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L'évangélisation des Japonais au Brésil

L'évangélisation des Japonais au Brésil Lettres du P. Nakamura Prêtre japonais Depuis un certain nombre d'années, les Japonais, trop à l'étroit chez eux, ont émigré dans l'Amérique du sud et particulièrement au Brésil, vaste pays qui ne demande qu'à recevoir des bras pour mettre ses terres en valeur. Le courant s'est surtout porté vers la partie sud, province de Sao Paulo, dont les hauts plateaux offrent aux habitants des pays tempérés un climat qui rend possibles les travaux du cultivateur et de l'ouvrier étrangers.
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    L'évangélisation des Japonais au Brésil

    Lettres du P. Nakamura
    Prêtre japonais

    Depuis un certain nombre d'années, les Japonais, trop à l'étroit chez eux, ont émigré dans l'Amérique du sud et particulièrement au Brésil, vaste pays qui ne demande qu'à recevoir des bras pour mettre ses terres en valeur.
    Le courant s'est surtout porté vers la partie sud, province de Sao Paulo, dont les hauts plateaux offrent aux habitants des pays tempérés un climat qui rend possibles les travaux du cultivateur et de l'ouvrier étrangers.
    Tout dernièrement la question religieuse s'est posée pour eux. Une demande de prêtres japonais pour le Brésil a été faite par Rome elle-même. On dit que le gouvernement japonais s'est montré heureux de cette initiative.
    Immédiatement, Mgr Combaz, évêque de Nagasaki, a répondu aux désirs du Saint Père en envoyant un de ses prêtres japonais. C'est le P. Nakamura, âgé d'environ 57 ans. Parti dans le courant de 1923 sur un bateau japonais qui allait à Rio de Janeiro par le Cap de Bonne-Espérance, il est arrivé à bon port vers la mi-septembre après 76 jours de voyage.
    Voici deux de ses lettres :

    Botucatu, 29 septembre 1923.

    Mon RÉVÉREND PÈRE,

    Me voici enfin parvenu au terme de mon voyage, après 76 jours de mer. Par ordre de l'évêque je me suis mis à l'étude de la langue portugaise qui est celle du Brésil.
    Je réside au grand séminaire dont un des professeurs est devenu mon maître de langue. J'ai eu le plaisir d'y trouver deux Japonais qui se préparaient à la prêtrise. Le grand séminaire compte 43 élèves et le petit 90, ils sont dirigés par cinq professeurs vraiment zélés. Les bâtiments sont placés dans un vaste terrain qui, outre les cours et les dépendances, contient des plantations de caféiers (700.000 pieds) et d'eucalyptus (600.000 pieds) ; tout y est bien aménagé pour favoriser la santé des élèves.
    La région se trouvant à 777 mètres au-dessus de la mer, on y jouit d'un climat frais. Les plus fortes chaleurs sont en décembre et janvier. C'est l'époque des vacances.
    Je n'ai pas eu encore le temps de prendre contact avec les Japonais. Sous peu je compte partir et m'enfoncer à 400 kilomètres à l'intérieur, pour rechercher d'abord les catholiques et prêcher ensuite les païens.
    Le diocèse de Botucatu est fort vaste. La province de Sao Paulo comprenant six diocèses, il me faudra bien des mois pour tout parcourir, et découvrir les brebis japonaises de mon immense bercail.
    Depuis mon arrivée je ne me sens pas précisément étranger dans ma nouvelle patrie, je trouve seulement que l'horizon y est fort vaste, son immensité m'étourdit. Mais où qu'on aille, le paradis terrestre n'existe nulle part, le rechercher serait bien inutile. J'en ai pris mon parti et suis décidé à travailler jusqu'au bout.
    Le diocèse de Botucatu possède environ 70 prêtres de diverses nationalités. Le secrétaire de l'évêque est un Français.
    Je vais donc entrer dans la bataille, sans peur. Si j'ai des choses intéressantes à narrer, je vous en ferai part.

    ***

    Botucatu le 2 avril 1924.

