Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

L'église de Sy Lin

L'église de Sy Lin Sy lin est une petite sous-préfecture située au nord-ouest de la province du Kouang-si. Elle fut, aux mois de février et de mars 1856, le théâtre du martyre d'un prêtre de la Société des Missions-Étrangères, M. Auguste Chapdelaine ; d'un chrétien, Laurent Pe-Man, et d'une chrétienne, Agnès Tsao-Kouy.
Add this
    L'église de Sy Lin
    Sy lin est une petite sous-préfecture située au nord-ouest de la province du Kouang-si. Elle fut, aux mois de février et de mars 1856, le théâtre du martyre d'un prêtre de la Société des Missions-Étrangères, M. Auguste Chapdelaine ; d'un chrétien, Laurent Pe-Man, et d'une chrétienne, Agnès Tsao-Kouy.
    Ces trois victimes de la haine anticatholique du mandarin de Sy-lin, placées sur les autels et honorées du titre de Bienheureux que l'Église leur a solennellement décerne en 1900, ont reçu, le 15 décembre dernier, un nouvel hommage dans la ville même où leur sang coula.
    Une église a été élevée en souvenir de leur héroïsme par un missionnaire, M. Labully. Le préfet apostolique du Kouang-si, Mgr Lavest, est allé la bénir. Le gérant du consulat français de Long-tcheou, M. Cullieret, et deux mandarins chinois, Lo, sous-préfet actuel de Sy-lin, et Hoang, ancien sous-préfet de la même ville, ont assisté à cette cérémonie.

    JUILLET AOUT 1902. N° 28

    Il y avait longtemps, presque un demi-siècle, que la France par ses armes et par sa diplomatie avait demandé cette réparation du meurtre d'un de ses fils.
    L'expédition française en Chine, en 1857, n'avait-elle pas été entreprise pour venger la mort du B. Chapdelaine et ouvrir ce grand pays à la liberté de l'apostolat?
    Notre ambassadeur extraordinaire en Chine, le baron Gros, n'avait-il pas stipulé par le premier des articles additionnels au traité de Tien-tsin, signés le 2 juin 1858, que le mandarin de Sy-lin serait dégradé, et dans une lettre du 15 octobre 1863 notre ministre des affaires étrangères, M. Drouyn de Lhuys, n'avait-il pas écrit au supérieur du Séminaire des Missions Étrangères, M. Albrand :
    « J'ai désigné d'une manière toute spéciale l'érection d'une chapelle commémorative sur le lieu où fut martyrisé l'abbé Chapdelaine dont le nom se trouve mentionné dans le traité de Pékin.
    « La commission instituée auprès de mon département a évalué à 7.000 piastres les frais de construction de ce petit édifice qui se trouvera sur le territoire soumis à la juridiction ecclésiastique de l'évêque de Canton. Je vous serai obligé de veiller à ce que cette somme reçoive le plus tôt possible sa destination toute particulière et dont l'importance ne saurait vous échapper... »
    Hélas ! Après trois ans d'efforts, M. Bazin voulut en 1872 entreprendre d'élever une chapelle à Sy-lin, il vit sa maison pillée.
    Lorsque en 1877 M. Foucard, pro-préfet de la Mission du Kouang-si, sollicita de notre ministre à Pékin, M. Brenier de Montmorand, l'autorisation d'élever cette chapelle, il lui fut répondu :
    « Peut-être serait-il politique de remettre à un moment plus propice l'érection du monument expiatoire consacré à la mémoire de l'infortuné P. Chapdelaine. Je craindrais, au moment où vous rentrez clans des villes qui vous ont été hostiles et y rétablissez sous la protection des autorités vos églises et vos chrétientés, que cette manifestation ne parut avoir un caractère provocateur et n'excitât de nouveau les susceptibilités d'une population encore mal disposée.
    A. Arbre auquel fut suspendue la tète du B. Chapdelaine. B. Lieu où son corps fut jeté. C. Lieu où le B. Pe-Man fut mis à mort. D. Assesseur de l'idole frappé de la foudre. 1. Chambre du B. Chapdelaine. 2. Son oratoire. 3. Maison du néophyte Lo-Kong-Ye. 4-5. Maisons de Ouang-Pong et de Houang-Tsay, accusateurs du B. Chapdelaine. 6. Tribunal. 7. Maison de Ma-Kong-Ye, ami du B. Chapdelaine. 8. Maison du mandarin-Tsen. 9. Presbytère de Sy-lin.

    « Après un certain temps d'établissement et de calme, il serait possible de reprendre ce projet sans inconvénient ».

    Lorsque, en 1886, M. Chanticlair tenta de s'installer à Sy-lin, ses efforts eurent un résultat plus malheureux encore ; le sous-préfet vint lui-même à la tète de satellites détruire la maison déjà élevée et les matériaux préparés pour la construction de la chapelle.
    Quelle circonstance la patience de la Providence al tendait-elle donc pour montrer que le dernier mot dans les choses humaines lui appartient?... Pauvres ignorants de l'avenir, nous ne pouvions le deviner! Enfin, l'année qui a suivi l'élévation sur les autels du martyr Chapdelaine et de ses compagnons, l'église de Sy-lin a été édifiée sans obstacle, elle s'est ouverte devant les fils des néophytes de 1856 et devant les descendants de bourreaux. La France y était, toujours et malgré tout... Deux représentants de l'autorité chinoise y étaient aussi, au lendemain du drame de Pékin et des massacres de Mandchourie. Que d'anomalies, que de rapprochements étranges, et combien profondes les réflexions que suggère un tel spectacle où la puissance de Dieu apparaît à la fois si forte et si douce et la faiblesse de l'homme si grande!
    Ne semble-t-il pas que l'on soit en droit de dire que, si quarante-cinq ans se sont écoulés avant que Sy-lin ait une église, c'est que la Providence voulait attendre l'heure où I'on pourrait y prier solennellement et officiellement le B. Chapdelaine et ses compagnons.

    1902/192-197
    192-197
    Chine
    1902
    Aucune image