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La Mandchourie 1

La Mandchourie La Mandchourie va sans doute devenir le vaste champ où les Russes et les Japonais se livreront à de sanglantes batailles. Nos lecteurs savent que notre Société a dans ce pays deux missions importantes : la Mandchourie septentrionale confiée à Mgr Lalouyer, et la Mandchourie méridionale dont le gouvernement appartient à Mgr Choulet. Ces deux missions renferment 27.000 catholiques.
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    La Mandchourie

    La Mandchourie va sans doute devenir le vaste champ où les Russes et les Japonais se livreront à de sanglantes batailles.
    Nos lecteurs savent que notre Société a dans ce pays deux missions importantes : la Mandchourie septentrionale confiée à Mgr Lalouyer, et la Mandchourie méridionale dont le gouvernement appartient à Mgr Choulet.
    Ces deux missions renferment 27.000 catholiques.
    Nous demandons à nos amis de prier pour ces missions ainsi que pour la Corée et le Japon, où la situation des ouvriers apostoliques et des chrétiens peut devenir particulièrement difficile.
    Afin de mettre nos lecteurs à même de mieux connaître la Mandchourie, nons allons en quelques pages résumer ce que nous savons du pays, des productions, des habitants et de leurs coutumes, de l'histoire et de la religion.

    I

    La Mandchourie est un pays d'aspects très divers, offrant à l'oeil étonné des déserts, des prairies, des régions champêtres, des forêts touffues, des montagnes qui se dressent à 500 et à 1,000 mètres au-dessus des vallées, tantôt isolées, tantôt courant en chaînes continues et se divisant en nombreuses ramifications.
    Au sud, s’ouvrent la belle et fortile vallée du Leao, large de 450 kilomètres et longue de 1,500.
    Au nord, dans le bassin du Soungari, s'étendent de vastes prairies, dont les herbes s'élèvent à deux mètres de hauteur et se mêlent au feuillage des arbrisseaux ; c'est à la hache qu'il faut s'y frayer un chemin, à moins qu'on n'y suive les sentiers tracés par les fauves.
    Sur la plupart des montagnes du nord, les pentes sont vertes jusqu'à la cime; des forêts emplissent les vallées intermédiaires, et les chênes, les ormes, les saules sont assez nombreux et rapprochés, pour qu'on chemine pendant des heures sous leur épais ombrage. Du haut de quelques sommets, on contemple un océan de verdure roulant au loin ses vagues d'herbes, de vallée en vallée et de montagne en montagne jusqu'à l'extrême horizon.
    Jetez sur cette nature le manteau d'un hiver sibérien, qui fait descendre le thermomètre à 35°, quelquefois plus, et dure du mois d'octobre au mois de mars, l'éclat d'un printemps éphémère comme une fleur qui s'entrouvre le matin pour se flétrir le soir, la grande lumière et l'accablante chaleur d'un été tropical de 35 ou 40° au mois d'août, et vous aurez de la Mandchourie ce qu'en donne un coup d'oeil général, ce qu'en posséderait un voyageur emporté par un train rapide ; mais cet aperçu trop vague ne suffit pas. Etudions donc plus en détail les particularités de ses limites, les accidents de ses côtes, ses montagnes, ses fleuves si longtemps congelés, ses productions variées, ses villes principales, ses habitants, sa législation, sa langue et sa religion.
    Des limites de l'est et de l'ouest, citons ces deux particularités :
    A l'est existe le territoire de Pien-ouai, autrefois séparé par une palissade qui commençait près de Kaou-li-meun, simple maisonnette décorée du titre de porte de Corée ; autrefois il était défendu d'y séjourner même une nuit, actuellement les Chinois l'habitent et le cultivent, et bientôt ils ne laisseront plus qu'un souvenir de la palissade et de la défense.
    A l'ouest, encore une palissade, celle des saules, lignes de forêts, qui s'étendaient entre la Mandchourie et la Mongolie, et dont il reste quelques massifs d'arbres, seuls survivants des plantations faites par l'empereur Kang-hi.
    La porte de Fa-kou, qui garde le « grand passage » vers la Mongolie, est encore moins imposante que la porte de Corée ; elle se compose simplement de quelques pieux entre lesquels on tend une chaîne pendant la nuit.

