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La fin de l'expédition anglaise à Lhassa

Thibet LETTRE DE M. DESGODINS Missionnaire apostolique. La fin de l'expédition anglaise à Lhassa. Le traité. Retour des vainqueurs. Pedong, le 31 octobre 1904. Hier, nous voyions passer ici les derniers traînards de l'expédition ; ils étaient en guenilles. C'est donc bien fini, et je puis plus facilement résumer les événements et préciser la situation.
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    Thibet

    LETTRE DE M. DESGODINS
    Missionnaire apostolique.

    La fin de l'expédition anglaise à Lhassa. Le traité. Retour des vainqueurs.

    Pedong, le 31 octobre 1904.

    Hier, nous voyions passer ici les derniers traînards de l'expédition ; ils étaient en guenilles. C'est donc bien fini, et je puis plus facilement résumer les événements et préciser la situation.
    Je vous ai dit que les Anglais, arrivés à Lhassa le 3 août, y avaient signé le traité au Potala même, le 4 septembre. Les journaux ont publié le (Draft) projet de traité, puis n'ont plus rien dit. Nous attendions avec impatience le vrai traité, tel qu'il a été signé et nous l'attendons encore, mais on m'assure que ce qui a été publié est bien ce qui a été signé, à quelques corrections peu importantes près
    Voici donc l'analyse de ce traité en dix articles :
    1o Les Thibétains établiront deux nouveaux entrepôts de commerce, l'un à Guiang-tsé (dans la province de Tsang, dans la vallée qui conduit à Chiga-tse et à Trachi-lumbo) ; le deuxième, à Gartok (dans la province ouest de Ngaré où vient aboutir la route anglaise faite il y a longtemps sur les bords du Sutleje). Ces deux nouveaux marchés sont en plus de celui de Yathung établi au sud de la vallée de Chumbi ; entre le Sikim et le Boutang, où personne n'a pu s'établir.
    2o Le Thibet paiera une indemnité de guerre de un demi million de livres sterling (7.500.000 roupies), et l'Angleterre occupera la vallée de Chumbi jusqu'à l'entier acquittement de cette somme en trois versements, dont le premier aura lieu le 1er janvier 1906, et jusqu'à ce que les marchés ci-dessus soient établis convenablement.
    3o Sans le consentement de la Grande Bretagne, aucun territoire thibétain ne pourra être cédé ou loué à une puissance étrangère. Aucun pouvoir étranger n'aura à s'occuper des affaires du Thibet, ni à envoyer d'employés officiels ou non, quelles que soient leurs occupations, pour aider à l'administration des affaires thibétaines. Aucun pouvoir étranger ne pourra être autorisé à construire des routes, des télégraphes, ou à exploiter les mines.
    4o Le traité devait être signé par le commissaire anglais et le Talaï-lama.
    Or le Talaï-lama avait déguerpi depuis longtemps. Après un mois de discussion, le traité fut signé par les supérieurs des trois grandes lamaseries, dont l'un est qualifié de Régent. On assure qu'au dernier moment, l'ambassadeur chinois refusa de signer le traité parce qu'il n'avait pas de pouvoirs ad hoc, a-t-on dit dabord, parce que le pouvoir suprême de la Chine n'est pas suffisamment reconnu, a-t-on dit ensuite. Je le crois bien, il n'est pas dit un mot de la Chine, elle a bien l'air d'être reléguée parmi les pouvoirs étrangers.
    Après la signature, on se traita en bons amis jusque vers le 25 septembre ; puis le défilé de retour commença, sans laisser ni résident anglais, ni garnison à Lhassa. En repassant à Guiang-tse, on y laissa trois cents soldats indigènes avec leurs officiers et un capitaine O'Connor chargé des intérêts anglais commerciaux (on dit qu'on y envoie aussi un détachement de police). Survinrent des pluies diluviennes qui couvrirent les plateaux de neige épaisse, et les troupes eurent un mal infini à rentrer dans la vallée de Chumbi. En passant à Pari dzong, qui est dans la partie supérieure, on y laissa encore un petit corps, mais je ne sais combien d'hommes. A Chumbi, on laissa encore deux compagnies d'indigènes, et alors commença la débandade. Pendant six jours de suite, nous avons vu repasser ici les différents corps, sales, déguenillés, et souvent sans chaussure, poussant devant eux les mulets de bagages, etc... La victoire ne va pas sans misères.
    Le commissaire anglais, avec quelques-uns de ses seconds, avait pris l'avance en passant par le Sikim (donc, nous ne l'avons pas vu) pour aller rendre compte de sa mission au vice-roi, à Simla. Les journaux ont à peine dit quelques mots sur sa réception, seulement ils ont déjà laissé entrevoir que le gouvernement anglais ferait quelques changements à cause des assurances qu'il avait données à la Russie, puis le silence s'est fait.
    Le général qui venait, avec l'arrière-garde est lui aussi repassé par le Sikim pour se rendre directement à Darjeeling.
    Le deuxième jour du défilé des troupes ici, on héliographe que le bruit courait que les trois cents hommes laissés à Guiangtse avaient été attaqués par les Thibétains et que le télégraphe qui relie Guiang-tse à Chumbi était coupé par ceux-ci. Malgré ce bruit, cette rumeur, ordre fut donné de continuer la marche. Je le crois bien, avec des troupes en si mauvais état, il n'y avait pas moyen de les faire retourner.
    Cinq officiers sont venus nous faire visite. Le sentiment qui domine chez tous, c'est le désappointement, je dirais presque le dégoût. Le plus complet. L'un d'eux n'avait aux pieds que des bottes thibétaines. Le lendemain, passait un capitaine qui n'avait qu'un tricot pour uniforme.
    Il y a une exploration de trois officiers et huit soldats, qui doivent remonter le Tsang-po jusqu'à sa source, passer dans la province occidentale dé Ngaré et rentrer dans l'Inde par la route du Sutleje.
    L'exploration du Tsang-po inférieur jusqu'à son entrée dans Assam n'a pas été permise par le gouvernement thibétain et a été abandonnée.

    1905/8-11
    8-11
    Chine
    1905
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