans ces conjonctures un nouveau départ fut décidé. Le P. Laucaigne, qui se voyait réduit à l'inaction, l'exil lui ayant enlevé tous ses chrétiens, se chargea de l'organiser. Aux 13 étudiants qu'il élevait en vue du sacerdoce il adjoignit un lettré pour l'enseignement de la littérature japonaise et 5 ouvriers lithographes qui s'occuperaient de l'impression de livres de doctrine. Au mois de janvier 1870, la petite colonie 20 personnes, y compris le P. Laucaigne, s'embarquait pour Shanghai, où elle s'installa et où 5 autres enfants lui furent adjoints deux mois plus tard.
    Mais l'animation d'une ville cosmopolite comme Shanghai était peu favorable aux études et au recueillement d'un séminaire. Bien qu'il lui en coûtât de s'éloigner davantage du Japon, le P. Laucaigne estima que Hongkong conviendrait mieux à son établissement ; il écrivit en ce sens au P. Osouf, alors procureur général, qui obtint qu'une maison, appartenant à la mission de Canton, fut mise à la disposition des émigrés. Ils s'y installèrent avec une satisfaction, qui, hélas ! Ne devait pas être de longue durée un mois après leur arrivée tous étaient saisis par la fièvre et en quelques jours trois d'entre eux succombaient. Le P. Laucaigne lui-même n'échappa pas à la maladie et fut longtemps à se remettre.
    Cependant, après ce tribut payé au climat tropical, le petit Séminaire reprit le cours de ses exercices. A la fin de cette année, Mgr Petitjean, revenant d'Europe après avoir assisté au Concile du Vatican interrompu par la guerre franco-allemande, arrivait à Hongkong avec un jeune missionnaire, le P. Midon, destiné an Japon. Il le laissa là pour aider le P. Laucaigne dans sa pénible tâche et continua sa route vers Nagasaki. A son passage il a vu de près la situation, il a compris que nul climat ne convient mieux aux Japonais que celui de leur pays, et il a décidé de rappeler ses étudiants auprès de lui dès que les circonstances le permettront. Et ce programme se réalise peu à peu. Au mois de février 1871, le P. Laucaigne ramenait à Nagasaki huit de ses élèves ; le mois suivant, le P. Midou revenait avec les autres. Dans la même année tous ceux de Pinang étaient rappelés et un séminaire allait être établi au Japon même.
    Il ne sera pas à Nagasaki, mais à Yokohama, plus au centre de l'immense mission qui embrasse encore tout l'Empire du Soleil Levant. Le P. Armbruster, depuis 1866 missionnaires dans le nord, est chargé de cette fondation. Il lui faut un assistant : la Providence va le lui fournir sans enlever aucun de ses confrères au ministère qui lui incombe. Lorsque les séminaristes de Pinang, sur l'ordre de Mgr Petitjean, revinrent au Japon, ils amenaient avec eux le directeur à qui ils avaient été confiés et qui les entourant d'un affectueux dévouement, avait adouci pour eux les rigueurs de leur lointain exil. Le P. Vigroux, dont la santé était fort éprouvée par le climat malais, avait demandé à quitter le Collège et à être envoyé dans une mission. Son désir fut exaucé : à sa grande joie, le Japon lui fut assigné pour champ d'apostolat, et le vicaire apostolique le donna comme aide au P. Armbruster pour l'établissement du nouveau séminaire, qui, après une année d'essai à Yokohama, fut transféré à Tôkyô, la capitale.
    Dans l'intervalle les édits qui proscrivaient le christianisme avaient été abolis ; c'était la tolérance, en attendant la liberté, qui ne devait être accordée que 15 ans plus tard, et cette tolérance, c'était une paix relative grâce à laquelle l'oeuvre du séminaire, comme toutes les autres, allait prendre un rapide essor. A la fin de 1873, le Séminaire de Tôkyô complaît 55 élèves et, le 3 décembre, en la fête de saint François-Xavier, Mgr Petitjean eut la joie de conférer la tonsure à trois élèves de philosophie. « Ce jour, écrit le pieux évêque, a été l'un des plus beaux jours de ma vie. Il y a plus de deux siècles qu'une ordination n'avait été faite au Japon ». Au mois de juillet suivant, en la fête des 205 Martyrs japonais béatifiés en 1867, les deux autres élèves de philosophie étaient à leur tour admis à la même cérémonie.
