Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

La Mission de Coimbatore : Dans la jungle et les montagnes Bleues

La Mission de Coimbatore : Dans la jungle et les montagnes Bleues
Add this
    La Mission de Coimbatore : Dans la jungle et les montagnes Bleues

    La Mission de Coimbatore, située dans le sud de l'Inde, est géographiquement divisée en deux parties bien distinctes : la région de la plaine et celle de la montagne. Si d'autres diocèses, comme Madras, Pondichéry, Salem, Kumbakonam connaissent comme lui les chaleurs torrides de la plaine, aucun autre ne peut se prévaloir des splendeurs ni du climat merveilleux des « Montagnes bleues ». Tel est le nom, en effet, que les Indiens ont donné à leurs montagnes, dont, à juste titre, ils sont fiers comme d'une merveille unique au monde. Ils aiment beaucoup se laisser aller à la rêverie, en contemplant ces masses imposantes qui barrent l'horizon, comme un grand rideau de velours bleu, cachant tout un monde de mystères.
    Vers cet inconnu mon Evêque m'emmena un beau matin d'octobre. Je devais l'accompagner au cours d'une visite pastorale dans les districts de la montagne : vous devinez ma joie de pouvoir, presque au lendemain de mon arrivée en mission, parcourir la partie la plus intéressante du diocèse et d'avoir à connaître, non plus en imagination et dans l'abstrait, mais dans la réalité, le champ d'apostolat où Dieu m'a envoyé... Je me suis rendu compte que les Missions de l'Inde sont de véritables missions de brousse, où le paganisme règne en maître et où le missionnaire doit travailler au milieu des pires difficultés. Là, comme en Chine ou ailleurs, c'est un défricheur et, pour être obscur, son labeur n'en est pas moins fécond et agréable à Dieu.
    Nous mettons donc en route pour le village de Gueddesale, première étape de notre voyage. Il est, à plus de 100 kilomètres d'ici, caché dans la montagne et en pleine jungle. Notre chemin serpente pendant longtemps au milieu des maigres cultures de la plaine. A droite et à gauche, ce sont des champs de riz, de maïs, de sorgho, de canne à sucre, que de hauts et frêles cocotiers surplombent sans projeter beaucoup d'ombre. Le soleil est intense et fait tout resplendir autour de nous. Son ardeur explique la pauvreté de la végétation et les longues traînées de cactus et d'aloès, qu'on voit un peu partout. Par endroits le sol est raviné et, de distance en distance, nous traversons des torrents grossis par les fortes pluies de l'hiver. Comme les ponts manquent souvent, c'est dans l'eau qu'il faut descendre pour passer.
    Vous dirai-je maintenant le nombre déroutant d'individus, de véhicules et d'animaux que nous rencontrons sur notre route? Il faut venir aux Indes pour avoir une idée de la circulation. Les attelages ne manquent pas ; ils sont d'une lenteur exaspérante. Souvent d'ailleurs, le conducteur somnole et ce sont les boeufs qui vont à leur caprice. En plusieurs endroits, nous avons de la peine à passer. Que signifie cet attroupement ? On dirait devant nous une bande d'esclaves au travail, ce sont 30, 40 hommes et femmes, qui jettent des pierres sur la route ou qui tirent un gros rouleau. Que dire de notre difficulté à traverser les villages ? Il y a tellement de monde dans les rues, tellement d'animaux aussi, des chèvres, des moutons, des ânes abandonnés, qu'on se demande comment percer ce grouillement. Et puis, quelle saleté! Quelle promiscuité !
    Je suis étonné de la paresse de ces gens-là : ils vagabondent, ils discutent, et les journées passent ainsi. Pauvres païens ! Ils ont leur temple au milieu du village, et c'est sous cette pyramide sculptée ou sous ces colonnades qu'ils vont faire brûler de l'encens aux faux dieux. Ils se croient aussi protégés par de grands chevaux en terre cuite à l'entrée du village, pour que la nuit, les dieux puissent aller à la chasse et écarter tout danger. Le paganisme est donc maître des âmes. Par ici, comme durant 50 kilomètres autour de Coimbatore, pas une église, pas une résidence de missionnaire.
