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L'évangélisation de la Tribu Deng 1

TONKIN MARITIME APERCU HISTORIQUE SUR L'évangélisation de la Tribu Deng 1 PAR M. PATUEL Missionnaire apostolique
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    TONKIN MARITIME

    APERCU HISTORIQUE SUR L'évangélisation de la Tribu Deng 1

    PAR M. PATUEL

    Missionnaire apostolique

    Au mois de novembre 1902, Mgr Marcou, Vicaire apostolique du Tonkin Maritime, envoyait le Père Roucoules et votre serviteur, essayer de ramener à Notre Seigneur Jésus-Christ une partie de son troupeau, dispersé par les tourmentes successives qui, depuis 1880, ont bouleversé le Laos Tonkinois : « Vous êtes envoyés à Yenkhuong, nous disait notre évêque, pour reconstituer les chrétientés fondées dans cette région, il y a vingt ans, par le Père Pinabel et nos autres confrères. C'est une mission à la fois très importante et très difficile : très importante parce qu'il y avait là autrefois plusieurs milliers de chrétiens baptisés ou encore catéchumènes ; très difficile parce que ces chrétiens étaient encore dans l'enfance de la foi, quand a éclaté la longue tourmente qui a tout ravagé. Depuis cette époque, plus de 15 ans se sont écoulés ! Il est, hélas ! Moralement certain que vous ne trouverez plus grande trace de christianisme dans ces pauvres âmes. C'est une oeuvre à recommencer bien plus qu'à restaurer. Cependant, le but auquel vous devez tendre avant tout, est de ramener le plus grand nombre possible des personnes qui s'étaient autrefois converties, c'est à celles-là que vous devez tout d'abord vous adresser, puisque, baptisées, elles sont déjà enfants de Dieu et de l'Eglise. Au point de vue purement naturel, dans les commencements vous n'aurez pas grande consolation ; du côté des hommes : la défiance, l'expectative ; de votre côté vous aurez à payer votre tribut au climat ; la maladie vous visitera, c'est à peu près inévitable. Faites provision de patience pour supporter de votre mieux les maladies que le bon Dieu vous enverra : mais prenez toutes les précautions d'hygiène que l'expérience vous suggérera pour conserver votre santé, car, sans la santé, il est bien difficile de travailler utilement à la conversion des âmes. En tout cas, que la maladie aussi bien que les premières difficultés inséparables d'une entreprise comme celle-là ne vous découragent pas ; vous êtes vraiment à un poste d'avant-garde, à un poste d'honneur, je suis sûr que la divine Providence vous donnera des grâces de choix pour que vous puissiez faire son oeuvre ».

