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La gale de Pierre Précieuse

La gale de Pierre Précieuse Légers et court vêtus, nous allions à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agiles, Pantalons courts, souliers sans bas... Une rencontre : une bonne vieille s'écarte pour nous laisser passer, une fillette apeurée se cramponne à un immense parapluie en papier huilé. Celle-ci, toute petite, porte encore le pantalon national des enfants chinois, deux fourreaux de jambes, ou pour mieux dire, une culotte sans fond : elle se nomme « Pierre Précieuse ».
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    La gale de Pierre Précieuse

    Légers et court vêtus, nous allions à grands pas,
    Ayant mis ce jour-là, pour être plus agiles,
    Pantalons courts, souliers sans bas...

    Une rencontre : une bonne vieille s'écarte pour nous laisser passer, une fillette apeurée se cramponne à un immense parapluie en papier huilé. Celle-ci, toute petite, porte encore le pantalon national des enfants chinois, deux fourreaux de jambes, ou pour mieux dire, une culotte sans fond : elle se nomme « Pierre Précieuse ».
    « Où vas-tu, grande tante, avec ta Pierre Précieuse?
    Je conduis mon laideron à la comédie. Et toi, frère aîné, vas-tu aussi à la comédie avec ce gros cheval?
    Non, je monte au village voisin avec ma misérable rosse.
    Et le robuste garçon qui porte ta charge, c'est bien le fils du frère aîné (votre fils)? Qu'il a donc une mine intelligente !
    Mais non, ce n'est que mon boy, et il est plutôt bête
    Vraiment, je suis sotte : le fils de mon frère aîné aurait aussi de la barbe, et il ne s'abaisserait pas à porter les bagages.
    Combien le noble frère a-t-il de Trésors à la maison ?
    Je n'ai pas d'enfants, grande tante, je vis tout seul.
    Comment, toi qui possèdes des milliers et des milliers de piastres, tu n'as même pas une ou deux épouses ?
    Non, grande tante, je suis ministre du MAITRE DU CIEL, je garde la chasteté, je me dévoue au salut des âmes ».
    La pauvre vieille est longue à s'assimiler tout l'inconcevable d'un tel régime, mais son sens pratique de ménagère a vite fait de reprendre le dessus :
    « Si tu n'as pas d'épouse, frère aîné, ta cuisine ne doit pas être fameuse. Pas étonnant que ta noble Substance soit si maigre ! »
    Avant de lâcher la vieille, je lui conseille de venir chez moi chercher des remèdes contre la gale dont sa fille est atteinte.
    « Le frère aîné a donc beaucoup de remèdes ?
    Pour toutes les maladies... »
    Huit jours passent, la vieille arrive à la mission. Les religieuses chinoises soignent la galeuse et « cuisinent » en même temps la grand'mère. La petite guérit, mais, la Providence faisant bien les choses, toute sa maisonnée attrape à son tour le microbe...
    Si bien que ma bonne vieille et ses « Pierres Précieuses » seront bientôt comptées parmi les enfants de Dieu.

    MARCEL GUESDON,
    Missionnaire
    De Swatow (Chine).
    1942/40-42
    40-42
    Chine
    1942
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