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La guérison de la lèpre (Birmanie)

BIRMANIE MÉRIDIONALE La guérison de la lèpre LETTRE DE M. FREYNET Missionnaire apostolique Depuis quelques années le monde médical s'occupe beaucoup d'une maladie qui n'est pas nouvelle, puisqu'il y a plus de trois mille ans Moyse légiférait à son sujet, mais qui est loin d'être éteinte. C'est la lèpre.
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    BIRMANIE MÉRIDIONALE

    La guérison de la lèpre

    LETTRE DE M. FREYNET
    Missionnaire apostolique

    Depuis quelques années le monde médical s'occupe beaucoup d'une maladie qui n'est pas nouvelle, puisqu'il y a plus de trois mille ans Moyse légiférait à son sujet, mais qui est loin d'être éteinte. C'est la lèpre.
    Cette maladie se trouve sons toutes les latitudes, aussi bien sur les pentes de l'Himalaya que dans les deltas formés par les grands fleuves de l'Asie. Aussi les savants de France, d'Allemagne, d'Angle terre, réunis en congrès, cherchent à connaître à fond cette mystérieuse maladie et à en arrêter les progrès. L'isolement a été recommandé et conséquemment plusieurs asiles ou léproseries furent fondés.
    Je voudrais faire connaître la léproserie fondée il y a quinze ans à Rangoon (Birmanie méridionale) et les résultats qui y ont été obtenus dans ces dernières années.
    En 1903, le capitaine Rost, médecin de l'armée anglaise des Indes, vient trouver le directeur de l'asile et le pria de lui laisser prendre quelques nodules lépreux sur les malades, voulant faire une étude spéciale sur la lèpre. Quelques mois après, il revenait, demandant à faire l'essai d'un nouveau sérum sur quelques-uns des malades. Le directeur de l'asile, rendu fort sceptique par huit années d'expériences inutiles, se refusa à user de son influence auprès des lépreux pour favoriser ces nouvelles tentatives.
    « Cependant, dit-il au docteur, il y a là un lépreux à la dernière extrémité et dont la fin n'est plus qu'une question d'un jour ou de deux. Si vous le désirez vous pouvez l'inoculer ».
    Le docteur accepta, une première inoculation fut suivie de plusieurs autres, et au bout de trois mois l'amélioration avait fait de tels progrès, que le malade pouvait se promener et même se rendre utile dans l'établissement.
    A la vue d'un résultat aussi inespéré, d'autres malades demandèrent à suivre le traitement. Mais comme chaque inoculation était suivie d'une élévation de température et que le docteur était anxieux de savoir jusqu'à quel point s'était déclarée la réaction, on chargea Soeur Catherine, lépreuse elle-même depuis dix ans, du soin de prendre la température des inoculés. Elle observa pendant quelques mois les effets du nouveau remède, et convaincue que ce nouveau sérum avait un effet direct sur le cours de la maladie, elle demanda à être inoculée elle-même.
    Chaque semaine, pendant environ dix-huit mois, elle se soumit au nouveau traitement, et le résultat fut la guérison complète ; les plaies se fermèrent, les taches disparurent, et la sensation est revenue aux endroits anesthésiés par la maladie. Depuis cinq ans, la guérison est complète ; tout traitement a cessé, mais la Soeur continue toujours à se dévouer au soin des malades et à l'instruction des enfants lépreux.
    Un autre cas de guérison complète fut constaté à l'asile, à peu près dans le même temps.
    Une jeune fille Birmane, dont le père était mort lépreux dans l'asile, portait sur diverses parties du corps les taches anesthésiques, marques infaillibles de lèpre. Après six mois de traitement tout signe de lèpre disparut. On garda la jeune fille en observation et un an après, aucun indice de la maladie ne réapparaissant, on l'envoya dans une école normale où elle est encore et où elle se porte très bien.
    Un jeune homme employé dans les bureaux de l'administration fut obligé d'abandonner sa situation à cause de la terrible maladie. Il se décida à venir à l'asile une fois par semaine, pour subir les inoculations de lé proline (nom donné au nouveau sérum). Pendant deux ans il suivit le traitement et actuellement il a pu reprendre son travail. Il est dactylographe aux appointements de 250 fr. par mois.
    Un autre jeune homme amené à l'asile, il y a quatre ans au moins, dans un état déplorable, se félicite aussi des résultats obtenus ; sa santé s'est tellement améliorée et sa vigueur renouvelée, que le docteur Rost le jugea capable de devenir son collaborateur pour la préparation du sérum.
    Quel est donc ce sérum et comment est-il obtenu ? Pour répondre à cette question, je me permettrai d'extraire les explications suivantes d'une étude faite par le docteur de Beurman, médecin à l'hôpital Saint-Louis à Paris, qui, dans un voyage en Extrême-Orient, eut l'occasion de voir à Rangoon le docteur Rosi, et fut loin de condamner les nouveaux essais :
    « C'est une substance liquide, obtenue par la macération de nodules lépreux frais dans un bouillon. Pour préparer ce bouillon de culture, on imprègne de bouillon de boeuf quelques morceaux de pierre ponce qu'on fait distiller dans un courant de vapeur. On obtient ainsi un liquide dépourvu de sels et conservant une valeur nutritive pour le bacille de Hansen.
    « Pour obtenir le bacille de lèpre qui doit ensemencer ce bouillon et en faire une culture, on choisit un cas de lèpre nodulaire dont les nodules sont riches en bacilles ; on prend de préférence les nodules du lobule de l'oreille. La surface cutanée est frottée à l'alcool, l'épiderme du nodule est abrasée ; puis on excise un fragment du nodule avec une pince stérilisée. Ce nodule est immédiatement plongé dans un tube de culture, qui, une fois ensemencé, est laissé pendant environ deux mois à une température de 38° à 40°. Il se forme ainsi au fond du tube un dépôt blanchâtre ; après deux ou trois mois de séjour, ce liquide est concentré par un procédé spécial, 2.000 c. c. sont réduits à 200 c. c. ce qui reste est filtré sur une bougie Pasteur stérilisée, et on obtient ainsi le sérum appelé « léproline » qui est inoculé.
    « Ce liquide examiné au microscope ne révèle aucun bacille de lèpre ».
    Le docteur Rost n'a pourtant pas la prétention d'avoir cultivé et multiplié le bacille de Hansen ; mais il constate que par la macération des nodules lépreux il se forme une substance analogue à la tuberculine qui produit une réaction suivie d'amélioration chez les sujets traités. Depuis dix-huit mois le docteur Rost a encore modifié son mode de préparation, et les inoculations qui étaient assez douloureuses sont devenues quelque chose comme des piqûres de vaccin, les réactions se produisent comme avant.
    Enfin, en terminant cette lettre, je dois ajouter que j'ai constaté que les résultats de ce nouveau traitement ont été pour plusieurs la guérison complète, pour un grand nombre une amélioration incontestable ; pour quelques-uns les résultats n'ont pas été aussi probants ; mais chez aucun des sujets traités je n'ai eu à constater le moindre accident fâcheux.

    E. FREYNET, Supérieur,
    Rangoon,
    Leper Asylum,
    Kemmendure
    (Birmanie méridionale).

    1911/72-75
    72-75
    Birmanie
    1911
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