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La mission du Sikkim

La mission du Sikkim Le 11 novembre 1882, le P. Desgodins (1) et le P. Mussot (2) s'installaient à Padong, dans une vieille et branlante maison boutanienne louée au gouvernement : c'était le modeste début de ce qui devait devenir la Préfecture apostolique du Sikkim, qui en a récemment célébré le 50e anniversaire.
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    La mission du Sikkim

    Le 11 novembre 1882, le P. Desgodins (1) et le P. Mussot (2) s'installaient à Padong, dans une vieille et branlante maison boutanienne louée au gouvernement : c'était le modeste début de ce qui devait devenir la Préfecture apostolique du Sikkim, qui en a récemment célébré le 50e anniversaire.
    La partie orientale du district civil de Darjeeling faisait autrefois partie non du Sikkim, mais du Boutan, pays dépendant du Thibet et par conséquent de la Chine. En 1868, cette partie montagneuse fut réunie par les Anglais au district de Darjeeling, qu'ils avaient détaché du Sikkim en 1861. Ce territoire n'était alors peuplé que dans sa partie nord, le sud étant couvert de forêts. Aux anciens habitants vinrent se joindre des émigrants du Nepal, du Sikkim et même du Thibet central, attirés par la sécurité que, moyennant une modique redevance, leur assurait le gouvernement anglais. Celui-ci, du reste, pour éviter les querelles entre ces éléments disparates, groupa les Nepaliens dans la vallée de Kalimpong, les Boutaniens et Thibétains dans la vallée de Padong, les Lepchas sur les rives du Rongpo. Actuellement cet état de choses n'existe plus ; les Nepaliens, venus en grand nombre, ont envahi tout le pays et se sont établis au milieu des Boutaniens, Thibétains et Lepchas.
    Pourquoi deux membres de la Mission du Thibet cher-chaient-ils à s'installer dans le nord de l'Inde, au pied de l'Himalaya, c'est, on le sait, dans l'espoir d'y trouver une voie pour pénétrer par le sud dans ce Thibet qui avait repoussé toutes leurs tentatives à l'est. C'est pourquoi, en 1883, la Congrégation de la Propagande annexa le territoire de Padong à la Mission du Thibet, le confiant ainsi à la Société des Missions Etrangères de Paris.
    Après un mois de recherches, les deux missionnaires trouvèrent enfin un emplacement pour s'établir et, munis de l'autorisation gouvernementale, se mirent à déblayer eux-mêmes le terrain, aplanirent l'espace suffisant pour bâtir une hutte, amassèrent bois bruts et bambous et, le 6 février 1883, prenaient possession de leur nouvelle demeure, sur le bord de la grande route qui conduit à Lhassa.

    (1) Auguste DESGODINS (1826-1913), du diocèse de Verdun, missionnaire du Thibet en 1855.
    (2) Henri MUSSOT (1854-1905), du diocèse de Besançon, missionnaire du Thibet en 1881 ; massacré par des bandits à l'instigation des lamas.

    Leur satisfaction de se sentir « chez eux » ne fut pas de longue durée. Deux jours après leur installation, le P. Mussot, rappelé par ses supérieurs au Thibet oriental, quittait Padong pour regagner la Chine. Le P. Desgodins restait seul, au milieu d'une population dont il ne connaissait pas encore la langue et qui ne semblait pas lui manifester beaucoup de sympathie. Heureusement, le 19 juin 1883, une lettre de Paris lui apportait la nouvelle qu'un jeune missionnaire allait partir pour le rejoindre, et, en effet, le 16 août, le P. Hervagault (1) arrivait à Padong.
    Aussitôt réunis, les deux missionnaires résolurent de sortir de leur misérable hutte provisoire, repaire de rats et de serpents, pour s'établir solidement et définitivement. Ils élaborèrent les plans d'une sorte de chalet suisse, à l'exécution desquels ils durent travailler eux-mêmes et se faire casseurs de pierres et maçons. Au mois d'août, leur « petit palais », comme le nommaient les architectes - constructeurs, était terminé et ils avaient la joie de s'y installer. Le modeste édifice était surmonté d'une grande croix portant en caractères thibétains cette inscription : Sacré Coeur de Jésus, daignez bénir ce peuple !

