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La Mandchourie méridionale et les Boxeurs XV

La Mandchourie méridionale et les Boxeurs XV Le présent. Salut aux morts de la Mandchourie septentrionale. Les Russes. L'avenir.
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    La Mandchourie méridionale et les Boxeurs XV
    Le présent. Salut aux morts de la Mandchourie septentrionale.
    Les Russes. L'avenir.

    Et maintenant, les missionnaires de Mandchourie sont rentrés dans leur mission ; les Soeurs de la Providence sont aussi de retour. Cependant la paix est loin de régner ; presque partout les Boxeurs se sont ou transformés en brigands ou mis au service des Russes pour les trahir plus facilement. Les armes ne leur manquent pas, et les cosaques sont trop peu nombreux pour surveiller tous les points de cette vaste région. De temps à autre on organise une expédition, on tue quelques milliers d'hommes ; mais la population est si dense que les vides se comblent aisément, et toujours les bandes sont aussi nombreuses et aussi turbulentes.
    Après avoir pillé les chrétiens, les bandits s'en prennent aux familles
    riches, et rien ne fait encore prévoir la fin de ce mouvement qui semble
    gagner du terrain et croître en audace, en ce moment surtout où les moissons rendent le pays éminemment propre à une guerre de guérillas.
    Pendant l'hiver et au printemps, n'osant trop courir sur les Russes, ils faisaient surtout la guerre aux femmes et aux jeunes filles qu'ils enlevaient par douzaines, afin d'exiger des rançons considérables. Ils allaient donc Chinois contre Chinois, sentre-tuant en de véritables batailles, avec la rage déployée d'abord contre les chrétiens. Des dizaines de villages, de gros bourgs ont été réduits en cendre, simplement parce que les habitants appartenaient à telle ou telle faction ou suivaient des chefs différents.
    Le paganisme a bien montré que seule la force brutale peut le museler, et qu'en perdant la peur des coups de bâton, il perd en même temps toute notion de moralité.
    Les Russes ont refait et continué leur chemin de fer qui bientôt sera soudé à celui de la Sibérie. Pour le garder, ils restent en Mandchourie, et ne consentiront jamais, je crois, à s'en aller sans y être forcés. Les motifs pour rester ici ne leur manqueront pas ; au besoin la diplomatie saura en trouver ; n'est-ce pas le but même de son existence?
    On aurait pu penser que, du moins, les chefs des Boxeurs seraient recherchés et punis ; il n'en a rien été. Ils ont eu le talent de se rapprocher des vainqueurs, de soudoyer leurs interprètes qui sont bien les plus fieffés coquins qu'on puisse rencontrer.
    En perdant leurs églises et leurs habitations, les missionnaires ont aussi perdu presque tout ce qu'ils possédaient. S'il ne s'agissait que de meubles, la perte serait facilement réparable ; mais les aubes fines brodées par les mains dévouées d'une mère ou d'une sur, les calices offerts au grand jour du sacerdoce, par un père bien-aimé, qui donc les remplacera? Et ces pauvres, mais chères bibliothèques, trésors de l'esprit et du cur, dissipées ou brûlées par la main des Boxeurs, comment les reconstituer? Papiers de famille, souvent très importants, souvenirs de l'amitié, cadeaux de parents, ornements d'autel, tout a été emporté à jamais par la tempête.
    Retrouverons-nous nos chers catéchumènes ; ils nous aimaient tant! D'autres viendront-ils ? En Mandchourie le souffle de I'Esprit Saint avait touché les âmes, de toutes parts elles accouraient assoiffées de lumière et de vérité. Que la liberté nous soit laissée, et le même élan peut encore se produire et qui sait ? augmenter d'intensité.
    Il faudra d'abord s'occuper des ruines matérielles. De toute nécessité, elles doivent être relevées, afin qu'il ne puisse venir à l'esprit de personne que la religion chrétienne, en Mandchourie, est ensevelie sous ses églises abattues et qu'elle ne saurait ressusciter. Toujours au contraire, on a vu les moissons d'âmes germer plus nombreuses où le sang chrétien avait coulé avec plus d'abondance, et c'est justice, car il fertilise le sol en le consacrant.
