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La fondation actuelle d'un nouveau poste en Corée

La fondation actuelle d'un nouveau poste en Corée Elle ne ressemble en rien à ce qu'elle était, il y a seulement 20 ou 30 ans. A ce moment, à l'issue d'une retraite l'évêque disait à un ancien missionnaire, quelquefois à un nouveau : « Eh bien, Père Un Tel, vous irez dans telle province, telle préfecture, et vous tâcherez de découvrir un endroit propice pour vous établir ».
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    La fondation actuelle d'un nouveau poste en Corée

    Elle ne ressemble en rien à ce qu'elle était, il y a seulement 20 ou 30 ans. A ce moment, à l'issue d'une retraite l'évêque disait à un ancien missionnaire, quelquefois à un nouveau : « Eh bien, Père Un Tel, vous irez dans telle province, telle préfecture, et vous tâcherez de découvrir un endroit propice pour vous établir ».
    Le missionnaire, après avoir consulté la carte, s'acheminait à pied ou à cheval avec son servant et son palefrenier vers sa terre promise, mangeant et couchant dans les auberges pendant des jours et des semaines. Enfin il arrivait dans son nouveau domaine qui s'étendait sur 100 ou 200 kilomètres de diamètre ; il voyait, examinait : si la chose était faisable, il achetait une maison coréenne de 2 ou 3 chambres mesurant chacune 2 mètres de côté, sinon, il se contentait d'en louer une ; puis, peu à peu, selon l'influence de la grâce et le succès de ses prédications, il établissait sa demeure dans tel ou tel endroit ; c'était l'âge héroïque.
    Les Anciens, ayant défriché d'immenses régions, fait germer la semence de chrétiens en de nombreux points de leurs districts, se trouvèrent débordés par le nombre de leurs chrétiens ; de plus, ceux-ci, trop éloignés du centre spirituel, ne recevant la visite du missionnaire que deux fois par an, aspirèrent à vivre d'une vie spirituelle plus intense, et pour cela désirèrent posséder un Père plus à leur portée. C'était le problème de la division des districts qui se posait.
    L'évêque, autant que les chrétiens, la désirait ; mais comment. résoudre ce problème? Il fallait des effectifs, et il fallait des munitions, tout comme à la guerre. A Taikou, la question des effectifs se trouva en grande partie résolue grâce aux efforts continus de Mgr Demange pour développer le clergé indigène ; mais où trouver le « nerf » de la guerre ? Les nations européennes, de 1914 à 1918, avaient abusé de leurs « nerfs », et leur système nerveux, trop ébranlé, se trouve encore dans un état de dépression qui leur impose les plus grands ménagements. Monseigneur prit donc le seul parti possible et logique : il répondit aux nombreuses délégations de chrétiens venant à l'évêché réclamer un Père : « Préparez une maison pouvant servir de chapelle, puis une autre maison pour le Père ; quand vous aurez fait cela, nous verrons ». Ce fut une émulation, et à l'issue de l'ordination des 11 prêtres de 1926, il y eut des nids pour recevoir les nouveaux oiseaux.
    Quelques délégués toutefois s'en retournèrent bredouilles et l'oreille basse : parmi eux se trouvaient les délégués d'Enyang. Mais où se trouve Enyang ? Si vous prenez une carte de Corée, vous verrez au sud de la presqu'île le port de Fusan ; tirez vers le Nord une ligne de 55 kilomètres ; son extrémité vous trouverez, entre la chaîne de montagnes d'Oun Mou San, véritable épine dorsale de la Corée, et la mer du Japon, le bourg d'Enyang ; les chrétiens de ces régions et d'autres encore, situées à 30 kilomètres plus au Nord, faisaient partie du district de Fusan ! District trop étendu, puisqu'il avait plus de 100 kilomètres de long, chrétiens trop nombreux (2.700) et de plus, disséminés en 36 stations : la division s'imposait, et était désirée de tous : évêque de Taikou, missionnaire de Fusan, et chrétiens de la région d'Enyang.
    Lors d'une tournée de confirmation en ces parages, Monseigneur repérait une belle position dans un petit village à demi chrétien et distant d'à peine 700 mètres d'Enyang. Sa Grandeur, enlevant aux chrétiens l'embarras du choix, désigna cet endroit : « Voilà, dit-Elle, l'emplacement du futur poste, voilà la propriété qu'il faut acheter ». Qu'était-ce que cette propriété ? Une ancienne bonzerie, pour lors en possession d'un païen ; quatre maisons couvertes en tuiles (chose rare en Corée) encadraient une cour rectangulaire ; des deux grandes maisons, l'une pouvait servir d'habitation au missionnaire et l'autre être transformée en chapelle ; le présent était assuré ; pour l'avenir on trouverait bien dans les 3 hectares de bois et de champs attenant aux maisons un bel emplacement pour la future église.
    Les projets étaient magnifiques, mais le diable se chargea bien d'en retarder la réalisation ; raconter toutes ses ruses serait trop long : bref, en 1926, après l'ordination des 11 prêtres coréens, l'achat de cette propriété, engagé depuis deux ans, n'était pas conclu, et Monseigneur comme de juste, n'accorda personne aux délégués d'Enyang. En octobre de cette même année, j'arrivai en Corée ; je restai à l'évêché pour étudier la langue jusqu'à la retraite de 1927, qui eut lieu au début de mai. Juste pour la retraite, les chrétiens réussirent à acheter la propriété et députèrent en hâte à Taikou, un délégué pour réclamer u leur » Père : Monseigneur fit droit à leurs voeux. Aussitôt la nouvelle connue, ce fut un empressement remarquable pour adapter les locaux à leur nouvelle destination. La maison qui devait servir de chapelle fut littéralement transformée : à part le toit et les colonnes en bois qui le supportent, tout le reste fut remis à neuf. Voulez-vous maintenant connaître les sacrifices que firent ces 1.050 chrétiens, pauvres pour la plus part, pour avoir un Père ? La propriété coûta 2.200 yens et les réparations 300 ; soit un total de 2.500 yens ou de 30.000 francs au taux actuel du change. Cet exemple est digne d'être proposé à la méditation des catholiques de France : il leur prouve que les missions font ce qu'elles peuvent pour s'aider elles-mêmes avant de demander le secours d'autrui.
    Le nid étant prêt, j'y accourus un beau matin en compagnie du P. Deslandes, l'ancien Père de Fusan, et après une réception solennelle (arc de triomphe, guirlandes, lanternes, drapeaux, rien ne manquait), nous nous mîmes à l'ouvrage. Car ces chrétiens venus de 30 kilomètres à la ronde, n'avaient pas seulement l'intention de prouver leur affection à leur nouveau Père, ils entendaient bien prouver leur amour au bon Maître en recevant les sacrements : pendant deux jours, nous confessâmes donc. Le calme un peu revenu, je pus vider à fond mes malles et m'apercevoir combien rien n'était de trop parmi le trousseau fourni par la chère OEuvre des Partants. Ces paquets que l'on enfouit presque négligemment et sans examen dans ses malles au Séminaire de la Rue du Bac, comme on est content de les retrouver dans une chapelle toute nue! Et comme l'action de grâces monte naturellement du road du coeur vers cette providence attentive et bonne qui n'a rien oublié!
    E. BEAUDEVIN,
    Mission de Taikou, Corée.

    1928/202-205
    202-205
    Corée du Sud
    1928
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