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La mission de Tchongking (Setchoan). Son passé, son présent

ANNALES DE LA Société des Missions Étrangères SOMMAIRE LA MISSION DE TCHONGKING, par Mgr Jantzen. Phatdiem : EXCURSION CHEZ LES MANS, lettre du P. Boudillet. Hué : DEUX EXCURSIONS AU PAYS DES SAUVAGES. NOUVELLES DES MISSIONS : Nagasaki, Taikou, Tchongking, Suifou, Swatow, Yunnanfou, Nanning, Hanôi. LÉGION D'HONNEUR. DE FRANCE A PONDICHÉRY EN 1746, lettre de M. Le Bon (fin). Gravures : MGR DESFLÈCHES, MGR COUPAT, MGR CHOUVELLON. La mission de Tchongking (Setchoan)
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Étrangères

    SOMMAIRE

    LA MISSION DE TCHONGKING, par Mgr Jantzen. Phatdiem : EXCURSION CHEZ LES MANS, lettre du P. Boudillet. Hué : DEUX EXCURSIONS AU
    PAYS DES SAUVAGES.
    NOUVELLES DES MISSIONS : Nagasaki, Taikou, Tchongking, Suifou, Swatow, Yunnanfou, Nanning, Hanôi.
    LÉGION D'HONNEUR.
    DE FRANCE A PONDICHÉRY EN 1746, lettre de M. Le Bon (fin).
    Gravures : MGR DESFLÈCHES, MGR COUPAT, MGR CHOUVELLON.

    La mission de Tchongking (Setchoan)

    Son passé, son présent

    Par Mgr Jantzen,
    Vicaire apostolique.

    Notre mission comprend toute la partie civile de la province du Setchoan, désignée en chinois sous le nom de Tchouantong, et en français sous celui de Setchoan oriental, nom qui a été changé en celui de Tchongking par le récent décret de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Elle a été constituée dans ses limites actuelles par le décret « Pastoralis Officii » du 24 janvier 1860, qui en détacha le Setchoan méridional. Elle est limitée au nord par la province du Chensi, à l'est par celles du Houpé et du Houlan, au sud par le Kouitcheou et à l'ouest, par nos missions de Tchentou et de Soui fou, ce qui lui donne environ 400 kilomètres de long sur 300 de large ; avec ses 100.000 kilomètres carrés c'est donc encore la plus petite de nos missions du Setchoan.
    Lors de son érection, en 1860, elle comptait 20.000 chrétiens, 10 missionnaires, 23 prêtres chinois, et ne possédait en fait d'oeuvres qu'un petit collège et un grand séminaire avec 45 élèves.

    Mars Avril 1927, n° 174.