    Je vous prie de me pardonner mon retard à répondre à votre bonne lettre du 11 janvier. Je ne fais que rentrer d'une longue et grande tournée à l'intérieur, et en arrivant à Botucatu j'ai trouvé votre missive.
    Voici, jetés au hasard, quelques renseignements sur mon bercail.
    Le diocèse de Botucatu renferme environ 20.000 Japonais.
    La province de Sao Paulo en compte à peu près 40.000; je ne connais pas leur nombre pour tout le reste du Brésil.
    J'ai découvert environ 350 catholiques dans le diocèse. Je suis encore à la recherche de ceux des autres diocèses de la province. Les catéchumènes y poussent comme les champignons après la pluie. Il est plus facile ici de convertir les Japonais qu'au Japon, et j'ai l'espoir de pouvoir faire une bonne moisson dans peu d'années. Les Japonais qui ont plus de dix ans de Brésil ont l'air d'être assez à l'aise, mais les résidences des nouveaux venus sont pauvres.
    Ces résidences sont sur tout à la campagne, où mes compatriotes défrichent les forêts, plantent du coton, du café, du maïs, du riz et divers légumes, et s'adonnent à l'élevage des poules, canards, porcs, etc.
    Ceux qui habitent la ville y tiennent des magasins et des hôtels, quelques-uns sont journalistes. Sur les bords de mer ils vont à la pêche. A la montagne ils font du charbon de bois, cuisent des briques, etc.
    L'émigration est continue. Il arrive au Brésil chaque année environ 3 ou 4.000 Japonais.
    Jusqu'à aujourd'hui, ils avaient installé beaucoup d'écoles primaires. Actuellement ils les ont remises entre les mains du gouvernement brésilien, qui les a transformées en écoles publiques. Elles sont dirigées par des professeurs brésiliens et japonais. On y enseigne le portugais le matin, et le japonais le soir. Ce nouveau régime est tout récent, et l'organisation n'est qu'à ses débuts; beaucoup d'endroits restent sans école et de nombreux enfants sont laissés sans instruction.
    Il n'existe aucune école de catéchistes, soit pour Japonais, soit pour Européens ou Brésiliens; tout le travail d'évangélisation retombe sur les épaules des prêtres.
    Sur nos plateaux, il y fait très chaud en plein midi et en plein air ; mais à l'ombre ou dans les maisons, on a une bonne fraîcheur matin et soir.
    Les églises ont suffisamment de ressources en certains endroits, mais beaucoup n'en ont pas. Pour vivre, les prêtres prélèvent des aumônes fixes sur les baptêmes et les mariages.
    Il existe des écoles chrétiennes dans les grandes villes, elles sont tenues par des Frères et des Soeurs. Il y a des écoles publiques et plusieurs écoles libres tenues par des religieux de divers Ordres.
    La situation hygiénique est bonne dans ce pays, les grosses maladies y sont rares.
    Le pays abonde en légumes et fruits. Les rizières réussissent à merveille.
    Un inconvénient, c'est l'abondance de mouches ou insectes divers provenant du voisinage des pâturages et élevages.
    Le gouvernement reste neutre vis-à-vis de nous ; mais quelques députés et quelques journalistes commencent à parler de l'expulsion des Japonais.
    L'élevage est très prospère au Brésil et s'y fait sur une grande échelle.
    Le réseau des chemins de fer est fort avancé. Les voies ferrées sont très nombreuses, mais ne suffisent pas à l'étendue du pays. On voyage aussi beaucoup en automobile, et surtout à cheval. J'ai employé souvent cette dernière façon de voyager. Je suis déjà tombé de cheval je ne sais combien de fois.
    Il m'arrive aussi souvent de gagner les endroits où sont les Japonais en partant de diverses gares pour m'enfoncer de 8, 10, ou 20 kilomètres dans la campagne. J'administre les catholiques et prêche aux païens que je rassemble dans des centres désignés. J'ai donné jusqu'ici une trentaine de longs sermons en différents endroits; tout doucement j'obtiens des catéchumènes et des âmes qui se mettent à étudier.
    Ce qui est regrettable au Brésil c'est l'absence totale de catéchistes et l'insuffisance de prêtres pour tant de monde. Dans ces conditions, beaucoup de Brésiliens n'ont de chrétien que le baptême ; l'instruction religieuse leur manque.
    Nos Japonais catholiques de la campagne sont comme les autres, et tombent bien vite daus une indifférence complète.
    Comme vous le voyez, il y a fort à faire pour accomplir l'oeuvre de Dieu.
    Pour moi, considérant que la vie est courte, je travaille du mieux que je puis jusqu'au jour, sans doute pas très éloigné, où je finirai ma course. Fiat voluntas Dei.
    1924/227-229
    227-229
    Japon
    1924
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