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La pensée du martyre dans la formation apostolique

La pensée du martyre dans la formation apostolique
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    La pensée du martyre dans la formation apostolique



    En allant se recueillir chaque matin à la Salle des Martyrs, c'est l'énergie nécessaire pour accomplir aussi parfaitement que possible la volonté divine que les aspirants à la vie apostolique demandent surtout à Notre Seigneur par l'intercession des aînés qui ont scellé leur apostolat de leur sang. Là, en présence de leurs reliques, ils prient avec ferveur pour que bientôt se réalise l'adveniat regnum tuum dans les pays témoins des combats de ces martyrs, et ils implorent le Maître de la Moisson d'envoyer nombreux de nouveaux ouvriers travailler à la conversion de la multitude des infidèles.

    A l'occasion de la fête de la Pentecôte, un de nos aspirants écrivait récemment (I) : « La même force qui lança jadis les douze à la conquête du monde n'a pas cessé de pourvoir à son développement en suscitant sans cesse parmi ses enfants les plus beaux exemples de dévouement désintéressé. Jamais les volontaires n'ont manqué à la cause du Christ, même quand l'héroïsme était nécessaire. C'est au contraire à ce moment-là qu'ils se faisaient les plus nombreux. Depuis deux ou trois siècles, des légions de chrétiens se sont élancés à la suite de Notre Seigneur, abandonnant tout, pour assurer la transmission du message évangélique aux masses païennes. C'est encore la vertu toute-puissante du même esprit de force qui éclate dans le courage avec lequel ces héros de l'Évangile ont choisi une vie si opposée aux calculs humains : ils ont accepté le dénuement le plus complet, les pires épreuves physiques et morales, et les obstacles que suscitait contre eux la fureur superstitieuse des peuples qu'ils venaient sauver ». L'esprit de force, voilà donc bien ce que les futurs missionnaires cherchent dans la méditation quotidienne des exemples de nos martyrs.

    Et effet, comme l'a si objectivement expliqué Georges Goyau (2), « on part pour les missions, non point en vue de chercher la mort, ni même de la trouver sans l'avoir cherchée, mais en vue d'annoncer le Christ à des chrétientés déjà constituées ou à des agglomérations païennes que l'on veut constituer en chrétientés, et en vue d'établir ou d'affermir, parmi ces populations, l'Église prolongement du Christ. On part pour les missions en vue d'y faire oeuvre de fondation, oeuvre d'organisation, oeuvre de vie ; voilà ce qu'on y cherche, en se disant que peut-être on y rencontrera par surcroît les affres et la grâce du martyre...



    (I). Cf. Bulletin de l'Union des Malades Missionnaires, n° 27.

    (2). Cf. Les Prêtres de Missions Etrangères, par Georges GOYAU, pp. 135 et suivantes.



    « Les aspirants peuvent souhaiter la mort comme on souhaite une grâce. Ils peuvent imiter Gagelin, aujourd'hui Bienheureux, qui, à chacune de ses messes, invoquait de Dieu la grâce du martyre. Ils peuvent faire la prière que Borie, autre Bienheureux, adressait chaque jour à la Vierge pour obtenir ce privilège ; ils peuvent, malades, imiter la virilité de ce même Borie oui, dans l'infirmerie du séminaire, battait de ses doigts une marche militaire pendant qu'on l'opérait d'une loupe, et qui disait avec calme au chirurgien : « Quand je serai chez les païens, s'ils m'empalent, j'aurai bien plus à souffrir » ; ils peuvent enfin méditer sur la leçon qu'il donna lorsque, malade en prison, il se faisait soigner par deux chrétiens, « afin de mourir martyr, pour la plus grande gloire de Dieu, et non pas de maladie ». Ils peuvent avec Cuenot, un Bienheureux encore, confier au Christ qu'ils aimeraient « beaucoup mieux mourir par les sabres, et les cordes que de maladie ». Ils peuvent réciter pour leur propre compte ces strophes à l'Enfant Jésus qu'alignait Just de Bretenières en 1864, dans sa chambrette du séminaire : « Donne-moi l'immortelle vie en me faisant mourir », et requérir la grâce éventuelle de mourir « avec plaisir », comme lui-même mourut à vingt-sept ans. Ils peuvent, si Dieu les y pousse, entrer dans les sentiments de Bonnard disant à l'abbé Noir, vicaire à Saint-Christol, qui avait obtenu pour lui du cardinal de Bonald la permission de devenir missionnaire : « Je veux être martyr, et je ferai tout ce qui sera permis pour cela ; oui, c'est là toute mon ambition ». Mais remarquons le mot, car eux-mêmes introduisent une nuance : « Tout ce qui sera permis pour cela ». Une course au martyre, qui ressemblerait à une désertion de la vie, ne fut jamais, l'histoire des premiers siècles le prouve, ni concevable, ni licite, et le séminaire des Missions Étrangères est avant tout, pour chacun de ses aspirants, un éducateur de vie, un centre de formation pour une tâche terrestre dont le Dieu du ciel veut avoir besoin ».



