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La fête de la Pagode

FETES BIRMANES La fête de la Pagode
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    FETES BIRMANES

    La fête de la Pagode

    On dit que tout chemin mène à Rome. En Birmanie, toutes les voies de communication conduisent à la fête annuelle de la pagode. En barque, en char, en chemin de fer, à pied, à cheval, à bicyclette, en taxi, en auto même depuis quelque temps, la foule arrive de partout, joyeuse, endimanchée. Aussi, bien qu'inspirée par le bouddhisme, cette fête est devenue beaucoup plus mondaine que religieuse, et le grand marché qui a lieu en même temps attire plus de curieux que le temple ne reçoit de pèlerins, tous mêlés et confondus dans un brouhaha qui ne porte guère à la dévotion.
    Des baraques temporaires s'élèvent de tous côtés. Courses de chars et de chevaux, boxe, lutte, concours agricoles, danses, représentations théâtrales, orchestres, attirent et amusent une multitude avide de jouir. Les restaurants ambulants, les marchands de fruits, de limonade, de glace, de thé, de cigarettes et de bien d'autres friandises font de bonnes affaires.
    Pourquoi, dans toutes ces fêtes religieuses, cette joie débordante ? Serait-ce, comme on l'a dit et répété, parce que le bouddhisme birman est triste, déprimant ? Car, d'après lui, vaine est la vie, illusion le plaisir ; coupable de péché celui qui désire ce plaisir ou celui qui souhaite une autre vie après la mort. Annihilation dans ce monde ou dans l'autre : voilà le but suprême. Seraient-ce ces tristes pensées qui pousseraient le Birman à se distraire, se divertir, s'amuser, pendant qu'il en a le temps ? Plus probablement le Birman ne pense ni si haut ni si loin : c'est un bon vivant qui sait jouir comme personne des plaisirs qui s'offrent à lui.
    La fête de la pagode a pourtant son côté utile : celui de blanchir le temple une fois chaque année, avec l'argent souscrit à cet effet par les fidèles.

    LA FETE DES LUMIERES

    La fête des lumières clôt le carême birman. Elle commémore la visite que fit le Bouddha au pays de Tavatimsa pour prêcher sa doctrine aux habitants de ce céleste séjour. A son retour, les « nats » (esprits) l'accompagnèrent et le peuple l'accueillit avec des flambeaux à la main. Cet événement eut lieu à la fin du carême et les bouddhistes birmans le célèbrent en illuminant à profusion les rues, les maisons, les pagodes, les monastères. Le soir de ce jour, tout le monde sort de chez soi pour se promener et admirer les belles illuminations et les voiturettes brillamment éclairées, faites de bambous recouverts de papier colorié, en forme de paons, de lièvres, d'éléphants, que grandes personnes et enfants poussent devant eux.
    De nombreux ballons, de toute forme et de toute dimension, sont lancés de tous les coins de l'horizon et ils ne sont pas sans danger lorsqu'ils tombent en flammes sur des toits de chaume ; ils sont envoyés en offrande à la pagode du pays enchanteur de Tavatimsa. Voici, d'après la légende, comment fut construite cette pagode, la seule de cette céleste région. Sept rois, qui avaient assisté aux derniers moments du Bouddha, voulurent emporter de ses reliques. Leur empressement à se servir provoqua entre eux une querelle si violente qu'elle faillit causer une guerre. Ce que voyant, les esprits présents intervinrent et nommèrent un arbitre pour faire équitablement le partage. L'arbitre désigné, brûlant d'envie, lui aussi, de posséder des reliques, réussit, tout en faisant sa distribution et de connivence avec les esprits, à en cacher une dans sa coiffure, après quoi arbitre et esprits se hâtèrent de rentrer dans leur céleste demeure, où ils bâtirent une pagode pour y déposer leur pieux larcin. De là la renommée de cette pagode, vers laquelle, chaque année, on lance des ballons auxquels sont suspendues des lumières pour éclairer leur chemin.
    En cette même fête, sur les rivières sont lancés et abandonnés au fil de l'eau de petits radeaux chargés de milliers de lumières. Par nuit noire le coup d'oeil est vraiment féerique : suivant les obstacles qu'elles rencontrent, les remous, les tourbillons, les barques amarrées au rivage, ces lumières flottantes s'approchent, s'éloignent, montent, descendent, tournoient, chavirent, s'enfoncent, s'éteignent après avoir formé, avant de disparaître, les plus bizarres figures que l'on puisse imaginer. Aussi n'est-il pas étonnant que les foules se portent nombreuses pour jouir de ce spectacle.

