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La conversion de Minnour

La conversion de Minnour Il y a quelque vingt ans, les premiers néophytes de ce village furent baptisés par le vénéré directeur de l'Œuvre des Partants, le P. Fleury. Après le départ du bon Père pour la France, les conversions n'avancèrent plus, et ce village, si bien disposé, resta dans le statu quo.
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    La conversion de Minnour

    Il y a quelque vingt ans, les premiers néophytes de ce village furent baptisés par le vénéré directeur de l'Œuvre des Partants, le P. Fleury.
    Après le départ du bon Père pour la France, les conversions n'avancèrent plus, et ce village, si bien disposé, resta dans le statu quo.
    Les nouveaux baptisés étaient fermes dans leur jeune foi. Les païens, loin d'être hostiles, se montraient favorables à la religion. Il semblait qu'il n'y eut qu'un pas à faire pour qu'ils devinssent chrétiens ; mais hélas! ce pas, ils ne le faisaient point.
    Pendant le temps des administrations, que de fois n'ai-je pas eu des entretiens avec les païens, devant la porte de la modeste chapelle!
    — Pourquoi ne vous faites-vous pas chrétiens?
    — Ça viendra, Père.
    — Est-ce que notre religion est une mauvaise religion?
    — Oh! Non Père : c'est la vraie, la bonne, la nôtre n'est que mensonge.
    — Alors, faites-vous chrétiens bien vite.
    — Nous verrons, Père, nous verrons.
    Et je sortais de ces entretiens, l'âme bien triste. Leur : Nous verrons avait des odeurs de calendes grecques, vous savez, celles qui n'arrivent jamais ; car il est vrai que l'arbre, le plus couvert de fleurs, ne donne pas toujours les fruits les plus nombreux ; vienne le vent et... adieu toutes les espérances. Donc, le démon venait en sourdine, secouer les fleurs si délicates des bonnes résolutions de ces pauvres païens : « Pourquoi se faire chrétiens, disaient-ils entre eux, nous ne pouvons abandonner la religion de nos pères, nos dieux s'irriteraient contre nous, et toutes sortes de malheurs nous arriveraient ».
    Au mois de mai 1896, j'étais à Minnour. J'y avais planté ma tente pour un mois. Tous les jours, les chrétiens insistaient auprès de moi, pour avoir une petite fête. Leur programme était arrêté : On porterait la statue de Notre-dame de Lourdes sur un char bien orné, à travers les rues du village, on allumerait des fusées, on tirerait des coups de canon, on battrait le tambour, on appellerait les joueurs de flûte, et ce serait magnifique, ravissant.
    A la première proposition, je fis la sourde oreille : mais les Indiens sont de grands enfants, tenaces dans leurs résolutions. Pendant quatre jours, ils firent le siège de ma volonté, répétèrent les attaques, multiplièrent les sorties, jusqu'à ce qu'ils eussent emporté la place d'assaut et obtenu mon consentement. Bref! il fut décidé qu'il y aurait fête, avec neuvaine préparatoire en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes, et que le neuvième jour, le soir, à neuf heures, aurait lieu la procession aux flambeaux ; mais, le tout, à une condition, c'est que pendant la neuvaine, nous prierions spécialement pour la conversion des païens du village. Ce fut entendu.
    La fête eut lieu, elle fut magnifique ; les chrétiens jubilaient, les païens étaient dans l'admiration.
    Le lendemain, je remontais à cheval, et partais pour Tindivanam, où m'attendaient de nouveaux catéchumènes de Peïramandeï.
    Environ un mois après ces événements, je vis arriver, un beau jour, tout un bataillon de païens, l'air joyeux, le sourire aux lèvres ; ils étaient de Minnour. Ils me saluent, et le plus âgé prend la parole :
    « Père, tu nous as dit bien des fois de venir à la religion. Eh bien ! Nous voici, nous sommes 128, instruis-nous ».
    C'était bref, mais clair ; et sur-le-champ, nous commençâmes l'étude des prières et de la doctrine.
    Quelque temps après, ils reçurent le baptême. De retour au village, ils se firent apôtres à leur façon et m'amenèrent d'autres catéchumènes.
    Enfin, le village de Minnour, qui ne comptait il y a deux ans que 38 familles chrétiennes, en compte aujourd'hui 97, et il reste à peine 12 familles païennes. Encore leur conversion est assurée, « car, disent-elles, presque tout le monde est parti à la religion chrétienne, allons-y aussi ». Oui ; ils viendront, les braves gens !
    Mais voici le revers de la médaille.
    L'ancienne chapelle est devenue trop petite, de plus elle est en ruines aujourd'hui, et encore, j'ai promis — ah ! Si j'avais su — à mes chrétiens de leur bâtir une chapelle plus grande et plus digne du bon Dieu. J'ai acheté le terrain, et depuis ce jour, je me propose de bâtir. Les chrétiens me crient sur tous les tons : « Tu as promis, Père, tu as promis de nous bâtir une chapelle, quand commences-tu? » A. COMBES.

    1900/293-295
    293-295
    Inde
    1900
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