    Pendant une période de soixante années, la Mandchourie avait éprouvé quelques légers coups de vent ; jamais de tempêtes. En l'an de grâce 1900, la tourmente a été subite, d'une violence inouïe, et des rivages du Leao-toung aux bords du Saghalien tout a frémi et presque tout a été broyé.
    J'ai raconté la mort des seuls prêtres de la Mandchourie méridionale ; mais la mission de la Mandchourie septentrionale, bien qu'ayant été moins éprouvée a eu aussi ses martyrs : les PP. Leray 1, Georjon 2 et Souvignet 1 ont prouvé que la somme de vitalité était partout la male, et que partout on savait se sacrifier pour le devoir et pour l'amour de Jésus; ils ont eu pour compagnon un prêtre chinois, le P. Pierre Tchang, décapité à Pei-tsin-chang.
    Actuellement, le mouvement des Boxeurs est comprimé par la présence des troupes européennes. Tout le monde a pu constater que leurs incantations n'avaient ni vertu, ni puissance. La cour de Pékin a dû suivre l'Empereur et la vieille impératrice sur le chemin de l'exil, et cette détermination leur a été pénible à tous égards. Les Chinois ont donc complètement « perdu la face » ; les Européens sont à Pékin; avec leur valeur et leur armement il était facile de l'occuper et la résistance a été moins vive qu'à Tien-tsin. Une chose bien plus difficile sera de quitter la capitale, avec l'espoir fondé d'avoir imposé une paix durable et de pouvoir dire sérieusement que les Chinois rempliront les conditions du traité imposé.
    Les Célestes promettront tout ce qu'on voudra, mais avec l'intention bien arrêtée de tout remettre en question, dès que les troupes auront évacué le nord de l'Empire. Ils savent très bien que l'entente des puissances ne saurait durer longtemps, et qu'une expédition de ce genre ne se recommence pas chaque année.
    Qu'une guerre survienne en Europe, ici les chemins de fer seront démolis, et les employés à la merci de la tourbe chinoise qui se moquera parfaitement des traités. En haut lieu, on dira qu'on n'y peut rien, et pour ne pas nuire au commerce, bien des gens ne demanderont pas mieux que de croire ou de sembler croire à ce mauvais prétexte. Même sans complications en Europe, il est bien à craindre que le mouvement boxeur ne recommence avec une vigueur nouvelle, doublée du désir de la vengeance, dès que les soldats étrangers auront le clos tourné. Les naïfs, qui pour le réprimer comptent sur les réguliers chinois, ont bien tort. Partout et toujours, les soldats ont aidé les Boxeurs qui, sans leur participation, n'auraient pas osé tenter ce qu'ils ont accompli. Du reste tous avaient des ordres, et les vrais coupables croyaient être à l'abri des représailles, tellement ils sont haut placés dans la hiérarchie.

    1. Nous extrayons des notices biographiques publiées dans le Compte rendu des travaux de la Société des Missions Etrangeres en 1900, le récit de la mort des trois courageux missionnaires dont parle le P. Letort :
    « A la nouvelle que ses chrétiens sont attaqués à lu-tsing-kai, le P. Leray vole à leur secours. Le 15 juillet, à la nuit, il arrive à sa résidence : son domestique avait déjà caché sous terre les vases sacrés et les objets les plus précieux. Le missionnaire ordonne de les déterrer : « Maintenant que je suis ici, dit-il, qu'y « a-t-il à craindre? » Voulait-il relever ainsi le moral de ses chrétiens, ou se trompait-il sur la gravité de la situation? Dieu seul le sait. Le lendemain, 16 juillet, il célébra le saint Sacrifice. La journée fut paisible : M. Leray se promena assez longtemps en ville sans être insulté ; les païens évitaient même de passer devant la résidence du missionnaire. Ce calme pouvait faire croire que tout était rentré dans l'ordre, mais il n'était qu'apparent.
