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La mission du Maïssour

La mission du Maïssour PAR Mgr KLEINER Mgr Kleiner, évêque de Mysore, a bien voulu nous communiquer les bonnes feuilles d'une brochure qu'il publie sur l'état ancien et actuel de sa mission ; nous sommes heureux d'en faire part à nos lecteurs qui pourront juger par eux-mêmes des progrès réalisés et aussi du bien qui reste encore à accomplir. Rapport de Mgr Charbonneaux
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    La mission du Maïssour

    PAR

    Mgr KLEINER

    Mgr Kleiner, évêque de Mysore, a bien voulu nous communiquer les bonnes feuilles d'une brochure qu'il publie sur l'état ancien et actuel de sa mission ; nous sommes heureux d'en faire part à nos lecteurs qui pourront juger par eux-mêmes des progrès réalisés et aussi du bien qui reste encore à accomplir.

    Rapport de Mgr Charbonneaux

    Il y a 60 ans, Mgr L.-E. Charbonneaux, évêque de Janssen, et premier Vicaire apostolique du Maïsour, adressait à la Propagande et à Messieurs les Directeurs de l'OEuvre de la Propagation de la Foi un rapport sur l'état de sa mission, détachée de la mission de Pondichéry, et érigée en 1846 en Vicariat apostolique.

    Jusqu'en 1842, cette mission ne recevait que des visites passagères de 3 ou 4 missionnaires de Pondichéry. Le petit nombre des prêtres à cette époque, et la grande dispersion des chrétiens rendaient impossible une visite régulière et efficace des 14 à 15 mille fidèles, répandus dans le pays du Maïssour sur une étendue de 70 à 80 lieues carrées, et dispersés au milieu d'une population de 4.500.000 païens et 600.000 musulmans. Un seul missionnaire avait à sa charge 12 à 20 chrétientés.

    MARS AVRIL 1905. No 44

    « Dans ma première mission, écrivait Mgr Charbonneaux, j'avais 60 villages, éloignés souvent l'un de l'autre de 4 jours de marche. Dans le Maïssour, il fallait 15 mois de voyages continuels pour visiter une fois chaque chrétienté. Aussi ces pauvres néophytes étaient abandonnés au milieu des, gentils, des musulmans et des protestants. Oh ! Alors que 'd'enfants mouraient sans baptême, ou avec un baptême, hélas ! Fort douteux ; car il était administré par des laïques peu instruits. Alors le pauvre pécheur, surpris par une tentation, n'avait pas de conseil, n'avait pas de médecin pour guérir les plaies de son âme. Il devait attendre un et parfois deux ans pour avoir l'occasion de se confesser. Alors le fidèle mourant ne pouvait ni purifier sa conscience, ni fortifier son âme par la réception des sacrements. Le païen ne voyait le ministre de la vraie religion que rarement, et seulement pour quelques jours pendant lesquels le missionnaire pouvait à peine suffire à rompre le pain de la parole aux enfants du Père de famille. Comment ces gentils auraient-ils pu être instruits et convertis ?

    « Il y a 3 ans, continue Mgr Charbonneaux, deux autres missionnaires et moi, dans un village et en 27 jours, nous baptisâmes 19 adultes. Plusieurs autres se préparaient encore, deux ou trois jours avant notre départ. Mais ne les trouvant pas assez instruits, nous les remîmes à une autre visite. On fut deux ans sans retourner dans cette localité et, quand un nouveau missionnaire y alla, ces bonnes gens n'habitaient plus cette station. Oh ! Combien de fois mon cur ne fut-il pas serré de douleur en voyant tout le bien à faire et aux chrétiens et parmi les païens. Leurs regrets, leur serrement de mes mains qu'ils arrosaient de leurs pleurs rendaient la séparation trop pénible. Je me hâtais alors de prendre les devants, me rappelant les paroles du premier missionnaire : « Je dois aller annoncer le Royaume de Dieu aux autres brebis de la maison du Seigneur ». Il n'y avait dans le nouveau Vicariat apostolique ni séminaire, ni orphelinat, ni catéchistes dignes de ce nom ; point d'école, point de couvent, point de catéchuménat.

    « Il y avait bien quelques catéchistes dévoués, il est vrai, mais peu préparés à ce difficile ministère ».

    Plus tard, en 1853, lorsque le vénérable Vicaire apostolique écrivait son rapport, la Mission de Maïssour avait déjà fait quelques progrès. Elle comptait 15 missionnaires, 15,000 fidèles, 21 églises ou chapelles, un séminaire et quelques élèves.

    Dix ans plus tard, lorsque la divine Providence daigna m'envoyer dans le Maïssour, pour joindre mon faible concours au zèle expérimenté de ces vétérans de l'apostolat, j'y trouvai, en 1865, 16 missionnaires, 3 prêtres indigènes, travaillant dans 20 districts, un couvent et quelques pauvres petites écoles.

    Difficultés de l'Apostolat

    Avant de parler des oeuvres établies depuis cette époque, et des progrès de cette belle Mission, et avant aussi de donner un aperçu de ses besoins, (si nous voulons continuer et augmenter encore, comme nous le devons, le bien déjà fait), il est nécessaire de dire un mot des difficultés de l'apostolat dans cet immense pays de l'Inde, et des obstacles multiples que rencontre l'évangélisation de ces peuples infatués de leur système de castes variées à l'infini, et méprisant l'étranger comme un être vil et dégradé, à cause de ses usages si contraires aux leurs. Serait-il téméraire de ma part de dire que 26 années de pratique de l'apostolat dans plusieurs districts de la Mission, et 14 années d'administration épiscopale, en parcourant le Maïssour plusieurs fois dans toutes ses parties, m'ont mis à même de me rendre compte de chaque chose, de voir, de mesurer la grandeur des obstacles causés par la nature, le caractère du peuple indien, du climat spécialement malsain de plusieurs parties du Maïssour, et en même temps d'exposer les beaux résultats obtenus par mes trois vénérés prédécesseurs, Mgr Charbonneaux, Mgr Chevalier, Mgr Coadou, et leurs zélés coopérateurs, dont plusieurs sont morts à la tâche.