    ***



    Il existe à la Salle des Martyrs un petit tableau, illustré par un aspirant, où l'on peut lire la liste émouvante des martyrs depuis les débuts de la Société jusqu'à nos jours.

    En l'année du centenaire, cette liste est le plus glorieux des palmarès, nous avons le droit d'en être fiers. Nous sommes heureux de la reproduire ici, assurés que nos amis s'uniront à nous pour remercier le divin Sauveur de tant d'honneur.



    VII



    Les fêtes du Centenaire



    19 juin 1943 : jour d'ordination de fin d'année au séminaire des Missions Étrangères, jour où vingt-trois prêtres reçoivent leur destination, leur feuille de route pour l'après-guerre, jour aussi de l'ouverture des fêtes, écourtées en raison des circonstances, du centenaire de la Salle des Martyrs.

    A 18 heures, Son Eminence le cardinal Suhard arrive, accompagné de Mgr Touzé, vicaire général, archidiacre de Sainte-Geneviève, et de M. l'abbé Le Sourd ; secrétaire particulier. Après s'être recueilli quelques instants devant les reliques des martyrs, il passe dans les deux salles où les aspirants ont installé pour un jour une petite exposition missionnaire. M. Amiotte-Suchet, qui en a été l'organisateur, se fait le cicérone de l'auguste visiteur. Son Eminence est émerveillée à la vue des divers stands où sont représentés à tour de rôle la vie païenne et la vie chrétienne, montrant clairement la marche de l'Eglise en Asie, de Bouddha au Christ, des superstitions à la vie divine dans les âmes.

    Quand, au bout d'une demi-heure, le cardinal s'adresse à la communauté, il n'a donc qu'à laisser déborder son cur pour nous exposer les leçons de ce joyau qu'est pour nous la Salle des Martyrs, générosité et confiance dans les plus dures épreuves. Il termine en disant l'honneur qui, de cette Salle, rejaillit sur notre Société, l'Eglise tout entière et la France : la Société qui a produit de tels héros, l'Eglise qui les a mis sur les autels, et la France qui, dans l'avenir comme par le passé, continuera à être la terre d'élection du plus pur idéal apostolique.

    La journée du lendemain devait être consacrée complètement à fêter le centenaire. Les visiteurs, en même temps pèlerins pour la plupart, n'ont pas caché leur regret de voir ces solennités se terminer trop vite ; seuls les événements ont empêché de les faire aussi éclatantes et aussi prolongées que nous l'eussions désiré.

    A la messe solennelle, Mgr Mério, directeur général de l'Oeuvre de la Sainte Enfance, assistait au trône. Le prédicateur, le P. Dedeban, dans un exposé aussi dogmatique que clair et instructif, montra comment nos martyrs ont su refaire le chemin du Christ en allant de la messe au martyre : de même que le Christ demanda à la Cène d'être martyr sur la croix, ainsi ils ont compris que le saint sacrifice de la messe implique le désir du martyre pour s'identifier au Christ et ne plus faire avec Lui qu'une seule victime crucifiée et glorifiée. « Demandez le martyre, écrivait Just de Bretenières, c'est la volonté de Dieu que nous implorions cette faveur. N'est-ce pas la prière que nous lui adressons chaque jour après le Memento des morts, lorsque nous lui demandons de nous faire une part en la compagnie des saints Apôtres et Martyrs ? » A la messe, il faut offrir toute la souffrance des martyrs, mieux encore, il faut les imiter en offrant notre propre souffrance de chaque jour : c'est la leçon que nous laisse la Salle des Martyrs, cette salle qui méritait de voir s'épanouir, sur ses rameaux épineux, l'oeuvre si généreuse de l'Union des Malades Missionnaires. Tous nous pouvons ainsi avoir part à la vie glorieuse des martyrs (I).