    ***

    Venons-en « à la chose », comme disait mon professeur de philosophie.
    A l'ouest de notre joyau colonial, le Tonkin, du sud au nord, s'allonge une chaîne de montagnes qui forment la ligne de partage des eaux, et séparent l'Annam proprement dit du Laos. Ce pays s'étend des deux côtés du Mékong, du 102e au 104e degré de longitude est du méridien de Paris, et du 13e au 16e degré de latitude nord. La population dans ces montagnes est très clairsemée, elle ne dépasse pas un million d'habitants, et se divise en quantité de tribus que les Annamites appellent du nom collectif de Muong. Je n'en citerai que quelques-unes, ces mots, assez barbares pour des oreilles françaises, n'ayant qu'une valeur restrictivement locale. Ils figureraient, j'aime à croire, fort bien dans un musée, de compagnie avec les verbes grecs en mi, d'heureuse mémoire. Ce sont les tribus Deng, Ngai, Can Chang, etc, etc... Leur signification n'a rien de bien relevé, Deng, signifiant rouge, Ngai, facile...
    Yeng-khuong est le nom annamite qui désigne le village ou la commune de la tribu Deng : village agréablement situé dans une non moins agréable vallée, arrosée par un capricieux cours d'eau. Yen-khuong est pays fameux dans les annales de l'évangélisation des peuplades laociennes ; c'est la montagne de martyrs ; 26 noms de prêtres et de chrétiens sont, en lettres d'or, inscrits à son glorieux martyrologe.
    L'évangélisation de la tribu Deng remonte aux premiers essais que tenta Mgr Puginier, Vicaire Apostolique du Tonkin Occidental, pour porter la foi dans ces pars laotiens, jusqu'alors à peu près délaissés. La miséricorde de Dieu avait jeté un regard de pitié sur ces « assis à l'ombre de la mort ». Elle appela des apôtres, par conséquent des martyrs, dont les travaux, les tribulations et le sang firent déborder sur eux la coupe des mérites du Christ. Le 3 novembre 1878, le Père Fiot pénétrait au Laos et s'établissait à Luc-canh, village situé sur la route de Na Ham. L'adversité commença à marquer immédiatement de son sceau le premier essai de l'apôtre. Dieu voulait-il poser sa main sur cette nouvelle oeuvre ? Il n'y a point à en douter, car avant de courir aux succès, à la joie, au triomphe des conversions en masse, le premier héraut de la Bonne Nouvelle dut échouer devant Luc-canh qui résista à toutes ses tentatives. Le mauvais vouloir, les tracasseries, sinon les mauvais traitements obligèrent M. Fiot à secouer la poussière de ses pieds et à s'acheminer vers des régions plus hospitalières. Il monta jusqu'à Na Ham. Voici pourquoi : après six mois d'épreuves, Notre Seigneur eût pitié de son serviteur, en lui ménageant une douce consolation. Au retour d'un voyage où il avait failli perdre la vie, M. Fiot trouva installé chez lui, un laocien appartenant à la tribu de Na Ham. Cet homme venait lui demander à embrasser la religion. Il raconta au Père que, trois ans auparavant, un devin lui avait dit : « Dans quelque temps viendra s'établir ici un prédicateur de religion, il sera d'une taille élevée, sa figure sera blanche et légèrement rose, ses doigts seront longs ; il faudra l'écouter et le suivre, parce qu'il vous enseignera de bonnes choses ». Ce portrait ressemblait assez bien à M. Fiot. Dès qu'il eût vu le Père, le Thao-tha, tel est le nom du laocien, se montra rempli de joie et s'offrit à l'introduire dans sa patrie. Deux mois plus tard, toute sa tribu, composée de 7 à 800 âmes, demandait à embrasser le christianisme ; les habitants avaient, d'eux-mêmes, déjà détruit les objets superstitieux. Des renseignements postérieurs ont éclairci cette prédiction aussi amphibologique que surprenante de la part d'un devin, en faveur de la vraie religion. Ce loup n'était point devenu berger, il n'avait pas même le mérite de Balaam, bénissant les Hébreux au lieu de les maudire. Ce devin n'était qu'un vulgaire charlatan qui allait de tribu en tribu, prédisant à ceux qui voulaient bien le croire la prochaine incarnation de la divinité Phonmachali. C'était là un gagne-pain aussi facile qu'honorable. Mais Dieu, dont les voies sont impénétrables, permit que le Tao-tha fit des paroles du devin l'interprétation que l'on sait, pour l'amener lui et ses compatriotes à la connaissance de la vérité.
    Après la conversion de Na Ham, ce fut une véritable autant qu'extraordinaire effusion de la Pentecôte. Les résultats de cette première année accusent 880 catéchumènes, et les demandes de conversion se multipliaient de tous côtés. Les visites du Père aux postulants n'étaient qu'une marche triomphale. Il était à peine arrivé dans un village, que les habitants des localités voisines battaient le tambour pour se réunir et aller l'inviter à se rendre chez eux, demandant à se faire chrétiens. Telles les foules se précipitaient sur le passage de saint Vincent Ferrier, agitant sa clochette, dite « des miracles ». Combien le coeur de l'apôtre devait exulter et redire : servus inutilis sum, sed non recuso laborem. Combien d'anges au ciel et de confrères sur la terre durent envier le sort de l'heureux ouvrier !

    MARS AVRIL 1907, N° 56.

