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La mission du Kouang-Si

La mission du Kouang-Si NOTES PAR Mgr LAVEST Préfet apostolique. Notre pauvre mission du Kouang-si commence à sortir des catacombes. CONVERSIONS. Pendant longtemps nous n'avions pu baptiser annuellement que 100 à 200 adultes ; nous en baptisons maintenant 300, 400, 500, et ces dernières années nous avons dépassé le chiffre de 600. Nous comptons plus de 6000 catéchumènes, presque tous assez instruits pour recevoir le baptême.
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    La mission du Kouang-Si

    NOTES PAR Mgr LAVEST
    Préfet apostolique.

    Notre pauvre mission du Kouang-si commence à sortir des catacombes.

    CONVERSIONS. Pendant longtemps nous n'avions pu baptiser annuellement que 100 à 200 adultes ; nous en baptisons maintenant 300, 400, 500, et ces dernières années nous avons dépassé le chiffre de 600.
    Nous comptons plus de 6000 catéchumènes, presque tous assez instruits pour recevoir le baptême.

    EGLISES ET ORATOIRES. Nous sommes efforcés de construire quelques églises qui attestent et l'honneur que nous rendons à Dieu et le droit que nous avons d'être fixés dans la province. Ce ne sont pas des merveilles d'architecture, ni des monuments d'art grandioses et riches. Nous avons travaillé économiquement et solidement.
    Nous possédons cinq églises : l'une est à Nan-ning, que nos chrétiens décorent sans sourire du titre de cathédrale, les quatre autres sont à Long-tcheou, Sy-lin,Tai-pin et Long-niu.
    Ailleurs, dans les 150 stations de la mission, de simples maisons servent d'oratoires.

    CLERGÉ INDIGÈNE. SÉMINAIRE. Nous sommes occupés du clergé indigène. L'oeuvre est difficile dans une mission nouvelle, où tous les chrétiens sont des convertis d'hier, qui gardent encore dans leur coeur, dans leur esprit, dans leur sang même des traces de paganisme ; elle n'est pas absolument impossible.
    En 1881, quand j'étais chargé du district de San-pao-kiao, Mgr Foucard m'envoya un jeune Chinois qu'il jugeait apte à devenir un homme d'église. Je commençai à lui enseigner le latin, je lui adjoignis plusieurs autres enfants, et après avoir étudié leur caractère, leur tempérament, leurs aptitudes, j'en dirigeai 9 sur le séminaire général de notre Société à Pinang. Un de mes confrères, le P. Renault, en envoya 5. Sur ces 14 enfants, 4 sont prêtres aujourd'hui ; 2 qui sont morts étaient bien dignes du sacerdoce ; nous en aurions donc eu 6, ce que nous considérons comme un beau résultat.
    Actuellement nous ne sommes plus obligés d'envoyer nos séminaristes au loin. En 1896, un séminaire fut essayé à Kouyhien ; et, en 1901, il fut transféré à Nan-ning où il est aujourd'hui définitivement fondé. Il renferme 16 élèves dont 3 en théologie.

    CATÉCHISTES. Nous avons commencé un Institut de catéchistes hommes. Il n'est encore qu'à ses débuts.
    Ces catéchistes seront ou non célibataires, mais tous devront être bien instruits de la doctrine catholique et entièrement voués à l'apostolat.
    Nous avons aussi l'oeuvre des catéchistes femmes, car les hommes en Chine ne sauraient instruire des femmes, surtout des néophytes. Elle a été confiée aux Religieuses de Saint-Paul de Chartres, qui la font progresser assez rapidement. Leur couvent renferme 18 jeunes filles qui se destinent à être catéchistes ou maîtresses d'écoles. Quatre ont été envoyées dans les districts, et les services qu'elles nous rendent font bien augurer de l'avenir.

