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La mort du P. Doijtreligne

La mort du P. Doijtreligne Comme le Père Doutreligne s'intéressait particulièrement à l'OEuvre des Partants et collaborait souvent à la rédaction de ses Annales, je vous envoie les quelques détails que je viens de recevoir sur les derniers jours de ce vaillant missionnaire.
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    La mort du P. Doijtreligne

    Comme le Père Doutreligne s'intéressait particulièrement à l'OEuvre des Partants et collaborait souvent à la rédaction de ses Annales, je vous envoie les quelques détails que je viens de recevoir sur les derniers jours de ce vaillant missionnaire.
    Je le fais d'autant plus volontiers que j'étais encore, il y a quelques mois, son compagnon de brousse. Le jour même où il fut pris par les bandits, je me rendais précisément chez lui pour une visite que je lui devais depuis longtemps: Un courrier étant venu, sur ces entrefaites, m'annoncer que le cher Père avait été capturé par les brigands et emmené par eux dans leur repaire, je dus renoncer à mon voyage et me concerter, avec les PP. Nénot et Yuen, pour obtenir sa mise en liberté. Grâce à Dieu; dès le lendemain, et sans intervention, le Père était reconduit à son poste par les mêmes « irréguliers » qui l'avaient pris comme otage et voulaient le retenir comme caution.
    Malgré son sang-froid, le P. Doutreligne en éprouva une forte secousse. De plus, à cette époque de l'année et dans ce pays malsain entre tous, nous entrions dans la période dangereuse des fortes chaleurs et des grandes pluies. Au lieu de se rendre à nus conseils de prudence et de prendre un congé de détente dans un milieu plus favorable au rétablissement de ses forces, le cher Père préféra rester chez lui, fidèle au poste et à la portée de ceux qui, chrétiens et païens, comptaient sur lui.
    Toujours la répétition de .la même tactique, depuis surtout ces deux dernières années : paysans, commerçants, lettrés même et, par dessus tout, mandarins civils nous retiennent, en cas de danger, pour servir d'intermédiaires entre eux et la soldatesque indisciplinée qui rançonne ou pille sans vergogne et dont il nous faut négocier les exigences; soit encore, dans les cas désespérés, à servir de paratonnerres détournant d'eux la foudre pour l'attirer sur notre tête. C'est beau d'être le « Défenseur de la Cité », mais cela ne va pas sans quelques aléas, car ces interventions où nous payons de notre personne, s'exercent souvent au détriment de notre sécurité, parfois même au péril de notre vie. Ce n'est pas sans danger que, grâce à notre influence et à notre neutralité, nous en imposons à la rapacité et à la colère de MM. les militaires qui, « réguliers » ou « irréguliers », l'un ou l'autre à tour de rôle, ou l'un et l'autre simultanément, vivent partout comme en pays conquis, où l'ennemi le plus facile à réduire est encore le non-belligérant. C'est toujours lui qui, en définitive, paiera les avances ou arriérés de solde du parti vainqueur ou du parti vaincu, également interchangeables.
    Lors de mon départ de la mission de Lanlong, le moment de la retraite annuelle approchait pour les confrères qui restaient sur la brèche. A la fin du mois d'août un règlement fort sage nous fait un devoir de nous réunir tous autour de notre Vicaire apostolique pour nous reposer quelques jours, corps et âme. Le P. Doutreligne se mit donc en route pour franchir en quatre jours les étapes qui le séparaient de Lanlong. Vers la fin de la seconde journée de marche, ayant à traverser un torrent, sa mule fit un faux pas et le Père tomba à l'eau. Leste comme il était, il parvint à se dégager et à reprendre pied. Mais ce n'est pas toujours impunément qu'on peut rester, des heures entières, tremper jusqu'aux os, sans habits de rechange. Or ses bagages le suivant de trop loin, il préféra continuer, sans plus attendre, les six kilomètres qui le séparaient encore de la résidence de son voisin, le P. Nénot, et y parvint à bout de forces. Son confrère lui prodigua les premiers soins, mais ne put enrayer une violente attaque de dysenterie qui le terrassa d autant plus sûrement qu'il y était sujet en temps normal. Le malade, se rendant parfaitement compte de la gravité de son état, voulut se préparer à la mort et le fit d'une manière extrêmement édifiante. Quelques journées d'un mieux sensible firent croire que tout danger était conjuré; mais le mal le reprit bientôt et cette fois, pour l'emporter en deux jours. C'est eu récitant le chapelet, en compagnie du P. Nénot, et jusqu'au moment où il ne put plus remuer les lèvres, qu'il entra en agonie pour rendre le dernier soupir, le 25 août dernier.
    Il ne me reste plus qu'à le recommander aux prières de tous les Associés de l'OEuvre des Partants. Qu'ils prient également pour tous ceux qui restent sur le chantier, un chantier particulièrement dur ces années-ci dans cette Chine bouleversée.
    Une lettre m'annonce que le successeur du P. Doutreligne à Ouang-mou devra, avant même de prendre possession de son poste, en déloger quelques dizaines de brigands qui se sont installés dans sa résidence et ont remisé leurs chevaux dans ses dépendances. Et il n'est pas le seul à se heurter à (les difficultés du même genre ou à des occupants, soldats de l'ordre ou de la piraterie, également indésirables ! A Lanlong, les courriers porteurs de mauvaises nouvelles se suivent si continuellement, l'un après l'autre, que Mgr Carlo les appelle « ses courriers de Job! ».
    Et cependant, au milieu de tous ces ennuis et au sein de tous ces dangers, le moral reste bon, on tient et on tiendra jusqu'au bout. Voici le dernier écho que je reçois de la retraite annuelle : « Nous étions particulièrement gais cette année ».

    Jean LARREGAIN,
    Missionnaire apostolique.

    Voici, par ailleurs, des nouvelles du P. Salvat, de la Mission du Yunnan : « Nous avons été inquiets au sujet du P. Salvat qu'on disait retenu prisonnier par le terrible chef de pirates, Li-Ki-Tchouan. Une lettre du 28 juillet nous rassuré. Le Père était en effet prisonnier, mais prisonnier de la population qui voyait en lui son sauveur. Il les a en effet sauvés. Mais les pirates écartés, d'autres indésirables sont venus. Le P. Salvat écrit le 14 septembre que jusqu'ici il n'a pas trop eu à souffrir de la présence du parti vaincu dans la lutte pour l'assiette au beurre au Yunnan. Cake sans doute au grand savoir-faire de notre confrère, la liberté de ses mouvements et les résidences de la Mission n'ont subi aucune grave atteinte. Que les confrères, ajoute le Petit Nouvelliste de Yunnanfou à la date du 30 septembre, veuillent bien avoir un souvenir dans leurs prières pour le cher P. Salvat dont la situation reste toujours critique ».
    A la même date et en dernière heure, cette note concernant un autre confrère : « A cause des troubles du Bas-Yunnan, on n'était pas sans inquiétude au sujet du P. Hamon. Une lettre de lui vient nous rassurer. Du haut de son donjon, il a pu assister, impavide, au va-et-vient de ces bandes de parfaitement indésirables, sans avoir à en souffrir. Que Dieu le protège ! »

    1929/256-258
    256-258
    Chine
    1929
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