    «Vers le soir, notre confrère se rendit au prétoire pour obtenir du mandarin que les pla cards séditieux, affichés sur tous les murs de la ville, fussent enlevés. Le mandarin le reçut selon les règles de l'étiquette et promit de lui envoyer le lendemain une garde dé soldats. Ils vinrent plus tôt que M. Leray ne les attendait. Dans la nuit, sa résidence fut cernée et attaquée par ceux-là mêmes qui devaient la protéger et par des centaines de « Jeûneurs qui se joignirent bientôt à eux. Quelques chrétiens, restés auprès du missionnaire pour le défendre en cas d'alerte, essayèrent de résister et tirèrent plusieurs coups de fusil sans blesser personne. Favorisés par les ténèbres, les assaillants demeuraient invisibles. Jugeant toute résistance inutile, M. Leray réunit sa petite troupe dans la chambre qui servait d'oratoire, et donne une dernière absolution. A peine a-t-il achevé les paroles sacramentelles qu'il est frappé d'une balle en pleine poitrine ».
    2. Le P. Georjon habitait Pei-lin-tze. « Le 19 juillet, vers midi, un petit globule, envoyé par le sous-préfet de la ville, se présenta à la résidence du Père et lui donna connaissance du décret impérial du 20 de la 6e lune qui ordonnait le massacre des Européens et des chrétiens. L'envoyé termina l'entrevue par ces mots : Le mandarin et le Père out été Jus quici unis par d'étroites relations et la plus « sincère amitié. Aussi le « grand homme » ne voulant pas la mort de son « fidèle « ami », m'a chargé de le prier de quitter la ville avant que le décret soit affiché ». Ce perfide personnage, dont on est en droit de suspecter les bonnes intentions, était à peine rentré au prétoire que l'édit était placardé sur tous les murs de la ville. En un clin d'oeil, Boxeurs, Jeûneurs et satellites accourent de toutes parts et entourent la résidence. Le Père était seul dans sa chambre à ce moment. Entendant les cris de la populace ivre de soin, il sort de chez lui, se fraye un chemin au milieu de la cohue et va se réfugier dans la maison d'un chrétien, nommé « Poù ». Il croyait y trouver les trois jeunes « Poù », gaillards décides fidèles : malheureusement, ils étaient absents; leur vieille mère gardait seule le foyer. Le Père resta là deux minutes au plus, puis, reprit sa fuite vers le sud car la foule devenait de plus en plus tumultueuse. A une cinquantaine de mètres de la maison Pou, un individu, armé d'une barre de fer, voulut lui en asséner un coup sur la tête. Le Père para le coup avec son bras qui fut sérieusement blessé et continua de fuir l'espace d'une lieue environ, toujours poursuivi par les cris de la multitude : « Tuez le diable: tuez le diable! »
    « Le fugitif était parvenu dans un petit village, quand un ouvrier, entendant les vociférations de la foule, saisit une pioche et en frappa traîtreusement le Père, au moment où il passait devant lui. Le pauvre persécuté reprend sa course, malgré cette nouvelle blessure. Enfin, à bout de forces, il entre chez un païen en s'écriant: « Voici les brigands qui arrivent! Nallez-vous pas « les repousser? Ils sont là derrière... » Le maître de maison de répliquer : « Impossible ; « nous n'avons pas d'armes. En voici une, » dit le Père, en sortant de sa poche un petit revolver qu'il n'avait pas voulu laisser entre les mains de ses ennemis. Le païen saisit l'arme, la décharge sur le missionnaire qui est atteint à la jambe.
    Cependant la foule s'était dispersée peu à peu, mais le païen qui venait de blesser le Père s'acharna sur sa faible victime avec une rage toute diabolique. Aidé de plusieurs voisins, il enchaîna son prisonnier, le dépouilla de sa soutane et de ses vêtements, ne lui laissant que sa chemise et ses souliers. C'est dans cet accoutrement qu'on le reconduisit à la ville. Sur la route, tous les passants se joignaient au sinistre cortège. Les malédictions les plus épouvantables et les coups pleuvaient de tous côtes sur la victime enchaînée; néanmoins, pas un mot, pas une plainte, pas un cri ne, sortit de la bouche du patient. On arriva à la ville au soleil couchant. Entraîné dans une maison voisine de sa résidence, le Père eut à subir des outrages et des tortures impossibles à décrire. Dieu seul sait les souffrances morales et physiques que son serviteur endura pendant cette horrible nuit du 19 juillet, nuit de cruelle agonie. Le lendemain matin, son corps n'était plus qu'une plaie depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête : il était absolument méconnaissable et le sang coulait en abondance.