    Et la route de Guelddesal continue, mais le paysage a déjà un peu changé. Nous nous engageons dans la jungle et nous montons. Bientôt nous sommes à 4.000 pieds d'altitude, et nous ne voyons plus que la forêt autour de nous. Par un chemin étroit, au milieu des plus épais fourrés, nous arrivons enfin à la maison forestière de Gueddesale, où nous devons trouver abri. Quel silence impressionnant autour de nous, quelle brousse ! Dans une clairière, à une demi-heure de marche de notre maison, on aperçoit les toits de paille du village : une trentaine de familles chrétiennes habitent là sous la direction de deux Franciscains.
    Au soir, la lumière argentée de la lune tombe sur ces solitudes : derrière nos portes solidement fermées, nous commençons nos rêves... Au matin, Jésus descend entre nos mains ; il vient, lui aussi, habiter cette jungle, se révéler au monde païen. Tout à l'heure, il prendra possession de quelques coeurs : Mgr doit donner la Confirmation à une quarantaine de chrétiens du village. Malgré la distance, deux Pères des environs sont venus ; ils ont eu de la difficulté à trouver notre maison forestière, ils se sont même égarés au risque d'avoir à engager la lutte avec les tigres ou les éléphants. Aussi étaient-ils heureux de saluer enfin Mgr et de lui raconter leur méprise et leurs émotions.
    Nous nous dirigeons alors vers le village chrétien. Nous sommes obligés de traverser les endroits les plus boueux et les plus remplis d'eau du chemin en charrette à boeufs. Il s'en est fallu de bien peu, à plusieurs reprises, qu'Evêque et missionnaire soient renversés ; mais nous nous cramponnions bien quand la charrette penchait trop... Devant la maison des Frères, tes chrétiens nous attendent, groupés autour d'un portique en branchages, qu'ils ont construit pour l'arrivée de Mgr. Selon la coutume du pays, il nous faut recevoir une belle guirlande de fleurs autour du cou et montrer aux gens que nous en sommes très honorés. Puis la cérémonie de la Confirmation se déroule sous la véranda des Frères transformée en chapelle j'ai bien aimé la simplicité touchante de cette cérémonie en pleine jungle, dans ce cadre splendide de montagnes.
    Après Gueddesale, en route pour les Montagnes bleues. Elles sont encore très loin d'ici, et notre route doit même passer par une partie du royaume de Mysore avant de les trouver. Nous apercevons dans le lointain la montagne sacrée couronnée par le temple du roi de Mysore. Mais je me rappelle surtout la beauté de l'horizon, du côté des Montagnes bleues, les vagues de verdure un peu plus bas.
    Nous marchons longtemps entre deux lignes de puissants arbres qui se rejoignent par le sommet. Et puis, les crêtes bleues se rapprochent : nous y sommes. La route monte en lacets, nous traversons des nuages, et on devine bientôt l'église de Gudalur, à 5.600 pieds dans la montagne. C'est dans cette jungle des montagnes bleues que nous devons faire notre deuxième étape.
    Un Pére réside à Gudalur, et Mgr veut lui faire la surprise de notre visite. Du bas de sa propriété à flanc de montagne, nous appelons. Et il faut voir le brave Père descendre quatre à quatre à travers ses caféiers, tout en manifestant sa joie de nous voir. Nous remontons avec lui jusqu'à sa résidence : « Ce n'est pas grand chez moi, mais nous nous arrangerons, » dit-il. En effet, trois petites pièces, sans luxe, je vous assure, prolongent le bâtiment de l'église. Le missionnaire a là juste de quoi s'abriter et se suffire. Le principal existe : une gentille petite église, où se réunit la communauté chrétienne du Père. N'est-ce pas la devise du missionnaire : le Bon Dieu premier servi ; après cela, on se débrouille comme on peut... Avec cette Eglise, il en a huit autres à desservir, éparses dans la jungle autour de Gudalur. Vous imaginez la vie un peu mouvementée que doit mener ce Père pour visiter ses chrétiens, chercher les païens et essayer de sauver des âmes... Je passe avec lui de bons moments et je ne puis que m'édifier au contact de sa simplicité et de son désintéressement.
