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La fête des trépassés en pays Tamoul

VARIÉTÉS La fête des trépassés en pays Tamoul PAR Mgr BOTTERO Evêque de Kumbakonam.
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    VARIÉTÉS

    La fête des trépassés en pays Tamoul

    PAR Mgr BOTTERO
    Evêque de Kumbakonam.

    Nos chrétiens nourrissent une dévotion bien tendre pour leurs morts. Dès qu'un de leurs frères a rendu le dernier soupir, ils se hâtent de faire dire une messe pour le repos de son âme. Ils appellent cette messe du nom bien expressif de Poudou Motcha Vilhakkou (la première lampe sur le chemin du ciel). Un peu plus tard, si leur extrême pauvreté n'y met pas obstacle, ils allument une seconde lampe, je veux dire : ils font célébrer une seconde messe qui porte le nom de Mounram Cougi ; puis ils font une aumône aux pauvres, et ils s'entendent avec le prêtre pour que, chaque dimanche de l'année, des prières publiques soient récitées pour le cher défunt. Mais c'est à la veille du 2 novembre, que nos fidèles catholiques font éclater l'ardeur de leur foi et l'affection qu'ils portent à leurs morts. Au soir de la Toussaint, le prêtre en surplis, étole et Chappe noires, se rend au « Campo-Santo », accompagné de ses clercs et de ses catéchistes, pour la bénédiction des tombes. Il est beau le cimetière, avec ses centaines de croix noires qui émergent du milieu d'une moisson de hautes herbes. On a eu soin de faire la toilette de chaque tertre, grand ou petit, qu'on a recouvert de linges immaculés, et au chevet duquel on a établi un petit autel orné de guirlandes de fleurs, de candélabres et de cierges bénits. Après le chant de l'absoute, le missionnaire parcourt, de rang en rang, toute la série des tombes ; il est suivi de la masse des chrétiens qui récitent en choeur les sept Psaumes de la Pénitence.
    Quand cette fonction est terminée, vous voyez chaque famille s'approcher de l'endroit où reposent ses chers défunts. Hommes, femmes, adolescents, petits enfants revêtus de leur seule innocence, tous se prosternent la face contre terre, et commencent à chantonner, d'une voix touchante, le saint Rosaire, les litanies des âmes du Purgatoire et d'autres prières traditionnelles. Le murmure confus de tant de voix se fait entendre au loin, dans le silence de la nuit. Oh ! Quelle poésie que tout cela ! Ici, une pauvre veuve est étendue sur le sol sacré ; elle appelle son époux ravi trop tôt à sa tendre affection, et lui présente ses enfants, lui parlant comme s'il était vraiment sous ses yeux. Ses paroles sont entrecoupées de profonds soupirs ou de sanglots déchirants. Là, un petit bébé de 3 ans dit à sa mère : « Mère, où donc es-tu ? Reviens à moi, je meurs de te voir », et mille autres paroles enfantines, capables de fondre un coeur d'acier.
    La fête des Trépassés, dans le pays Tamoul, coïncide avec l'époque où la mousson pluvieuse bat son plein. A cette date, neuf fois sur dix, de vrais torrents d'eau tombent du ciel, le jour, la nuit presque sans interruption, sur le gazon, sur les tertres, sur les guirlandes de fleurs, sur les cierges bénits. Personne ne s'en va chercher un abri, très peu se cachent sous un parapluie. Les lampes, les flambeaux s'éteignent tour à tour. Peu importe ! hommes, femmes et enfants, mouillés jusqu'aux os, transis de froid, restent là au milieu des ténèbres épaisses, continuant de faire monter vers le Ciel le murmure de leur prière, jusqu'à ce que la cloche du village les appelle au service funèbre, qui clôt la cérémonie.

    1906/374-375
    374-375
    Inde
    1906
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