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La Mandchourie méridionale et les Boxeurs V

La Mandchourie méridionale et les Boxeurs V Notes biographiques : Mgr Guillon. Le P. Emonet. Le P. Jean Li. Surs Sainte-Croix et Albertine. Mgr Laurent Guillon avait été sacré évêque d'Euménie le jour de la Pentecôte 1890, dans cette même église de Moukden, dont les ruines le recouvraient. En ces dix années d'épiscopat, il avait beaucoup planté, beaucoup travaillé, mais aussi la moisson avait dépassé les espérances et promettait des fruits encore plus abondants.
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    La Mandchourie méridionale et les Boxeurs V
    Notes biographiques : Mgr Guillon. Le P. Emonet. Le P. Jean Li.
    Surs Sainte-Croix et Albertine.
    Mgr Laurent Guillon avait été sacré évêque d'Euménie le jour de la Pentecôte 1890, dans cette même église de Moukden, dont les ruines le recouvraient. En ces dix années d'épiscopat, il avait beaucoup planté, beaucoup travaillé, mais aussi la moisson avait dépassé les espérances et promettait des fruits encore plus abondants.
    D'une piété vive et sincère, d'une science théologique fort éclairée, de manières grandes et souples, sachant se prêter aux circonstances et attendre l'heure propice pour agir, Mgr Guillon, sans cesser jamais de se montrer évêque, cherchait par l'aménité des formes à corriger ce qu'un ordre pénible aurait offert de trop blessant, et on le vit constamment se perfectionner dans la connaissance et le gouvernement des hommes.

    1. D'après une lettre du P. Vuillemot datée de Moukden 10 octobre 1901, les missionnaires connaissent maintenant les endroits où reposent les ossements de Mgr Guillon, du P. Émonet et de leurs compagnons de martyre. Voici, en effet, ce qu'il écrit :
    « Cest dans la grande place, située à l'ouest de notre résidence et au sud de la pagode Foung-iu-tai que les os calcinés de nos martyrs ont été jetés. Jusqu'à ce jour, le vice-roi feignait de l'ignorer et il a fallu que le préfet de Moukden, appelé par Mgr Choulet, le déclarât en face du vice-roi lui-même ajoutant qu'il l'avait fait par son ordre. Il avait eu l'intention de mettre à part les restes des Européens, mais ils étaient méconnaissables ; ils ont donc été jetés pêle-mêle dans une tosse commune; encore cette opération avait-elle été troublée et interrompue par l'opposition des Boxeurs qui ne permettaient pas qu'on les enterrât en face de la pagode. Une partie de ces restes ont donc été transportés plus loin au sud, dans les cimetières qui avoisinent les remparts de la ville. Le lendemain de cet aveu, le même préfet nous conduisait en personne avec le fossoyeur reconnaître ces deux endroits qu'il a fait, sur notre demande, entourer par ses soldats d'un fossé de trois pieds de large et d'autant de profondeur, en attendant que nous ayons, autour de l'église, un terrain propre à faire un cimetière pour les recevoir ».

    Bon, noble et généreux, il savait compatir aux infirmités humaines, et tendait aux malheureux une main secourable et miséricordieuse.
    Mais sa qualité maîtresse, celle qui devait illuminer toute sa carrière épiscopale, c'était l'audace. Appuyé sur sa foi et sur sa confiance en la Providence, fort de la pureté de ses intentions, rien ne lui paraissait impossible, et il était prêt à tout entreprendre pour la gloire de Dieu, le salut des peuples, et l'extension du règne de Jésus-Christ. Il cherchait des âmes, il en trouva ; et les milliers de conversions qui, chaque année, vinrent réjouir la Mandchourie, prouvent la façon dont il sut enflammer ses missionnaires et le zèle avec lequel il paya de sa personne.
    Né en Savoie, en 1854, il travaillait en Mandchourie depuis vingt-deux ans, et sa vigoureuse constitution pouvait encore se promettre de longs jours ; il a couronné une vie employée au service de son divin Maître par l'effusion de son sang ; c'était toute son ambition ; éternellement, ce sera sa gloire.
    Le P. Noël-Marie Emonet était arrivé en mission en 1875, il était le compatriote de son évêque, et aussi, comme on le disait en souriant, son fidèle Achate. D'une santé délicate qui le forçait à des ménagements, il a toutefois, dans les divers postes occupés par lui, fourni une somme considérable de travail, et moissonné une gerbe que beaucoup pourraient lui envier.
    Ce n'était ni une brillante nature, ni un homme de talents extraordinaires ; mais comme il savait bien employer ceux qu'il avait reçus du ciel et se sanctifier sans faire de bruit ! Il était la règle incarnée, et possédait une volonté de fer que rien ne pouvait détourner du but cherché. Peu causeur, casanier par nécessité, il avait le talent d'employer les hommes et de leur faire exécuter ce qu'il ne pouvait lui-même accomplir. Sa faiblesse ne lui permettait ni les longues chevauchées, ni les courses apostoliques au delà d'un certain rayon, mais nul mieux que lui n'était apte à tenir les comptes d'une vaste mission, et à s'employer aux mille détails de son administration. Tout le monde l'estimait; les confrères et les étrangers admis près de lui, disaient invariablement : « C'est un saint prêtre ».
    A notre retraite, en novembre 1899, nous avions fêté ses vingt-cinq ans de prêtrise, lui souhaitant qu'il vécût assez pour voir ses noces d'or. Dieu a voulu récompenser plus tôt ce bon et fidèle serviteur.
    Dans les premières années de son ministère il avait été mon vicaire, et voilà que, dans ma vieillesse, j'en suis à envier son sort, regrettant de n'avoir pas été jugé digne de partager son martyre et de le suivre au séjour de la gloire éternelle!