    Mgr est heureux de pouvoir revivre là de vieux souvenirs, car il a occupé ce poste pendant plusieurs années. Au cours de sa conversation, j'ai deviné les multiples ennuis qu'il y a trouvés, les risques qu'il y a courus : n'a-t-il pas failli, en 1825, tomber entre les mains de révoltés et de brigands qui commettaient sur leur passage les pires atrocités, puisqu'ils sont allés jusqu'à couper en morceaux un agent de police. Ceci se passait non loin de Gudalur et, quelques heures auparavant, Mgr visitant ses chrétiens, exerçait son ministère à l'endroit même du massacre. « La palme du martyre n'était pas loin de moi », me disait-il en souriant et manifestant son regret de n'avoir pu la conquérir... Ces brigands, appelés les Moplas, étaient terribles, mais les Anglais les ont réprimés et depuis longtemps on n'en parle plus.
    Mais si le curé actuel de Gudalur ne connaît plus de telles angoisses, il doit cependant avoir de bons fusils pour MM. les tigres et les éléphants du voisinage : ils sont Tes rois de la jungle. Même pour un bon chasseur, ce sont des animaux dangereux. Le Père préfère s'attaquer aux cerfs et aux biches qui traversent d'un pas agile les grands bois. A ses moments libres, il part le fusil sur l'épaule et se détend ainsi fies fatigues de son ministère. Car elle est dure la tâche de l'apôtre au milieu de ce paganisme, et il faut bien un peu de distraction.
    L'apôtre n'oublie point de consacrer une grande partie de son repos au Bon Dieu ; il se recueille dans le silence de sa petite église. Durant mon séjour à Gudalur, que j'ai aimé ce silence, dans lequel on trouve si facilement Dieu, ce silence qui fait les Saints et les vrais Apôtres, le silence de saint Jean sur la poitrine du Sauveur !
    Après une journée dans ce poste, nous prenons la route d'Ootacamund, une route montante, accrochée au flanc des montagnes et bordée des plus profonds précipices. Elle conduit jusqu'au sommet des Montagnes bleues. A plusieurs reprises, je rue suis arrêté pour contempler le vallonnement des montagnes au-dessous de moi et à l'horizon les dentelles bleues tachetées, de distance en distance, par la ouate des nuages. Quel spectacle féerique ! Bientôt nous le laissons pour des paysages tout à fait différents. C'est un moutonnement de prairies, parsemées de pins et de cèdres, une succession de collines verdoyantes, désormais peu élevées, Ootacamund (en abrégé : Ooty) nous apparaît, avec ses maisons aux toits rouges, disséminées sur plusieurs petites collines. C'est une ville qui me paraît importante et bien tenue, quasi européenne avec ses routes bituminées, ses policemen aux carrefours, la circulation des automobiles, de beaux magasins et de riches propriétés. Et pourtant, là aussi, la majorité de la population est indienne, et s'il y a un quartier européen, il y a surtout la ville indienne, avec ses bazars, ses ruelles puantes, le grouillement de ses habitants ; il y a le temple de Bouddha et la mosquée turque : là encore c'est l'Inde païenne.
    Ce qui fait d'Ootacamund une ville importante et bien tenue, c'est la présence de nombreux Anglais et de toute la civilisation qu'ils y ont apportée. C'est la présence du Gouverneur de Madras et de tous ses subordonnés, la création de nombreux services publics, d'un hôpital et de grandes écoles officielles. Les Protestants ont là leurs oeuvres, leurs écoles et leurs églises. Cinq sectes travaillent dans le plus étrange chaos... Quant au Gouverneur, il possède une luxueuse villa, au milieu d'un grand parc à flanc de colline, dans le plus beau des cadres de verdure.