    (1). Jean-Marie HERVAGAULT, du diocèse de Rennes ; missionnaire du Thibet en 1883.

    Dès qu'il posséda suffisamment la langue thibétaine, le P. Hervagault se mit à parcourir en tous sens la vallée de Padong et les environs, cherchant à amener quelques brebis dans son bercail, mais il ne put que recueillir quelques âmes d'enfants, qui, au ciel, devaient prier pour la conversion de leurs parents et compatriotes. Devant cet insuccès, il résolut de fonder un village purement chrétien au milieu d'une forêt que le gouvernement anglais avait mis à la disposition des missionnaires catholiques. Le 11 novembre 1891, il quittait Padong, et, accompagné de quelques familles népaliennes chrétiennes, allait s'établir dans la forêt vierge.
    Là il se fait bûcheron : des arbres géants tombent sous les coups redoublés de sa hache ; dans les clairières ainsi obtenues, des huttes coquettes s'élèvent et forment le noyau d'un village que le Père nommera Maria-basti (village de Marie). Pour lui, il s'est construit une sorte de pigeonnier de 3 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur et à peine 1 m. 50 de hauteur : une échelle faite d'un tronc d'arbre donne accès à l'intérieur de ce singulier presbytère. Telle fut, pendant trois ans, la résidence du missionnaire ; mais, la population chrétienne augmentant peu à peu, il fallut bâtir une église, qui fut inaugurée en 1894. Un récit aussi succinct ne peut donner une idée des privations et des sacrifices que s'imposa courageusement le zélé fondateur de Maria-basti : Dieu seul en eut le secret. Peu après, à son église il adjoignait une école et un orphelinat.
    Pendant ce temps, le P. Desgodins, demeuré à Padong, voyait ses efforts rester presque stériles et ne réussissait pas à triompher du fanatisme ou de l'indifférence religieuse de la population bigarrée à laquelle il avait affaire. Il emploie ses loisirs forcés à la composition de plusieurs ouvrages de doctrine catholique, puis d'une grammaire et d'un dictionnaire thibétain. Ayant reçu, en 1885, l'aide d'un jeune missionnaire arrivé de France, le P. Saleur (1), il put s'appliquer presque exclusivement à ses travaux de linguistique, qui devaient rendre de grands services à ses confrères. Malheureusement le P. Saleur tomba malade et dut rentrer en France un an après son arrivée dans l'Inde. Il revint en 1889, mais retomba bientôt et mourut le 8 mai 1890.

    (1) Claude SALEUR, du diocèse de Verdun, missionnaire du Thibet en 1884 ; mort en 1890.