    « Ainsi, note l'évêque, mes cinq premiers élèves sont entrés dans la cléricature. Le bon Dieu me fera-t-il la grâce de les ordonner prêtres ? »... Cette grâce lui sera accordée, mais il devra l'attendre encore longtemps.
    Le collège séminaire de Tôkyô prospérait, mais pouvait-on fonder sur lui des espérances sérieuses pour le recrutement d'un clergé indigène ? L'expérience a démontré qu'il est très difficile de conduire jusqu'à la prêtrise des enfants de néophytes, si bien doués et si fervents soient-ils. Il faut au moins deux ou trois générations de christianisme pour épurer le sang païen, acquérir l'esprit chrétien et pouvoir être prêtée jusqu'au fond de l'âme. Grâce à la loi que les descendants des anciens confesseurs s'étaient trans-mise de père en fils durant plus de deux siècles, c'est à Nagasaki que la formation d'un clergé indigène pouvait être entreprise avec un succès plus prompt et plus complet. Mgr Petitjean le comprit et, dès que la persécution eut pris fin, il rétablit à Nagasaki un séminaire, dans lequel il réunit tous les anciens élèves de Pinang et de Hongkong, ne laissant à Tôkyô, que les nouvelles recrues, venues de familles récemment chrétiennes ou même encore païennes.
    En 1874, le P. Armbruster, rappelé à Paris, fut remplacé à la tête du Séminaire de la capitale par le P. Vigroux, aidé de deux jeunes missionnaires ; mais, quels que fussent le zèle et le dévouement des directeurs, l'oeuvre, privée du ferment chrétien qui aurait pu la vivifier, ne tarda pas à péricliter. Il fallut la reprendre sur d'autres bases et ce n'est que 20 années plus tard que Tôkyô verra ordonner ses premiers prêtres. Il n'en fut pas de même à Nagasaki, où les familles d'anciens chrétiens considéraient comme un grand honneur de donner leurs enfants à Dieu et où les enfants eux-mêmes apportaient à leur préparation au sacerdoce l'esprit de foi et de générosité qu'ils avaient hérité de leurs ancêtres.
    Un des missionnaires qui contribua le plus à la bonne organisation du séminaire de Nagasaki fut le P. Renaut, arrivé au Japon en 1875. Il joignait à une science peu commune une éminente piété et il justifia pleinement la confiance de son évêque au poste difficile qui lui fut confié. Malheureusement la mort le ravit trop tôt à l'oeuvre à laquelle il se dévouait ardemment : il mourut à 28 ans, le 25 janvier 1880. Il y avait alors au séminaire 40 élèves, dont 3 tonsurés.
    Quelques jours avant la mort du P. Renaut arrivait à Nagasaki celui qui devait bientôt recueillir sa succession, continuer son oeuvre pendant 30 ans et l'amener à toute la plénitude d'organisation que l'on pouvait espérer. C'était le P. Bonne, à qui fut adjoint son compatriote le P. Combaz : les deux Savoisiens vont apporter tout leur dévouement à la formation d'un clergé indigène à la hauteur de sa tâche, particulièrement difficile alors au Japon.
    En 1881, Mgr Petitjean avait eu la consolation de conférer le sous-diaconat, puis le diaconat, à trois de ses théologiens. Fidèles à la grâce de leur ordination, ces trois premiers diacres firent, par leur ferveur, la joie de leur évêque et l'édification de tous. Aux jours de grandes fêtes ils s'acquittaient avec beaucoup de succès du ministère de la parole. « L'aîné, écrivait Mgr Petitjean, a prêché à la messe de minuit, au grand contentement de tous. C'était la première fois depuis plus de 200 ans qu'un Japonais parlait dans un office public ».
