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La Mandchourie méridionale et les Boxeurs X

La Mandchourie méridionale et les Boxeurs X Les PP. Le Guével et Bourgeois. Impossible de s'embarquer. Quinze cents contre un. Dans une forteresse improvisée. Catéchistes et religieuses chinoises. Les dernières cartouches. Une insulte après la mort.
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    La Mandchourie méridionale et les Boxeurs X
    Les PP. Le Guével et Bourgeois. Impossible de s'embarquer. Quinze cents contre un. Dans une forteresse improvisée. Catéchistes et religieuses chinoises. Les dernières cartouches. Une insulte après la mort.

    Le lendemain même de ces trois douloureuses morts, à 40 lieues plus à l'ouest, les PP. Bourgeois et Le Guével, menacés par les Boxeurs et surtout par les soldats, étaient obligés de quitter leur résidence de Lien Chan, afin de s'embarquer avec le personnel de l'orphelinat qu'il fallait essayer de soustraire au massacre.

    Lien Chan, gros marché situé sur la route impériale de Pékin à Moukden, est à proximité de la mer, et sur la côte se trouvent plusieurs petits ports dont les bateaux font le cabotage. Possédant un orphelinat nombreux et déjà ancien, c'était le centre d'un district très vaste, qui en ces dernières années se développait d'une façon remarquable, et sous l'habile et paternelle administration du P. Bourgeois promettait des fruits d'une merveilleuse abondance. Aussi on avait compris qu'il était nécessaire de lui donner pour vicaire le P. Le Guével, dont l'arrivée datait seulement de l'automne 1899.
    Comme l'indique son nom, c'était un Breton de vieille roche ; il avait d'abord essayé d'être mécanicien de la marine, il y travaillait depuis un an, quand il se sentit appelé par une voix douce et impérieuse à quelque chose de plus élevé, et c'est ainsi qu'il devint missionnaire.
    Comme tous ses confrères, il était resté patriote ardent, et quand, de sa voix chaude et claire, il nous disait le Vieux Sergent de Déroulède, un frisson d'enthousiasme faisait vibrer tous les curs, et plus d'une larme mouillait les paupières. Il s'était rendu à la retraite de Moukden quelques semaines après son arrivée, et sa personne et ses manières avaient plu à tout le monde.
    Le chef du district, son supérieur, le P. Bourgeois, était un homme un peu à part, dont le portrait mérite d'être tracé.
    Montagnard du Jura qu'un appel d'En Haut avait enlevé à ses champs pour cultiver la vigne du Seigneur, il arriva en Mandchourie au printemps 1889. Si aride pour tous les débutants, la langue chinoise ne parut être qu'un jeu pour lui. Disons cependant qu'il consacrait dix heures par jour à l'étudier sous la direction du P. Lalouyer, alors chargé de ce district. Aussi, au bout de deux ou trois mois, il était en état d'exercer le saint ministère, et le bruit s'en répandit dans la mission, qui depuis la mort si imprévue de Mgr Raguit, avait à sa tête le P. Noirjean.
    Apprenant qu'un missionnaire arrivé depuis si peu de temps, et qu'il n'avait pas encore vu, voulait déjà se livrer au ministère, ce dernier crut devoir lui écrire pour le prier de bien examiner ses forces en chinois avant d'entreprendre un travail si délicat. Une explication eut lieu quelques semaines après.
    Lorsque les deux intéressés se trouvèrent en présence, le P. Noirjean, du haut de sa grande taille, lança à son petit confrère un mot amical et sonore, accompagné d'un regard scrutateur. Ce regard fut soutenu sans sourciller, et le nouveau venu prenant la parole en chinois, s'exprima avec tant d'élégance, de vigueur et de clarté, que le P. Noir-jean vaincu et charmé, l'attira sur sa poitrine, l'embrassa longuement, lui prédit les plus éclatants succès, et lui accorda séance tenante les pouvoirs les plus larges.
    Au physique le P. Bourgeois était de taille plutôt petite. Par contre sa force musculaire était absolument extraordinaire. Ses vastes mains étaient des tenailles d'acier capables de broyer tout ce qu'il touchait.
