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La prière des païens au Setchoan

La Prière des Païens au Setchoan
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    La Prière des Païens au Setchoan

    Un jour que j'étais allé visiter un de mes bons chrétiens dans sa forge, je m'étais assis à proximité et, tout en parlant avec lui, je le regardais tourner et retourner une pelle sur l'enclume, tandis que ses deux fils tapaient en cadence sur le fer incandescent, faisant voler autour d'eux des milliers d'étincelles. Au fond de la forge était dressé un autel couvert d'idoles : que représentaient au juste ces figurines de terre cuite ? Des dieux ou des démons ? Je ne saurais le dire, car en ce pays les dieux ont l'aspect des démons.
    J'ai loué la forge, me dit le chrétien, mais les poussahs sont à lui, ajouta-t-il en désignant un homme d'une quarantaine d'années qui traçait au pinceau des signes cabalistiques sur une bande de papier jaune inextricable fouillis de caractères chinois tout déformés, qui finissaient par donner une vague image d'homme, de bête ou de démon. J'avais devant moi un sorcier occupé à préparer des amulettes pour ses clients.
    Bientôt arrive une jeune paysanne avec son enfant dans ses bras. Le pauvre petit pouvait avoir 7 ou 8 mois et il était atteint de convulsions ; sa mère venait toute désolée demander au sorcier de chasser le démon qui le tourmentait... Son premier geste est de déposer une bourse remplie de sous sur la table, puis elle attend. Le pontife diabolique allume deux bougies devant l'autel, il enlève le petit gilet du malade, prend les instruments de la divination, deux sortes de demi cornes qu'il enveloppe dans le gilet, puis il dépose le tout sur l'autel, fait une courbette aux idoles, et la cérémonie commence : les deux mains jointes, il replie les doigts, déplie les pouces, les petits doigts, les médius, tel un prestidigitateur qui voudrait projeter des ombres chinoises sur un mur ; chaque exercice se termine par un battement des mains. En même temps, il récite des prières, lentement d'abord et tout bas, puis plus haut, plus vite, comme s'il prenait son élan. Pour terminer, il prend le gilet, enlève les deux demi cornes et les jette à terre : la position de ces instruments lui dira si sa prière est exaucée !


    Maman d'Extrême-Orient. Sous tous les cieux... même sourire.

    Mais, direz-vous, ces simagrées ne sont pas des prières ! C'est possible. Et pourtant, quelqu'un, là, n'a pas cessé de prier : la pauvre maman, couvant des yeux son petit, a adressé aux puissances supérieures une prière, prière muette, ardente, douloureuse. L'air harassée, elle reprend le petit gilet, attache de nouveau sur son dos l'enfant qui va bientôt mourir, et elle s'en va résignée, laissant la bourse sur la table.
    A peine est-elle sortie que le sorcier, au fond de son antre, compte les sous, tandis que les moulinets des forgerons continuent à projeter leur pluie de feu...
    Qu'elles sont nombreuses, ces âmes d'idolâtres qui, en Chine et ailleurs, sont assoiffées du divin ! Qui donc leur donnera le Christ, seul capable de les assouvir ? Trop peu, en effet, parmi nos 450.000.000 de païens, ont à proximité le prêtre qui pourrait les éclairer.

    Pierre GRASLAND,
    Missionnaire de Suifu (Chine).
    1939/250-252
    250-252
    Chine
    1939
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