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La Chapelle des Bienheureux

La Chapelle des Bienheureux En nous rendant de la Salle des Martyrs à la Chapelle des Bienheureux, jetons un regard au-dessus du grand escalier pour considérer quelques instants le superbe tableau suspendu au mur. Ce tableau a une histoire.
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    La Chapelle des Bienheureux

    En nous rendant de la Salle des Martyrs à la Chapelle des Bienheureux, jetons un regard au-dessus du grand escalier pour considérer quelques instants le superbe tableau suspendu au mur. Ce tableau a une histoire.
    Le 15 juillet 1864, avait lieu, dans notre église, la cérémonie du départ de dix jeunes missionnaires, dont quatre, destinés à la Corée, devaient, moins de deux ans plus tard, sceller leur foi catholique par un glorieux martyre. Le baron de Coubertin, peintre de talent, était au nombre des assistants. Quand il apprit le massacre des missionnaires, il voulut illustrer sur la toile la cérémonie qu'il avait crayon né alors, et il fit don ensuite de ce tableau au séminaire des Missions Etrangères.
    A droite, l'évêque qui préside est Mgr Thomine-Desmazures, vicaire apostolique du Thibet. L'artiste a représenté, de bouts devant l'autel, quatre seulement des dix partants, les quatre futurs martyrs, les PP. Huin, Dorie, Beaulieu et de Bretenières : le premier, à gauche, donne l'accolade à un jeune ecclésiastique ; le second embrasse un vieillard ; le troisième a les yeux tournés vers le ciel pendant qu'un pieux laïque baise le bas de sa soutane, et le dernier, à droite, serre la main d'un zouave. La scène est pleine de vie ; on croirait y assister soi-même ; elle ressemble si bien à celles qui se déroulent, de nos jours encore, en de pareilles circonstances. Accolades, baisement des pieds, chaudes poignées de mains, dernières recommandations, tout s'y retrouve comme aujourd'hui avec, en plus, un détail qui est une fantaisie de l'artiste, l'admission des femmes dans l'enceinte du sanctuaire.

