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La mission de Kontum

La mission de Kontum La Mission de Kontum occupe une bonne partie du sud de l'Indochine française. D'une superficie d'environ 70.000 km2, elle mesure 450 km. en longueur du nord au sud et 150 à 200 en largeur. Elle comprend les provinces moys de Kontum, Pleiku, Banmethuot, Attopeu et l'hinterland de la province du Quangnam. A l'est, la chaîne annamitique la sépare, sur plus de 500 km, du vicariat de Quinhon, dont elle fit partie jusqu'en 1933 ; au nord, elle touche au vicariat de Hué ; à l'ouest, au Laos et au Cambodge ; au sud, à la mission de Saigon.
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    La mission de Kontum

    La Mission de Kontum occupe une bonne partie du sud de l'Indochine française. D'une superficie d'environ 70.000 km2, elle mesure 450 km. en longueur du nord au sud et 150 à 200 en largeur. Elle comprend les provinces moys de Kontum, Pleiku, Banmethuot, Attopeu et l'hinterland de la province du Quangnam. A l'est, la chaîne annamitique la sépare, sur plus de 500 km, du vicariat de Quinhon, dont elle fit partie jusqu'en 1933 ; au nord, elle touche au vicariat de Hué ; à l'ouest, au Laos et au Cambodge ; au sud, à la mission de Saigon.
    La moitié nord de la Mission de Kontum est montagneuse, mais coupée de nombreuses vallées, dont les principales, très vastes, sont couvertes d'une végétation plantureuse. La moitié sud est une région de hauts plateaux, arrosés de nombreux ruisseaux et dont la terre rouge est éminemment propre à la culture.
    La chaîne annamitique, plutôt escarpée du côté de la côte, est à pente douce sur le flanc occidental ; ses sommets sont de 1.000 à 1.500 mètres d'altitude ; quelques-uns dépassent 2.000 mètres.
    La plupart des rivières appartiennent au versant du Mékong, où elles se réunissent en une embouchure commune à Strungtreng. Quelques autres cependant s'ouvrent un passage dans les montagnes et vont se jeter dans la mer.
    La population totale de la Mission est d'environ 700.000 habitants, parmi lesquels on compte 30.000 à 40.000 Annamites et peut-être 10.000 Laotiens ; tout le reste, c'est-à-dire la plus grande partie, est de race « moy ».
    Le terme « moy » est un mot annamite qui signifie « sauvage ».
    Et, en effet, le moy réalise bien le type traditionnel du sauvage, de l'homme qui vit dans la forêt et de la forêt. Il cultive la terre, mais pas plus qu'il ne faut pour vivre. Les maisons sont des cases sur pilotis, construites avec des bois, du bambou et du chaume: elles sont réunies en villages, dans des endroits découverts ; les villages sont indépendants les uns des autres et autrefois ils étaient souvent en guerre les uns contre les autres.
    Les Moys sont divisés en de nombreuses tribus, parlant toutes des dialectes différents, que l'on peut cependant ramener à deux principaux, origine des autres : le « bahnar » et le « cham ». Disons, en passant, que c'est là une cause de grande difficulté pour les missionnaires, qui sont obligés d'étudier plusieurs dialectes différents.
    Physiquement les Moys ont le teint plus foncé que celui des Annamites ; ils sont de tailles plus hautes et mieux charpentées. Mais leur développement intellectuel est bien inférieur à celui des Annamites : ils n'ont aucune écriture, aucune littérature, aucune école, par censé Suent aucune instruction. Pourtant ils aiment la musique, ont l'oreille fine et une belle voix.
    Au point de vue pratique, chacun fabrique ce qui lui est nécessaire, et, comme leurs besoins sont très limités, les satisfaire est chose facile. Dans chaque case, un métier à tisser, assez primitif d'ailleurs ; dans chaque village, une petite forge pour les couteaux, les haches, etc. Les nattes, les hottes indispensables sont tressées avec des filaments et des lanières de bambou ou de roseau.
    En fait de religion, les Moys ont le culte des génies ou esprits, les uns favorables, les autres malfaisants ; plus que la reconnaissance pour les premiers, ils ont surtout la crainte des seconds, auxquels ils offrent en sacrifice des poules, des chèvres, des porcs, voire des buffles. Ces esprits sont censés avoir pour interprètes des sorciers, et surtout des sorcières, auxquels les indigènes accordent une entière confiance et une docilité enfantine. Qu'il s'agisse de maladie, de danger, de sécheresse ou de pluies qui compromettent la récolte, on recourt a la sorcière, et quelle que soit sa décision : abstinences pénibles, pratiques gênantes, sacrifices onéreux, nul n'oserait y désobéir.
    Vrais enfants de la forêt, les Moys jouissent d'une indépendance que rien ne vient réfréner, sauf parfois l'opposition de tout le clan ; ils suivent sans résistance les tendances naturelles de l'humanité déchue. On peut conclure de là les difficultés que rencontre chez eux l'oeuvre d'évangélisation.

