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L'évangélisation des Lolos

L'évangélisation des Lolos
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    L'évangélisation des Lolos

    Les Chinois du Setchoan appellent Leang-chan (Montagnes froides) ou Taleang-chan (Grandes Montagnes froides) un magnifique massif montagneux, dans lequel, refoulés peu à peu, se sont cantonnés les sauvages Lolos, demeurés à peu près indépendants de la Chine. On distingue les Lolos noirs et les Lolos blancs. Ces derniers sont des serfs, attachés à la glèbe, soumis aux redevances, astreints aux corvées, notamment à celle des armes. Les premiers sont comme des seigneurs, propriétaires du sol, maîtres de leurs serfs, ayant tous les droits de haute, moyenne et basse justice et ne dépendant eux-mêmes de personne. On peut se représenter l'état social des Lolos comme analogue à celui de l'Europe, encore demi barbare, au début du moyen âge. La suzeraineté chinoise est devenue purement nominale : ce sont les chefs des tribus qui exercent l'autorité la plus absolue et la moins contestée.
    Ce qui fait la richesse et la puissance du Lolo noir, c'est le nombre plus ou moins grand de ses serfs : il les compte par dizaines, par centaines, quelquefois par milliers de familles; mais, puissant ou non, il est maître chez lui et excessivement jaloux de le rester. Toute apparence d'empiètement entraîne une guerre immédiate, et, comme il n'y a pas d'autorité reconnue pour trancher les différends, ces pauvres tribus s'épuisent en guérillas continuelles, et parfois durant plusieurs générations. C'est ce manque de cohésion qui fait la faiblesse des Lolos vis-à-vis des Chinois. Sans doute ils ont assez le sentiment de la solidarité pour s'unir, dans un cas pressant, contre l'ennemi commun ; mais, même alors, le concert lolo rappelle trop certain autre « concert », que les Chinois n'ont pas manqué de lui comparer.
    Un personnage considéré et influent chez les Lolos, c'est le Pimou, le sorcier, qui a son rôle marqué dans toutes les circonstances importantes. Ses pratiques sont l'unique remède auquel on ait recours en cas de maladie ; il a la clef des vieux grimoires en écriture lolette, dont, même à prix d'or, il ne se dessaisit jamais.
    Le pays lolo forme, dans ses montagnes de 2.000 à 5.000 mètres d'altitude, une véritable île entourée de tous côtés par la Chine, pour laquelle elle demeure pratiquement inaccessible. Les autorités chinoises ne peuvent y pénétrer, et les rares commerçants qui veulent y entrer doivent se faire accompagner, moyennant finances, par des indigènes qui répondent de leur sécurité. Sans cette précaution, ils seraient promptement arrêtés et emmenés en esclavage. Chaque année, en effet, les Lolos font des razzias sur les confins du territoire chinois pour se procurer les esclaves nécessaires aux travaux agricoles. Ces travaux se réduisent à la culture de quelques céréales : blé, maïs, sarrasin. L'élevage des moutons et des boeufs est assez prospère. Les habitations sont disséminées au hasard dans les vallées ou, de préférence, sur les sommets.
    Les Lolos, nous l'avons dit, sont d'humeur guerrière et se livrent, soit entre eux, soit contre les Chinois, à des guerres d'embuscade et de brigandage. Certaines régions, spécialement du côté du Kientchang, sont en état d'hostilité continuelle et plus meurtrière qu'on ne le croirait. Les sauvages sont bien armés et il n'est pas rare de leur voir en mains des fusils Mauser de marque allemande, achetés à prix d'or aux contrebandiers chinois.
    Le pays lolo est encore inexploré. Pour la première fois, en mai 1907, le Capitaine d'Ollone (aujourd'hui général), accompagné du P. de Guébriant, alors provicaire du Setchoan Méridional, le traversa de part en part, non sans difficultés et fatigues. Depuis lors et à plusieurs reprises, des missionnaires ont exploré partiellement ces montagnes, les abordant tantôt par l'ouest, tantôt par l'est, mais sans passer d'un bord à l'autre du massif.
    Ces tentatives d'exploration faites par les missionnaires avaient évidemment pour but d'étudier la possibilité d'évangéliser le pays. Lorsque le P. de Guébriant, qui le connaissait mieux que personne, fut devenu Vicaire apostolique du Kientchang, un essai tenté par le P. Joseph Martin, demeura infructueux du fait de la pénurie de missionnaires.
    Le P. Biron (1), après de nombreuses explorations partielles faites de différents côtés, résolut de se consacrer à l'évangélisation des Lolos. Chargé en 1922 du district de Kienwei, voisin de la Lolotie, puis, en 1927, du poste de Mapien, ville chinoise sur la frontière lolote, il s'appliqua à l'étude de la langue et des coutumes des sauvages et multiplia ses relations avec les tribus du Leang-chan. Après de longues et difficiles démarches, il obtint en 1931 de deux tribus la cession d'un emplacement suffisant pour une installation sommaire, et, l'année suivante, il s'établit à deux jours de marche de Mapien, en bordure de la forêt vierge, à 1.800 mètres d'altitude. C'est de là qu'il travaille à faire entrer dans l'Eglise du Christ un des rares peuples du monde qui n'aient pas encore entendu la Bonne Nouvelle. Mgr Renault, Vicaire apostolique de Suifu, a donné au P. Biron un socius et un collaborateur en la personne du P. Boisguérin. Au commencement de 1833, un missionnaire du Kientchang, le P. Arnaud, a publié une Grammaire lolote (152 pages grand format), et il travaille depuis lors à l'impression d'un Dictionnaire lolo français. Ces ouvrages, fruit d'un travail acharné, aideront grandement nos confrères dans leur oeuvre d'évangélisation.

    (1) Baptistin Biron, du diocèse de Saint-Flour, missionnaire de Suifu depuis 1906.

    Mais il ne faut pas se dissimuler que la tâche est difficile. Un pays très accidenté, pauvre, peu peuplé, sans communications avec l'extérieur ; une population nomade, guerrière, paresseuse, inconstante ; aucun confortable dans l'habitation ; comme nourriture, le riz, riz de montagne, ne se trouve pas toujours ; reste la galette de blé noir, horriblement indigeste, les pommes de terre et, pour boisson, l'eau pure.
    Affrontant courageusement ces difficultés, le missionnaire, installé au milieu de ses chers sauvages, développera peu à peu son influence morale ; il n'obtiendra peut-être pas de longtemps des conversions proprement dites, mais il y aura des adhésions nominales, espoir pour l'avenir. C'est donc une oeuvre de longue haleine, qui demande beaucoup d'abnégation, de patience et de tact.
    Que le Saint Esprit assiste les vaillants pionniers de l'Evangile et bénisse leur courageuse entreprise !
    1933/262-263
    262-263
    Chine
    1933
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