    Etudes des langues

    Arrivé en 1865 à Bangalore, résidence du Vicaire apostolique, Mgr Charbonneaux, et siège du Gouvernement Anglais dans le Maïssour, j'y passai trois mois seulement. Un confrère, déjà ancien, chargé de deux districts dans les montagnes de Ghâtes, pria Monseigneur de m'adjoindre à lui pour un mois au moins, afin de procurer aux fidèles l'avantage de l'assistance à la messe dans l'un des districts, pendant qu'il irait lui-même administrer l'autre, Monseigneur y consentit, n'ayant pas d'autre prêtre à lui donner.

    Ce brave et digne confrère, très ardent de sa nature, et ne doutant jamais de rien, trouva bon de me laisser seul, après que j'eus joui pendant 8 jours seulement de son agréable compagnie, histoire, disait-il en riant, de me jeter à l'eau pour m'apprendre plus vite à nager.

    « Vous allez ainsi, me dit-il, apprendre le tamoul en rien de temps, et vous réparerez l'église qui menace ruine, puis je viendrai vous rejoindre à Pâques » (nous étions alors en décembre). Il aurait dû dire à Pâques, ou... un peu plus tard, car je ne le revis que trois ans après. J'avais pour proche voisin un prêtre indigène, qui ignorait le français. Je me mis donc de tout coeur à l'étude du tamoul, cette belle langue indienne que l'on m'avait tant vantée. Mais je ne parvenais pas à m'y faire malgré un travail obstiné. De l'anglais, je n'en connaissais pas le premier mot, et la première malade que j'eus à administrer fut une dame anglaise, dont le mari était allemand Le français était inutile ; pas un seul Français dans ces parages ; si bien que, deux ans plus tard ; un beau jour, voyant venir à moi un pauvre de Pondichéry, qui me demandait l'aumône en français ; je fus à son égard d'une générosité excessive eu égard à mes ressources pécuniaires.

    Deux mois après mon arrivée dans ce pays de montagnes, je voulus faire preuve de mes connaissances tamoules, nouvellement acquises. J'avais écrit un petit sermon que j'appris par cur, et que je donnai un beau dimanche dans ma chapelle remplie de fidèles. Je triomphais de mon succès, on m'avait écouté avec une grande attention. Hélas ! Rentré chez moi après la messe, je reçus la visite du gouverneur angles du pays. C'était un parfait catholique, d'une grande piété. Je songeais en moi-même : voici M. Ker qui vient me féliciter. « Ah ! Père, me dit-il, vous avez prêché aujourd'hui ! »

    Déjà je me redressais... lui hésitait... mais dites-moi donc Père, ce que vous avez voulu nous dire... Je crois savoir le tamoul, et je n'y ai absolument rien compris... Tableau!

    Après le départ de ce cher Monsieur qui avait essayé en vain de me consoler, voici, me dis-je, le temps pascal qui approche, je vais écrire à Monseigneur d'envoyer quelqu'un ici à ma place pour préparer les chrétiens à faire leurs Pâque. Au lieu de s'apitoyer à la réception de ma lettre, Sa Grandeur me répondit : « Mon cher petit Père, je suis tout aussi désolé que vous. Et pourquoi avez-vous donc été envoyé à Mercara, sinon pour administrer les chrétiens ? Du reste, je n'ai personne à vous envoyer. Allons ! Courage, mettez-vous-y, le bon Dieu bénira vos efforts ». A quelques jours de là, mort catéchiste vint me dire : « Il y a un malade à administrer dans les bois à 7 milles d'ici (12 kilomètres) ». Je m'y rendis de suite, à pied, en plein soleil, n'ayant pas le moyen de me procurer un véhicule. Je trouvai mon malade mort, et sa femme, les cheveux dénoués, se frappant la poitrine avec violence et mêlant ses pleurs à des lamentations auxquelles je ne comprenais rien. J'étais vivement ému, mais qu'y pouvais-je faire, sinon, en m'en allant, implorer la divine miséricorde pour le défunt et sa veuve désolée.

    Préoccupé, je ne pris pas garde au soleil et je rentrai au logis avec le premier accès de cette mauvaise fièvre des bois, qui ne manqua plus, par la suite, de me reprendre tous les mois, tant que je demeurai dans cette localité. Rentré chez-moi, accablé de peine et de fatigue, je trouvai à la chapelle 15 personnes, qui m'attendaient pour leur confession pascale. Je ne pris pas le temps de me lamenter, j'allai au confessionnal, et me tirai si bien de cette première épreuve que j'eus l'assurance de pouvoir désormais comprendre et me faire comprendre en tamoul. Le bon Dieu, connaissant mon incapacité, daigna mêler la consolation et la confiance à la peine. Et ce fut bien mieux encore, quand, à quelque temps de là, ayant préparé au baptême une jeune fille païenne, estropiée et qui, disait-on, n'avait jamais pu marcher droit, je la vis complètement guérie, en recevant le sacrement de la régénération spirituelle.