    ***

    C'est en 1850 que Mgr Cuenot, Vicaire apostolique de la Cochinchine et futur Martyr, envoya les premiers missionnaires chez les sauvages des montagnes. La plupart, usés en peu d'années par les misères physiques et morales, par les attaques des terribles fièvres des bois, par le manque fréquent de nourriture, par l'hostilité des habitants, ne purent fournir qu'une courte carrière. Un seul résista : le P. Dourisboure, qui, durant 35 années (1850-1885), grâce à une constitution exceptionnellement robuste, continua son apostolat au milieu de difficultés inouïes. Il a laissé un petit volume intitulé « Les Sauvages Bahnars », aussi intéressant qu'édifiant, dans lequel il raconte avec simplicité ses travaux, ses souffrances et les labeurs de ceux qu'il vit succomber à la peine. A sa mort, la mission des sauvages ne comptait guère qu'un millier de chrétiens, mais c'est bien à la persévérante et apostolique énergie du P. Dourisboure qu'elle doit sa naissance.
    Un millier de conversions payées de la vie de 7 ou 8 missionnaires et de tant de travaux et de souffrances, c'était, pensera-t-on, un maigre résultat. On ne peut nier le zèle et la vaillance de ces premiers apôtres, mais peut-être leur méthode d'apostolat n'était elle pas celle qui convenait chez des peuplades si arriérées. Comme partout ils cherchaient à obtenir des conversions individuelles ou tout au plus familiales, et ils se heurtaient au bloc du village ou du clan, attaché à ses traditions, à ses superstitions, et traitant comme un transfuge celui qui oserait embrasser la religion importée par des étrangers. Aussi peu nombreux étaient, parmi les Moys, ceux qui, bravant cette opposition, avaient le courage de conformer leur vie à la doctrine dont ils reconnaissaient la vérité et la beauté. Voilà l'obstacle devant lequel échouèrent en grande partie le zèle et les efforts des premiers missionnaires chez les sauvages.
    La vraie méthode était de faire sauter le bloc, c'est-à-dire chercher à convertir tout un village ou même tout un groupe de villages.
    C'est le vaillant P. Guerlach qui, le premier, entra dans cette voie et dès lors l'Evangile commença à faire de sérieux progrès en pays moys. Arrivé en 1882 dans la mission de Cochinchine Orientale, le P. Guerlach fut envoyé aussitôt chez les sauvages et il acquit promptement une grande influence sur les chrétiens et sur les païens. Lors des troubles de 1885, il organisa la défense de ses chrétientés ; par une double expédition contre les sauvages Jarai, il mit fin aux pillages et aux guerres continuelles que se faisaient entre eux les villages. Chargé successivement de plusieurs postes, partout il réussit à augmenter notablement le nombre des fidèles. Il mourut à Kontum en 1912, après 30 années de mission, dont 25 passées chez les sauvages. A sa mort, la mission, dont le développement était dû, en grande partie, à son initiative, comptait 120 stations chrétiennes, 11.500 catholiques pratiquants et 5.000 catéchumènes.
    Ses successeurs ont continué à suivre sa méthode d'apostolat, qu'ils estiment la meilleure dans le milieu où ils travaillent. Il ne faut pas croire cependant que convertir un village, cela signifie que, du jour au lendemain, tous ses habitants deviendront chrétiens : ce serait vraiment trop facile. Il faudra au missionnaire nombre d'années de travail, d'efforts et de fatigues. On y arrive, grâce à Dieu. Actuellement, sur 161 villages catholiques, il y en a au moins 80 qui n'ont plus un seul habitant païen et dont la population pratique vraiment les devoirs du chrétien.
    Jusqu'en 1932 le territoire moy relevait du vicaire apostolique de Quinhon, qui y était représenté par un provicaire. A cette époque, la population catholique atteignant le chiffre de 20.000, le Saint Siège jugea le temps venu de constituer la région des sauvages en mission autonome, qui, du nom de sa principale chrétienté, fut appelée «Vicariat de Kontum » et reçut pour premier évêque le P. Jannin, qui, depuis 40 ans, dépensait tout son zèle et toutes ses forces à l'évangélisation de ces peuplades arriérées.