    Le P. Jean Li était prêtre depuis environ quatre ans, après avoir été séminariste toujours modèle, et tenu en grande estime par ses différents maîtres. Bien doué intellectuellement et moralement, il s'était bien initié aux sciences ecclésiastiques, et dans la grande ville de Moukden il rendait au P. Emonet et même à son évêque des services fort appréciés. Dans les cérémonies de l'église il tenait l'harmonium, non sans habileté ; sa voix était forte, souple, mélodieuse, chose assez rare chez les Chinois.
    Dieu l'a pris au printemps de la vie, dans la fraîcheur de son sacerdoce, et en sa personne il a honoré toute sa famille.
    Chose remarquable, vers 1870, son père avait, lui aussi, confessé sa foi dans les tribunaux de Kouan-tcheng-tze et avait souffert une flagellation sanglante pour le nom de Jésus-Christ, qu'il glorifiait à haute voix sous les verges. Relâché ensuite, il était rentré dans son village de Se-kia-tze avec l'auréole des confesseurs, s'efforçant d'édifier ses frères par une vie très chrétienne, comme il les avait édifiés par sa constance et sa générosité dans les tourments. Son fils n'a donc fait que continuer une tradition de famille en offrant sa vie à Jésus, et son sang a eu l'honneur immense d'être agréé et jugé digne des parvis célestes par Celui qui voit tout et ne se trompe jamais.
    Les Surs Sainte-Croix et Albertine étaient à Moukden depuis le 19 juin 1895. Elles s'y étaient rendues vers la fin de la guerre sino-japonaise ; leur arrivée, fort remarquée, avait fait l'admiration de la ville qui n'ignorait ni leurs travaux, ni leur genre de vie.
    Les plus grandes dames de la cité les avaient maintes et maintes fois invitées à les visiter, et toutes s'estimaient honorées d'entretenir des relations avec elles.
    Les saintes filles remerciaient et se montraient gracieuses, afin d'essayer de faire pénétrer quelques rayons de vérité dans l'âme de ces païennes, mais elles crurent toujours devoir décliner leurs invitations, et on ne les vit pénétrer dans la ville intérieure que pour visiter et soigner quelques pauvres femmes malades, ou baptiser des enfants moribonds. La plus grande partie de leur temps était consacrée à leur oeuvre de prédilection, leur orphelinat, qui chaque année devenait plus nombreuse. Elles avaient aussi le soin des autels, qui les rapprochait du tabernacle.
    Jésus les a cueillies au pied de l'autel orné et parfumé par leurs pieuses mains, c'est là que leur sang a coulé, que leur chair virginale a été consumée ; de là que leur âme, haletante de la joie du sacrifice, s'est élancée vers les demeures éternelles. Ah! Qu'on ne les pleure pas à Portieux ou ailleurs, ce n'est pas le jour des larmes, mais celui des chants de triomphe pour célébrer leurs noces avec l'Agneau sans tache, tout en répandant sur leurs tombeaux les roses rouges de la charité et les lis immaculés de la pureté et en redisant avec le poète : Manibus date lilial plenis!

    1902/29-32
    29-32
    Chine
    1902
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