Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

La Conversion d'un lettré dans le Haut Tonkin

La Conversion d'un lettré Dans le Haut Tonkin M. Gustave Hue, provicaire de la Mission de Hung-Hoa, nous fait le récit émouvant de la conversion d'un instituteur tonkinois : « Ce jeune homme, âgé de vingt ans environ, issu d'une famille de lettrés et lettré lui-même, fut nommé il y a quatre ans, ici même, à Phu-Nghia, centre de mon district.
Add this
    La Conversion d'un lettré
    Dans le Haut Tonkin

    M. Gustave Hue, provicaire de la Mission de Hung-Hoa, nous fait le récit émouvant de la conversion d'un instituteur tonkinois :
    « Ce jeune homme, âgé de vingt ans environ, issu d'une famille de lettrés et lettré lui-même, fut nommé il y a quatre ans, ici même, à Phu-Nghia, centre de mon district.
    Dès son arrivée, il me fit une visite de politesse où nous parlâmes incidemment de la question religieuse. Peu après, il me demanda quelques ouvrages pour étudier le catholicisme. Je lui fis lire « Christus », puis le Manuel d'Apologétique de Moulard et Vincent, et enfin les oeuvres de Bossuet. Son esprit naturellement droit, fut frappé de la force des arguments où s'appuie notre foi et au bout d'un an, il me manifesta le désir de recevoir le baptême. Loin de le pousser, je lui exposai combien il lui serait difficile d'observer la religion, seul, dans une famille de lettrés, où les Rites sont chose sacrée, et lui conseillai d'éprouver ses forces pendant les vacances qui approchaient.
    A son retour, il me confia l'impression produite par la nouvelle de sa conversion. L'accueil avait été plutôt froid, et même un oncle avait eu des paroles dures pour son neveu. De plus, sa jeune femme qu'il venait d'épouser et à qui il avait loyalement faite part de ses projets, l'avait prévenu nettement que, née dans une famille de lettrés et fille d'un mandarin persécuteur des chrétiens, elle ne se convertirait jamais !

    Janvier Février 1929, no 185.

