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L'église catholique au Japon

L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU JAPON I ÉTABLISSEMENT DE LA HIÉRARCHIE
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    L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU JAPON





    I ÉTABLISSEMENT DE LA HIÉRARCHIE



    C'est saint François Xavier qui commença en 1549, deux ans avant sa mort, l'évangélisation du Japon, dans les régions du sud de l'Empire. Les missionnaires de la Compagnie de Jésus la continuèrent et, 50 ans plus tard, selon la tradition, il y avait près de deux millions de chrétiens. Le démon, irrité, provoqua alors, en se servant des bonzes et des shôguns (sortes de maires du palais), une sanglante persécution qui dura presque sans arrêt jusqu'en 1874.

    Un groupe de 26 martyrs, confesseurs de la foi en 1593, franciscains, jésuites et indigènes d'Urakami, a été béatifié par Urbain VIII en 1627 et canonisé le 8 juin 1862 par Pie IX qui, le 7 mai 1867, béatifia encore 205 autres Japonais, martyrisés de 1597 à 1622, dominicains, franciscains, jésuites, ermites de Saint Augustin et séculiers, hommes, femmes et enfants.

    En 1844, le P. Forcade, alors prêtre des Missions Etrangères de Paris depuis deux ans, et qui devait mourir archevêque d'Aix une quarantaine d'années plus tard, venait de Macao et passait aux îles japonaises de Ryûkyû pour y attendre l'occasion favorable de franchir les frontières fermées du Japon. C'est, dit-on, dans cet espoir que, le 27 mars 1846, Grégoire XVI érigea le vicariat apostolique du Japon et nomma le P. Forcade premier vicaire apostolique avec le titre d'évêque titulaire de Samos. Celui-ci, sacré à Hongkong le 21 février 1847, mais ne pouvant toujours pas pénétrer dans sa mission, revint en France et alla à Rome où il reçut le titre de pro préfet apostolique de Hongkong tout en restant chargé du Japon. Mais en janvier 1852, il résigna sa charge de vicaire apostolique et devint, l'année suivante, évêque de la Guadeloupe, d'où il devait passer à Nevers en 1861, puis à Aix en 1873.

    Le 25 janvier 1853, la Propagande chargea Mgr Verfolles, vicaire apostolique de Mandchourie, de donner un supérieur à la mission du Japon. Le P. Colin, choisi, se mit en route, mais il mourut le 23 mai 1854, avant d'avoir pu occuper son poste.

    A la fin de la même année, la Propagande désigna alors elle-même le P. Libois, sous procureur de notre Société à Macao, et déjà préfet apostolique des provinces chinoises du Kouangtong et du Kouangsi. Celui-ci, bien que ne pouvant exercer son supériorat par suite de l'impossibilité où il était de se rendre au Japon toujours fermé, le garda cependant jusqu'en 1857.

    Rome lui donna un successeur en la personne du P. Girard, qui avait vécu dans les îles Ryûkyû en 1845 avec Mgr Forcade. En 1858, aussitôt après la signature des traités du Japon avec les puissances européennes, il put se fixer à Yédo (c'est-à-dire Tôkyô) en qualité d'interprète et aumônier du ministre de France, Duchesne de Bellecourt ; il exerça ainsi, sous ce couvert et jusqu'en 1866, son ministère de supérieur ou, comme on dirait aujourd'hui, ses fonctions d'administrateur apostolique. Il remplissait encore cette charge quand, le 17 mars 1866, eut lieu la célèbre et émouvante découverte des descendants des anciens chrétiens d'Urakami par le P. Bernard Petitjean. On en compta bientôt près de 15.000.

    Informé de cet heureux événement, Pie IX nomma, le 11 mai 1866, le P. Petitjean vicaire apostolique du Japon. L'élu, sacré à Hongkong le 21 octobre suivant, fut donc le premier évêque en résidence au Japon, puisque Mgr Forcade n'avait pu y pénétrer.

    Dès le début, il avait distingué une douzaine de jeunes gens et s'était fait leur professeur de latin. La première ordination sacerdotale eut lieu en 1882 avec trois des jeunes gens choisis en 1865.

    Mais déjà ces événements avaient amené une nouvelle persécution : elle dura cinq ans et fit près de 2.000 victimes. Vers 1874, l'intervention des nations européennes obligea le Japon à donner une certaine liberté aux chrétiens ; il y en avait alors encore 15.000, et le vicaire apostolique avait un auxiliaire, Mgr Laucaigne, depuis le 3 octobre 1873.

    Le 22 mai 1876, le vicariat fut divisé en deux : le Japon méridional, avec Mgr Petitjean, qui devait mourir en 1884 et être remplacé par Mgr Laucaigne, et le Japon septentrional, avec Mgr Osouf, qui était destiné à devenir premier évêque de Tôkyô en 1891. Un troisième vicariat, celui du Japon central, fut fondé le 20 mars 1888 et confié à Mgr Midon ; trois ans plus tard, le Japon central devenait diocèse d'Osaka. Un quatrième vicariat, enfin, fut établi en cette même année 1891 à Hakodaté et, au bout de quelques mois, il devenait diocèse d'Hakodaté avec Mgr Berlioz comme évêque.