    LA FETE DE L'ARBRE DE LA SCIENCE

    Le jour de la pleine lune de mai est grande fête pour les Birmans, qui y célèbrent à la fois la naissance du Bouddha Gautama et sa mort, c'est-à-dire son entrée dans le nirvâna. La principale cérémonie de ce jour consiste à arroser l'arbre de la science », a l'ombre duquel Gautama, dans une dernière méditation, ferma les yeux à la vie de ce monde et s'envola en poussière vers l'éternel repos.
    L'arbre de la science, le banian ou figuier des Indes, est pour les bouddhistes birmans l'arbre sacré par excellence. Il est remarquable par ses fortes racines, sa taille gigantesque, ses énormes branches, son feuillage d'un beau vert foncé. Vient il à pousser à côté d'un autre arbre, il l'encercle, le serre, l'étouffe et prend sa place pour, lui, grandir à son aise. Le Birman dit que, en souvenir de Bouddha et par respect pour le grand Sage, ses feuilles bruissent sans cesse, que le vent les agite ou non.
    Le culte des esprits (nats) est, nous l'avons dit, la première religion des Birmans. Avant la venue de Gautama, ils n'en avaient pas d'autre. Prières, suppliques, offrandes, c'est à eux qu'elles étaient, et qu'elles sont encore adressées. Les génies habitaient lss arbres, et les plus puissants d'entre eux se réservaient les plus grands. Aussi le banian était-il le plus en faveur et recevait-il le plus grand nombre de dévots. Mais ceux qui venaient invoquer ces esprits devaient, pour se les rendre favorables, arroser l'arbre sacré. Aujourd'hui pour célébrer dignement cette fête, les uns se rendent à la pagode, nourrissent les bonzes, distribuent des aumônes ; d'autres l'observent comme un dimanche ; mais aucun ne manque d'arroser l'arbre de la science.
    La croyance que les esprits habitent le banian est tellement enracinée que, de nos jours encore, beaucoup de personnes en ont peur et évitent de passer sous cet arbre.
    Il y a quelques années, en visite chez un confrère de la jungle, pour nous récréer nous priment nos fusils et partîmes pour la forêt voisine. Nos suivants étaient le domestique du Père, un solide gaillard de 20 ans et ne riez pas, un gentil petit cerf, aussi apprivoisé que le plus doux des agneaux. La promenade, plutôt que la chasse, était le but de notre sortie. A la tombée de la nuit, comme nous prenions le chemin du retour, voici qu'à un tournant un immense banian barre le sentier que paisiblement nous suivions. Nous le contournons et continuons notre route. Soudain un cri de détresse frappe nos oreilles. Nous retournons : le jeune cerf est là, le Birman a disparu. Un malheur est-il arrivé ? Le tigre l'a-t-il emporté ? Rapidement nous rebroussons chemin, et nous le trouvons sous le banian, tremblant, le regard effaré, la mort dans l'âme. Un esprit l'a saisi, le tient, le tourmente et ne veut pas le lâcher. Pour l'en délivrer nous faisons du bruit, nous tirons des coups de fusil sur l'arbre. « Allons, viens : le « nat » est parti, nous l'avons vu s'enfuir ; il ne te fera plus de mal ». Nous le prenons par la main et voulons l'emmener. Inutile : il reste cloué au sol.
    Nous partons, et ce n'est que deux heures plus tard que le pauvre garçon rentra à la maison, plus mort que vif : le « nat » l'avait enfin lâché !

    LA FETE DES VOLEURS

    La nuit de la pleine lune de novembre, disent les Birmans, toutes les constellations apparaissent au ciel. La plus célèbre pour eux, la seule qu'ils fêtent, est Sawya, la constellation des voleurs. Si ceux qui naissent sous sa néfaste influence parviennent souvent à maîtriser la passion du vol dont elle les a gratifiés, le jour, ou plutôt la nuit de l'apparition de leur constellation tutélaire, c'est non seulement sans honte et sans regrets, mais avec joie, avec une sorte de délire, que des jeunes gens, cleptomanes ou non, se livrent à mille folies et jouent des tours pendables aux habitants plongés dans le sommeil. Parcourant tous les coins et recoins de la ville, ils enlèvent, décrochent, entassent et cela sous les regards indulgents de la police, tous lès objets qu'ils peuvent saisir, emporter ou traîner avec eux. Un de leurs tours préféré est d'intervertir les enseignes des magasins : ainsi, le matin à son lever, un marchand de soieries se trouvera, d'après son nouvel écriteau, devenu marchand de lunettes ; un cordonnier sera devenu pharmacien, un boucher directeur de banque, un avocat marchand de cigares, un médecin tailleur.
    Une fois repérés, le propriétaire va chercher les objets qui lui appartiennent : il retrouvera facilement ses instruments aratoires, par exemple, entassés parmi beaucoup d'autres à un coin de rue ou dans un champ ; mais des habits, de la volaille, des fruits, des vases de fleurs, etc., qui lui ont été enlevés, il n'a qu'à faire son deuil. C'est sa contribution à la fête des voleurs.
    A. DARNE,
    Missionnaire de Mandalay.

    1936/175-180
    175-180
    Birmanie
    1936
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