    Tous les aspirants au sacerdoce donnaient, du reste, pleine satisfaction à leur évêque. Leur esprit était excellent. Beaucoup d'entre eux avaient souffert dans les prisons avec leurs parents et déjà confessé le nom de Jésus-Christ. Non seulement pieux, mais intelligents, ils aimaient l'étude et y faisaient de remarquables progrès. Tout en travaillant la littérature japonaise et les caractères chinois, nécessaires à tout lettré en leur pays, ils apprenaient le latin avec facilité et le parlaient couramment. Ce n'est qu'après avoir consacré plusieurs années à l'étude de la grammaire, de l'histoire et des sciences, qu'ils abordaient celle de la philosophie et de la théologie. « Nos jeunes clercs tonsurés, écrivait Mgr Petit jean, au nombre de six, font une bonne philosophie. Plusieurs d'entre eux pourraient lutter avec les meilleurs élèves de nos Séminaires de France... En outre, ils sont très pieux, très zélés, et déjà, pendant les vacances, ils s'exercent avec fruit à l'apostolat au milieu de leurs compatriotes... Je leur conférerai les ordres mineurs aux Quatre Temps de décembre. A cette ordination aussi nous aurons nos trois premiers prêtres japonais. Quelle joie ce sera pour tous, missionnaires et chrétiens ! »
    Pour permettre à tous ses missionnaires d'assister à la cérémonie, l'ordination fut un peu retardée et c'est le 31 décembre 1882 qu'il conféra à ses trois premiers diacres la dignité du sacerdoce. Ce fut une fête magnifique. Autour des trois jeunes lévites prosternés dans le sanctuaire se trouvaient réunis les deux évêques, Mgr Petitjean, son auxiliaire Mgr Laucaigne, et dix-sept missionnaires. L'église était remplie par une foule compacte accourue de tous les points du Vicariat, même des îles les plus éloignées, et s'associant à un acte qui consacrait la résurrection, le triomphe de l'Eglise du Japon. Le P. Cousin, un des ouvriers de la première heure, écrivait au lendemain de la cérémonie : « La Providence m'a permis d'être témoin de ce beau spectacle, et c'est un souvenir que je garderai toute ma vie. J'étais heureux d'être sinon à l'honneur, du moins à la consolation, après avoir été pour nia part à la peine... Vous n'avez pas oublié l'histoire des premiers jours de cette Eglise... La nuit, nous nous glissions dans l'ombre, comme des malfaiteurs, nous, pour administrer les malades dans les environs, nos chrétiens, par petits groupes, pour recevoir les sacrements... C'est ainsi que nos prêtres d'aujourd'hui ont eux-mêmes reçu le baptême... Bientôt l'orage éclata : leurs parents furent jetés en prison et la prudence ne nous permit même plus de garder les élèves ; il fallut les éloigner et, grâce à mille déguisements, à travers toutes sortes de difficultés, ils parvinrent à quitter le Japon pour se rendre au Collège général de Pinang. C'était l'espoir de l'avenir. Ils étaient dix alors. La mort en a pris quatre au Collège, trois autres n'ont pu continuer leurs études et les élus sont réduits à trois.....
    « La persécution a eu pour épilogue la fête d'hier. N'est-ce pas que Dieu a fait ici de grandes choses et que nous lui devons d'infinies actions de grâces ? C'est l'impression que j'éprouvai au moment où, entrant à l'église, je passai devant la statue de la Sainte Vierge, auprès de laquelle, il y a 18 ans, de pauvres femmes inconnues vinrent dire à celui qui est maintenant notre évêque : e Nous avons le même coeur que vous ». Entre cette parole dite à la dérobée et les pompes de l'office pontifical d'hier, quelle différence ! Quel chemin parcouru ! »
    Mgr Petitjean n'aura plus ce bonheur de faire des prêtres : le 7 octobre 1884 il rendait sa belle âme à Dieu. Son auxiliaire, Mgr Laucaigne, trois mois après le suivait dans la tombe. C'est le P. Cousin qui recueillit la succession des deux prélats morts à la peine. Sacré le 21 septembre 1885, dans la belle église qu'il avait bâtie à Osaka, il continuera leur oeuvre et s'appliquera avec le même zèle au recrutement et à la formation d'un clergé indigène. Le 13 mars 1887 il écrira:« J'ai eu la grande consolation de donner à l'Eglise 6 nouveaux prêtres et 8 minorés. Pendant l'imposition des mains il me semblait voir Mgr Petitjean tressaillir du haut du ciel et l'entendre nommer à Notre Seigneur ceux qui, sur terre, l'avaient aidé à préparer ce grand jour ».