    Tant de travaux appelaient des aides. C'est alors que Mgr Puginier fit choix de deux sujets capables, déjà formés au ministère apostolique, MM. Thoral et Pinabel.
    Ils arrivèrent auprès de leur Supérieur pour la fête de saint Joseph (19 mars 1880). Le mouvement de conversion gagnait, gagnait toujours. Vous avez, sans doute, parfois, vu, au flanc de quelque montagne, les jeunes bergers s'amusant à brûler des feuilles ou des herbes sèches ; quelques étincelles jaillissent d'abord, un peu de fumée ensuite, puis la flamme croît, croît, rampe, gagne broussailles, buissons, futaies, enfin enveloppe dans ses tourbillons les géants de la forêt ? Il eu fut presque ainsi dans cet incendie des âmes. La tribu Deng ne voulut point rester en retard. Non seulement elle se fit inscrire au nombre des aspirants à la Bonne Nouvelle, mais elle alla appeler et voulut ramener avec elle son apôtre. Le Père Pinabel fut désigné. Un homme hardi, intelligent, entreprenant, maire de sa commune, position influente, dès l'âge de 22 ans, dirigeait la députation chargée de ramener le missionnaire. Il fallait ouvrir les canaux des eaux vives à ces assoiffés, rompre le pain à ces affamés ; quel est le coeur assez dur pour refuser ? Le Père fut reçu à bras ouverts comme le libérateur, le bienfaiteur, le père, la mère de la tribu entière.
    Je dois dire ici que ces peuplades aiment à se donner un chef. Chaque tribu forme une république féodale, héréditaire, à la tête de laquelle est le « seigneur » ou Tao. Il n'est même pas de village si petit que vous puissiez imaginer, qui n'ait à sa tête son seigneur. Tout l'esprit de la féodalité est ancré profondément dans leur être. Les habitants de toute la tribu doivent à leur chef respect et obéissance ; ils l'aident à construire ses maisons, labourent ses champs, lui payent tribut, le regardent, en tout, comme leur père. A lui, en revanche, incombe la charge de veiller à la sécurité du pays. Et bien que sur le pic ne dominent ni le donjon, ni la tour crénelée, ni le château fort, qui couvrent de leur ombre le village et le vilain, le seigneur représente la sécurité en temps de paix et la force en temps de guerre. A combien plus forte raison ne se sentent-ils pas tous en sûreté, quand à la place du seigneur, souvent faible, indolent et rapace, ils se sentent protégés par le « diable d'Occident, aux entrailles de bronze, à la tête de diamant, dont le regard seul met les ennemis en fuite, fait rentrer les rebelles sous terre ». Un grand nombre de conversions commencent par les intérêts matériels c'est naturel. Celle de la tribu Deng n'était point une exception. Mais la main de Dieu, qui manoeuvre les hommes pour arriver à ses fins de miséricorde sur les âmes, dirigeait tout.
    Les soins du Père allèrent d'abord aux premiers venus et aux mieux intentionnés. Il s'installa dans le village de Mê, centre de la vallée où s'échelonnent les hameaux de Giang, Chun, No-not, Nam-dông, Chi-ly, La-lèng, Xa, Bôn, etc...et au milieu des fêtes inséparables pour les Laociens, autant que pour tons les Orientaux d'ailleurs, de toute affaire importante, il catéchisait, enseignait, baptisait les plus instruits, modérait les impatiences des moins favorisés, bâtissait églises et maisons d'habitation. Au bout de deux ans il laissait ces 400 néophytes voler de leurs propres ailes ; il lui fallait courir ailleurs, car, de tous les environs on réclamait sa présence. D'autres tribus se faisaient inscrire en attendant les instructeurs. Il se fixa donc non loin de là, à Chieng, centre important, d'où il pouvait rayonner dans quinze villages voisins. La même besogne s'imposa. Grâce au concours du maire, dont j'ai déjà parlé plus haut, en moins d'une année l'installation matérielle fut complète. L'entrain était grand ; l'on s'acharnait à l'étude jusque bien avant dans la nuit ; les jours de fête étaient célébrés avec solennité ; déjà l'on