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La maison de Béthanie

La maison de Béthanie Une nouvelle Oeuvre de Bienfaisance à Tôkyô Il y aura bientôt cinq ans que j'ai eu l'occasion de visiter pour la première fois à Nokata le sanatorium municipal de la ville de Tôkyô. Il pouvait recevoir alors 900 malades ; il en hospitalise actuellement 1.200.
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    La maison de Béthanie

    Une nouvelle Oeuvre de Bienfaisance à Tôkyô
    Il y aura bientôt cinq ans que j'ai eu l'occasion de visiter pour la première fois à Nokata le sanatorium municipal de la ville de Tôkyô. Il pouvait recevoir alors 900 malades ; il en hospitalise actuellement 1.200.
    Depuis ma première visite, j'ai continué à m'y rendre tous les vendredis. Au début, j'y trouvais une dizaine de catholiques ou catéchumènes. Depuis lors, aidé de mon catéchiste et de plusieurs jeunes gens de la Conférence de Saint-Vincent de Paul, j'ai pu voir plus de 1.500 patients, dont 470 ont été baptisés. Plus de 500, il est vrai, sont morts sans baptême, mais avec le désir de le recevoir, désir manifesté par la lecture de livres de religion et par la demande d'explications de la doctrine catholique. Quelques-uns, sortis du sanatorium et rentrés dans leur famille, ont pu être baptisés dans le district où ils se trouvaient.
    Les règlements du sanatorium obligeant les malades à le quitter après un séjour maximum de 15 mois, il fallut s'occuper de ceux qui, n'ayant ni famille, ni moyens d'existence, ne savaient où aller. Voyant des catéchumènes se réfugier chez les protestants, qui ont des oeuvres pour ce genre de malades, je me décidai à louer d'abord un local ; puis, grâce à des dons généreux, je pus faire construire un bâtiment, que je nommai « Maison de Béthanie » et qui fut béni en juin 1930. Le bâtiment ne comprenait que des chambres de malades, 16 hommes et 16 femmes , séparés. En 1932, une nouvelle construction y fut ajoutée, qui comprend, à l'étage, une chapelle dédiée à saint Vincent de Paul et divisée en trois parties une pour les bien portants, une pour les hommes malades, une pour les femmes : puis, presbytère avec chambre pour un médecin, cuisine, buanderie, pharmacie, salle d'expériences : enfin, sous la chapelle, une salle de réunion pour les chrétiens des environs et aussi pour les païens, surtout médecins et infirmiers du sanatorium municipal.
    La Maison de Nazareth, qui, jusqu'à l'inauguration des nouveaux bâtiments, servait de résidence aux femmes malades, est encore occupée, mais elle sera bientôt démolie et remplacée par une nouvelle construction destinée aux enfants dont les parents sont atteints de tuberculose.
    L'oeuvre de Béthanie a eu l'honneur de recevoir la visite de Son Exc. Mgr de Guébriant, Supérieur de la Société des Missions Etrangères, qui a célébré la première messe dans la chapelle de Saint-Vincent de Paul, le 10 mai 1932, après avoir administré le baptême à six malades de la maison.
    Le 10 juin suivant, Son Exc. Mgr Mooney, Délégué apostolique, bénissait les nouveaux bâtiments, en présence de Mgr l'Archevêque et de nombreux prêtres. Dans l'après-midi de ce même jour avait lieu la visite officielle de la maison par les autorités ès oeuvres sociales et médicales, qui se montrèrent frappées par l'atmosphère à la fois recueillie et joyeuse qu'ils constatèrent partout. La chapelle surtout attira l'attention des païens, qui parurent comprendre que là était la source de vitalité des oeuvres catholiques. Un salut d'actions de grâces termina la journée et dès lors la petite lampe du sanctuaire rappelle aux hôtes de Béthanie la présence du Maître auprès duquel ils trouveront toujours force et consolation.
    La Maison de Béthanie, en effet, est comme un petit monastère où les malades des deux sexes, sans être astreints à des voeux ni à une règle sévère, se rapprochent de la perfection chrétienne par la prière et la souffrance. Une petite communauté de vaillantes jeunes filles, ne craignant pas la tuberculose, pourtant si redoutée en pays païen, se dévoue au soin des malades et sème autour d'elle le réconfort et la résignation.
    L'influence de Béthanie rayonne à l'extérieur, surtout au sanatorium municipal : nos visites, agrémentées de quelques douceurs, fruits ou gâteaux, sont bien accueillies. Sur 500 malades il y a une soixantaine de catholiques, dont 50 ont déjà reçu la sainte Communion, les autres s'y préparent. Ces néophytes, autant du moins que le leur permettent leur état de santé et les règlements du sanatorium, se font catéchistes volontaires ; grâce à eux, la religion est connue, respectée, aimée ; les malades se tournent facilement vers le prêtre catholique, qu'ils voient plus souvent que le pasteur protestant ; quant aux bonzes, ils ne se montrent que pour les enterrements.
    La dernière fête de Noël a été célébrée au sanatorium de façon aussi catholique que possible.
    Le Directeur a fait un discours dans lequel il a fait l'éloge du christianisme ; deux prêtres catholiques ont parlé après lui, les grands séminaristes ont exécuté plusieurs chants de circonstance, enfin le film des 26 Martyrs Japonais a été déroulé sous les yeux des malades, qui ont gardé de cette journée un souvenir inoubliable.
    Grâce donc à l'oeuvre de Béthanie, le travail d'apostolat au sanatorium municipal se fait plus facilement et obtient des résultats bien consolants. Mais là ne se borne pas l'influence de la charité : elle se fait sentir dans les familles des malades assistés, dans les groupements qui s'occupent de la lutte contre la tuberculose.
    Le champ d'apostolat auprès des tuberculeux, si nombreux au Japon, est immense. Les malades, leurs familles, leurs amis, ne peuvent qu'être gagnés par la charité chrétienne. Il y a quelques années, le P. Breton, aujourd'hui évêque de Fukuoka, a fondé près de Yokohama un sanatorium pour les tuberculeux payants ; la maison de Béthanie est destinée aux pauvres qui, sortis du sanatorium ou se préparant à y entrer, sont sans famille ou ne peuvent rester dans la leur par crainte de la contagion. Plus tard j'espère la transformer en un vrai sanatorium pour les grands malades et installer les convalescents à la campagne, où, ayant à s'occuper d'une ferme, ils jouiront à la fois d'un air salubre et d'un travail utile.
    J. FLAUJAC,
    Vicaire général de Tôkyô.
    1933/62-63
    62-63
    Japon
    1933
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