    ***

    A quelques pas de la Salle des Martyrs, face au réfectoire des Pères et donnant sur la terrasse du jardin, nous voici dans la Chapelle des Bienheureux. C'est bien en effet une chapelle, cette petite pièce dédiée à la mémoire de nos martyrs placés par le Saint Père sur les autels : voilà l'autel où descend, chaque matin, la sainte Victime entre les mains du prêtre. Il est surmonté de la statue de l'angélique Théophane Vénard, représenté ici en soutane annamite, le cou pris dans un anneau de fer relié à ceux des pieds par une chaîne. Les mains jointes et les yeux légèrement élevés vers le ciel indiquent l'attitude de la prière.
    En face de l'autel, juste au-dessus de la porte, est suspendue la cangue d'un prêtre indigène de Saigon, le Bienheureux Pierre Luu.
    Du côté opposé aux fenêtres, des reliques de Bienheureux, dont plusieurs nous sont déjà connus : nombreux fragments de cangues et de cercueils, coton retiré des premières châsses, chaînes de captifs honorent leur souvenir. Bien en vue, les actes des procès de béatification sont rangés comme les livres dans une bibliothèque.
    Le Bienheureux Bonnard, ce Lyonnais dont nous avons lu plus haut une lettre si édifiante, ce héros qui écrivait la veille de son immolation : « J'offre volontiers mon sang et ma vie pour l'amour du bon Maître et pour ces chères âmes que j'aurais tant voulu aider, de toutes mes forces », ce martyr du Christ est ici bien à l'honneur. Voici son service à thé, sa montre, un oreiller annamite, un pantalon, des bas, sa moustiquaire, ses sandales, les bâtonnets qui lui servaient à table, des morceaux de la cangue qu'il a portée, la corde employée pour le garrotter, une autre corde ayant servi à traîner son corps au fleuve après la décapitation.
    Le Bienheureux Jaccard avait souffert en prison pendant trois ans. Privé de messe et de communion, il avait connu le supplice des rotins et celui des tenailles rougies au feu avant d'être appelé à la gloire. Aujourd'hui, honoré sur les autels d'Asie et d'Europe, il aide, du haut du ciel, ceux qui ambitionnent de marcher sur ses traces. Notre chapelle des Bienheureux conserve un fragment de la châsse qui renfermait son corps avant la béatification, sa chaîne de prisonnier et la corde qui servit à l'étrangler.
    Le Bienheureux Cornay, dont le corps avait été coupé en morceaux, celui qui écrivait humblement, peu avant son sacrifice : « O mon Dieu, contrition pour confession, mon sang à la place de l'Extrême-Onction. Je ne me sens la conscience chargée d'aucun péché grave ; pour cela, cependant, je ne suis pas justifié. Marie m'obtiendra la contrition, et le sabre fera l'onction », ce missionnaire est une pure gloire du Poitou avec son compatriote Théophane. Voici ses cheveux, des morceaux d'un de ses vêtements, une bourse, un habit.
    Le Bienheureux Taurin-Dufresse, évêque du Setchoan, zélé pasteur et excellent administrateur, avait été décapité après seize années d'épiscopat et quarante de vie missionnaire en Chine. La Chapelle des Bienheureux ne conserve de lui que des fragments de sa première châsse et une étole pastorale, mais ces ossements reposent sous un des autels de la crypte.
    A l'annonce que sa condamnation à mort ne faisait plus de doute, le Bienheureux Gagelin s'était écrié : « Jamais nouvelle ne me fit tant de plaisir, les mandarins n'en éprouveront jamais de pareil ». Il était peu après étranglé pour la foi. Ses ossements sont gardés précieusement à la crypte, mais ici nous avons des fragments de la première châsse qui les renferma jusqu'à la béatification. Il était d'origine franc-comtoise, né près de Pontarlier en 1799. C'est du grand séminaire de Besançon qu'il vint tonsuré à celui des Missions Étrangères en 1819. N'étant encore que sous-diacre, il fut destiné à la Mission de Cochinchine où il fut ordonné prêtre en 1822. D'abord professeur de petit séminaire tout en s'occupant des chrétientés environnantes, dès 1828, il dut subir, pendant une année, une demi captivité à la cour de Hué. Remis en liberté, il reprit son activité apostolique en Basse Cochinchine et fut nommé provicaire. Il évangélisait le centre de la Mission et voyait ses efforts couronnés de succès quand parut, en janvier 1833, le premier édit de persécution du roi Minh-mang contre le catholicisme. Des fidèles faiblirent dans les tortures. Alors, pour les encourager comme aussi dans l'espoir de faire cesser la persécution, le zélé missionnaire alla se livrer au sous-préfet. C'est à Hué qu'il fut incarcéré, puis condamné à la strangulation. Il avait trente-quatre ans.
    Le Bienheureux Dumoulin Borie, au milieu de ses tourments et dans l'intervalle des interrogatoires auxquels ils était soumis, s'était montré si affable pour tous que les païens émerveillés n'avaient pu s'empêcher de dire : « Ce maître a vraiment un coeur fait pour enseigner la religion ; si, dans la suite, il veut nous instruire, nous embrasserons sa doctrine ». Un crucifix teint de son sang se trouve, à côté du calice et de la patène du martyr, exposé à la Chapelle des Bienheureux. Les jeunes missionnaires aiment à célébrer la messe au moins une fois en se servant de ce calice.