    On raconte que se sentant méprisé pour sa petite taille, un chef des Francs sauta un jour dans l'arène où un lion et un taureau étaient aux prises, et que d'une main ferme et assurée, il les poignarda tous les deux. Se tournant alors vers ses leudes émerveillés, il se serait écrié de sa puissante voix :
    « Suis-je digne maintenant de vous commander ? »
    L'histoire le désigne sous le nom de Pépin le Bref. Le petit P. Bourgeois n'eût ni mieux dit, ni mieux fait ; mais il était capable de l'un et de l'autre.
    La peur n'entra jamais dans son esprit, et soit à pied, soit à cheval, il semblait ignorer ce que pouvait être la fatigue.
    Dans les montagnes de Kao chan-touen qu'il habita longtemps, les boucheries étaient ou mal fournies ou inconnues ; grâce à son fusil, il ne connut jamais la famine, et sa balle était aussi juste que son bras était ferme.
    Pour ses chrétiens c'était un père, tous l'aimaient, parce qu'ils se sentaient aimés. Revenu à Lien Chan, comme curé, depuis trois ans, il y faisait beaucoup de bien et de toutes parts s'annonçaient des conversions.
    Assez rapproché de la grande Muraille qui bornait son district à l'ouest, il avait appris de bonne heure les exploits des Boxeurs aux environs de Pékin, et en avait référé à Mgr Guillon. Mais il pensait n'avoir rien à craindre, parce que les habitants de Lien Chan sont doux, et que les chrétiens étaient bien vus de tout le monde. Il avait compté sans les soldats qui fréquemment parcourent cette route, et qui, à. ce moment, étaient appelés vers Pékin contre les armées européennes. En outre sur la place même de Lien Chan, demeurait un riche païen, qui poursuivit d'une même haine missionnaires et chrétiens.
    C'était un bachelier ès-armes nommé Ouang-Tze-La, qui avait bien des raisons de rester tranquille. Un assez grand nombre de chrétiens, en effet, portaient son nom et étaient de sa famille. Sa propre mère, il y a vingt-cinq ans, était une de mes catéchumènes, et disait hautement qu'elle ne voulait pas mourir païenne. Lui-même entretenait des relations assez suivies avec les missionnaires dont il était voisin, et je ne sais vraiment à quoi attribuer la conduite odieuse et la haine farouche qu'il a montrées en cette circonstance.

    Il est cependant hors de doute que c'est lui qui, de son autorité privée, a publié et fait afficher un manifeste mettant prêtres et chrétiens hors la loi, et faisant défense absolue à qui que ce fût de les loger ou nourrir, sous peine d'être traité comme criminel de haute marque. En outre il est monté lui-même à cheval pour guider les soldats, aidé de son neveu et de ses deux fils aînés, et c'est bien lui qui doit porter la responsabilité de la mort de tant de victimes. Aussi longtemps que possible, les missionnaires tinrent bon dans leur enclos, contre les clameurs, les menaces et les insultes quotidiennes des soldats. Ils comprirent enfin que cette situation ne pouvait durer. On confia les petites filles soit aux chrétiens de l'orphelinat, soit à leurs parents ; les grandes filles et les religieuses chinoises, qui devaient s'embarquer, partirent en avant ; le 12 juillet les Pères montèrent à cheval, et accompagnés d'une quinzaine de chrétiens tous armés, se dirigèrent vers un petit port.
    Ils avaient d'abord songé à se retirer en Mongolie, chez Mgr Abels, dans la chrétienté de Soung-chou-tsouei-tze, qui jusqu'en 1884 appartînt à la Mandchourie. Comme on n'avait point de nouvelles, un chrétien fut même envoyé aux informations ; trompé par un païen rencontré en route, il crut que tout était détruit, et rapporta cette nouvelle absolument fausse. Dès lors, les Pères n'hésitèrent plus et résolurent de s'embarquer.