    Pendant six mois de l'année, il vient avec ses officiers résider là. Il monte pour la belle saison et peut jouir de la douceur d'un climat tempéré, de la fraîcheur des matins et de l'air pur des montagnes. Ooty est, surtout à ce moment-là, un poste fort important, où se centralise l'administration de toute la présidence de Madras. La société européenne qui vit auprès du Gouvernement est, cela va sans dire, d'un rang assez élevé. Elle partage, avec les Anglo Indiens, les plus hautes fonctions.
    Voilà clans quel milieu est implanté là-bas le Catholicisme. Et il est à Ooty solidement enraciné. Deux paroisses desservent la ville ; deux églises magnifiquement situées, Sainte-Marie et le Sacré Cur, sont le rendez-vous de six mille Catholiques. Qu'elles sont gracieuses les deux tours gothiques qui couronnent l'église du Sacré Coeur : 'elles sont un véritable chef-d'oeuvre, dû au talent d'un Père qui fut là curé. L'église Sainte-Marie est admirablement placée sur le sommet d'une colline qui domine toute la ville. Malgré l'ampleur de sa nef, elle est déjà trop petite pour les quatre mille chrétiens de la paroisse. Il faut voir, comme je l'ai vu moi-même, en la fête du Christ Roi, la foule pieusement recueillie assister à la grand'messe, communier. De l'autel, on ne voit qu'un amoncellement de têtes, car ici les gens se serrent l'un contre l'autre, sans besoin d'aucune chaise : seules, dans une petite partie de l'église, les Anglais et Anglo Indiens peuvent s'asseoir sur des bancs : les autres s'assoient sur leurs talons.
    A Ooty, les chrétiens sont une force. Le curé et le vicaire ont fort à faire avec leurs nombreuses ouailles. Chaque jour, il faut être à la disposition de tous ceux qui se présentent à la cure ; chaque jour aussi, il faut s'occuper des païens et apprendre les prières à ceux qui se convertissent. Les religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie ont près de la cure une immense propriété, avec les oeuvres les plus diverses : écoles élémentaires, école supérieure, dispensaire, orphelinat, groupés autour d'une gentille chapelle gothique où Jésus Hostie est continuellement exposé et préside cette activité missionnaire, féconde cet apostolat. Je les admire, ces braves religieuses qui ne craignent pas les difficultés, niais, fortes de leur foi, se lancent dans les oeuvres les plus variées, les plus difficiles. Leurs élèves forment actuellement un nombre considérable, et si la fondatrice, Mère Marie de la Passion, revenait à Ooty, où jadis elle fonda une Congrégation qui maintenant compte neuf mille religieuses, elle remercierait Dieu de la prospérité de cette maison. Elle admirerait encore les neuf écoles ouvertes en montagne, autour d'Ooty, au milieu même de cette tribu de Badagas, qui commencent à y venir et à apprendre la religion. Elle admirerait les quatre nouveaux couvents du diocèse de Coimbatore. Oui, l'Eglise est en marche, les missionnaires travaillent de toutes leurs forces, et les résultats sont consolants. Surtout quand on remonte dans le passé, on voit avec quelle rapidité, l'Eglise a fait tache d'huile un peu partout : il n'y a pas cent ans que Mgr Marion de Brésillac arrivait aux Indes et, établi près de Coimbatore, en devenait le premier Evêque. Depuis lors, les postes se sont fondés, les communautés chrétiennes ont surgi, augmenté et parfois jusqu'à déborder le missionnaire. Actuellement, des villages entiers demandent à se convertir. C'est donc le moment de la moisson des âmes : le paganisme recule : Pauperes evangelizantur, les Pauvres sont évangélisés.
    Peu de Missions peuvent se prévaloir d'une aussi belle paroisse que Sainte-Marie d'Ooty : l'Evangile, encore si méconnu dans l'Inde, a poussé là de profondes racines. J'ai constaté la régularité des chrétiens à fréquenter les sacrements, à assister aux offices. Ils sont également pleins de déférence pour le prêtre, et c'est à chaque instant que dans la rue il doit répondre aux profondes révérences qui lui sont faites. Souvent quand le Père passe, on l'invite à entrer dans la maison pour bénir les images pieuses qui tapissent les murs. En vérité, comme tout cela est consolant en pays de mission.