    Le Bienheureux Chapdelaine avait senti son âme enflammée devant les reliques des martyrs, alors qu'il se préparait à devenir missionnaire : « Je vous assure, écrivait-il, que ce lieu parle à l'esprit et encore plus au coeur... Avec quelle confiance ne peut-on pas s'adresser à Dieu en lui présentant le sang de ces martyrs, qui est, pour ainsi dire, encore tout chaud! » Aujourd'hui, martyr lui-même et placé sur les autels, c'est devant ses reliques que s'agenouillent les aspirants : voici divers objets qui ont été à son usage, des habits, des bas et des chaussons chinois, une calotte, une ceinture, un portefeuille.
    Le Bienheureux Schoeffler se félicitait de donner bientôt peut-être à Notre Seigneur le suprême témoignage d'amour : « J'offre mon sang à Jésus pour celui qu'Il a versé pour moi. Oh! Quil est doux de présenter un petit verre de sang à Jésus ! » Nous avons ici sa chaîne de prisonnier et les liens qui ont servi à le garrotter, une soutane annamite, des vêtements et une couverture.
    Du Bienheureux Marchand, le héros qui subit le martyre des cent plaies, nous ne possédons rien. Si la persécution a tout dispersé, sa mémoire n'en reste pas moins en honneur parmi ses disciples qui l'invoquent souvent et avec ferveur.
    Son compatriote, le Bienheureux Cuenot, un Franc Comtois des montagnes du Doubs, fut, pendant vingt-six ans, évêque dans cette Mission de Cochinchine à laquelle ils appartenaient l'un et l'autre. Voici un fragment de sa soutane violette et les étuis de son calice et de sa patène, restés ici après que furent retournés calice et patène à Qui-Nhon, ville épiscopale de l'ancienne Cochinchine orientale. Ce martyr peut être considéré comme un des principaux organisateurs du clergé indigène en Indochine au XIXe siècle. Malgré un état de persécution continuel, il ordonna cinquante-six prêtres annamites en un quart de siècle. Administrateur ferme et précis, c'est en se cachant tantôt à Go-thi, tantôt à Gia-huu, qu'il dirigea et développa les oeuvres nécessaires. En 1841, un important synode convoqué par lui à Go-thi précisa bien des points d'organisation de son vicariat, puis il fit amorcer l'évangélisation des pays moïs. C'est à Go-boï, où il s'était caché dans la maison d'une pieuse chrétienne, qu'il fut pris par les persécuteurs. Emmené en cage à Binh-dinh et incarcéré dans l'écurie des éléphants, il y tomba bientôt malade de la dysenterie et succomba le 14 novembre 1861, quelques heures avant qu'arrive de Hué l'ordre de le décapiter. Son corps, jeté au fleuve, n'a jamais été retrouvé. De lui comme du Bienheureux Dufresse, sur des théâtres semblables, mais dans des pays différents, en Annam et en Chine, on peut affirmer qu'ils ont su édifier des oeuvres de théologiens, de législateurs, d'organisateurs et d'administrateurs, oeuvres couronnées par la palme du martyre, beaux fleurons qui ornent leur longue vie épiscopale.
    Le Bienheureux Vénard se retrouve ici avec les compagnons de son triomphe. Une quantité relativement importante de ses reliques est demeurée à la Salle des Martyrs pour satisfaire la piété des visiteurs envers le plus connu de nos missionnaires. La Chapelle des Bienheureux en conserve cependant encore quelques-unes, son bréviaire, un Memoriale vitae sacerdotalis, un fragment d'anneau de sa chaîne de captif, une partie de sa chevelure et un linge trempé de son sang.
    Le Bienheureux Néel n'avait travaillé guère plus de trois années quand il fut jugé digne de donner sa vie pour Notre Seigneur. Il avait la réputation d'un saint. Aussi est-ce pour nous un bonheur de posséder quelques-uns des objets dont il s'est servi : bourse avec corporal, bréviaire, nappe d'autel, burette à baptiser, bas, bonnet chinois. Son corps fut dévoré par les loups après avoir été décapité.
    La Chapelle des Bienheureux n'a pas de reliques des Bienheureux Néron, Imbert, Maubant et Chastan.
    Le souvenir des martyrs indigènes n'est pas séparé ici non plus de celui de leurs Pères dans la foi, tout comme d'ailleurs à la crypte de la chapelle, où nous les retrouverons tout à l'heure. Voilà le bâton de voyage du Bienheureux Simon Hoa et des fragments de la châsse en bois sculpté qui a contenu ses ossements. Une ampoule voisine renferme du coton retiré de cette châsse. Puis ce sont les chaînes des. Bienheureux Truat et Doi Buong, des morceaux de vêtements et les anneaux de prisonnier de ce dernier. Un peu plus loin, voilà encore le petit office de la Sainte Vierge du Bienheureux Philippe Ming, des linges imbibés de son sang, des vêtements et une étoffe retirée de la châsse du Bienheureux Truong, la première châsse du Bienheureux Antoine Quinh-nam, tous martyrs d'Indochine, et j'en passe.
    Enfin, voici la Chine, représentée par les Bienheureux Jean Tchen, Lucie Y, Martin Ou, nous avons de celui-ci des cheveux et une toque chinoise, et Marthe Ouang, que deux dents rappellent au souvenir de ceux qui ont lu son héroïque histoire. Elle s'était employée à porter dans leur prison des provisions de bouche aux futurs martyrs et elle lavait du linge à proximité du chemin parcouru par ceux-ci au moment où ils marchaient au supplice. Des soldats la saisirent et la tuèrent avec les condamnés... Ici, ce sont deux os du Bienheureux Tchang, ce néophyte du Kouytcheou, qui venait d'être baptisé par le P. Néel, quand il fut pris en même temps que lui, puis mis à mort.