    En 1926 elle a 59.732 chrétiens et plus de 4.000 catéchumènes, 33 missionnaires, 67 prêtres chinois et tout un ensemble d'oeuvres diverses : grand séminaire, petit séminaire et petit probato-rium avec un total de 145 séminaristes ; congrégation de religieuses enseignantes comptant déjà 61 membres; 1 école normale pour femmes catéchistes; 4 hôpitaux payants ou gratuits ; 3 hospices pour vieillards logeant 163 pensionnaires ; 4 dispensaires ; 4 orphelinats ; 2 collèges secondaires, l'un pour garçons et un autre pour filles; 16 écoles primaires ou primaires supérieures donnant l'instruction à 1.213 garçons ou filles; 284 écoles paroissiales avec 5.527 enfants chrétiens ; je dois encore citer un Carmel qui compte 10 religieuses, une imprimerie.
    En outre, nous sommes définitivement installés dans chacune des sous-préfectures qui forment la mission.
    Ce résultat de 66 années de travaux reste, il faut l'avouer, bien au-dessous des espérances de ceux qui nous l'ont valu par leurs travaux et leurs souffrances. Il a d'ailleurs été chèrement acheté: des persécutions locales ou générales sont très souvent venues partiellement ou totalement détruire l'oeuvre déjà bien avancée !
    En 1863, c'est la destruction, à Tchongking même, de l'évêché, suivie du pillage d'un grand nombre de familles chrétiennes.
    1865 voit la persécution ravager toute la région de Yeouyang et de Penchoui : le P. Mabileau tombe massacré.
    Un calme relatif suit dont cherche à profiter le P. Rigaud : à son tour ce missionnaire est massacré avec 40 chrétiens et plus de 100 néophytes.
    Toujours dans la même contrée, en 1873, meurent assassinés les PP. Hue et Tay.
    De 1876 à 1878, la ville de Kiangpee, voisine de Tchongking, subit la tourmente : 15 victimes.
    1886. Tous nos établissements de Tchongking et de la région environnante, sur un rayon de plus de 1.00 kilomètres, sont brûlés, rasés; cet amoncellement de ruines où tout disparaissait, notamment nos séminaires et l'imprimerie, fit jeter à Mgr Coupat un cri de détresse et presque de désespérance. Mais le P. Gourdon, notre vénérable et toujours vaillant doyen de 84 ans, qui présidait alors aux destinées de ces établissements, vient trouver l'évêque et lui dit simplement : « Monseigneur, consolez-vous, nous recommencerons ». Il recommença en effet, et en peu de temps sa persévérance réalisa ce qu'il avait promis en installant provisoirement séminaires et imprimerie à Chapinpa.
    Deux ans plus tard, Longchouitchen est détruit de fond en comble. On reconstruit, et six mois après, nouvel assaut, église et résidence incendiées, 15 chrétiens massacrés. Maotchang, la florissante station voisine, est touchée à son tour : église et résidence brûlées, nombreux chrétiens massacrés.
    Cette ère longue et sanglante continue en 1898 par le soulèvement des bandes populaires de Yumantse, dont les incidents les plus tragiques sont la longue captivité du P. Fleury et le massacre du prêtre Jérôme Houang. La bourrasque fit rage pendant plusieurs mois, réduisant à néant 7 chrétientés, et contraignant plus de 10.000 chrétiens à fuir leurs villages pour venir se réfugier à Tchongking. Cette persécution donna à l'Eglise de nombreux confesseurs de la foi.
    Enfin, de 1898 à la révolution en 1911, la mission put jouir d'une période de paix dont le début coïncide avec la consécration du Vicariat au Sacré Coeur suivie de l'érection des deux confréries : l'Apostolat de la Prière et la Communion réparatrice.
    Pendant ces dix années de paix, la mission reprend vie et forces, et le développement des chrétientés s'affirme résolument. Le recensement de 1898 accusait 31.000 chrétiens; celui de 1900, 34.000; en 1905, les chiffres passent à 51.800. Mais arrive la révolution et le mouvement immédiatement se ralentit, au point qu'en 1926 nous comptons seulement 59.732 baptisés.
    Ce piétinement sur place constaté depuis lors n'a pas d'autres causes que celles enregistrées par toutes les missions de Chine, avec cependant un caractère aggravant dû à l'éloignement du pouvoir central et des grands centres d'influence européenne. Au premier chef, s'avère de plus en plus redoutable l'hostilité des écoles et des étudiants. Si, grâce à Dieu, les dirigeants du bureau provincial de l'éducation gardent encore à notre égard une bienveillante neutralité, qui ne répugne pas même à décerner parfois l'éloge public à nos écoles, nous ne pouvons rester sans inquiétude devant le mouvement unanimement hostile des comités d'étudiants.
    Agissant à l'instar des soviets et des bolchevistes, ils ont entrepris sur tous les points du territoire une campagne extrêmement violente de presse et de conférences, où le blasphème, le mensonge et la diffamation sont insidieusement encouragés par l'inertie voulue des pouvoirs publics. Pour parer aux mesures officielles qui demain viendront entraver le fonctionnement de nos écoles, instituteurs chrétiens, laïques et religieuses enseignantes sont d'ores et déjà orientés vers l'obtention des diplômes officiels d'enseignement primaire, secondaire, universitaire même pour les plus aptes. Si la formation d'un corps enseignant chrétien et capable s'impose avec tant d'urgence, la question du statut à lui donner, appointements et retraites, exige également une solution prompte et définitive, et cette question du budget reste le gros point noir, tant apparaît déjà dure et âpre sur ce terrain la concurrence officielle païenne.
    La campagne antichrétienne est également pour nous une source d'inquiétudes. Elle se poursuit sans relâche depuis deux ans ; mais la célébration des fêtes chrétiennes surtout offre aux énergumènes l'occasion d'une reprise d'action bruyante. Noël, Pâques, Pentecôte ont été précédés, cette année, d'une période de dix jours pendant lesquels étudiants, étudiantes surtout, encombrèrent les voies publiques, distribuant des pamphlets, organisant des cortèges, multipliant les harangues. Enfin, troisième cause de désordres, la campagne anti-étrangère.
    Jusqu'à ce jour, elle n'a eu guère, il est vrai, pour seul objectif que l'Angleterre; et les derniers événements de Ouanhien, ont porté au comble cette hostilité. Mais il est évident que la sécurité des autres étrangers est à la merci d'un incident. En attendant, il est infiniment curieux et il faudrait dire plaisant, si nous n'en étions les victimes, de considérer avec quelle diplomatie consommée les autorités évitent d'entrer en conflit brutal avec les Français; visiblement, les autorités divisent pour mieux régner. Quant aux quelques affaires que la mission pourrait avoir à traiter, et l'occasion s'en présente, elles sont reléguées dans un oubli complet.
    Cette situation précaire ne favorise pas la marche en avant de l'apostolat, et tant qu'elle durera, les missions ne pourront que borner leur ambition à la seule conquête d'éléments épars, âmes de bonne volonté, et il s'en trouve encore, Dieu merci !
    Un regard jeté sur l'ensemble des districts ne fait découvrir en effet pour cet exercice 1926, que trois points où certains résultats fort consolants ont été obtenus.
    C'est d'abord la ville de Siutin, où, grâce à l'initiative du P. Valentin, les écoles catholiques de garçons et de filles ont vu leur population s'accroître au delà de toute espérance. Parallèlement et avec autant de succès, le Père a su, secondé par le zèle d'une modeste communauté de religieuses franciscaines, développer hardiment, bien que dans de pauvres et trop étroits locaux de fortune, trois oeuvres d'assistance aux orphelins, aux malades indigents, et aux vieillards miséreux ; il y a eu des centaines d'enfants recueillis, et dont les deux tiers environ sont allés après leur baptême jouir des délices du Paradis.
    Miaoyutsao, centre de nouveaux chrétiens fervents, dans la montagne, aux confins du Houpé, a eu cette année encore un fort bel accroissement du nombre d'adultes baptisés. Le P. Gallice a régi ce district de 1909 à 1914, puis pendant ces dernières années est arrivé, grâce à son esprit tout apostolique et à sa méthode du « tout à tous » appliquée sans réserve, à mener de front, et l'amélioration constante de ses chrétiens et l'oeuvre de conversion des païens. Notons en passant le rendement supérieur qu'il a pu obtenir de ses écoles.
    C'est enfin Taïpin, encore un coin perdu de montagne, qui nous offre une augmentation sensible de nouveaux chrétiens. Le jeune prêtre chinois J. Loui, qui réside en cette région, annonce et prépare d'autres conquêtes.
    Partout ailleurs, c'est le maintien de toutes nos positions; je n'en veux pour preuve que la célébration du jubilé dont les fêtes ont pu se dérouler sans obstacle dans toutes les stations ; les comptes rendus particuliers signalent l'enthousiasme avec lequel les chrétiens sont accourus aux prédications ; les abstentions ont été vraiment fort rares.
    Quant aux oeuvres d'assistance ou d'instruction, leur marche a été normale ; grand séminaire, petit séminaire, probatorium ont vu leur effectif augmenter légèrement ; l'esprit s'y maintient bon, leur position en pleine campagne les met à l'abri des semeurs de mauvais grain. Le collège Saint-Paul, d'enseignement secondaire, dirigé par les Petits Frères de Marie, et reconnu par l'Etat, a gardé, cette année encore, le premier rang dans le classement officiel au concours de toutes les écoles. Sa renommée est telle, qu'à chaque rentrée une sélection s'impose parmi les candidats, et que les membres du Bureau de l'instruction tiennent à y placer parents et amis à titre de professeurs ou d'élèves.