    Les autres villes de la montagne que j'ai visitées comptent moins de chrétiens : Wellington, par exemple. C'est une petite ville, sise dans le fond d'une vallée, bien à l'abri du vent, et favorisée d'un climat plus chaud qu'Ooty : elle n'est plus qu'à six mille pieds d'altitude. Le Père curé est aidé d'un vicaire indigène ; il a une belle résidence et une grande église, où l'on entend aux jours de fête la voix des orgues. Mais il se plaint de la vie chère et trouve que les aumônes aux nombreux mendiants de sa paroisse finissent par l'épuiser. Il est cependant heureux de donner à ses brebis tout ce qu'il peut.
    Après Wellington, je trouve sur la route la ville de Coonour. Toujours en pays de montagnes, donc très accidenté, on n'arrive à Coonour, qu'après avoir traversé monts et vallées. L'église attire mon attention par sa belle position, dominant les toits rouges des maisons. Elle semble proclamer à tous les échos : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. Oui, la encore, près de quatre milliers de poitrines battent pour Jésus. Les Protestants s'acharnent bien à ravir les âmes avec leur orphelinat et leurs oeuvres, mais sans grand résultat. La Mission possède de bonnes écoles, et les Soeurs de Saint-Joseph de Tarbes dirigent une grande école supérieure pour jeunes filles. N'est-ce pas sur le terrain scolaire, en effet, que nous devons porter spécialement notre activité missionnaire ? Or, partout dans le diocèse de Coimbatore, l'école chrétienne existe cet forme de bons catholiques, sans négliger la culture des nombreux païens qui la fréquentent. Les grandes villes de la montagne sont en ce point organisées sur le même plan que la ville de Coimbatore elle-même, puisqu'elles possèdent non seulement des écoles primaires, mais même des institutions secondaires et une école industrielle.
    Ainsi, au cours de mon voyage, un voyage de plus de quatre cents kilomètres, j'ai vu de près la réalité missionnaire ; j'ai vu partout l'Eglise en marche, l'Eglise établie et organisée comme elle est en France et dans tous les pays, l'Eglise travaillant un monde aveuglé par un paganisme souvent irrésistible ; j'ai vu les missionnaires aux prises avec les pires difficultés, car si l'Eglise est pleine des plus belles promesses aux Indes, il ne faut pas oublier qu'elle doit aussi lutter sans relâche. Actuellement surtout surgissent de nouvelles difficultés, créées par le grand mouvement d'indépendance nationale, pénétrant dans toutes les régions.
    Si Gandhi est aux prises avec le Gouvernement, c'est qu'il rêve de l'indépendance indienne : l'Inde aux Indiens.
    A côté de ce mouvement gandhiste, existe un mouvement spécialement dirigé contre les Brahmes. Le Relèvement social, selon les non Brahmes, n'est qu'au prix d'une réaction contre la domination de ces prêtres.
    Parlerai-je enfin des partis communistes ? Leurs programmes sont effrayants : transfert du pouvoir au prolétariat, nationalisation de la terre et de l'industrie. Ces terroristes ont commis de nombreux attentats, tuant agents anglais ou fonctionnaires hindous, ou, comme à Madras, provoquant des incendies et brûlant des boîtes aux lettres.
    Toutes ces forces révolutionnaires travaillent l'Inde. Mais l'Eglise catholique est là aussi, pour faire, elle, non pas oeuvre de destruction, mais pour donner aux âmes la vraie civilisation, fondée sur la paix du Christ et tendant à l'union des coeurs dans la Charité. Oui, les missionnaires ont à lutter, mais le Royaume de Dieu ne s'établit pas ici-bas autrement que par la Croix rédemptrice, et l'apostolat aux Indes, pour être fait de luttes et de souffrances, devient un moyen plus efficace de toucher des coeurs qui ne s'achètent qu'à ce prix-là. Les nombreuses communautés chrétiennes sont actuellement une force réelle, qui permet d'envisager, malgré tout, les plus beaux espoirs.
    F. AUDIAU,
    Missionnaire de Coimbatore.
    1933/129-136
    129-136
    Inde
    1933
    Aucune image