    Mon catéchumène ne se découragea pas, et redoubla ses instances pour recevoir le baptême, en me promettant de faire son possible pour changer les dispositions de sa femme.
    Comme jusque là son instruction avait été surtout théorique, il me parut bon d'exiger l'étude des prières du matin et du soir, pour assurer un minimum de pratiques religieuses après le baptême. Les apprendre par coeur fut un jeu pour sa vive intelligence, et au mois de décembre (1927) je pus lui administrer le saint Baptême, en lui donnant comme patron saint Augustin. Pour parrain, je lui choisis un mandarin lettré, néophyte lui-même, et d'une ferveur peu commune, qui après sa conversion a amené toute sa famille au catholicisme. Il a tout ce qu'il faut pour guider son filleul dans le chemin du devoir.
    Du jour où il fut chrétien, Augustin devint l'exemple de la chrétienté de Phu-Nghia, communiant tous les dimanches, récitant les prières à haute voix avec les chrétiens, et même chantant la messe en grégorien.
    Dans une âme si généreuse, Dieu verse des grâces de choix, et donne à Augustin un goût prononcé pour l'oraison. L'Evangile et surtout l'Imitation deviennent ses livres de chevet dont il médite tous les jours quelques textes. Un jour quel ne fut pas l'étonnement de mon confrère de Tong-Thai, en montant dans l'autobus, de voir mon instituteur plongé dans la lecture de l'Imitation.
    Cette vie intérieure intense lui servit pour surmonter les obstacles à l'observation intégrale de sa religion.
    Jusqu'alors, dans toutes les solennités païennes, les notables apportaient à leur instituteur une part des viandes offertes. De même les parents des élèves, à l'occasion du culte des ancêtres, avaient une part pour le Maître de leurs enfants. Augustin pria les uns et les autres de s'abstenir désormais puisque, étant chrétien, il lui était interdit de participer à ces cérémonies. L'étonnement fut grand dans le clan païen de Phu-Nghia, où comme partout dans ce pays, tout culte consiste surtout dans un repas. Quelques esprits forts esquissèrent un commencement de discussion, mais ils furent vite réduits au silence. Malgré cela, le vide se fit autour de l'instituteur.
    Une autre épreuve, plus pénible, vint bientôt l'attrister: sa jeune femme le quitta pour rentrer dans sa famille. La peine fut d'autant plus vive que déjà paraissait l'annonce de la maternité. Augustin tint bon.
    Les vacances du « Têt » arrivaient. Ce premier jour de l'an est l'occasion de nombreux rites cultuels dans une famille de lettrés. Mon néophyte s'abstint de toute participation aux sacrifices : pas de prostrations devant les tablettes des ancêtres, pas d'assistance aux repas sacrificiels, pas de contribution pécuniaire. Il crut devoir s'éloigner et séjourner dans une famille amie.
    Dès son retour, il me conta ses luttes dont il était sorti vainqueur, et ma joie fut profonde de constater tant de constance dans un nouveau chrétien.
    Mais une épine perçait toujours le coeur d'Augustin : sa femme ne rentrait pas au foyer. Elle venait de mettre au monde un petit garçon. A l'annonce de cette heureuse nouvelle, l'heureux père vint m'en faire part, et me promit que son enfant serait chrétien comme lui.
    Le bon Dieu qui se sert de l'épreuve pour ouvrir les coeurs, permit que la jeune mère tombât malade, et que tous les remèdes indigènes demeurassent inefficaces. Après avoir dépensé des sommes invraisemblables et aussi, sans doute, se sentant une gêne pour son entourage, l'épouse fugitive se décida à réintégrer le toit conjugal.
    Quelle ne fut pas la joie d'Augustin en retrouvant sa femme et son enfant, malgré l'état de santé précaire où il les voyait. Ce retour devait pourtant être pour lui l'occasion d'une nouvelle lutte, et combien délicate !
    Dès les premiers entretiens, sa femme insiste pour lui trouver une concubine. « Je suis malade, dit-elle, et ne puis assurer les soins de ménage. En outre, nous ne sommes pas riches et ne pouvons louer une domestique : votre concubine sera à la fois votre femme et ma servante ». Tel est souvent en effet, le sort de la femme de second rang en pays annamite.
    Augustin entendant ces paroles fut bouleversé. D'autant plus qu'en l'absence de sa femme, de nombreuses propositions en ce sens lui avaient été faites. Son esprit de foi reprit vite le dessus, et il répondit avec douceur mais fermement : « Je suis chrétien ma religion défend de prendre une concubine, je n'en accepterai' jamais ! » A ces mots, sa femme se mit à pleurer. Augustin vint nie trouver pour me raconter la scène. Je le félicitai de sa fermeté et le consolai. Je lui conseillai de prier et d'amener sa femme au Dispensaire de la Mission. « Ayons confiance, lui dis je, nous la soignerons et. Dieu la guérira ».
    La malade vint en effet, mais à contre coeur, et pour mieux manifester son mécontentement, elle s'assit sur un coin de la chaise, tournant la tête de côté. Son mari la consola de son mieux, lui montrant la beauté de l'unité du mariage catholique, où l'homme et la femme se donnent tout entier l'un à l'autre, sans partage. J'essayai d'appuyer dans ce sens, puis, voyant le peu de résultat de mes exhortations, j'amenai la conversation sur la maladie : l'effet fut plus heureux. Renseignements pris, il ne s'agissait que d'une faiblesse générale que les toniques parviendraient à vaincre.
    De fait, le succès du traitement dépassa nos espérances, car peu après, la mère et l'enfant revinrent à la santé. La charité réussit où avait échoué la raison, et la femme d'Augustin consentit à se faire chrétienne, et commença l'étude du catéchisme et des prières.
    Bientôt un nouveau bébé vint combler la joie des heureux parents. Entre temps, Augustin sortait le premier de l'examen d'Aptitude pédagogique. Tout sourit donc à notre jeune ménage, et le jour approche où les sacrements de Baptême et de Mariage feront de toute la famille des enfants du bon Dieu.
    Je dis mariage... c'est qu'en effet la jeune femme vient de nous apprendre un détail qu'elle avait caché jusqu'à ce jour. Etant toute petite, elle était tombée d'un premier étage dans la rue, et avait été portée mourante à l'Hôpital des Soeurs de Hà-Dông. Grâce aux soins dévoués des bonnes religieuses, elle était revenue à la vie. En la rendant à sa famille, la Soeur avait dit à la mère : « Ton enfant est ressuscitée : son ancienne existence est finie, elle en recommence une autre ». L'enfant aurait-elle été baptisée « in articulo mortis » ? C'est possible, sinon probable. Elle serait donc chrétienne, et il faudra régulariser la situation par un mariage chrétien.

    1929/2-5
    2-5
    Vietnam
    1929
    Aucune image