pouvait reconnaître l'intensité de vie chrétienne d'une véritable paroisse. La piété augmentait ; la foi jetait dans les coeurs de jeunes et vigoureuses racines ; la religion façonnait ces coeurs naguère encore à demi barbares ; en un mot tous devenaient chrétiens. Aussi, fut-ce avec allégresse, qu'en la fin de cette même année, au mois d'octobre, le P. Pinabel reçut le renfort d'un jeune confrère M. Séguret. Celui-ci était accompagné de huit catéchistes, auxquels, l'année suivante, dix autres s'adjoignirent. Grâce à ce nombreux personnel, on put multiplier les centres d'instruction religieuse, de sorte qu'au bout de dix-huit mois, ce district compta 800 néophytes, et plus de 1800 catéchumènes répandus dans 20 villages. L'année suivante, les deux Pères baptisaient encore près de 400 néophytes, et la foi commençait à se répandre en dehors de la tribu Deng, parmi quatre ou cinq autres : Mot, Cân, Ngai, Moi, etc...
    Voilà la médaille, par son beau côté ; elle avait ses revers qui étaient nombreux et variés : sans compter les difficultés, les crève-cur, les déceptions, l'isolement, les privations de toutes sortes, la maladie, il y avait la fièvre, « cette reine impitoyable du pays ». Les Pères lui payèrent un large tribut, mais le plus éprouvé fut le Père Pinabel. Elle le conduisit aux portes du tombeau, et le laissa aveugle pendant plusieurs mois. Deux années s'écoulèrent ainsi, pendant lesquelles, comme pour s'accommoder aux pays, où il faut gravir des montagnes à pic, aller des journées entières par torrents, ravins et monts, se tracer un chemin en pleines forêt, à coups de hache, pour arriver à de souriantes et fertiles vallées, les jours se succédaient avec leur regain d'amertumes et d'angoisses, de fruits de paix et d'espérance.
    Au mois de décembre 1883, arriva chez M. Pinabel un renfort, tant pour son district que pour le haut Laos. Il était composé de trois nouveaux missionnaires, MM. Rival, Antoine et Manissol, de trente catéchistes et servants. Heureux de se trouver réunis cinq confrères, chose encore plus extraordinaire que les beaux jours, au Laos, ils célébrèrent, avec toute la pompe possible, la fête de saint François-Xavier. C'étaient, hélas ! Les premières et les dernières agapes de ces généreux frères ; leur prochaine entrevue devait être bien plus solennelle encore. Et saint François-Xavier ne devait plus recevoir, sur cette terre, leurs supplications, mais, au ciel, leurs hommages. Au mois de décembre de cette même année, M. Pinabel confiât à M. Séguret, son vicaire, le soin de parfaire l'instruction de ces jeunes ouailles, et lui-même se rendit à un jour de distance, à Dau-be, recommencer le même labeur pour là troisième fois.
    Pendant ce temps, les armes victorieuses de la France conquéraient le Tonkin. Et tout ce que l'Annam, le Tonkin, le Laos, les confins de la Chine recelaient de pirates, de brigands, d'ennemis du nom chrétien et français, fut appelé par les mandarins annamites à se ruer sur les chrétiens, amis naturels de la France. D'ailleurs Habemus confitentem reum. Lisez plutôt : « Si les Français ont pu venir ici, s'ils ont pu connaître toutes les routes, tous les fleuves, se mettre au courant de tout ce qui se passe dans le royaume, c'est uniquement grâce aux chrétiens, aux Evêques et aux prêtres. Par conséquemment, si nous ne tuons pas tous les chrétiens, nous pourrons difficilement atteindre le but que nous nous proposons, (chasser les Français du Tonkin). Quand même la Chine viendrait encore à notre aide, ce serait encore très difficile, car, dès que nous commençons à bouger tant soit peu, les chrétiens préviennent les Français et nous n'avons pas achevé lés préparatifs que ceux-ci arrivent pour tout détruire. C'est pourquoi, nous prions tout le monde de se mettre à l'oeuvre et d'achever l'extirpation des chrétiens. Si ce but est atteint, nous affirmons que les Français seront condamnés à l'immobilité, comme les crabes à qui on a cassé les pattes ».