    Climat

    Cependant le climat malsain de ces montagnes, le manque d'une nourriture convenable: jamais de pain, ni de vin, rarement un peu de mauvaise viande, rien que du riz, des oeufs et quelques légumes, et de l'eau, pas même claire, mais contaminée par les détritus des forêts, eurent bientôt une fâcheuse influence sur ma robuste santé. Au bout de trois ans, lorsque je fus à même de faire quelque bien à ces braves gens si pleins de bonne volonté, et que j'aimais tant, je dus quitter à regret mon district, qui avait plusieurs stations et chapelles, et dans lequel j'avais passé des jours si heureux ; bonheur quelque peu incompréhensible pour ceux qui ne l'ont pas éprouvé !

    A cause des fièvres qui m'affaiblissaient de plus en plus, Monseigneur décida que je devais quitter ce poste. Maintenant quatre missionnaires administrent les fidèles devenus plus nombreux dans ce district et dans celui de mon confrère de 1865.

    Pour changer d'air, me disait-on, je fus envoyé dans une autre portion de la mission quatre fois plus étendue, où je remplaçai un vieux missionnaire qui avait occupé, avec un confrère, ce poste pendant 19 ans, et qui s'en alla bientôt mourir à Madras, en montant sur le bateau qui devait le conduire en France pour y rétablir sa santé. Là, ce fut pour moi une nouvelle langue à apprendre, des églises à bâtir, des voyages longs et incessants à entreprendre dans la plaine et les bois. Aujourd'hui, cinq missionnaires ont plus qu'ils n'en peuvent faire dans ce district divisé en trois.

    Ce qui vient d'être dit donne une faible idée des difficultés matérielles que la plupart d'entre nous rencontraient, du moins à cette époque, dans l'administration des chrétientés, difficultés provenant, soit de la différence de climat, de la variété des langues à apprendre (il faut en posséder au moins trois, dans certaines localités ; même la connaissance de quatre et cinq langues serait utile) ; soit enfin de la grande dispersion des chrétiens, répandus un peu partout, dans la plaine, dans les bois, sur les montagnes, allant et venant çà et là, où les exigences de la vie les mènent.

    Obstacles à la Conversion

    Il ne manque pas de personnes, s'occupant superficiellement des Missions, qui disent : « Que font donc les missionnaires ? Il yen a tant, et depuis si longtemps, et néanmoins il reste encore des millions d'idolâtres à convertir ». Ces personnes ne savent pas, ou ne prennent pas la peine de calculer que dans les pays de missions, chaque année, des centaines de milliers d'âmes sont sauvées par les missionnaires et les religieux, avec le concours des dévoués associés de la Propagation de la Foi et de la Sainte Enfance ; âmes heureuses et privilégiées qui vont au Ciel prendre la place de tant de leurs aînés dans la foi, qui ont vendu leur droit d'aînesse pour les viles satisfactions de leurs passions.

    Pour ne parler que de la mission du Maïssour, d'après mes calculs, depuis 1865, nous avons eu environ : 45.000 baptêmes d'enfants de chrétiens, 46.000 d'adultes païens, 26.000 baptêmes d'enfants de païens à l'article de la mort, 2.000 conversions de protestants ; soit, en moyenne, 3.000 baptêmes par an. Donc, 3.000 âmes sauvées, ou du moins mises dans la voie du salut. Oh ! Si l'on considère le prix d'une âme, si l'on songe un instant au bonheur de pouvoir contribuer au salut éternel d'une seule âme, créée par Dieu à son image, et rachetée au prix du sang de Jésus-Christ, pour être unie à son Dieu à tout jamais, comment ne pas remercier le divin Sauveur d'avoir établi son Eglise et de lui avoir donné ses apôtres ? N'est-ce pas ce désir, je dirai cette passion de délivrer les âmes des mains de Satan, qui est le véritable mobile et la consolation de tant de missionnaires, de religieux, de religieuses qui quittent ce qu'ils ont de plus cher au monde, pour aller joyeusement partout où la voix de Dieu les appelle? N'est-ce pas cette même foi, cette même espérance dans la récompense de l'apôtre qui détermine tant d'âmes généreuses à contribuer des biens de leur fortune, voire même parfois de leur nécessaire, pour concourir au salut d'une âme, qui n'aurait pas eu le bonheur d'être sauvée sans leur participation? Pour tous, c'est la même pensée, le même désir, ce sont les mêmes aspirations de joindre à l'action la prière pour conjurer le Sacré Cur de Jésus, le divin Rédempteur : Adveniat regnum tuum.

    Oui, dira-t-on encore, 3.000 âmes régénérées dans les eaux du baptême chaque année dans une seule Mission, plus de 60.000 annuellement dans les Missions de la Société des Missions Étrangères ; des milliers, des centaines de mille dans tontes tes Missions du globe ! Et néanmoins le nombre des chrétiens augmente bien lentement. Ainsi, au Maïssour, il n'y a présentement que 45 à 46.000 catholiques, au lieu de 17.000 en 1865 perdus danse une population de plus de 5 millions d'âmes. Cet état de choses demeure étrange, incompréhensible si l'on ne s'attarde pas à considérer les circonstances particulières dans lesquelles se trouvent les Missions.

    Pour ne parler que du Maïssour, une bonne partie de nos néophytes nous ont été amenés par les épidémies et autres calamités si fréquentes dans l'Inde, et nous ont été enlevés par la mort, la plupart pour aller jouir du bonheur éternel ; d'autres, qui ont survécu, ont dû s'expatrier, se disperser pour aller dans des contrées voisines, et même plus loin, chercher des moyens d'existence que nous ne pouvions leur procurer. Quelques-uns n'ont pas persévéré, mais en nombre relativement petit.