    ÉCOLES SUPÉRIEURES. Après la révolte des Boxeurs, la Chine tenta de se lancer dans la civilisation européenne qu'elle avait toujours repoussée.
    Nous ne voulûmes pas être en retard. A notre prière, les Frères Maristes vinrent au Kouang-si, et le collège de Nan-ning, sous le nom d'école Berthollet, fut établi. Il comprend 60 à 70 élèves, presque tous fils de mandarins ou de riches commerçants bouddhistes. Les catholiques n'ont malheureusement pas le moyen d'y envoyer leurs enfants.
    Une école du même genre est installée à Long-tcheou ; un missionnaire, le P.Costenoble, la dirige, et on y admet de jeunes enfants auxquels les Religieuses de Saint-Paul de Chartres enseignent le français. Le nombre des élèves est de 30 à 35.

    Des missionnaires, par exemple les PP.Humbert à Kouy-lin Tessier à Ou-tcheou, ont ouvert des cours de langue française.
    Voyant la vitalité de ces institutions, les autorités chinoises ont demandé à plusieurs d'entre nous d'accepter le professorat dans les établissements du gouvernement ; la proposition a été bien accueillie, quand les devoirs du ministère apostolique ne s'y opposaient pas ; c'est ainsi que le P.Bibollet est professeur à la grande école de Pé-sé. Grâce aux relations que ces écoles font naître entre les missionnaires et les bouddhistes, particulièrement ceux de la haute classe, bien des préjugés tombent, des antipathies disparaissent, et notre apostolat devient plus facile et plus fructueux. Il y a avantage pour tout le monde : pour les Chinois qui s'instruisent, pour le catholicisme qui se fait mieux connaître, et aussi pour la France dont la langue obtient une plus grande diffusion.

    ECOLES PRIMAIRES. 40 écoles primaires existent dans les 28 districts de la mission ; 434 enfants les fréquentent. Elles servent également pour les néophytes qui, avant leur baptême, viennent s'y instruire de la doctrine catholique, et, après, des dispositions nécessaires à la confession, à la communion, à la confirmation et qui s'y forment aux habitudes de vie chrétienne. Les bouddhistes y paraissent aussi, ils causent avec le maître d'école des questions religieuses, et il n'est pas rare de voir ces entretiens aboutir à une conversion.
    Quelques-unes de ces écoles possèdent des internats ; les enfants y restent pensionnaires pendant deux ou trois ans. Bien instruits des pratiques chrétiennes, imbibés en quelque sorte d'esprit chrétien, ces enfants, retournés dans leur village natal, deviennent de véritables apôtres.

    ORPHELINATS. CRÈCHES. Près des oeuvres d'apostolat direct et d'instruction, nous avons établi des oeuvres de charité.
    Tout d'abord nous avons fondé des orphelinats. Actuellement la mission du Kouang-si en possède 4 : 1 à Long-tcheou, 1 à Nan-ning, 1 à Kouy-hien, 1 à Long-niu. Le nombre total des enfants recueillis dans ces maisons est de 91.

    Les Religieuses de Saint-Paul de Chartres ont installé des crèches à Long-tcheou et à Nan-ning. Dans ces deux villes les enfants abandonnés sont nombreux et nos bonnes Soeurs sont heureuses d'en recevoir le plus grand nombre possible.