    Telles étaient les proclamations que chacun pouvait lire affichées dans les places publiques. Il n'en fallait pas tant. Les Pavillons Noirs, bandes pillardes, ne demandaient quà faire le coup de feu, entrer en campagne, incendier et piller.
    Ils commencèrent par Dau-be. Le 20 décembre, le Père recevait d'un prêtre annamite le billet suivant : « Père, les lettrés se remuent. Ils ont tenu des réunions secrètes, les cantons et les communes lèvent des troupes : est-ce pour massacrer vos chrétiens ou pour dévaster mon quartier ? Je ne sais ». Bientôt l'on apprit que c'était contre les Chau-Laos chrétiens que l'expédition se préparait Les néophytes se résolurent à fuir. En vain, le Père chercha-t-il à relever leur courage. Ils l'écoutaient respectueusement, puis s'éloignaient en branlant la tête : « Nous sommes tous perdus, c'est chose certaine ». Au fond, le missionnaire en était persuadé comme eux. Que pouvaient ces malheureux à peu près sans armes contre les hordes des brigands ? Le 26 décembre, deux catéchistes, qui instruisaient dans une chrétienté éloignée, furent pris et décapités. M. Pinabel aurait pu fuir encore et gagner la plaine, il préféra rester au milieu de ses chers sauvages : « Nous avons vécu ensemble en temps de paix, leur dit-il, je ne peux pas vous abandonner dans le malheur. A la vie, à la mort, nous sommes à vous. Le Pasteur n'abandonnera pas son troupeau ». Le 1er janvier, à midi, un coup de fusil éclate. « Les brigands sont là. Aux armes ! Aux armes ! » La résistance était impossible. Les sauvages (ce mot de sauvage est la traduction courante du mot Muong, désignant « les habitants des montagnes », elle n'implique aucune note de mépris), n'avaient que des flèches, les brigands bien armés étaient vingt contre un. Au bout d'une demi-heure, tous les sauvages prirent la fuite, entraînant le missionnaire avec eux. Heureusement, le pillage et l'incendie arrêtèrent les vainqueurs. Après avoir erré deux ou trois jours dans la forêt, le Père et ses suivants, vendus par un traître, tombèrent aux mains d'un mandarin qui ordonna de les décapiter sur-le-champ. M. Pinabel crut le moment suprême arrivé, il donna une absolution générale à ses hommes et offrit son sang à son Dieu. Attaché à un arbre, il n'attendait plus que la mort. L'appât de l'argent lui enleva la couronne des martyrs. Un chef subalterne lui conserva la vie, en conseillant de le conduire avec tous ses suivants, au gouverneur de la province qui déciderait de leur sort. Le 9 janvier, les prisonniers chargés chacun d'une lourde cangue, dépouillés de leurs vêtements, furent traînés de poste en poste, en butte aux pires procédés des satellites. Les chrétiens de Ke-va leur ménagèrent cependant une petite consolation. Apprenant le sort des confesseurs, ils osèrent accourir, en ce temps de trouble où tout ce qui portait le nom de chrétiens était dénoncé, pillé, rançonne, mis à mort, se prosterner à leurs pieds. Ils demandèrent et obtinrent la permission de leur offrir quelque nourriture, leur lavèrent les pieds, et généreusement se dépouillèrent de leurs habits pour en recouvrir leurs membres nus, transis de froid ; le chef de la chrétienté, nouveau Simon, réclama l'honneur de porter la cangue de son maître ; par leurs paroles ils essayèrent d'adoucir le sort des captifs. Et quand l'ordre de partir fut donné, ils les accompagnèrent assez loin, inconsolables de ne pouvoir partager leur sort.
    Arrivés à la préfecture de Thanh-hoa, ils furent déchargés de leur cangue et remis en liberté, avec permission de se rendre au collège de Phuc-nhac, le grand mandarin n'osant assumer la responsabilité de leur mort. C'est que, dans ce moment, le sort des armes au Tonkin se prononçait en faveur des Français !

    1907/95-101
    95-101
    Vietnam
    1907
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