    ÉVÊQUES VICAIRES APOSTOLIQUES
    DU SETCHOAN ORIENTAL

    (TCHONGKING)

    MGR DESFLÈCHES, Eugène Jean Claude Joseph, né le 13 février 1814 à Jonage (Isère) ; parti pour le Setchoan le 15 mai 1833 ; nommé en 1844 évêque de Sinite et coadjuteur de Mgr Pérocheau ; sacré le 28 avril 1844 ; Vicaire apostolique du Setchoan méridio-oriental le 2 avril 1856 ; Vicaire apostolique du Setchoan oriental en 1860 ; démissionnaire en 1883 ; archevêque titulaire de Claudianopolis le 20 février 1883 ; mort au sanatorium des Missions Etrangères à Montbeton (Tarn-et-Garonne) le 7 novembre 1887.

    MGR COUPAT, Eugène Paul, né le 8 juin 1842 à Eglise Neuve des Liards. (Puy-de-Dôme); parti pour le Setchoan occidental le 15 septembre 1867 ; nommé le 28 août 1882 évêque de Tagaste et coadjuteur de Mgr Desflèches ; sacré le 31 décembre 1882 ; Vicaire apostolique du Setchoan oriental le 20 février 1883 ; mort à Tchongking le 26 janvier 1890.

    MGR CHOUVELLON, Célestin Félix Joseph, né le 19 décembre 1849, à Usson (Loire), parti pour le Setchoan oriental le 5 novembre 1873, nommé le 25 septembre 1891 évêque de Dansara et Vicaire apostolique du Setchoan oriental ; sacré le 27 décembre 1891 ; mort à Tchongking le 11 mai 1924.

    MGR JANTZEN, Louis Gabriel Xavier, né le 23 septembre 1885 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) parti pour le Setchoan oriental le 17 novembre 1909 ; nommé le 13 février 1925 évêque de Trémithe et Vicaire apostolique de Tchongking ; sacré le 21 septembre 1926

    1927/282-285
    282-285
    Chine
    1927
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