    DISPENSAIRES. PHARMACIES AMBULANTES. Nos dispensaires n'ont guère de commun avec ceux de France que le dévouement des directeurs et des directrices. Les remèdes y sont peu nombreux, les salles petites, les opérations chirurgicales plus que rares.
    Malgré cela, ils nous donnent de grandes consolations, car ils nous permettent de faire le bien dans une large mesure. Ils sont au nombre de cinq, 1 dans chacune de ces villes : Longtcheou, Nan-ning, Se-tchen, Sy-long, Siou-jen.
    Les deux premiers, les plus importants, sont tenus par les Religieuses de Saint-Paul de Chartres ; la propreté en est le grand ornement. C'est beaucoup ; est-ce assez ?... Dans chacun de ces dispensaires 2500 à 3000 malades sont soignés chaque année ; toutes les misères y passent, depuis les plaies sur lesquelles sainte Elisabeth de Hongrie eût posé ses lèvres, jusqu'aux maladies infectieuses que nous ne pouvons, hélas ! Traiter par l'antiseptise même la plus élémentaire.
    Les pharmacies ambulantes sont plus nombreuses et encore plus simplifiées. Elles se composent d'une boite de dimensions modestes renfermant des pilules différentes de goût, mais généralement égales de grosseur et de couleur, et des petits flacons qui sont de merveilleux spécifiques pour baptiser les enfants moribonds. C'est une des oeuvres à laquelle nous sommes le plus attachés. A combien d'âmes d'enfants, ces pharmacies que portent des chrétiens ou même des missionnaires n'ont-elles pas ouvert le Paradis ?

    HOSPICES. Nous avons trois hospices : 1 à Long-tcheou, 1 à Kouy-hien, 1 à Long-niu. Nous recevons dans chaque maison une vingtaine de vieillards.
    Je lisais l'autre jour cette phrase d'un explorateur1 : « Quel merveilleux agent d'influence et de pénétration que le médecin, surtout au milieu de ces populations que le choléra, la variole et la peste se font un jeu de décimer tour à tour ». Rien n'est plus vrai, et voilà pourquoi nous rêvons d'un hôpital à Nanning, où la présence des Religieuses rendrait cette oeuvre facile.

    1. M. le lieutenant François.

    LÉPROSERIE. Je termine cette énumération de nos oeuvres de charité par la léproserie que nous avons récemment installée. J'avoue que, malgré l'utilité de cette oeuvre, je ne songeais pas du tout à la fonder ; j'avais déjà trop de peine à soutenir les autres. Mais un jour la Providence parut s'en mêler, et quand la Providence s'en mêle, il est bien difficile de ne pas marcher avec elle.
    L'année dernière, un Chinois se présenta au dispensaire de Nan-ning, amenant une fillette de 8 ans. « Elle est malade depuis longtemps, dit-il aux Religieuses, j'ai dépensé beaucoup d'argent et bien inutilement pour la soigner, si vous ne la prenez pas je m'en débarrasserai ». On sait dans nos orphelinats la navrante signification de ce mot « je m'en débarrasserai », prononcé par un père parlant de sa fille. Les Religieuses acceptèrent l'enfant; mais en la soignant elles s'aperçurent qu'elle était lépreuse. Que faire? On ne pouvait la garder à l'orphelinat, puisque la maladie est contagieuse ; on ne pouvait l'hospitaliser dans une léproserie, puisque nous n'en avions pas. Fallait-il donc la rejeter ? Ou bien était-ce une indication de la Providence qui voulait que l'oeuvre des lépreux fût créée dans notre mission? Cher lecteur, qu'auriez-vous dit et fait ?
    Je n'avais pas de ressources ; en demander à mes amis de France et en recevoir aurait été bien long ; j'en parlai aux mandarins. Les lépreux sont nombreux dans la province, les mandarins m'encouragèrent à m'occuper d'eux. Des paroles ils passèrent aux actes : par un édit, ils firent connaître mon intention de fonder une léproserie et m'offrirent pour local provisoire une pagode, qui d'ailleurs, par suite de circonstances trop longues à raconter ici, ne nous a pas encore été donnée.
    Je n'attendis pas le don de la pagode ; j'achetai pour une somme très modique une maison dans un village voisin de Nanning et qui n'est habité que par des lépreux ; j'y installai l'enfant que les Soeurs avait recueillie. D'autres malheureux, frappés de la même maladie, sont venus l'y rejoindre. Quand la charité nous aura aidés, nous agrandirons notre petit hospice, nous achèterons quelques rizières que cultiveront ces pauvres gens et dont les revenus annuels serviront à les entretenir.
    1907/327-331
    327-331
    Chine
    1907
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