    L'influence du Protestantisme

    Il faut bien en convenir toutefois, les Indiens se convertissent difficilement en masse. Avant l'invasion, dans l'Inde, d'une multitude incroyable de sectes protestantes, qui cherchent à nous supplanter partout, on voyait parfois des villages entiers écouter avidement la prédication du missionnaire et se convertir. Maintenant ils demeurent sourds à sa parole. Pourquoi? Parce que les protestants, venus après nous, ont prétendu que pour convertir il fallait détruire la caste, ce lien social et religieux qui a fait l'Inde ce qu'elle est : un peuple attaché à ses us et coutumes, et pour lequel la conservation de la caste est plus précieuse que la vie même. D'un autre côté, ces sectes protestantes se sont occupées surtout, au moyen de leurs immenses ressources, d'ouvrir partout des écoles, ont publié et répandu à profusion des tracts, des pamphlets, des livres de toute dimension dans lesquels ils n'enseignaient guère la religion, mais s'appliquaient surtout à nous calomnier, à nous ravaler au niveau des idolâtres, à nous décrier par la publication en langues indigènes de toutes les infamies répandues en Europe, en Amérique, contre le clergé et les couvents. Nos pauvres Indiens, déjà trop portés par nature à l'indifférence, à l'apathie religieuse, trop attachés à leurs védas, livres de religion immoraux, bien propres à flatter toutes les exigences des plus honteuses passions, ne cherchent plus, ou ne savent plus trouver la, vérité dans cette multiplicité de doctrines contradictoires. Comment en serait-il autrement ? Toutes les sectes protestantes prétendent leur prêcher la religion du Christ, se détestent parfois les unes les autres, mais s'unissent dans une attaque incessante contre le catholicisme.

    La Caste

    Les prêtres catholiques, qui avaient, jusque-là, généralement sauvegardé au moins les apparences extérieures au sujet de la caste, furent soupçonnés d'avoir les mêmes desseins que les hérétiques pour la destruction de la caste, et de chercher à convertir les Indiens, afin de leur faire manger de la viande de buf, crime et dégradation abominable aux yeux des infidèles. Inutile pour le moment de chercher à les éclairer à ce sujet: « Vous êtes des Européens, nous disent-ils, vous vivez avec eux, comme eux ; beaucoup de ceux qui, comme vous, nous prêchent Jésus-Christ, ont fait manger de la viande de boeuf à leurs adeptes, les ont mis au-dessous du rang des parias ; vous leur ressemblez ».

    Voilà donc les moyens que le démon emploie pour empêcher la conversion des Indiens. Devons-nous les abandonner pour cela ? Ne sommes-nous pas tenus au contraire de chercher à les éclairer par l'éducation de la jeunesse, et de les attirer à nous par ces oeuvres de charité chrétienne qui, en tout temps, et dans tous les pays ont fait aimer et ont contribué à propager la religion véritable, la religion qui seule met en pratique l'esprit du Christ Rédempteur !

    Calamités. Châtiments divins

    Du reste, ne semble-t-il pas que c'est un dessein de la divine Providence qui châtie pour sauver, de punir toutes les abominations de ce paganisme éhonté, dont on ne peut sonder les infamies sans la plais vive horreur ! Que de détails authentiques je pourrais donner à ce sujet, mais trop choquants pour la pudeur chrétienne !

    Le premier effet de ces justes châtiments est évidemment de secouer l'apathie religieuse de ces idolâtres au sujet de l'âme et de tout ce qui la concerne, de leur ouvrir les yeux, de les réveiller de cette somnolence pire que la mort. Il est positif que, dans ces derniers temps surtout, une suite de calamités, d'épidémies épouvantables ont contraint les plus indifférents à penser à la Divinité, à la prier, à chercher la vérité, à penser à la mort et à l'état qui la suit, même jusqu'à rompre avec les préjugés de la caste, pour se rapprocher de nous, étrangers venus pour les consoler et sauver leurs âmes, et cela surtout à cause de l'abandon des leurs. C'est tour à tour, par périodes assez rapprochées, que sévissent le choléra, la peste, la famine, sans compter les maladies ordinaires, telles que la fièvre, l'influenza, la petite vérole qui, chaque année, font des victimes sans nombre, spécialement parmi les enfants. Ne devons-nous pas, au moins, chercher à baptiser ces enfants, en agrandissant et en étendant l'action bienfaitrice de nos oeuvres catholiques ?

    La Famine

    Je me souviens qu'en 1866, dans le district où je me trouvais, j'ai dû payer deux francs un litre de riz, et encore en trouvait-on difficilement. Les pauvres allaient chercher dans les bois de quoi ne pas mourir de faim. En 1877-78, la Mission du Maïssour perdit environ 1/5 de sa population ; environ un million d'habitants moururent de faim et de misère. Les pluies firent défaut deux années de suite. L'Indien n'a pas l'habitude généralement de mettre des provisions en réserve, il n'avait plus rien ; le gouvernement fit de grands et louables efforts pour venir en aide aux affamés ; la charité publique chez les Européens se montra admirable ; mais que faire contre les préjugés de caste ? Des milliers d'Indiens laissèrent d'abord périr de faim leur nombreux bétail, que les exigences de la caste leur défendaient de tuer et de manger, puis pour mêmes raisons encore ne voulurent pas user des aliments que leur offraient des mains impures, c'est-à-dire, des mains de personnes détestées ; enfin, après avoir épuisé tout ce qu'ils pouvaient trouver d'herbes, de racines, de plantes sauvages, même de cactus et d'aloès, ils tombaient dans leurs huttes pour ne plus se relever, ou bien s'en allaient errants, semant les routes de leur cadavres, ou arrivaient jusque dans les villes pour y livrer les enfants qui leur restaient à quelque personne charitable, tandis qu'eux-mêmes mouraient en absorbant une nourriture qu'ils consentaient enfin, mais trop tard, à prendre ; leur estomac desséché, brûlé par les sucs vénéneux, ne digérait plus.