    Au bord de la mer, les barques ne manquaient pas, mais personne n'osait ni se proposer, ni accepter les propositions faites. Il fallut donc majorer les prix ; un patron se décida à gagner la forte somme. Après beaucoup de peines et d'efforts, à cause du peu d'eau qu'il y avait, la barque finit par flotter et on y monta. Malheureusement à 100 mètres du rivage se rencontra un bas-fond qui ne put être franchi, et il fallut revenir à terre ; et quand la marée remonta, le patron ayant entendu réitérer les menaces effroyables, proférées contre quiconque aiderait les Pères, refusa net de tenir sa parole. Tous les autres imitèrent son exemple ; ils connaissaient les missionnaires, les aimaient, les plaignaient, mais ils avaient peur d'être tués ou de voir leurs maisons incendiées, nulle offre ne put les décider.
    Que faire? Revenir à Lien Chan était impossible ; bon gré mal gré, il fallut gravir les collines voisines, et chercher l'hospitalité dans les villages environnants. S'ils avaient été seuls, les Pères eussent pu fuir ; le désir de protéger les orphelines les perdit.

    Les pourparlers avec les mariniers avaient pris du temps, le soleil baissait, et peut-être ne croyaient-ils pas le danger aussi prochain. Du reste le P. Le Guével était indisposé ; comme presque tous les jeunes missionnaires, au printemps qui suit leur arrivée, il payait son tribut à l'acclimatation. Les Pères gravirent donc une des collines environnantes, c'est là que Boxeurs et soldats vinrent les attaquer. La défense fut héroïque ; un chrétien nommé Houang fut tué par une des premières décharges. Plusieurs soldats aussi furent tués ou blessés. Voyant alors qu'il serait difficile de venir à bout des chrétiens, les assiégeants formèrent une sorte de blocus autour de la montagne, et envoyèrent chercher des renforts à Lien Chan et à Ning-iuen, sous-préfecture voisine. Le lendemain on avait déjà réuni de nombreux soldats, le jour suivant ils étaient environ quinze cents avec de l'artillerie européenne. La lutte se continua durant trois jours, et ce dut être un spectacle assez curieux que de voir toute une armée réunie pour vaincre deux Français.
    Ceux-ci, parait-il, s'étaient réfugiés dans une tour qui se trouvait sur la colline. D'après les récits des Chinois, cette tour et toutes celles qui se trouvent sur la route de Pékin à Moukden ou ailleurs, seraient contemporaines de la grande Muraille, elles auraient été bâties pour servir de télégraphe : le jour, on cherchait à y produire le plus de fumée possible, la nuit le sommet s'illuminait d'une flamme brillante. Ces constructions, tantôt carrées, tantôt rondes, sont surtout remarquables par leur solidité. La chaux et les briques qui les composent sont de choix, et même en s'armant d'un caillou pointu, il est très difficile, malgré des efforts réitérés, d'en faire éclater quelques fragments.
    Rencontrant sur leur route cette forteresse toute préparée, les prêtres et leurs défenseurs l'occupèrent, ainsi qu'un cimetière voisin dont les tombes assez rapprochées et élevées en forme de cônes, de quatre à six pieds de haut, se prêtaient bien à la défense. Ils manquaient de vivres, il est vrai, et eurent beaucoup à souffrir de la faim, surtout de la soif, à cause de la chaleur. Le blocus, toutefois, n'était pas tellement rigoureux, qu'ils ne pussent recevoir des provisions que l'on s'ingénia à leur faire passer des villages voisins.
    Des païens assez nombreux étaient bien disposés, et ne comprenaient pas trop pourquoi on persécutait des gens absolument paisibles, ni quel pouvait être l'avantage d'un pareil déploiement de forces. Le canon surtout effrayait les populations, en faisant croire à un danger qui n'existait pas, mais devait paraître réel aux environs ; du matin au soir, il ne cessait de tonner, pendant que d'un autre côté éclatait une fusillade vive et stridente. Les balles ne faisaient pas grand mal aux murailles de la tour, niais évidemment l'artillerie avait plus de succès, et ses projectiles, soit par eux-mêmes, soit par les éclats de briques qu'ils soulevaient, blessèrent plusieurs chrétiens.