    « Le chef de tous ces bandits vint alors revoir le Père et ajoutant la moquerie à la cruauté, il fui dit : « Allons, il nous faut faire une promenade en ville aujourd'hui ». Le martyr comprit ; il se recueillit un instant et de son bras meurtri eut encore le courage de faire un grand signe de croix, puis il s'abandonna aux mains de ses bourreaux. Dans les rues, ni les sarcasmes ni les coups ne lui furent épargnes, mais le vaillant athlète de Jésus-Christ parcourut son chemin de la croix avec une patience et une sérénité surhumaines.
    « Enfin on arrive sur la grande place. Un soldat lui commande de se mettre à genoux. Le Père demeure immobile. Furieux de nêtre pas obéi, le soldat lui porte au-dessus de la hanche un coup de lance qui le fait tomber a terre, dans la position d'un homme moitié assis, moitié couché. « Où sont les chrétiens, les filles de l'école et ton argent? » lui demande le chef des bandits. Je suis seul chrétien ici, répond simplement le Père, l'école est dispersée, l'argent a été porté je ne sais où. Coupez! Ordonne le chef, et le bourreau d'un coup de sabre détache un bras. Même question... même réponse! L'autre bras tombe. On coupe ensuite les oreilles ; la peau du front est rabattue sur les yeux ; enfin, la tête roule à terre, et l'âme de notre vénéré confrère s'envole vers son Dieu.

    1. Le P. Souvignet était chargé de la station de Hou-lan. « Le 30 juillet, des soldats envoyés par les mandarins Ting-I-Chang et Ting-Toung-Ling, entourent sa résidence et mettent le feu aux endroits les plus éloignés de son habitation. Ils percent de trous les murailles de la maison et tirent clans l'intérieur par ces ouvertures. Le Père sort de sa chambre et va se réfugier dans un petit bois voisin. Les soldats l'aperçoivent et lui envoient une grêle de balles. D'aucuns assurent que le colonel, impatienté de la maladresse de ses hommes, prend lui-même un fusil et blesse à mort notre confrère. Le martyr, atteint an ventre et à la poitrine, tombe pour ne plus se relever. Alors un soldat, armé d'un hache-paille, s'approche de la victime qui respire encore, et lui tranche la tête.
    « Le missionnaire, qui portait d'ordinaire le costume chinois, avait revêtu sa soutane pour mourir, comme il le faisait aux grands ; jours de tête. Après sa mort, un satellite lui ouvrit la poitrine, en arracha le cur, et mita la place le bréviaire que le vaillant athlète avait caché sur son sein. La tète piquée au bout d'une lance, fut promenée dans toutes les rues de la ville et finalement exposée à la grande pagode. La nuit suivante, un chrétien l'aurait dérobée et cachée. Quel est ce chrétien, et où s'est-il enfui avec son trésor? Personne ne peut le dire ; espérons toutefois que nous aurons la consolation de retrouver cette chère relique. Nous possédons pour l'instant les os d'un bras et d'une jambe que le catéchiste Pai-Iu-Ling conserve avec un soin religieux et jaloux ».

    Et qu'on n'aille pas croire que les Chinois regrettent les actes commis. Non ; entre eux ils s'en félicitent, ils ne regrettent qu'une chose, c'est de n'avoir pas fait plus de mal. Pour le moment il s'agit de tromper les étrangers, afin qu'ils quittent Pékin et l'Empire où leur présence est odieuse. A mesure que les troupes se retireront, les Boxeurs reviendront, et finalement on pourra, dans une proclamation plus ou moins publique, annoncer à la Chine qu'on a mis les Barbares à la porte, et qu'ils n'ont pu lutter longtemps contre la science des Boxeurs et le courage des Grands Couteaux ; que d'ailleurs ils n'ont ni assez de vertu ni assez de puissance pour dominer le peuple des Cent Familles.