    Ce fut en effet le 15 juin 1891 que Léon XIII établit des sièges résidentiels au Japon : une province ecclésiastique avec Tôkyô comme métropole et Nagasaki, Osaka et Hakodaté (actuellement Sendai) comme suffragants. Deux autres évêchés sont venus depuis s'y ajouter : Fukuoka en 1927 et Yokohama en 1937. En outre, deux vicariats ont été institués : Hiroshima en 1923 et Sapporo en 1929 (ancienne préfecture érigée en 1915). Enfin, neuf préfectures apostoliques ont été fondées de 1904 à 1939 : île Formose, île Shikoku, Kagoshima, Karafuto, Kyôto, Miyasaki, Nagoya, Niigata et Urawa.

    Tous ces territoires ecclésiastiques du Japon et îles adjacentes ont été fondés par des missionnaires originaires de France, d'Allemagne, d'Espagne, d'Italie, de Pologne, des Etats-Unis et du Canada qui les dirigèrent jusqu'au moment où ils ont été remis au clergé indigène.



    II



    L'ÉPISCOPAT INDIGÈNE



    Dès 1927, un prêtre japonais, Mgr Janvier Hayasaka, avait été élu évêque de Nagasaki et sacré à Rome par Pie XI, et, en 1937, l'archevêché de Tôkyô et la préfecture apostolique de Kagoshima étaient passés aussi au clergé indigène.

    D'autre part, on sait qu'une législation japonaise récente (du 1er avril 1940) établit que désormais aucun sujet étranger ne pourrait plus avoir d'autorité sur des Japonais et, comme conséquence, qu'aucun chef des diocèses, vicariats et préfectures apostoliques, missions, séminaires et collèges ne serait plus d'origine étrangère. Aussi les évêques, vicaires et préfets apostoliques venus des nations européennes et américaines ont-ils de suite donné leur démission et ils ont été remplacés par des indigènes ; plusieurs parmi eux sont restés sur place et se sont mis au service de leurs successeurs, c'est ce qui a lieu à Osaka, à Fukuoka, à Yokohama, â Hiroshima et à Sapporo. Par suite de cette nouvelle législation, ce sont 14 Ordinaires étrangers qui ont remis leur démission depuis septembre 1940 à avril 1941, de sorte que, actuellement, les 17 territoires ecclésiastiques sont tous administrés par des Ordinaires de nationalité nippone.

    Le 9 mai 1942, S. S. Pie XII recevait en audience solennelle S. E. le Dr Ken Harada lui présentant ses lettres de créance en qualité de délégué spécial de l'empereur du Japon et agissant au même titre qu'un ambassadeur. Dès 1941, on avait annoncé que le gouvernement japonais projetait d'établir près du Saint Siège une légation ; c'est ce projet qui vient d'être réalisé sous forme d'ambassade, dont le titulaire, de religion protestante, à une épouse catholique et est assisté d'un prêtre japonais comme conseiller canonique. Tel est l'aboutissement de pourparlers qui avaient commencé en 1922, mais qu'un vote du parlement avait alors entravés. Par réciprocité, le délégué apostolique, établi à Tôkyô depuis 1919, jouira désormais de tous les droits et privilèges diplomatiques reconnus aux nonces.

    L'Eglise japonaise a donc maintenant dans l'Empire une situation juridique officielle, et non plus simplement cette liberté religieuse qu'une ordonnance de 1899 avait mise sous une étroite surveillance. Le gouvernement a, en effet, conféré à l'Eglise catholique la reconnaissance légale : le 3 mai 1941, par décret du Bureau des Religions, « reconnaissance est accordée à l'Association cultuelle catholique du Japon considérée comme personne morale » ; un autre décret du même jour reconnaît Mgr Doï, archevêque de Tôkyô, comme représentant de l'Association qui, à cette date du 3 mai 1941, comprenait 278 églises établies, 724 maîtres en religion (évêques, prêtres et clercs) et 117.527 fidèles (1) .



    (1). Une statistique de 1937 donnait seulement 111 .897 fidèles et environ 150 prêtres indigènes (religieux cloîtrés compris).



    III



    CIRCONSCRIPTIONS ECCLÉSIASTIQUES



    Voici quel était, au 1er janvier 1942, l'état de ces circonscriptions, d'après les listes officielles du dernier Annuario pontificio :



    1° DIOCÈSES



    1. TôKYô, archevêché érigé le 15 juin 1891 et confié aux M.-E. P., passé au clergé japonais en 1937 ; archevêque : Mgr Doï, né à Sendai en 1892, qui succède à Mgr Chambon, des Missions Etrangères de Paris, transféré à l'évêché de Yokohama.



    2. FUKUOKA, évêché érigé le 16 juillet 1927 et confié aux M.-E. P., passé au clergé japonais en 1941 ; administrateur apostolique : Mgr Fukahori, nommé le 16 janvier 1941, qui succède à Mgr Breton, des Missions Etrangères de Paris, évêque depuis 1931 et demeuré à Fukuoka après avoir démissionné.