    Plusieurs confrères, détachés temporairement pour divers ministères à Paris et dans la banlieue parisienne, les PP. Bourgeois (de Chungking), Lévêque (de Canton), Flachère (de Chengtu), H. Bec (de Sui fu) et Le Page (de Swatow), étaient venus se joindre à nous. Ils représentaient l'armée missionnaire qui continue à lutter pour le Christ sur les terres d'Extrême-Orient.

    Après les Vêpres, pendant le chant du cantique des Martyrs O Dieu de tes soldats, les nombreux fidèles assemblés à la chapelle étaient admis à la vénération des reliques. Dans l'intervalle des offices, le défilé des visiteurs ne s'interrompit pas un instant, tant à la chapelle que dans les locaux réservés à l'exposition missionnaire. Bref, toute la journée fut, pour ceux qui en furent les témoins, des plus réconfortantes, pieuse et génératrice de résolutions viriles au milieu des jours sombres que nous traversons.

    Cette exposition missionnaire, bien que très provisoire, mérite plus qu'un simple paragraphe de compte rendu. Aussi sommes-nous heureux de reproduire ici, et c'est par là que nous terminerons, la peinture que vient d'en faire un aspirant missionnaire, jeune « partant » de la « promotion 1943 ».



    ***



    « L'héroïsme chrétien et français, c'est bien de cela qu'il s'agissait, et c'était bien aussi l'impression emportée par le visiteur, après avoir parcouru l'exposition missionnaire organisée les 19 et 20 juin au séminaire des Missions Etrangères. Leçon d'héroïsme, combien profitable aux âmes en ces jours pleins d'épreuves ! Leçon d'héroïsme donnée par nos frères les plus proches, les fils de la France d'hier! Leçon d'amour également, de charité, car, comme l'indiquait la phrase lapidaire placée en exergue au-dessus de la porte : « Le martyre, c'est l'héroïsme de l'amour ! »

    « Oui, ils ont aimé le Christ et les âmes de ceux vers lesquels ils allaient, ces cent dix-sept martyrs de la Société des Missions Etrangères de Paris, ils les ont aimés jusqu'à la folie de la croix, jusqu'à la folie de l'horrible supplice des cent plaies.



    (I) Nous espérons pouvoir publier intégralement le discours dans un prochain fascicule des Echos Missionnaires.



    « Mais s'ils ont eu le courage et la force d'aimer jusque-là, c'est que tous, dès leur plus jeune âge, ils avaient cultivé en eux l'esprit de sacrifice. Et c'est ce que retraçait la première salle de l'exposition, en illustrant, par l'image et la photographie, la biographie des seize Bienheureux de la, Société.

    « Ils ont aimé jusqu'à la folie du martyre, mais leur sang n'a pas coulé en vain. Et c'est ce que nous montrait la seconde salle, consacrée à l'Eglise en marche en Asie, à l'Eglise qui s'édifie peu à peu, dans le sacrifice quotidien et la souffrance joyeuse du missionnaire, car il n'y a pas de rédemption sans sacrifice.

    « Dès l'entrée, des cartes lumineuses présentaient cela magnifiquement. L'une retraçait cette épopée chevaleresque, écrite des gestes les plus héroïques, de Mgr Fallu, fondateur des Missions Etrangères. Pour établir sa Société, pour servir la cause du Christ et des âmes, il est allé par trois fois de France en Asie, voyageant en majeure partie à pied, accomplissant ainsi 124.000 kilomètres pour la conquête des infidèles qu'il voulait amener à Notre Seigneur.

    « Sur les traces d'un tel chef, les disciples ne pouvaient manquer d'être à leur tour héroïques. La grâce de Dieu aidant, car c'est de Lui seul que nous tenons « le vouloir et l'agir », les fils de France allaient montrer au monde chrétien comment une chrétienté s'édifie dans le sang. Depuis 1660, plus de trois mille six cents apôtres sont partis de la Rue du Bac vers les terres d'Asie et, parmi eux, cent dix-sept sont morts pour la foi, seize ont reçu les honneurs de la béatification et dix ont été déclarés vénérables en cour de Rome : ils sont tous de la terre de France, puisque la Société des Missions Etrangères est essentiellement française, ou au moins de culture française. Tel est le tribut payé par notre patrie pour bâtir l'Eglise en Asie.

    « Cette Église repose sur des fondements solides. C'est ce que montrait l'exposition des divers stands, consacrés chacun à un groupe de mission : leur note dominante prouvait que la force de l'Eglise d'Asie repose sur son clergé indigène.