    Les Chinois avouent la supériorité des Européens sur le champ de bataille parce qu'eux fils de l'Empire sont surtout des lettrés, des habiles, des civilisés. « Les plus capables des Européens, disent ils, ne sont pas de taille à lutter contre nos mandarins qui toujours finissent par triompher, tellement sont subtiles leurs raisons, et irréfutable leur argumentation ».
    Et le plus fort, c'est qu'en parlant ainsi, les Chinois sont un peu dans le vrai. Bien souvent les Européens se laissent duper, non certes par la force des arguments, mais par la façon ultra diplomatique dont les Chinois emploient le mensonge, et le sans gène qu'ils osent déployer en cet exercice, non pas une fois en passant, mais toujours, et cela depuis le dernier des coolies, jusqu'à Son Excellence Li-Houng-Tchang.
    La leçon donnée a été peu goûtée, elle sera vite oubliée et rien n'empêchera ces populations exubérantes de chercher à échapper aux étreintes de l'Europe, dès que l'occasion semblera propice. Fasse le Ciel que cette heure sonne le plus tard possible, car il est plus que probable que peu d'étrangers en sortiront indemnes et que l'ère du martyre n'est pas close pour les missionnaires.
    Les mandarins chinois, pour la plupart, sont rentrés dans leurs tribunaux, mais sans trop savoir eux-mêmes pour le compte de qui ils travaillent.
    Vers le commencement de mai, notre nouvel évêque, Mgr Choulet, voulut faire sa visite au vice-roi qui le reçut avec honneur, et eut l'air de pleurer amèrement sur la mort de Mgr Guillon.
    Le lendemain, le haut mandarin voulut rendre la visite de l'évêque ; il partit en chaise à porteurs, avec une nombreuse escorte. Tout alla pour le mieux jusqu'à la porte qui sépare les deux enceintes de la ville. Mais quand on fut arrivé là, un cosaque en faction se mit au milieu du passage, dirigea sa baïonnette du côté de la chaise et intima au vice-roi la défense absolue d'avancer, s'il ne pouvait montrer un permis de circulation. Le mandarin n'en avait point, et malgré tous les pourparlers possibles, il dut rentrer chez lui sous une pluie diluvienne. Le soir toute la ville savait le fait et se demandait si son chef était prisonnier ou libre.
    Le lendemain, muni d'un papier officiel signé du général russe, il passa sans difficultés ; à la mission, il s'excusa, non sans rougir quelque peu, d'avoir la veille manqué à sa promesse, parce qu'il avait été arrêté par la consigne d'un simple factionnaire.
    Les Russes sont donc les maîtres à Moukden et ils espèrent le demeurer. Nous avons trouvé parmi eux des officiers très aimables, et si nous nous sommes efforcés de leur être toujours agréables et utiles, ils n'ont pas manqué de nous rendre service quand l'occasion s'est présentée. Beaucoup parlent la langue française, et les rapports s'en ressentent, la cordialité est plus grande.
    Plusieurs ont montré pour certains missionnaires un dévouement vraiment fraternel, en les sauvant ou en les soignant ; il eût été bien doux pour nous, de voir quelque décoration française orner les poitrines où battaient ces nobles curs.
    Mais il reste la question religieuse ; nous n'ignorons pas que sur les terres soumises aux Tsars, les catholiques n'ont pas toute la liberté qu'ils souhaitent... Je m'arrête au seuil d'un avenir dont la connaissance appartient à Dieu seul.
    Puissent nos martyrs, qui aimaient d'un si profond et si ardent amour notre rude terre de Mandchourie, ne pas l'oublier dans leur céleste séjour et demander à Dieu que cet avenir soit pour elle plein de la grandeur, de la liberté, de la sainteté dont leur sang l'a rendu digne.

    1902/77-82
    77-82
    Chine
    1902
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