    L'un d'eux, grand catéchiste à Lien Chan, eut le visage à moitié emporté, et ce dut être pour les prêtres et pour ses deux fils aînés, qui étaient présents, un spectacle horrible, de le voir se tordre dans les affres de l'agonie, sans qu'il fût possible de le secourir.

    Il s'appelait Mou ; au printemps de 1873 je l'avais marié avec une douce et pieuse jeune fille de l'orphelinat. Dieu avait récompensé leur piété en les faisant heureux. Ils vivaient dans une paix profonde, sans jamais un mot de colère entre eux et avaient six enfants vivants.
    La première-née, Thérèse, avait refusé tout parti pour n'être qu'à Dieu à qui elle s'était vouée. L'aîné des fils avait, pendant de longues années, étudié avec succès le latin au collège de la mission ; il n'était rentré chez lui, que pour cause de santé. Il venait à son tour de se marier ; il est mort comme son père et comme son frère, pour la défense de sa foi et de ceux qu'il avait appris à aimer depuis sa première enfance.
    De toute cette petite phalange retranchée dans la tour, pas un ne devait échapper ; ceux qui étaient dans le cimetière, au contraire, voyant que tout était désespéré s'enfuirent pendant la nuit, après avoir épuisé leurs munitions.
    L'âme de la résistance était sans contredit le P. Bourgeois, et s'il ne fût venu à manquer de cartouches ou s'il n'eût succombé à la faim, il est douteux que les soldats seuls eussent pu en venir à bout.
    Son arme était un long fusil de chasse portant également bien le plomb et la balle, et il s'en servait d'une si magistrale façon que les assiégeants ne furent pas longtemps à s'en apercevoir. Tout homme, approchant de la tour dans un certain rayon et visé par lui, était un homme hors de combat. Aussi malgré leur ardeur, les soldats n'osaient avancer, et quinze cents hommes étaient tenus en échec par un seul. Pour se venger, ils parvinrent à s'emparer des trois religieuses chinoises qui étaient soit dans le cimetière, soit dans une maison voisine, et leur coupèrent la tête.
    La supérieure, Marie Mou, était certainement dans le cimetière qu'elle n'avait pas voulu quitter, malgré une balle reçue à la jambe. Elle devait avoir un peu plus de cinquante ans, et dirigeait l'orphelinat depuis nombre d'années.
    Une autre, du village chrétien de Leou-chou-keou, avait à peu près le même âge, et s'appelait Thérèse Tchang. Elle était depuis vingt-cinq ans occupée à diriger et instruire les enfants qui l'aimaient beaucoup, à cause de sa douceur et de sa patience inaltérable.
    La troisième était elle-même une orpheline, portant aussi, je crois, le nom de Tchang, et connue sous le nom de Tou-Lin-Tze (clochette-chauve), elle avait en effet le crâne lisse comme une boule de billard. Du reste, bonne et dévouée, on l'avait admise au rang des vierges, et elle rendait aux autres enfants les services qu'elle avait reçus trente ans auparavant.
    Ah! Celles-là n'avaient point d'armes, et les soldats chinois purent à loisir montrer leur bravoure en s'acharnant contre des femmes : c'était moins dangereux que d'affronter la carabine du P. Bourgeois ; du reste, en tout soldat chinois se trouve un bourreau. Le maniement du fusil et surtout de la baïonnette ne lui dit rien qui vaille, car il sent qu'il est exposé à recevoir plus encore qu'à donner ; mais avoir en main un large coutelas et mutiler un ennemi vaincu est pour lui une jouissance, qu'un Européen ne parviendra jamais à comprendre ; lui, tuerait rondement et sans faire endurer de tortures ; un Asiatique voudrait torturer sans fin, et sans causer la mort qui lui enlève sa victime. Ce que ces trois femmes ont pu souffrir, Dieu seul et les bourreaux le savent ; leurs gémissements on été comptés, et Celui qui a promis récompense pour un verre d'eau donné en son nom, saura bien rémunérer tant de souffrances supportées pour rester fidèles à son amour.