    La nouvelle mission, bien que ne comptant encore que 12 missionnaires français, 12 prêtres annamites et 3 prêtres bahnars, accélère chaque jour la marche en avant pour la conquête spirituelle.
    Aujourd'hui le Vicariat compte près de 23.000 catholiques, dont 5.200 Annamites et 17.700 Moys, soit 3.700 Bahnars, 4.500 Jolongs, 5.900 Xodangs, 2.700 Rongaos et 900 Jorais : toutes les peuplades ou tribus sont donc représentées dans le troupeau bigarré des pasteurs de Kontum. Le nombre des catéchumènes dépasse 4.000.
    Comment, avec un si minime contingent d'ouvriers apostoliques, pourvoir à l'administration des chrétiens et à l'évangélisation des païens ? Pour qu'une mission vive, il lui faut des prêtres : sans prêtres, pas de chrétienté solide, pas d'action missionnaire sérieuse. Or, pour avoir des prêtres il faut des séminaires, et, dans ces séminaires, des séminaristes. En d'autres termes, il faut tout d'abord la certitude de trouver des vocations sacerdotales. Les Annamites chrétiens de la Mission en donneraient bien quelques-uns, mais combien peu, eu égard aux besoins du vicariat ! Quant aux chrétiens moys, tous jeunes dans la foi, il serait illusoire d'espérer trouver parmi leurs enfants un certain nombre de vocations sérieuses : ils ne sont pas encore assez imprégnés de l'esprit chrétien. Il faut chercher une autre solution, et voici celle à laquelle s'est arrêté le zèle du Vicaire apostolique : créer une Société de missionnaires uniquement destinés à l'évangélisation des pays moys ; pour préparer cette Société, fonder une Ecole apostolique, où les futurs aspirants missionnaires feraient leurs études primaires et secondaires.
    Le recrutement pour cette Ecole apostolique ne présente pas de difficultés. La Mission de Kontum est de trois côtés, au nord, à l'est et au sud, limitrophe de vicariats annamites dans lesquels abondent les vocations sacerdotales et religieuses : on peut donc espérer y trouver de nombreux aspirants à l'apostolat chez les Moys.
    Mgr de Guébriant et son successeur le T. R. Père Robert, S. Exc. le Délégué apostolique, le Saint Père lui même ayant approuvé ce projet, l'évêque de Kontum se mit aussitôt à l'oeuvre. Un vaste terrain lui fut concédé par l'Administration à Kontum même ; un vaste bâtiment y fut construit, comprenant le probatorium et la chapelle, à gauche de laquelle doit s'élever le petit séminaire, bâtiment semblable à celui du probatorium. Le grand séminaire sera bâti plus tard, quand auront été formés les élèves qu'il aura à recevoir. Au commencement de 1935, tout était prêt pour accueillir les jeunes recrues.
    Les appels lancés en Annam furent entendus : 80 jeunes Annamites arrivèrent des provinces du littoral. Depuis lors de nombreuses demandes d'admission ont été adressées à Kontum, mais, à cause de l'insuffisance des ressources, il fallut se borner et refuser plus de 50 candidats.

    L'Ecole apostolique des Missions moys ne comporte donc encore qu'une première section, le « Probatorium », pour les études primaires des dialectes locaux, de l'annamite et du français, soit 3 ou 4 ans. Les élèves passeront ensuite aux études secondaires, latin et sciences : 4 ou 5 ans. Après quoi, s'ils persévèrent, ils entreront au Séminaire des Missions moys pour leur noviciat et leurs études de philosophie et de théologie.
    Voilà l'oeuvre entreprise pour assurer la conquête apostolique des régions moys. La tâche, ardue et difficile, sera longue à réaliser ; mais ceux qui s'y dévouent, évêque et missionnaires, ont une foi profonde en la libéralité de la bonne Providence et en la protection de Marie, Reine des Apôtres. Leur confiance ne sera pas déçue.

    1937/31-36
    31-36
    Vietnam
    1937
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