    Bien des milliers de ces infortunés, surtout les enfants, grâce au saint baptême, purent échanger cette vie si pénible pour le Ciel, par une disposition toute particulière de la divine Providence.

    La Mission eut bientôt à sa charge plusieurs milliers d'adultes et d'enfants, que des soins empressés purent arracher à la mort. Plus tard, des fermes ou établissements agricoles, des orphelinats furent fondés pour eux, grâce à des secours particuliers que la charité publique, émue d'une si lamentable détresse, procura à la Mission. Que n'eût-on pas fait alors, si les ressources eussent été plus abondantes ! Ces enfants, instruits par nous, formèrent dans la suite plus d'un millier de jeunes ménages, qui peuplèrent de nouveaux villages entièrement chrétiens.

    La Peste

    Depuis une dizaine d'années, c'est la peste qui fait le plus de victimes dans l'Inde, et le Maïssour est certainement l'une des Missions les plus éprouvées. Plus de cent mille personnes ont succombé sous les atteintes du fléau. A Bangalore, ville qui a eu jusqu'à deux cent mille habitants, résidence habituelle de l'Evêque, il y a eu, une année, dans l'espace de deux mois et demi, environ 25.000 victimes. Partout où nos Pères et nos vaillantes Religieuses du Bon Pasteur et de Saint-Joseph peuvent avoir accès auprès des pestiférés, les uns et les autres y vont et y demeurent sans crainte de la contagion.

    La vue de leur dévouement, de leur charité détermine un grand nombre de ces malheureux à demander le baptême. Ces pauvres Indiens abandonnés des leurs, gens sans cur, ou à qui la frayeur fait oublier tout sentiment même naturel, n'ont plus d'objection pour ne pas recevoir le baptême, et volontiers ils deviennent membres de cette religion, que leur esprit de caste leur avait fait mépriser jusque-là. J'ai dit : « Là où nous pouvions avoir accès» ; car, dans bien des cas encore, les malades atteints de la peste ne se laissent pas aborder, ou sont gardés par leurs proches, ou par quelques employés fanatiques, contre toute intervention extérieure. Les mourants abandonnent volontiers leurs enfants à ceux qui sont venus leur apporter quelques consolations dans leur détresse. Ces enfants sont élevés par nous dans la religion chrétienne et augmentent ainsi le nombre de nos néophytes.

    Hélas ! Ce terrible fléau ne semble pas toucher à sa fin ; il se répand partout, se propageant d'autant plus facilement que bien des personnes atteintes abandonnent leurs maisons, leurs villages, et s'en vont porter ainsi la frayeur et la contagion dans les villages voisins. L'épidémie s'arrête pour un temps, porte ailleurs ses ravages, puis revient après un espace de temps plus ou moins long. Quelle est la nature de ce mal ? D'où vient-il? Quelle est sa cause déterminante ? Quels en sont les remèdes ? On l'ignore encore. On a fait bien des recherches, des études à ce sujet, des essais, des expériences, mais on n'a encore rien obtenu de concluant ; pas de remède ni préventif, ni curatif. La maladie s'annonce par un certain malaise précurseur de toute fièvre maligne. Si le patient ne succombe pas en quelques heures, comme cela arrive assez souvent dans les premiers jours où se déclare l'épidémie, des bubons se forment aux aisselles et dans d'autres parties du corps ; c'est le signe caractéristique de la maladie, qui alors dure plus ou moins longtemps selon les circonstances, et guérit assez rarement. Le seul moyen d'éviter la contagion, c'est, à la première apparition du mal dans une localité, de fuir, afin de sortir du milieu contaminé. Mais alors c'est une autre misère : plusieurs de ces fugitifs, exposés aux intempéries, sans abri, sans nourriture convenable, périssent dans les champs, tués par les fièvres paludéennes, ou par d'autres maladies.

    Insuffisance du personnel.

    D'après ce qui a été dit plus haut de l'étendue de la mission, de la dispersion des chrétiens, de la multiplicité des postes, n'est-il pas évident que le nombre des missionnaires est bien insuffisant? Quelques zélés et dévoués qu'ils soient, tout leur temps est pris par le soin des chrétiens. Trois ou quatre prêtres seulement sont plus spécialement consacrés à l'évangélisation des infidèles, ou ont la charge duvres de néophytes et recueillent ceux que leurs confrères glanent par ci par là dans leurs districts, ou que les religieuses attirent dans les hôpitaux, ou dans les lazarets.

    Comment augmenter notre personnel qui se compose de missionnaires européens, de prêtres indigènes et de catéchistes ? Notre Séminaire de Paris, la pépinière des missionnaires de la Société des Missions Étrangères, ne peut en fournir chaque année qu'un ou deux à chacune de nos Missions, vu le grand nombre de nos Vicariats apostoliques et de nos Diocèses, tant dans les Indes que dans l'Extrême-Orient

    Clergé indigène.

    Pourquoi, dira-t-on, ne pas former un clergé indigène ? Oui ! Cela est parfaitement vrai, c'est même l'objet principal de notre Société. Aussi sommes-nous toujours préoccupés de chercher les moyens de faire de plus grands sacrifices pour soutenir et développer nos grands et petits séminaires.