    ***

    Les visiteurs ne sont généralement pas admis dans cette Chapelle des Bienheureux, réservée au personnel de la communauté des Missions Etrangères. Les Pères de passage se joignent à ceux de l'administration centrale pour y assister aux exercices communs. Aux jours de fêtes, les aspirants missionnaires viennent s'y recueillir quelques instants comme ils le font chaque jour à la Salle des Martyrs. Mais c'est surtout dans le calme de la Crypte, où reposent tant d'ossements de leurs aînés, qu'ils sont heureux de se livrer à leurs pieuses méditations.

    V

    Les Reliques insignes de la Crypte et de la Chapelle

    A la suite des béatifications qui ont porté bon nombre d'entre eux sur les autels, ces ossements de nos martyrs ont été placés dans de superbes châsses en cuivre doré, et celles-ci transférées à la Crypte de la Chapelle. Depuis 1900, notre « Crypte des Martyrs » est donc devenue aussi chère aux missionnaires et aspirants missionnaires que le sont les catacombes de Rome aux fidèles de la chrétienté.
    Chaque troisième lundi du mois, une réunion des Dames de l'Oeuvre des Partants est tenu à l'occasion d'une messe spéciale pour elles et aux intentions recommandées. Une allocution appropriée leur est adressée, autant que possible par un missionnaire récemment rentré de mission, afin d'entretenir leur zèle et de les remercier de leur dévouement.
    L'autel principal est dédié au Sacré Coeur de Jésus. Il n'abrite aucune relique de nos Bienheureux, mais chacun des douze autres surplombe une des châsses renfermant les ossements des douze martyrs français et indigènes honorés ici.
    En entrant par le côté de la sacristie, les six autels de droite recouvrent les reliques des Bienheureux Isidore Gagelin, Théophane Vénard et Joachim Ho ; au centre, celles des Bienheureux Pierre Borie et Paul Dôi Buong ; enfin, au fond, celles du Bienheureux Antoine Quinh-Nam. Si nous tournons ensuite sur la gauche, nous pourrons vénérer en premier lieu les ossements du Bienheureux André Trong, puis ceux des Bienheureux Simon Hoa et Augustin Schoeffler, et pour terminer, ceux des Bienheureux Thomas Thien, Jean-Gabriel Dufresse et François Jaccard.
    La biographie succincte des six martyrs de la Société des Missions Etrangères, dont nous avons ici les reliques insignes, nous est déjà connue. Afin de satisfaire la piété des lecteurs et des visiteurs, disons également un mot des six autres Bienheureux, indigènes ceux-là, dont nous avons l'honneur de conserver les ossements à la « Crypte des Martyrs ».