    « Dans l'Inde, la Société a légué déjà trois diocèses au clergé local : Kumbakonam, Coimbatore et Bangalore. Et la vie catholique s'intensifie chaque jour parmi les populations qui restent confiées à nos missionnaires : Pondichéry compte cent trente mille catholiques sur trois millions d'habitants, quarante-sept prêtres indigènes travaillent à côté de nos confrères dans cet archidiocèse ; le scoutisme se développe à Salem où Mgr Prunier, de même que Mgr Feuga à Mysore, entraîne les âmes par son exemple.

    « Mais le plus beau fleuron de la Société des Missions Etrangères est bien le Collège général de Penang, dans le diocèse de Malacca. Tandis que les procureurs laissés à Paris par NN. SS. Pallu et Lambert de la Motte ouvraient en 1663 le séminaire des Missions Etrangères, à la même date ces évêques fondaient à Juthia, capitale du Siam, un séminaire pour les missions d'Asie. Ce séminaire, maintenu coûte que coûte, malgré des obstacles qui paraissaient insurmontables, émigra ensuite au Cambodge pour éviter la persécution qui voulait l'anéantir, puis aux Indes au XVIIIe siècle, afin d'échapper aux poursuites des bourreaux, et c'est de là qu'au début du XIXe siècle il alla se fixer définitivement à Penang par crainte du climat meurtrier qui, sur la côte de Coromandel, décimait les élèves. Depuis 1663, ce Collège général a fourni mille cinq cents prêtres à l'Eglise, dont quarante-neuf martyrs, parmi lesquels cinq ont eu les honneurs de la béatification combien de séminaires de France pourraient se glorifier d'un tel martyrologe ! Oserait-on encore, après un pareil témoignage du sang, sous-estimer la valeur des prêtres asiatiques ? Ce n'est pas en vain que les missionnaires ont peiné.

    « En Indochine, terre des martyrs par excellence, où le sang commença à couler au cours du XVIIIe siècle, où ensuite, de 1830 à 1895, une persécution presque continuelle conduisit au martyre deux évêques français, quarante-deux missionnaires, cinquante prêtres annamites et plus de soixante-quinze mille chrétiens, cette terre n'a-t-elle pas vu sortir de son sein les flèches des belles cathédrales de Hanoi, Saigon, Phatdiem, et d'autres encore !

    « Hanoi, perle des missions d'Asie, malgré des divisions successives qui en font la mère de plusieurs Eglises tonkinoises, compte encore cent quatre-vingt-seize mille catholiques avec cent soixante prêtres indigènes. Librairies, modernes, scoutisme, jocisme, jécisme, manifestations eucharistiques s'y rencontrent aujourd'hui comme dans nos diocèses de France. Non, le sang des Vénard, des Bonnard, des Schoeffler, les souffrances et les épreuves d'un Retord, le supplice effroyable des cent plaies subi par le Bienheureux Marchand (1) n'ont pas été inutiles. Phatdiem, dirigé par Mgr Tong, un évêque annamite, Français de coeur et d'esprit, que Paris acclamait en 1933, et Vinhlong, administré par Mgr Ngo-Dinh-thuc depuis 1938, en sont la preuve la plus péremptoire.

    « Ajoutons encore ces détails : alors qu'il y a cent ans, nous n'avions en Indochine que deux évêques, quarante-deux missionnaires et cinquante prêtres indigènes, nous y comptons actuellement douze vicaires apostoliques, quatre évêques annamites, deux cent soixante missionnaires et mille quatre prêtres indigènes.

    « En Chine également, l'Eglise s'implante, bien qu'en butte à des épreuves presque continuelles : brigandages, famines, inondations, guerres civiles, guerre étrangère. De nombreux martyrs aussi y ont versé leur sang, tel le Bienheureux Chapdelaine, dont le supplice est représenté en grandeur naturel ici dans le stand réservé à l'Empire du Milieu. Sur ce terrain tourmenté, la moisson lève. Chungking, ville dont toutes les églises et toutes les oeuvres sont aujourd'hui détruites par la guerre, compte encore soixante et un prêtres chinois après la création récente d'un vicariat apostolique indigène. Partout se développent les écoles dans ces Missions de Chine confiées à nos missionnaires ; il s'en trouve plus de trois cent vingt qui sont fréquentées par seize mille élèves. Des léproseries et des hôpitaux y sont aussi la marque de l'amour chrétien.



    (1) La Salle des Martyrs ne possède aucune relique de ce Bienheureux, mais à l'occasion des fêtes du centenaire, nous avons pu exposer quelques souvenirs venus de son pays natal, surplis, acte de baptême, lettres autographes, etc. Nous en remercions vivement M. le Curé de Passavant (Doubs), qui nous les avait charitablement prêtés.



