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La Caste

En Hindoustan LA CASTE Toute la vie indienne est dominée par le système des castes, système presque incompréhensible pour des cerveaux européens, parce que tout à fait différent de ce que nous nommons les classes sociales.
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    En Hindoustan



    LA CASTE



    Toute la vie indienne est dominée par le système des castes, système presque incompréhensible pour des cerveaux européens, parce que tout à fait différent de ce que nous nommons les classes sociales.

    En France, par exemple, nous distinguons la classe bourgeoise, la classe ouvrière, la classe paysanne, cela indique un état social sans cloison étanche entre ces diverses catégories : ainsi Pierre, ouvrier, fils de paysan, verra son fils Jean, après de bonnes études, devenir bourgeois, en attendant qu'un petit-fils soit assimilé à l'ancienne noblesse parce que devenu sénateur ou ministre. Le contraire pourra aussi se rencontrer, puisque, chez nous, on peut s'élever dans l'échelle sociale comme on peut en descendre les degrés.

    Rien de semblable aux Indes, le système des castes est tout autre. La caste et la famille sont les deux pivots d'une forte organisation sociale qui, là-bas, a protégé jusqu'ici l'Inde contre les révolutions brutales, ce qui d'ailleurs n'exclut nullement le mépris le plus profond pour quiconque est plus humble que soi.

    Distinguons d'abord ceux qui sont de caste et ceux qui n'en sont pas.

    Parmi les « castrés », ceux qui, en pays tamoul, ont seuls le droit de se dire tamouls, que de degrés déjà ! Et à l'intérieur de chaque caste, que de subdivisions ! Dans les quelques postes où je suis passé, j'en ai rencontré une quinzaine, depuis le brahme poli et raffiné jusqu'au blanchisseur de caste, avec ses bourricots pouilleux et honnis ; leurs membres ont tous mérité, grâce à de bonnes actions dans une vie antérieure, de ne pas renaître dans la peau d'un paria et de rester ainsi en deçà de la barricade.

    Quant au paria, il n'appartient à aucune caste : il n'est pas un homme, il n'est même pas bien sûr d'appartenir à l'espèce animale, car il y a des bêtes nobles, et dans certaines, telles la vache, le singe, le serpent cobra, la divinité aime à s'incarner.

    Qu'est-ce donc qu'un paria? Est-il plus qu'une chose, je n'oserais l'affirmer ! On peut en effet prendre dans sa main sans danger une pierre du chemin, on peut pétrir entre les doigts une boulette d'argile, mais on ne saurait toucher impunément un paria : son seul contact, son haleine suffisent à souiller irrémédiablement celui qui a été atteint, et seul un bain rituel pourra le purifier. Un paria n'est rien, c'est moins que rien, et il s'en rend bien compte, le pauvre hère ! Voyez-le se courber en deux pour vous parler, la main gauche placée sur la poitrine en signe d'abaissement, la droite couvrant sa bouche de peur qu'un souffle impur ne vous atteigne...

    Et pourtant, dans son immense misère, il se croit encore favorisé : bien qu'en dehors de la caste, il est le roi de ceux qui n'appartiendront jamais à aucune caste, de ceux qui travaillent les peaux, des vidangeurs, des blanchisseurs, des barbiers, des sans caste.

    Petit enfant, si paria tu es né, paria tu resteras. Tu pourras faire de fortes études, tu resteras paria ; tu pourras devenir fort riche, tu seras encore paria ; tu seras peut-être un personnage puissant dans l'administration de l'Inde, tu seras toujours un paria, tes collègues s'écarteront de toi comme autrefois tes camarades d'école, tu ne pourras qu'épouser une paritchi, une femme paria, et les enfants qui en naîtront ne seront que de misérables parias ; nul homme de caste ne viendra jamais partager ton repas, si somptueux soit-il, de peur d'être mis lui-même hors la loi par les hommes de son clan ; s'il n'y a qu'un puits dans le village, de son eau tu ne boiras jamais, à moins qu'une femme charitable ne veuille bien en verser dans ta cruche. Vraiment, il faut que tu aies été un bien grand pécheur dans une existence antérieure pour que la divinité t'ait châtié si durement...!

    Un jour le P. Gavan Duffy, en tournée d'inspection de nos écoles, voyageait en chemin de fer en compagnie d'un brahme. Une femme de la caste des Gounders, caste de cultivateurs, se trouvait là également ; voulant cracher par la portière le bétel qu'elle venait de mâcher, une petite éclaboussure s'en vint toucher l'habit du brahme. Alors, prenant le missionnaire à témoin, il entra dans une fureur noire : Voyez, Père, l'audace de cette femme ! Où allons-nous donc? Un tel affront signifie, pour moi qui m'apprêtais à manger, le jeûne jusqu'à ce soir, jusqu'au moment où, arrivé au terme de mon voyage, je pourrai prendre mon bain rituel, et effacer ainsi la souillure ». Tous les pharisiens ne sont pas morts..,

    Dans de telles conditions, il est bien difficile de considérer l'Inde comme une nation, puisqu'on trouve des divisions si profondes et si irrémédiables dans un seul pays, le pays tamoul, une entité bien définie de la Présidence de Madras, où l'on compte seulement . 17 millions d'habitants sur les 350 millions que renferme toute la péninsule. La seule unité qui s'y trouve est cette unité artificielle qu'y a créée le dominion britannique.

    Ces divisions pourront arriver à disparaître quand le christianisme aura une plus forte emprise sur la classe dirigeante, sur les plus hautes castes, les brahmes en particulier. Tout espoir est permis quand on songe à ce qui a pu être réalisé, çà et là, par nos scouts chrétiens.



    GEORGES BONIS,

    Missionnaire de Pondichéry.




    1943/375-376
    375-376
    Inde
    1943
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