    ***

    Joachim Ho était un Chinois né en 1774 à Tchatso (Kouytcheou) d'une famille païenne. A l'âge de vingt ans, exerçant la profession de cardeur de coton, il rencontra le catéchiste Tchang Ta-pong, futur Bienheureux lui aussi, qui l'entretint de la foi catholique. Il fut aussitôt conquis et, après son baptême, se montra chrétien excellent. Exilé en 1824, lors de la persécution, il resta dix-huit mois à I-li, en Tartarie, après avoir courageusement confessé sa foi dans les tourments. Les services qu'il rendit à la cause impériale lors de la révolte des mahométans lui mérita la remise de sa peine. De retour dans sa patrie, il fit construire de ses deniers un oratoire pour les chrétiens d'un faubourg de Kweiyang, s'occupant d'eux avec zèle et charité. Emprisonné de nouveau en 1839, il subit de cruelles tortures. Quarante soufflets lui brisèrent les dents et mirent son visage en sang; puis il fut condamné à être étranglé : sentence exécutée le 6 juillet 1839. Joachim Ho avait soixante-cinq ans.
    Paul Dôï Buong (littéralement : Paul, capitaine Buong) était né à Phu-cam, près de Hué, d'une excellente famille, chrétienne depuis plusieurs générations. Fils et petit-fils de mandarin, soldat de la garde, il était devenu capitaine et avait même été décoré. Minh-mang l'appréciait tout particulièrement. Mais ayant dû avouer au roi qu'il était chrétien, celui-ci donna l'ordre de le décapiter, puis il commua cette peine en celle de la bastonnade et de la dégradation militaire. De retour dans sa famille, bientôt arrêté et aussitôt incarcéré, souvent interrogé, soumis aux tortures, il demeura fidèle à son Dieu et fut enfin décapité, après quinze mois de détention, le 23 octobre 1833.
    Antoine Quinh-Nam était lui aussi annamite. Originaire de Mihuong, province de Quang-binh, fils d'excellents chrétiens, il était marié quand il s'engagea dans l'armée, afin de défendre son pays contre les rebelles Tay son, et fut nommé capitaine pour sa belle conduite devant l'ennemi. Ayant quitté ensuite l'état militaire, il devint alors médecin. Ses affaires étaient prospères et sa charité proverbiale. On l'apprécia surtout lors d'une épidémie de choléra. Nommé grand catéchiste à Mi-huong, exemplaire en tout, zélé, charitable, d'une piété angélique, il cacha chez lui plusieurs prêtres recherchés par les persécuteurs. Il finit par être arrêté lui-même ; incarcéré à Dong-hoi, il se trouva dans la même prison que Mgr Borie et les PP. Diem et Khoa : torturé et sommé d'apostasier, puis condamné avec sursis à être étranglé, il demeura en prison quelques années encore, subit de nouvelles interrogations, mais sa fermeté resta inébranlable. A l'âge de soixante-douze ans, jugé une dernière fois, le 10 juillet 1840, il couronna par le martyre sa vie toute consacrée à servir le vrai Dieu.
    André Trong naquit à Kim-long, près de Hué, dans une vieille famille chrétienne. Tisseur de soie, bon travailleur, fervent catholique, il fut obligé de s'enrôler dans la compagnie des tisseurs de soie du roi ; il y était à peine depuis quelques mois quand le gouverneur provincial décida d'arrêter tous les chrétiens qui pouvaient s'y trouver et de les contraindre à l'apostasie. Bien qu'absent lors des arrestations, il s'empressa de se présenter dès son retour et, dans la soirée du même jour, tous comparurent devant cinq mandarins. André, malgré les menaces et les tortures, résista victorieusement et fut écroué, dans la prison d'une caserne, avec ceux de ses compagnons restés fidèles comme lui. Condamné à mort d'abord avec sursis, la peine fut exécutée le 28 novembre 1835. Il eut la tête tranchée.
    Simon Hoa était originaire de Mai-vinh, province de Hué, et appartenait à une famille entièrement païenne. Adopté par des chrétiens de Nhuly, puis baptisé à l'âge de douze ans, il entra ensuite au petit séminaire mais le quitta bientôt. Il se livra alors avec succès à l'étude de la médecine annamite et acquit un certain renom dans cet art. Marié et père de douze enfants, chef de famille idéal, il cacha plusieurs fois chez lui des missionnaires européens et des prêtres indigènes, entre autres les Bienheureux Cuénot et Jaccard, et le Vénérable Delamotte. Un jour que ce dernier changeait de refuge et qu'il l'accompagnait en barque, tous deux furent pris par des gardes ; après avoir subi plus de vingt interrogatoires, souffert divers supplices, tels ceux des tenailles froides et brûlantes, et être resté huit mois en prison, il fut condamné à la décapitation et exécuté le 12 décembre 1840.
    En 1936, un jeune prêtre annamite venu parfaire ses études en France allait quitter Paris pour retourner en Indochine. Avant de partir, il avait demandé la faveur de célébrer la sainte messe à l'autel où sont déposés les ossements du Bienheureux Simon Hoa. Sa dévotion avait été fort remarquée. Son action de grâces terminée, il s'était rendu une fois encore devant la châsse du Bienheureux et y avait prié longtemps. Interrogé ensuite sur les motifs de cette particulière piété envers le martyr, il répondait : « Simon Hoa était le grand-père de mon grand-père ! » Issu de martyr, le jeune prêtre annamite avait de qui tenir...
    Thomas Thiên n'était âgé que de dix-huit ans quand il fut le compagnon de supplice du Bienheureux Jaccard. Né en 1820 à Trung-quang, province de Quang-binh, d'âne ancienne famille chrétienne, il étudia pendant plusieurs années le latin chez un prêtre indigène avant d'entrer au séminaire de Di-loan. Il s'y trouvait seulement depuis deux jours au moment où le village fut visité par des soldats en quête d'arrestations. Conduit à Quang-tri, sommé d'apostasier, il résista aux menaces comme aux promesses. Sa foi ne sombra pas davantage dans les tourments. Enfermé dans la même prison que le P. Jaccard, il fut de nouveau interrogé, eut à subir le supplice des tenailles et s'entendit enfin condamner à être étranglé avec le missionnaire. Tous deux furent exécutés le 21 septembre 1838.