    Mais qu'il est difficile de conserver un séminariste jusqu'à ce qu'il soit bien préparé à recevoir les saints ordres ! Pour cela, il faut nourrir et entretenir pendant 10 à 12 ans un grand nombre d'élèves, afin de pouvoir étudier leur vocation, et choisir parmi eux ceux qui en donnent des marques véritables. Puis une fois que ces jeunes clercs sont ordonnés prêtres, nous devons pourvoir à leur subsistance. Loeuvre de la Propagation de la Foi procure à chaque missionnaire européen 600 francs par an, mais elle ne peut presque rien faire pour le clergé indigène. Nos chrétiens, bien qu'ils nous aident un peu pour nos séminaires, sont trop pauvres pour pourvoir même au strict nécessaire de la subsistance de leur clergé. Oh ! Quelle belle oeuvre, bien agréable à Dieu que celle qui a pour but de procurer aux missions des bourses pour leurs séminaires (un capital de 4.000 francs suffit pour une bourse), et de contribuer ensuite à fournir un viatique mensuel aux prêtres indigènes. Que d'âmes sauvera un bon prêtre parmi ses compatriotes, dont il connaît bien les qualités et les défauts ! S'il est vertueux, il sera aimé et admiré des siens, qui iront à lui en toute confiance. J'ai eu avec moi, comme vicaire, un de ces prêtres indiens pendant un grand nombre d'années. Je l'ai toujours vu bon, dévoué et d'un zèle infatigable. Dans la même paroisse, il a préparé et baptisé lui seul plus de six mille idolâtres. Et ces précieux auxiliaires comprennent parfaitement bien que l'élément indigène intervient avec plus de force dans le travail si difficile de la conversion des païens. Après une retraite, je n'eus qu'à leur proposer de contribuer de leur maigre viatique à, faire un fonds dans ce but, et immédiatement ils ont consenti à verser chaque mois à ce fonds 1/25 de leur allocation mensuelle. Mais qu'est-ce que cela, si l'on ne vient plus largement à notre secours ? Nous avons présentement huit clercs faisant leurs cours au grand séminaire, et quelques-uns doivent être bientôt élevés à la prêtrise.

    Catéchistes

    Mais ce ne sont pas les missionnaires, ni même les prêtres indigènes, qui peuvent atteindre immédiatement les païens. Il faut pour cela des catéchistes instruits, prudents, zélés, et hélas ! Bien payés. Que l'on ne soit pas surpris de ce dernier qualificatif. Si nous n'avons pas encore fait de grands progrès de ce côté c'est précisément parce que nos faibles ressources, absorbées par tant d'autres nécessités, ne nous ont pas permis de rétribuer convenablement nos 80 catéchistes.

    Les protestants en ont en quantité, parce qu'ils les payent convenablement. Il y en a bien, mais trop peu, de ces Indiens, assez remplis de foi et de zèle pour accepter l'emploi de catéchiste par pur dévouement. Et encore, souvent ces catéchistes ont une famille à nourrir, et, en ce cas, les faibles contributions des chrétiens ne peuvent suffire à leur subsistance ; 20 à 25 francs par mois cependant les mettraient à l'aise.

    Ecoles

    La préparation éloignée des futurs prêtres et catéchistes indiens suppose l'existence d'écoles élémentaires, au moins dans tous les centres chrétiens. Sans une éducation primaire sérieuse, l'Indien ne parvient pas à se détacher de la glèbe, à laquelle il tient depuis des générations, ni à ses occupations mercenaires desquelles il vit. Ce n'est pas lui qui demandera sérieusement une école pour ses enfants : « Nos pères s'en sont passés, disent-ils, et ils ont vécu quand même ». C'est donc encore la mission qui doit faire les premières avances : préparer les maîtres, construire les locaux, assurer des moyens de subsistance, sinon point d'école. Et cependant il faudrait si peu de chose pour avoir une bonne école dans chaque village de quelques centaines d'habitants, car après les premiers frais d'établissement, le gouvernement, qui s'est rendu compte également du bon effet de l'instruction pour le bien du peuple et l'avenir du pays, soutient ces écoles en payant ordinairement un tiers, et parfois la moitié de la dépense courante. Encore faut-il avoir ce peu de chose indispensable, le nerf de la guerre, toujours !

    Collèges

    C'est ainsi que nous avons déjà pu ouvrir non seulement quelques bonnes écoles, en trop petit nombre, hélas ! Mais surtout notre collège de Saint-Joseph, qui se soutient à peu près avec les subsides du gouvernement et quelques dons généreux.

    Ce collège, agrégé à l'Université de Madras, a une moyenne de cinq à six cents élèves européens et indigènes de tous rangs, de toutes castes, de toutes religions. C'est là, que nos futurs prêtres et catéchistes indiens reçoivent de nos missionnaires l'instruction littéraire la plus forte, et l'éducation la plus apte à fournir de bons sujets. Ce collège, par ses succès constants aux examens pour les grades universitaires, a déjà attiré l'attention de tous, amis ou ennemis.

    Orphelinats

    Mais loeuvre essentielle pour nous est celle des orphelinats de garçons et de filles. Grâce à l'Association de la Sainte Enfance qui, avec le concours de tant d'enfants chrétiens et d'âmes généreuses, envoie chaque année au Ciel des milliers et des milliers d'âmes arrachées à l'empire de Satan, nous avons pu jusqu'ici fonder des crèches, des orphelinats, des colonies agricoles dans lesquels nous recueillons continuellement quantité d'enfants délaissés par leurs parents morts de misère ou tués par les épidémies, et repoussés par leurs proches qui les méconnaissent par motif de caste perdue ou à cause de leur pauvreté. Ce sont donc toujours les petits, les pauvres, les délaissés qui sont les premiers appelés au royaume des cieux. Aussi combien grand est le mérite de ceux qui, par esprit de foi, aident de leurs biens, de leur superflu et surtout de leurs ardentes prières les missionnaires appelés de Dieu pour sauver, élever, christianiser ces petits, ces infortunés selon le monde, que le Seigneur dans son infinie miséricorde a daigné choisir et destine à le louer éternellement !