    3. NAGASAKI, évêché érigé le 15 juin 1891 et confié aux M.-E. P., passé au clergé japonais en 1927 ; évêque : Mgr Yamaguchi, né en Corée en 1894, élu le 1er juillet 1937, successeur de Mgr Hayasaka, démissionnaire.



    4. OSAKA, évêché érigé le 15 juin 1891 et confié aux M.-E. P., passé au clergé japonais en 1940 ; évêque : Mgr Taguchi, né au diocèse de Nagasaki en 1902, élu le 25 novembre 1941 comme successeur de Mgr Castanier, des Missions Etrangères de Paris, évêque depuis 1918 et demeuré dans le diocèse d'Osaka après avoir démissionné.



    5. SENDAI, évêché érigé le 15 juin 1891 sous le nom d'évêché d'Hakodaté et confié aux M.-E. P., passé aux dominicains canadiens en 1931, puis au clergé japonais en 1941 ; évêque : Mgr Urakawa, né à Urakami en 1875, élu le 20 janvier 1941 comme successeur de Mgr Lemieux, dominicain de Québec, démissionnaire et retourné à Québec.



    6. YOKOHAMA, évêché érigé le 9 novembre 1937, et confié aux M.-E. P., passé au clergé japonais en 1940 ; administrateur apostolique : Mgr Joachim Ideguchi, nommé le 30 novembre 1940, qui succède à Mgr Chambon, des Missions Etrangères de Paris, demeuré à Yokohama après avoir démissionné liquet : Mgr Ideguchi, déjà administrateur de Kagoshima, nommé le 21 novembre 1940 comme successeur du R. P. Cimatti, démissionnaire.



    7. NAGOYA, érigée le 18 janvier 1922 et confiée aux missionnaires allemands du Verbe divin, passée au clergé japonais en 1940 ; administrateur apostolique : Mgr Matsuoka, nommé le 14 janvier 1941 successeur du R. P. Reiners, démissionnaire.



    8. NIIGATA, érigée le 13 août 1912 et confiée aux missionnaires allemands du Verbe divin, passée au clergé japonais en 1940 ; administrateur apostolique : Mgr Matsuoka, déjà chargé de Nagoya, nommé le 14 janvier 1941 successeur du R. P. Ceska, démissionnaire.



    9. URAWA, érigée le 5 janvier 1939 et confiée aux franciscains canadiens, passée au clergé japonais en 1940 ; préfet apostolique : Mgr Uchino, nommé le 10 octobre 1940 comme successeur du R. P. Leblanc, démissionnaire.



    ***



    Ainsi, il y a déjà 5 évêques japonais dont l'un, Mgr Janvier Hayasaka, est démissionnaire. En juin 1942, l'intention missionnaire de l'Apostolat de la prière a été à juste titre pour le clergé indigène du Japon et de la Corée, afin qu'il augmente en nombre et en mérites. Ajoutons que, depuis quelques années, une invocation au Sacré Coeur et une prière à Marie, Etoile du matin, enrichies d'indulgences par Benoît XV le 18 janvier 1918, sont récitées de plus en plus dans beaucoup de diocèses, surtout en France, pour la conversion du Japon.



    IV



    EN CORÉE



    Contrairement à ce qui a été annoncé par la presse en 1941, les mêmes mesures n'avaient pas alors été appliquées en Corée, pays qui, on le sait, relève du Japon. Au 1er janvier 1942, aucun des Ordinaires des huit circonscriptions ecclésiastiques de Corée n'avait encore été amené à donner sa démission pour céder la place à un indigène et tous figurent sur le dernier Annuario pontificio ; exception est faite naturellement pour la préfecture apostolique de Zenshu, érigée et déjà confiée en 1937 au clergé coréen. Mais en 1942, ces mesures sont entrées en voie d'exécution : les vicaires apostoliques de Séoul et de Taikou ont démissionné et ont été remplacés par des évêques indigènes et il en a été de même pour l'administrateur apostolique de Kwoshu.

    A Séoul, Mgr Ro, Coréen, a été nommé évêque de Colbasa et vicaire apostolique, le 10 novembre 1942 ; il succède donc à Mgr Larribeau, des Missions Etrangères de Paris, ancien vicaire apostolique, demeuré en Corée après avoir démissionné.

    A Taikou, Mgr Irénée Hayasaka, Japonais, nommé évêque de Sufes et administrateur apostolique, est devenu ainsi le successeur de Mgr Mousset, des Missions Etrangères de Paris, démissionnaire de sa charge, et qui reste en Corée.

    A Kwoshu, Mgr Thomas Wakida, prêtre japonais, nommé administrateur apostolique le 10 novembre 1942, succède à un missionnaire de la société américaine de Saint Colomban.



    JEAN CHABAGNO,

    Ancien missionnaire au Japon,

    Secrétaire du Conseil central des M. E. P.


    1943/194-200
    194-200
    Japon
    1943
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