    ***

    Des reliques insignes, cela va de soi, ont été également déposées à la chapelle. Sous le maître-autel, une châsse semblable à celles de la crypte, mais plus grande, renferme des ossements de différents martyrs. A l'occasion des grandes fêtes, quatre beaux reliquaires sont exposés entre les candélabres et encensés pendant les offices solennels.
    De plus, sous l'autel de la Sainte Vierge, une autre châsse, en cuivre doré comme les autres, contient quelques ossements du Bienheureux Théophane Vénard. C'est ici généralement que les pieux fidèles prient notre angélique martyr quand ils implorent de lui des grâces spéciales. C'est ici aussi que, chaque soir, avant d'aller prendre leur repos, les aspirants missionnaires viennent faire leurs dernières recommandations à la bonne Mère du ciel. Ils ne manquent pas d'implorer en même temps le Bienheureux Théophane pour leurs familles, leurs bienfaiteurs, eux-mêmes et leur apostolat futur.
    Tous nos martyrs cependant leur sont également chers. Enflammés qu'ils sont de lès suivre sur les mêmes rivages, ils les glorifient à chaque anniversaire du jour où ceux-ci ont cueilli la palme. Relisons quelques strophes du cantique composé par le P. Dallet, ce missionnaire de l'Inde qui avait été l'intime de Théophane Vénard :

    Quel jour que celui-là, le grand jour du martyre,
    Le jour qui donne au coeur ce que le coeur désire,
    Qui brise l'esclavage et rend la liberté!
    Le beau jour du combat que le triomphe achève,
    Qui commence ici-bas sous le tranchant du glaive
    Et finit dans l'éternité!

    Quel jour que celui-là, pour le missionnaire,
    Quand il peut faire enfin ses adieux à la terre,
    Quand le bourreau lui crie : « Allons, c'est aujourd'hui! »
    Quelle ivresse, ô mon Dieu! Quel bonheur sans mélange
    Quand, les yeux vers le ciel, il voit venir son ange
    Qui s'empresse au-devant de lui!

    Soyons aussi, nous tous, des serviteurs fidèles,
    Pensons à nos martyrs, prenons-les pour modèles,
    Nous habitons des lieux pleins de leurs souvenirs!
    Promettons, en fêtant leur jour anniversaire,
    De garder le beau nom de notre séminaire,
    Le Séminaire des Martyrs!

    C'est ici qu'enrôlés dans la sainte milice,
    Ils se sont préparés au sanglant sacrifice,
    Ils ont trempé leurs coeurs dans toutes les vertus!
    S'ils sont morts en martyrs, c'est une récompense,
    C'est qu'au monde, à la terre, ils étaient morts d'avance,
    Dieu sait bien choisir ses élus!