    La Mission a ordinairement un millier d'orphelins à sa charge, sans compter ceux qu'elle a déjà établis, soit dans la campagne, soit dans les villes, en leur procurant des emplois, et qu'elle doit continuellement surveiller, encourager, aider dans leurs peines, difficultés et détresses, afin qu'ils ne soient pas tentés de se laisser gagner et pervertir par les agents de tant de sociétés protestantes, qui leur offrent l'appât d'un plus grand bien-être temporel, mais au prix de leur foi et de leur salut éternel.

    Crèches

    Les petits enfants qui ont encore besoin des soins d'une mère, sont confiés, moyennant rétribution, à des nourrices, ou à des familles chrétiennes, qui les élèvent sous la surveillance du prêtre. Quelquefois des familles privées d'enfants sont heureuses d'adopter ces orphelins. Dans les crèches aussi, nos bonnes religieuses gardent les enfants qui n'ont pu être placés ailleurs.

    Etablissement des orphelins

    Les jeunes filles sont reçues en très grand nombre, et élevées dans nos couvents, jusqu'à ce qu'elles puissent être établies par le mariage, soit avec nos garçons orphelins, soit avec des jeunes gens de familles chrétiennes, qui parfois les préfèrent à d'autres. Il n'est pas rare, que quelques-unes de ces orphelines s'attachent si bien aux religieuses, qu'elles demandent à demeurer avec elles en embrassant leur vie. L'une d'elles, devenue sur de Sainte-Anne, est une vaillante auxiliatrice des soeurs européennes à notre hôpital de Sainte-Marthe, et dans la visite des lazarets. Comme elle parle plusieurs langues indigènes, et qu'elle est très courageuse, elle va partout vers les malades auprès desquels une religieuse européenne aurait peu d'accès, parle à tous les Indiens, et ainsi profite de toutes les occasions qui se présentent de baptiser les moribonds et de recueillir les enfants abandonnés, ou que des mères mourantes lui confient.

    Les garçons, dès que leur âge et leur santé le permettent, sont placés dans l'un de nos trois grands orphelinats agricoles, ou à l'apprentissage de quelques métiers. Nous devons donc trouver de quoi nourrir tous ces enfants jusqu'à l'époque de leur mariage. Dans les orphelinats, ils s'habituent, sous la direction et la surveillance dévouées des religieuses et des missionnaires, à l'ordre, au travail, à la vie chrétienne, et ainsi contribuent dans la mesure de leur capacité, à fournir un petit apport pour leur entretien. Quand le temps du mariage est venu, pour établir une nouvelle famille, nous lui faisons bâtir une maison, lui fournissons des vêtements neufs, quelques ustensiles et outils de labour, une paire de bufs, une vache, quelques lopins de terre, la première semence, et de quoi vivre jusqu'à la prochaine récolte. Le tout se monte à deux ou trois cents francs pour chaque couple, selon les circonstances. De cette façon, de nouveaux villages de néophytes se fondent, et augmentent petit à petit le nombre des chrétiens de la Mission.

    Ecoles industrielles

    Ces enfants et autres néophytes que nous recueillons n'ont pas tous le goût de l'agriculture ; plusieurs font de tristes laboureurs. C'est que dans l'Inde tous les métiers sont comme le monopole de différentes castes, et sont transmis de père en fils. Il semble que l'esprit du métier passe de l'un à l'autre avec le sang par la naissance. Ainsi d'un fils d'orfèvre, ou d'artisan quelconque, on fera difficilement un laboureur, et réciproquement. Aussi avons-nous songé depuis longtemps à ouvrir une école industrielle pour remédier à cet inconvénient. Malheureusement, ce projet, souvent émis, est demeuré sans exécution, toujours à cause du manque de ressources pour premier établissement. Les protestants ont plusieurs de ces écoles d'arts et métiers. Aussi rencontre-t-on des orphelins élevés et préparés par eux qui sont devenus d'habiles ouvriers, et réussissent à se faire une vie plus aisée que celle de nos laboureurs.

    Sous ce rapport, nos jeunes filles sont plus favorisées. Elles trouvent dans nos couvents une éducation qui les rend aptes à différents travaux, et facilite ainsi leur établissement futur. Comme je l'ai déjà dit, ce sont les oeuvres d'éducation, de charité, les grands exemples de vertus chrétiennes, de sacrifice, de renoncement qui doivent être l'occasion, et avec le concours de la grâce, la cause déterminante de la conversion au catholicisme de nos chers Indiens.

    Religieuses du Bon-Pasteur

    C'est pourquoi nous ne saurions avoir trop de religieuses. Nos Soeurs Européennes sont déjà nombreuses. Dans les deux couvents du Bon-Pasteur, plus de cent rivalisent de zèle, de dévouement de charité pour le soin, l'instruction, l'éducation, la formation chrétienne de plus de 500 personnes dans une seule maison, à Bangalore ; sans compter celles qui sont à Mysore, la capitale du royaume. L'instruction donnée par ces maîtresses va depuis l'A. B. C. jusqu'aux hautes classes, où l'on prépare aux grades de l'Université des jeunes personnes, qui plus tard devront faire, pour l'éducation des filles, ce que font nos gradués du collège Saint-Joseph pour les jeunes gens.

    Hôpital Sainte-Marthe

    Les religieuses du Bon-Pasteur, ayant vu par expérience combien étaient grands la misère des malades indigents, et le bien que l'on peut faire à leurs âmes au moment de la mort, surtout aux païens, ont construit et ouvert le grand hôpital de Sainte-Marthe entre les deux villes, européenne et indigène, de Bangalore.

    Elles y reçoivent des malades en plus ou moins grand nombre, selon la quantité de lits disponibles, et surtout distribuent des médicaments à des milliers de malades de l'extérieur qui visitent continuellement leur pharmacie. Quelle belle occasion d'envoyer nombre de petits anges au ciel ! La fondation d'un lit dans cet hôpital se fait avec un capital de six mille francs.