    Ceux qui ont aidé Mgr Petitjean à préparer ce grand jour sont partis à leur tour pour un monde meilleur. Mgr Cousin, après 45 ans d'apostolat, dont 26 d'épiscopat, s'est éteint doucement à Nagasaki, au milieu des chrétiens qu'il avait tant aimés. Le P. Bonne, 30 années supérieur du Séminaire, en fut enlevé pour être placé sur le siège archiépiscopal de Tôkyô, qu'il n'occupa que quelques mois. Le Père Combaz succéda à Mgr Bonne au séminaire, puis à Mgr Cousin à l'évêché ; sa dernière oeuvre fut la construction d'un beau et grand séminaire dans la vallée d'Urakami. Lorsqu'il mourut, le 18 août 1926, le diocèse avait 35 prêtres indigènes et 66 séminaristes se préparaient au sacerdoce.
    C'est alors qu'eut lieu le grand événement à la fois désiré et redouté : Rome jugea le temps venu de confier à un clergé indigène complet, évêque compris, cette florissante mission de Nagasaki. Evénement désiré, puisqu'il répond au but primordial de la Société des Missions Etrangères ; mais événement redouté, puisqu'il implique l'abandon de cette ville de Nagasaki, qui rappelait aux missionnaires tant d'épreuves et tant de consolations, et la séparation définitive de chrétientés cultivées avec tant de zèle et dévouement ! Le sacrifice fut accepté courageusement, et les missionnaires, transplantés dans une région encore à peine évangélisée, y ont repris leur tâche traditionnelle de défricheurs. Et l'un des premiers soins du nouvel évêque sera de fonder un séminaire pour la formation d'un clergé indigène. Et, quand ce clergé sera devenu assez nombreux, les missionnaires, lui cédant la place, iront de nouveau planter leur tente ailleurs ; ils jetteront la semence dans des terres encore incultes et d'autres recueilleront la moisson.
    Ainsi en at. il été au Japon et il devait en être ainsi, depuis 30 ans. Du vivant même de Mgr Petitjean, en 1876, son immense mission fut partagée en deux : il garda le sud ; Mgr Osouf, de sainte mémoire, fut chargé du Nord. Puis les di visions se multiplièrent et aujourd'hui non compris la Corée et l'île de Formose, le Japon est réparti en 12 missions, dont 3 restent confiées à la Société des Missions Etrangères ; 2 ont été données aux PP. Franciscains, 2 à la Société du Verbe Divin, 2 aux PP. Dominicains, 1 à la Compagnie de Jésus, 1 aux Salésiens de Dom Bosco, 1 enfin au clergé indigène. Dans les 11 missions confiées à des Instituts étrangers, il y a 210 missionnaires prêtres indigènes et 160 séminaristes.
    On peut avoir confiance en l'avenir.

    Sénèque, philosophe éloquent et riche, fit l'éducation d'un empereur ; à la même époque, Pierre, sans lettres et sans argent, fit l'éducation d'un nouveau genre humain. L'élève de Sénèque fut Néron ; l'élève de Pierre, c'est l'élite du genre humain, portant le beau nom de Chrétienté.

    La force manque aux hommes parce que l'obéissance a manqué aux enfants. Qu'est-ce, en effet, qui crée des volontés fortes, de males caractères ? C'est l'habitude virile d'une libre et généreuse obéissance. L'indépendance prématurée ne fait pas l'homme : elle le défait.

    1932/109-118
    109-118
    France
    1932
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