    Ainsi chantent nos jeunes aspirants pendant leur préparation à l'apostolat missionnaire. Ainsi également, joignant leurs voix aux leurs, chantent ceux qui ont blanchi en travaillant pour la gloire de Dieu dans les missions d'Extrême-Orient. Ils se retrouvent jeunes de coeur et d'ardeur pour glorifier nos martyrs.
    Instinctivement, les yeux s'élèvent sur les murs de la chapelle ou sur les fresques qui décorent les deux côtés du fond du sanctuaire, implorant ces aînés, là, représentés, dans l'apparat de leurs supplices : à droite, les Bienheureux Dufresse, Marchand, Bonnard, Chapdelaine et Schoeffler ; à gauche, les Bienheureux Borie, Gagelin, Jaccard, Cornay et Philippe Minh. Puis, au-dessus de l'autel de la Sainte Vierge, une grande toile les montre tous groupés avec leurs compagnons chinois et annamites, béatifiés en 1900. Lui faisant face, au-dessus de la porte de la sacristie, une autre toile, de mêmes dimensions, représente les martyrs de la béatification de 1909 : les Bienheureux Cuenot, Vénard, Néron, Néel et leurs compagnons de gloire.
    La Chapelle du Séminaire des Martyrs parle ainsi aux yeux des générations de lévites qui leur succèdent en ces lieux pleins de leurs souvenirs. En conquérant le ciel après avoir semé dans les sillons de l'immense champ païen d'Extrême-Orient, nos aînés ont en même temps montré la voie aux privilégiés que Notre Seigneur continue d'appeler au labeur apostolique des difficiles missions d'Asie : puissent les derniers venus se montrer dignes de leurs devanciers en correspondant toujours à leur vocation sublime!

    ***

    A l'un des angles du grand jardin du séminaire des Missions- Etrangères se trouve un petit oratoire dédié à Notre Dame des Aspirants. On l'appelle « Oratoire des Martyrs ».
    Édifié dans la première partie du me siècle, il a été témoin de la piété des nombreux martyrs qui ont prié là devant la Vierge Immaculée avant de s'engager sur la route des missions. Aujourd'hui comme jadis, à chaque veille de fête, à chaque veille d'anniversaire du martyre de l'un de nos Bienheureux, toute la communauté vient y chanter la gloire de Marie et l'héroïsme de ceux que la sainte Église a déjà glorifiés :

    O Vierge Immaculée, en cet humble oratoire,
    Que de fois nos martyrs célébrèrent ta gloire!
    Tous, comme eux, devant toi nous voici prosternés!
    Tous, comme, eux, en ton coeur nous avons confiance,
    Obtiens-nous leur amour, leur foi, leur espérance,
    Rends-nous dignes de nos aînés!

    Les noms des seize martyrs des Missions Étrangères béatifiés en 1900, 1909 et 1925 sont inscrits ici sur le marbre en lettres de pourpre. Neuf autres le seront sans doute dans un avenir prochain. Quand la poste, le télégraphe ou la radio apportent la nouvelle d'une mort sanglante de missionnaire, c'est à cet oratoire que se réunissent les aspirants. Alors, en un Magnificat ou un Te Deum où passe toute la flamme de leurs âmes ardentes, ils traduisent leurs sentiments de fierté et de reconnaissance envers le Tout Puissant, exprimant ainsi comment ils envisagent les possibilités d'une fin d'apostolat dans les missions qui nous ont été confiées par le Saint-Siège.
    Aux jours de départs, le gong, grosse cloche chinoise suspendue devant cet oratoire, résonne sous le maillet. Aussitôt, parents, amis et condisciples des « partants » se réunissent devant la statue de la Vierge au doux sourire et, dans des invocations bien appropriés, ils demandent à l'Immaculée, pour les jeunes missionnaires rangés aux pieds de Marie, un voyage sans heurt et un ministère long et fructueux.
    Ce gong, couvert d'inscriptions chinoises, avait été placé, en la soixante et unième année de Kang-hi (1723), dans une pagode où il présidait au culte de Kouan-in, la déesse de la fécondité dans l'Empire du Milieu. Confié, il y a une centaine d'années, à un amiral français, il fut apporté par celui-ci au séminaire de la Rue du Bac. Aujourd'hui, c'est en l'honneur de la Vierge Immaculée que, devant l'Oratoire des Martyrs, il résonne pour convoquer les futurs missionnaires à venir implorer la Mère et Reine des Apôtres.
    1943/297-309
    297-309
    France
    1943
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