    Religieuses de Saint-Joseph

    Les Religieuses de Saint-Joseph ont égaleraient plusieurs maisons d'éducation et des hôpitaux. Mais ces hôpitaux sont des établissements civils du gouvernement, ou de la municipalité, dans lesquels elles ont nécessairement moins de liberté et par conséquent moins d'influence immédiate pour les conversions que dans notre hôpital religieux ; mais où, d'un autre côté, elles sont en contact plus immédiat avec l'élément païen et protestant, c'est-à-dire avec ceux qui nous connaissent le moins. Elles contribuent par leur dévoiement désintéressé à faire tomber bien des préjugés de caste ou de religion qui aveuglent, et séparent tant de pauvres âmes de la vérité et du salut.

    Ecole des filles de caste

    Ces de Saint-Joseph ont entrepris également la formation de jeunes religieuses indigènes de caste, destinées à l'éducation des jeunes filles païennes. Jusque dans ces derniers temps, chez les Indous, l'éducation littéraire de la femme était complément négligée ; la femme ne devait pas même apprendre à lire, elle ne devait jamais sortir, ni avoir aucun commerce avec le monde, et cela par esprit de domination de la part de son mari et de ses parents. Maintenant, le gouvernement et les sociétés protestantes ont entrepris de faire cesser cet état d'infériorité, de dégradation. L'éducation de la femme se répand, est en honneur dans les hautes castes, et l'enseignement donné par des religieuses sera toujours préféré, à cause de la confiance que les parents mettent en ces vierges consacrées à Dieu, qu'ils admirent et vénèrent.

    Petites Soeurs des Pauvres

    Mais ce qui attire le plus l'attention, l'étonnement le respect religieux de ces peuples si intelligents, et néanmoins sans coeur, égoïstes, sans foi, ni charité, ce sont nos Petites Soeurs des Pauvres. Etablies depuis quelque temps seulement dans la Mission, elles ont dû déjà ici comme partout chercher les moyens d'agrandir leur asile, devenu bientôt trop exigu pour recevoir tous les vieillards abandonnés de l'un et l'autre sexe, âgés et infirmes qu'elles ont à recueillir. Comme ces bons vieux, ces bonnes vieilles s'apprivoisent grâce à la douceur de ces mères admirables. Que le paganisme, et même le protestantisme n'ont pu imaginer et encore moins imiter !

    Frères

    Quant à nos Religieux Frères, ils sont trop peu nombreux : une dizaine de Frères européens pris et formés dans le pays, qui suffisent à peine à aider efficacement les prêtres chargés de l'éducation. Il nous les faudrait plus nombreux. L'introduction dans la Mission d'une Congrégation ou Société de Frères européens serait non seulement utile, mais de première nécessité, si nous voulons entreprendre ces écoles qu'il faudrait multiplier, comme je l'ai démontré plus haut, et augmenter nos établissements de charité pour les garçons. Rien de si facile, pensera-t-on, maintenant que tant de chers Frères sont exilés de la mère-patrie. En effet, il semble qu'il devrait en être ainsi, et néanmoins, de fait, il nous est impossible de nous adresser à eux, sans fonds assez considérables pour établir chez nous ces excellents collaborateurs, qui nous rendraient de si grands services dans nos maisons d'éducation, nos orphelinats, etc., et nous permettraient d'employer davantage de missionnaires immédiatement à la conversion des Infidèles, et aux autres oeuvres du saint ministère. Je suis en ce moment, en pourparlers avec une Société de Frères qui me demande, outre le prix du voyage pour se rendre dans la Mission, environ 1.500 fr. par an et par tête, jusqu'à ce que les Frères puissent s'établir à leur propre compte par les oeuvres rétribuées qu'ils parviendront plus tard à créer. Quatre à cinq Frères nous suffiraient pour commencer.

    Pour finir, en 1904, voici l'état de la Mission du Maïssour, qui a été érigée en diocèse lors de l'établissement de la hiérarchie dans l'Inde en 1888.

    Population totale. . . . . . 5.500 000

    Population catholique. . . . . 45.450

    Eglises et chapelles. . . . . . 109

    Evêque . . . . . . 1

    Missionnaires . . . . . . 53

    Prêtres indigènes. . . . . . 9

    Catéchistes. . . . . . . 79

    Religieuses européennes. . . . . 123

    Religieuses indigènes. . . . . 67

    Baptêmes d'enfants de chrétiens. . . . 1.561

    Baptêmes de païens. . . . . . 2.003

    Communions pascales. . . . . 20.836

    Communions de dévotion. . . . . 181.834

    Collèges. . . . . . . 2

    Ecoles . . . . . . . 81

    Elèves. . . . . . . . 3.898

    Orphelinats. . . . . . . 14

    Orphelins. . . . . . . 1.338

    Hôpitaux. . . . . . . . 2

    Malades internes reçus dans l'année . . . 2.284

    Malades externes reçus dans l'année. 36.518

    A l'asile des vieillards. . . . . 65

    Aux refuges. . . . . . . . 152

    A la crèche. . . . . . . 35

    Que d'OEuvres de charité et de dévouement, de piété et de religion sollicitent donc dans notre chère Mission du Maïssour les prières ardentes, incessantes et la générosité de tant d'âmes charitables, dévouées aux missions ! Je sais que les OEuvres à soutenir ne manquent nulle part ; mais je sais également, que Dieu, qui envoie les missionnaires pour étendre son règne par toute la terre, se choisit toujours de zélés coopérateurs et des coopératrices dévouées, qui, comme au premiers temps de l'Eglise, aident les missionnaires dans leurs travaux apostoliques afin d'avoir part à leur récompense.













    1905/67-98
    67-98
    Inde
    1905
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