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La mission chinoise à Rangoon

BIRMANIE MÉRIDIONALE La mission chinoise à Rangoon RAPPORT DE M. ALLARD, Missionnaire apostolique. La mission chinoise à Rangoon a été officiellement ouverte le 1er août 1916 par la bénédiction solennelle de la maison.
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    BIRMANIE MÉRIDIONALE

    La mission chinoise à Rangoon

    RAPPORT DE M. ALLARD,

    Missionnaire apostolique.

    La mission chinoise à Rangoon a été officiellement ouverte le 1er août 1916 par la bénédiction solennelle de la maison.
    C'était sa véritable fondation comme paroisse et mission, but vers lequel tendaient tous nos efforts depuis 1906. Ce but semblait presque irréalisable, tant la somme requise pour le seul achat d'un terrain était élevée. Le rêve est en grande partie réalisé. Hoc opus Dei est. Deo gracias. Les Chinois païens eux-mêmes ont été frappés par cet événement et voient l'ouverture de la mission avec plaisir, fiers d'avoir, pour eux seuls, une église et des écoles. «Nous sommes ici chez nous », disent beaucoup d'entre eux.
    Dès le mois de septembre 1916 j'ai ouvert une petite école. Elle a débuté avec 6 élèves. Elle en compte aujourd'hui 58, quoique plusieurs enfants nous aient été enlevés. Plus de la moitié (31) sont païens. La confiance des parents est pour nous un motif de grandes espérances.
    Notre école est essentiellement catholique ; le catéchisme y est enseigné et tous les enfants, indistinctement, suivent les exercices religieux.

    JANVIER FÉVRIER 1918, N° 119.

    Ce fait est bien connu des parents, et malgré cela, ils nous envoient leurs enfants en nombre sans cesse croissant. Certains viennent à la messe le dimanche ; d'autres y envoient leurs enfants pendant les vacances.
    Il y a de plus une allée et venue constante de païens à la mission. L'école a brisé la glace entre eux et nous.
    De telles écoles sont aujourd'hui un élément essentiel d'apostolat. Il les faut, et elles doivent être franchement catholiques. Nous posons ainsi les fondations d'une génération chrétienne.
    Quelle que soit notre attitude an point de vue de l'éducation, le Chinois moderne fera instruire ses enfants. Si cette instruction n'est pas donnée par l'EgIise, elle sera donnée par des maîtres libres-penseurs, car ainsi sont tous les maîtres chinois nouveau style. Quelle génération laisserions-nous ainsi grandir ! On a déchristianisé en partie la France par le moyen de l'école neutre. Nous, missionnaires, christianiserons par l'école catholique. Je ferai tous mes efforts pour développer de plus en plus les oeuvres scolaires. Nous avons maintenant les Hakkas ; dès qu'il sera possible nous aurons les Fokinois et plus tard les Cantonais. Mon intention est aussi de commencer sous peu l'enseignement de l'anglais pouf les enfants qui peuvent payer et auxquels cette étude sera utile.
    Malheureusement le travail d'évangélisation dans les bois et celui des écoles ne peuvent être menés de front. Mon intention était, pour la durée de la guerre, de me borner à prendre les enfants catholiques et de remettre jusqu'après le retour de M. Roy le développement de l'école parmi les païens. Je n'ai pas été maître des événements.
    Sans que je fasse aucune propagande, les parents païens sont venus me demander de bien vouloir me charger de leurs enfants. Quelques-uns ont même préalablement retiré leurs fils de l'école méthodiste pour me les donner. Que faire? Refuser de pareilles offres eût été folie. Ces enfants ne nous seraient jamais revenus. Dieu nous envoyait ces petites âmes, je les ai laissées venir, comme le divin Maître l'aurait fait ; Sinite parvutos ad me venire et nolite prohibere eos. De ce fait je dois abandonner complètement le travail d'évangélisation des populations habitant les environs. La mission en souffrira certainement au point de vue des conversions immédiates, mais le bien général le demande : je ne puis plus abandonner l'école qui a déjà eu ses épreuves. Une épidémie de maladies d'yeux a atteint 37 enfants, dont la plupart ne sont pas encore guéris ; nous avons eu un cas de peste suivi de mort; en ce moment sévit une épidémie de petite vérole ; les enfants sont atteints les uns après les autres ; enfin la question des maîtres d'école me crée des difficultés sans cesse croissantes: In cruce salus.
    Le local devenant insuffisant, et ne pouvant acheter encore aucune des propriétés voisines, nous sommes obligés de bâtir. Les temps sont durs, mais la nécessité nous commande ce travail. Je fais un bâtiment en bois de teck, bon marché, de 110 pieds sur 20. Il coûtera environ 3500 roupies (12.000 fr.). Une représentation de charité nous donnera de 700 à 800 roupies, et je me propose de recueillir le reste chez les chrétiens et les païens.
    Nous enregistrons cette année 38 baptêmes d'adultes. L'impression faite par l'ouverture de la mission, l'attraction des Chinois pour leur église, le fait que j'ai pu jusqu'à Pâques continuer mes voyages dans l'intérieur du pays, et par-dessus tout la grâce de Dieu ont produit ces résultats. Je crains que l'année prochaine soit moins bonne, à moins que la guerre ne finisse bientôt et que M. Roy nous soit rendu sans retard.
    Je suis heureux de constater une augmentation de vie chrétienne chez nos néophytes. Ceux que leurs affaires appellent en ville, en profitent ordinairement pour se confesser et communier. Ceux de la ville se confessent et communient très souvent; beaucoup d'entre eux, tous les dimanches. Quelques enfants de l'école ont fait leur première communion le jour de la Pentecôte, et viennent tous les jours à la sainte table. Leur piété m'édifie et le changement qui s'est produit en plusieurs d'eux est admirable. Ces communions fréquentes ont porté le nombre des communions de dévotions à 2276.
    Notre petit dispensaire donne beaucoup de travail à l'âme généreuse qui s'en est chargé. Les enfants de l'école seuls, avec toutes les maladies qui nous ont visités suffiraient à occuper tout le temps de l'infirmière. Les Chinois du dehors, des bois surtout, viennent davantage. Après examen, beaucoup d'entre eux, sont, par nos soins, admis à l'hôpital. Mrs Donohuoe, l'infirmière, aura une belle couronne pour se dévouer ainsi à cette oeuvre, dans ses vieux jours, au lieu de penser, comme tant d'autres à jouir d'un peu de repos.

    1918/382-384
    382-384
    Birmanie
    1918
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