    « Une Mission mérite d'être mentionnée spécialement, celle du Thi-bet, dont le siège est à Tatsienlu : le huitième de ses apôtres y sont morts pour le Christ. Dans les régions immenses qui composent les Marches thibétaines le Thibet proprement dit continuant d'être pratiquement interdit, la vie qu'y mènent les missionnaires, sur des plateaux de deux mille mètres d'altitude et souvent davantage, est une vie dure, mais où entrent naturellement un grand courage et une confiance inébranlable. Sur une population de quatre millions d'habitants, seulement six mille catholiques se groupent autour des missionnaires et de huit prêtres indigènes, mais Dieu saura rendre fécond le sang de ses apôtres...

    « Le stand de Corée et Mandchourie nous réserve une non moins édifiante vision. Un tableau du martyre des Bienheureux Imbert, Maubant et Chastan y évoque les difficultés surmontées par les premiers missionnaires : ceux-ci, à genoux, sont ligotés à un gibet au sommet duquel se lisent quatre caractères chinois, indiquant le motif de leur condamnation : « Supplice réservé aux propagateurs de la religion perverse ». Avec eux sont morts des milliers de chrétiens pour la même cause, ils ont ensemencé les sillons pour les moissons futures. En 1890, au lendemain des persécutions, aucun prêtre coréen ; en 1940, ils sont quatre-vingt-cinq. En 1878, aucune église pour les douze mille chrétiens du royaume ; en 1940, cent soixante-dix églises pour quatre-vingt-douze mille chrétiens, non compris les territoires cédés à des Sociétés missionnaires étrangères.

    « La fécondité du sang des martyrs est partout visible, même au Japon, où cependant elle est moins apparente.

    « En 1597, l'Empire du Soleil Levant se ferme hermétiquement à tout contact, à tout trafic international, tous les missionnaires sont martyrisés ou expulsés, les chrétiens sont internés par milliers, puis exilés ou mis à mort, tels les vingt-six crucifiés de Nagasaki en 1597 et les cinquante condamnés, décapités et crucifiés en 161o. Néanmoins des milliers d'autres conservent intacte la foi de leurs ancêtres pendant plus de deux siècles, sans prêtre, sans culte extérieur, toujours en pleine persécution. Puis ce fut leur belle découverte par le P. Petitjean en 1866. Et depuis lors, peu à peu, dans ce pays où le shintoïsme, culte des ancêtres, protecteurs nés de l'Empire, rend si difficiles les conversions, l'Eglise est cependant édifiée : en 1940, le Japon compte environ cent vingt mille catholiques, cent vingt prêtres autochtones et plus de cent quatre-vingts séminaristes, et deux diocèses, Tokyo et Nagasaki, sont administrés par des évêques japonais. Les conversions ont été peu nombreuses, oui certes, mais une élite a fait rayonner l'esprit chrétien au milieu des masses païennes, les conférences publiques catholiques attirent la classe intellectuelle dans les établissements où elles se donnent. Tout cela présage pour l'avenir un renouveau qui, nous pouvons l'espérer, se fera en passant par le canal de la vérité catholique ».



    Te martyrum candidatus laudat exercitus : oui, loué soit le Christ par l'armée éclatante des martyrs !

    Partout, avant le cataclysme qui déferle actuellement sur le monde, le blé levait, abondant, la moisson débordait les ouvriers. De toutes nos missions, des appels pressants sont arrivées à la Rue du Bac, demandant des apôtres nombreux.

    Nos martyrs avaient semé dans les larmes, ils ont ainsi préparé de longue date des gerbes qui attendent les moissonneurs. Il appartient à la génération montante de fournir ces apôtres, ouvriers indispensables et pour la récolte dans les régions ensemencées jadis et pour l'ensemencement d'autres régions immenses où la bonne nouvelle du salut n'a pas encore pénétré.

    Du haut du ciel, les héros dont les mâles vertus furent exaltées à l'occasion du centenaire obtiendront du divin Sauveur les vocations apostoliques nécessaires et les dirigeront vers le Séminaire qui abrite la Salle des Martyrs, ce « haut lieu » du pays de France.



    MARTYRES DOMINI,

    DOMINUM BENEDICITE IN ETERNUM!



    JOSEPH CUENOT,

    Missionnaire apostolique




    1943/310-319
    310-319
    France
    1943
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