    MAI JUIN 1904. — N° 39.

    Entre ces limites courent des chaînes de montagnes dont la principale est le Chan-Alin, montagne blanche, ainsi nommée de l'éclat de ses roches calcaires et de son diadème de glaces, elle est célèbre dans les traditions légendaires des Mandchoux, et regardée comme le berceau des premiers chefs de la nation.
    C'est un massif qui commence à la limite septentrionale de la Corée, et dont les pics neigeux dépassent 3,000 mètres d'altitude ; après avoir parcouru plus de 1,000 kilomètres, il se termine au confluent de l'Ossouri et du Saghalien.

    II

    Au sud, la chaîne de montagnes est entrecoupée de chaînons transversaux entre lesquels s'ouvre la vallée du Leao, arrosée et fertilisée par le Leao-ho, navigable sur une longueur de 1,800 kilomètres, par le Houn-ho (fleuve rouge) et par le Taitse, sillonnés de petites embarcations de pêcheurs et de marchands, de radeaux de bois ou de charbon.
    Laissons tranquillement couler les flots du Nonni, ce fleuve de l'extrême nord qui baigne Tsi-tsi-kar, et parlons plus longuement du Soungari que la blancheur de ses eaux, pendant plusieurs mois de l'année, a fait décorer du nom poétique de « Fleur de lait ». A certains endroits, il a de un à deux kilomètres de large, et sur ses berges limoneuses, les hirondelles nichent par myriades ; pendant les grandes crues de l'été, c'est une mer en mouvement, semée d'îles où se réfugient en nuées les oies sauvages, les cygnes et les canards ; les barques s'égarent à la recherche du véritable rivage dans les petites rivières qui sont ses tributaires. La vitesse du courant est de quatre kilomètres à l'heure dans les parties basses et de cinq kilomètres dans les parties montagneuses. Les bords du fleuve, ainsi que les vallées voisines, sont couverts d'une végétation exubérante, de buissons, de hautes herbes, qui forment par places des touffes impénétrables.
    En amont de la ville de San-sing, les pentes des montagnes qui encadrent le fleuve présentent d'épaisses forêts de bouleaux, de chênes, de noyers et de chênes-lièges.
    Le cours du fleuve est très tortueux ; souvent plusieurs bras s'en détachent et s'en écartent à cinq, six et même huit kilomètres, formant des îles basses, couvertes de roseaux.
    Au seizième et au dix-septième siècle, les Cosaques Stépanow, Khabarow et autres signalèrent l'existence du Soungari. En 1653-56, Stépanow s'aventura sur le fleuve même, mais il fut repoussé par la flottille chinoise portant 3,000 hommes armés. Depuis cette époque, les choses restèrent à peu près dans cet état jusqu'au traité d'Aïgoun, signé en 1858 ; les marchands russes acquirent alors le droit de naviguer et de trafiquer sur le fleuve, mais le premier d'entre eux qui s'avança ainsi sur la foi des traités, jusqu'à San-sing, y fut assassiné en 1861.
    Une exploration scientifique fut faite bientôt après, en 1864, par Oussoltzev et le prince Kropotkine, qui firent entendre pour la première fois le sifflet du steamer dans ses solitaires et sauvages régions ; ils furent suivis par d'autres voyageurs et par des commerçants. Mais ceux-ci se heurtèrent à la mauvaise volonté des autorités chinoises, qui surveillent jalousement ces parages. Récemment encore (en 1890), les Célestes ont entrepris la construction de toute une série de forts entre le Soungari et l'Ossouri, destinés à protéger l'empire du Milieu contre l'envahissement, toujours redouté, des Russes, dont les bateaux à vapeur sillonnent l'Ossouri pendant l'été, et sont remplacés pendant l'hiver par les traîneaux de poste jusqu'à Kaborovka, ville importante, où nous retrouvons plusieurs missionnaires de Mandchourie qui y séjourneront avant de s'embarquer sur le Saghalien.
    Ce dernier fleuve a un cours de plus de 4,000 kilomètres, presque deux fois la longueur du Danube ; ses eaux présentent un aspect noirâtre ; vues dans un verre, elles ont encore la nuance d'une légère infusion de thé. C'est de là sans doute que viennent les noms donnés au fleuve par les peuples de l'Asie : Sakhalin-oula en Mandchou, et Karamouran en mongol qui signifient également fleuve noir. De Sakhalin, les géographes et les philologues européens on fait Saghalien, et de Mouran, ils ont fait Amour. Ne nous plaignons pas trop de ces changements ; d'autres noms, d'autres hommes et d'autres choses en ont subi de plus désagréables.