    Les religieuses n'étaient plus, mais dans la tour quelqu'un vivait encore et toujours ses balles semaient la mort parmi les rangs des as siégeant. Cependant les munitions emportées pour se défendre en cours de route étaient insuffisantes pour soutenir un siège, et bien qu'on les ménageât, il arriva un moment où elles firent défaut. D'ailleurs, les survivants ne devaient pas être nombreux dans la tour où la faim et la soif se faisaient vivement sentir ; le P. Le.Guével était mort ; quand le P. Bourgeois comprit qu'il allait mourir à son tour, il voulut ne livrer aux infidèles que sa personne.
    Il avait en sa possession quelques billets de banque, il les brûla. Il avait quelques piastres, il trouva le moyen de les tordre à coups de cailloux, et les glissant dans un fusil à capsules, il les envoya comme dernières balles à la tête des assaillants. Quand il fut privé de tout moyen de résistance, il prit les fusils devenus inutiles, et les brisa sur les murailles ; puis il descendit de la tour qui depuis trois jours lui servait d'asile et de bastion. Les ennemis, cachés dans les moissons, devaient suivre de lil les différentes phases de ce drame, et tout paraît indiquer qu'ils le virent jeter dehors les tronçons de fusils brisés. De là naquit chez eux le désir de saisir vivant, pour le torturer, celui qu'ils n'avaient pu réduire. Le voyant les mains vides, assis et priant au pied de la tour, deux soldats la contournèrent, et vinrent à l'improviste se jeter brutalement sur lui.
    Un dernier éclair illumina alors les yeux du vaillant lutteur ; il sembla retrouver sa vigueur ; de ses mains puissantes, il saisit le cou de ses deux assaillants qui suffoqués par cette étreinte, hors d'état d'appeler au secours, semblaient sur le point d'expirer en poussant des sons inarticulés. A quelques pas de là, le porte drapeau du régiment, stupéfait d'une pareille scène, n'osait tirer de peur d'atteindre ses camarades. Prenant alors son fusil par le canon, il vint en asséner sur la tête du Père un coup si violent, qu'il en fit jaillir la cervelle et renversa à ses pieds cet héroïque combattant.
    Ainsi tomba de la mort des braves, le P. Louis Bourgeois âgé de trente-sept ans. Ses douze années de mission avaient été bien remplies ; il avait beaucoup travaillé pour Dieu, sa fin a été digne de sa vie ; il n'avait pas cherché le péril ; il avait choisi la fuite qui dut coûter beaucoup à son énergie ; mais quand tout chemin lui fut fermé, il sut montrer aux quinze cents bandits qui ne rougissaient pas de l'attaquer, comment sait se défendre et mourir un Français, fût-il missionnaire.
    Sa tête et celle du P. Le Guével furent coupées, comme le furent aussi celles des religieuses chinoises. Pour insulter une dernière fois les victimes, on plaça dans chaque petite cage la tête d'un prêtre et celle d'une religieuse, et on les exposa dans la ville de Ning-iuen.
    Après quelques jours, un chrétien put soustraire et cacher ces reliques, qui, d'après les dernières nouvelles, ont été rapportées à Lien Chan et enterrées provisoirement, en attendant une sépulture plus solennelle et plus glorieuse. Leurs corps et ceux de leurs compagnons de combat seront aussi exhumés, quand des jours plus calmes se lèveront sur la Mandchourie.
    Le chef militaire qui dirigeait cette opération revint, comptant une quinzaine de ses hommes morts et un bien plus grand nombre de blessés. Quand il se présenta devant son général, celui-ci, surpris de voir tant de soldats à soigner, demanda où étaient les caisses de munitions qu'on devait lui amener. Apprenant alors la vérité, et entendant raconter sérieusement que pour tuer deux prêtres on avait tiré plus de cent mille cartouches et au moins cinq cents coups de canon, il s'emporta de la belle façon, mit à la porte l'auteur de ce brillant exploit, et aussitôt le cassa de son grade. Ce fut tout ce que le vainqueur retira de sa campagne, c'est le sort ordinaire des persécuteurs.

    1902/52-59
    52-59
    Chine
    1902
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