    En 1892, un nouveau missionnaire, le P. Douénel (1), arrivait à Padong. Dès qu'il fut familiarisé suffisamment avec la langue et les coutumes du pays, le P. Desgodins, lui laissant le soin de la petite chrétienté, partait pour Hongkong pour faire imprimer à la Maison de Nazareth son dictionnaire thibétain-latin-français. Les Anglais lui avaient proposé d'acheter le manuscrit de cet ouvrage : il avait refusé. Le travail d'impression était considérable ; il fallait fondre sur place les caractères thibétains, qui n'existaient nulle part. Ce fut l'oeuvre de cinq années, une des plus importantes qui soient sorties des presses de l'imprimerie des Missions Etrangères. Le volume édité en 1899, le P. Desgodins demeura encore à Hongkong pour publier divers opuscules. En 1903, à l'âge de 77 ans, il regagnait Padong, et c'est là qu'il mourut en 1913, doyen d'âge et d'apostolat de la Société dont il fut un des membres les plus distingués.
    Après le départ du P. Desgodins, le P. Douénel se met à l'oeuvre. En 1894, il jette les fondations d'une église, qui, l'année suivante, est ouverte au culte ; il bâtit un presbytère, un orphelinat, un asile pour des vieillards, enfin une grande école secondaire qui fait honneur au catholicisme.
    En 1894, était arrivé le P. Durel (2), ce qui sans compter le P. Desgodins, alors à Hongkong, portait à trois le nombre des ouvriers apostoliques en cette lointaine région. De cette date jusqu'en 1927, ils ont continué, lentement et sans bruit, leur travail de défrichement. Durant ces 33 années, ils sont demeurés seuls sur la brèche, attendant toujours de jeunes recrues qui n'arrivaient jamais ; ils n'ont pas voulu quitter la place avant d'avoir vu venir des successeurs, qui, s'il plaît à Dieu, recueilleront les fruits de leur longue patience et de leurs efforts persévérants. Une de leurs souffrances fut l'éloignement de leur supérieur ; le Vicaire apostolique de leur Mission résidait, en effet, à Tatsienlou, dans le lointain Setchoan, et aucun d'eux ne l'a jamais vu. Pendant 33 ans, ils sont demeurés isolés dans une gorge profonde des Himalaya, n'ayant jamais eu de relations directes avec leur évêque et bien rarement avec d'autres membres de la Société des Missions Etrangères. Ce qui les a soutenus dans cette longue et dure épreuve, c'est, avec la grâce de Dieu d'abord, la bonne entente, la charité vraiment fraternelle qui a toujours régné entre eux.
    Et malgré ces épreuves, l'amour de leur Mission était tel que le vénéré Père Desgodins, au moment de mourir, disait à ses compagnons d'apostolat : « Voilà 63 ans que je sers la Mission du Thibet ; j'y ai beaucoup souffert, et cependant, s'il me fallait recommencer, c'est encore elle que je choisirais pour mon partage ! » Et les trois confrères à qui il faisait ses adieux en ce monde étaient et sont encore dans les mêmes sentiments. L'âge n'a pas ralenti leur ardeur et, grâce à leur zèle, les oeuvres d'apostolat et d'enseignement se développent peu à peu : ils commencent à recueillir les fruits de leur méritoire persévérance.


    (1) Jules DOUÉNEL, du diocèse de Bayeux, missionnaire du Thibet en 1892 ; supérieur de la Mission du Sikkim en 1929, préfet apostolique en 1931.
    (2) Léon DUREL, du diocèse d'Albi ; missionnaire du Thibet en 1894.

    En 1922, les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny ont bâti à Kalimpong un couvent et une école devenue très florissante.
    En 1929, un décret de la S. C. de la Propagande érigeait en mission indépendante le district de Padong en lui adjoignant le royaume du Sikkim ; puis, deux ans après, la Mission devenait Préfecture apostolique, dont le premier titulaire est Je P. Douénel qui s'y dépense depuis 40 ans.
    Au mois de mai prochain, le P. Hervagault célébrera ses noces d'or de prêtrise et d'apostolat.
    La Préfecture compte actuellement 5 missionnaires français et un prêtre anglo-indien. Le nombre des chrétiens s'élève à 1.300, dont 180 ont reçu le baptême durant le seul exercice 1931-32.
    Il reste maintenant à essayer de pénétrer et, si possible, de s'établir dans l'intérieur du Sikkim, fermé jusqu'ici et où les lamaseries jouissent encore d'un prestige et d'une autorité incontestés. Cependant, comme le royaume ne relève plus du Thibet, mais de l'Angleterre, on peut espérer plus de liberté. Le Maharadja se montre plutôt sympathique ; une trentaine de catholiques, venus d'ailleurs, sont maintenant installés dans la capitale ; enfin un zélé catéchiste, ancien pasteur protestant, parcourt le pays pour y jeter les premières semences du christianisme.
    De là des espérances fondées d'un avenir meilleur. Daigne la Providence les réaliser !

    L'homme juste, l'honnête homme, est celui qui mesure son droit à son devoir.
    LACORDAIRE.

    ***

    Que celui qui veut mouvoir le monde sache d'abord se mouvoir lui-même.
    SOCRATE.

    ***

    Si vous voulez être riches, n'apprenez pas seulement comment on gagne, sachez aussi comment on ménage.
    FRANKLIN.
    1933/70-74
    70-74
    Inde
    1933
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