    III

    La nature du sol diffère suivant les régions. Toute la vals du Leao-tong, à l'exception de la zone littorale salifère, est formée de dépôts d'alluvions très fertiles, les terrasses des montagnes qui bordent la vallée sont de sable argileux ; au pied des montagnes orientales s'étendent des terrains formés de détritus de roches cristallines.
    Les richesses que recèle la terre de Mandchourie sont encore insuffisamment connues, on a constaté cependant la présence du cuivre, du plomb, celle de la houille et du minerai de fer dont les gisements principaux se trouvent clans la province de Ghirin, de l'or dans les vallées latérales de l'Ossouri ; mais l'exploitation du précieux métal, que ceux lui ne le peuvent avoir qualifient de vil, est sévèrement défendue et les chercheurs d'or sont considérés comme criminels
    La flore présente des caractères intermédiaires entre celles de la Sibérie et de la Chine. Le sol est généralement fertile, et les terrains défrichés sont favorables à la culture. Parmi produits agricoles, la première place appartient aux légumineux, qui sont consommés sur place ou exportés. Viennent ensuite le millet, le sorgho qui sert de nourriture à l'homme et aux animaux, et dont on fabrique de petits gâteaux et de l'eau-de-vie, l'un pour arroser les autres, le maïs, le froment de qualité médiocre, la pomme de terre, le lin, l'orge, les sésame, le tabac.
    Les champs d'indigotier couvrent de vastes espaces, et le pavot répandu un peu partout, donne d'assez gros bénéfices, quoique l'opium qu'il fournit soit vendu moins cher que dans l'Inde. Cette dernière culture est mène défendue par la loi, mais s'il est avec le ciel des accommodements, il en est bien davantage avec les mandarins.
    La plante la plus fameuse de la Mandchourie est certainement le jensen. Un proverbe chinois dit : « L'orient de la Barrière des pieux (Mandchourie) produit trois trésors : la zibeline, l'herbe ou la et le jen-sen ».
    « Lorsque les forces vitales manquent, totalement épuisées, et que le moribond va trépasser, écrivait autrefois Mgr Verrolles donnez-lui le poids de quelques grains de jen-sen, il revient à la vie ; continuez chaque jour, et sa vigueur renaît aussitôt, et vous pouvez le soutenir encore plusieurs mois. Le prix du jen-sen est exorbitant, c'est presque incroyable, près de cinquante mille francs la livre ! Le bon, l'excellent jen-sen, disent les Chinois, est le plus vieux, il doit être sauvage : aussi celui de Corée qui vient par la culture, est-il extrêmement inférieur en qualité. A la foire annuelle de Corée, on le vend en fraude, mais, bien que fort élevé, le prix en est pourtant raisonnable : environ deux cents francs la livre ».

    (A suivre).

    1904/175-181
    175-181
    Japon
    1904
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