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L'éducation en Birmanie

L'éducation en Birmanie PAR MM. LUCE et PERROY Dans les colonies anglaises telles que l'Inde et la Birmanie l'éducation de la jeunesse est placée sous la tutelle d'une administration ou département à part. Le Directeur de l'Instruction publique, chef de cette administration, est le personnage officiel responsable devant le Gouvernement pour la bonne marche et le développement de l'éducation dans toute l'étendue de la province.
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    L'éducation en Birmanie

    PAR MM. LUCE et PERROY

    Dans les colonies anglaises telles que l'Inde et la Birmanie l'éducation de la jeunesse est placée sous la tutelle d'une administration ou département à part. Le Directeur de l'Instruction publique, chef de cette administration, est le personnage officiel responsable devant le Gouvernement pour la bonne marche et le développement de l'éducation dans toute l'étendue de la province.
    Son autorité est partagée avec quatre Inspecteurs Européens placés chacun à la tête d'un cercle de supérintendance. Ceux-ci ont eux-mêmes sous leurs ordres un ou deux assistants inspecteurs, et enfin autant de députés inspecteurs qu'il y a de districts dans le cercle de supérintendance.
    Un code particulier, dit Code de l'Education, régit toutes les matières ayant rapport à la connaissance, fonctionnement et inspection des écoles tant primaires que secondaires; de même pour les programmes, les divers examens, et la répartition du grant in aid, (secours pécuniaire) proportionnée aux notes et résultats obtenus. C'est un secours et non une prime, puisque, en aucun cas, la somme allouée ne doit excéder la balance nécessaire pour l'équilibre du budget scolaire de chaque établissement.
    On le voit, le Gouvernement Anglais ne demande pas mieux que de favoriser et d'aider les écoles, mais à condition qu'elles soient les premières à s'aider elles-mêmes. Aussi, l'instruction gratuite n'est-elle pas admise, non plus d'ailleurs que l'instruction obligatoire. Une cotisation mensuelle d'une demi roupie au moins (0f85) dans les écoles primaires, d'une roupie (1f70) dans les écoles anglaises, est exigée par tête d'élèves fréquentant toute école reconnue par le Gouvernement pour la préparation aux Examens et Certificats d'études.
    Est-ce à dire qu'avec le système exposé ci-dessus, le missionnaire n'ait rien ou fort peu à débourser pour l'entretien et la bonne marche de ses écoles, tant à la résidence que dans les villages du district qui lui est confié ? Il s'en faut de beaucoup, et toujours le chapitre de l'éducation est celui qui aborde la presque totalité des modiques ressources mises à la disposition de l'ouvrier apostolique en Birmanie.
    On pourrait évidemment se contenter d'écoles de Mission proprement dites, c'est-à-dire indépendantes du Gouvernement, et où avec la lecture, l'écriture et le calcul, l'enseignement religieux tiendrait la première place. C'était l'ancien système, alors que l'éducation en Birmanie n'était autre que celle donnée par les bonzes Birmans dans les monastères bouddhistes. La principale raison d'être, en effet, des monastères et des Talapoins qui y résident, est celle de l'enseignement. Le Gouvernement l'a compris ainsi, en voyant dans les bonzes plutôt des instituteurs religieux des enfants du peuple que des prêtres proposés à la garde ou au culte des pagodes. Avec le temps et le progrès, nombre de ces écoles sont aujourd'hui reconnues, les programmes du Gouvernement suivis ; les instituteurs ambulants sont spécialement chargés d'appliquer, en les enseignant à l'occasion, les matières et méthodes du Code de l'Instruction publique.
    A côté de ces écoles monastiques, se trouvent, dans maints villages, des écoles protestantes en majeure partie dirigée par les ministres anabaptistes d'Amérique. Avec leur or, et aussi il faut le reconnaître, grâce à un zèle que les succès ne font qu'activer, leurs établissements scolaires sont dans un état florissant. Grande et effrénée est la concurrence faite au catholicisme sur le terrain de l'éducation ; d'où la nécessité pour nous de rivaliser avec eux, à quelque distance peut-être, mais aussi près pourtant que nos ressources le permettent. Toutes leurs écoles sont reconnues et aidées. Pouvons-nous demeurer seuls à n'avoir pas d'examens officiels et priver ainsi nos élèves des certificats et diplômes qu'ils convoitent tant ? Nous risquerions trop de rester seuls dans toute la force du terme, c'est-à-dire sans un élève dans nos établissements. Quoiqu'en voie de progrès, l'éducation n'a pas encore assez pénétré la masse du peuple pour l'empêcher de voir dans l'instruction officielle, autre chose que le moyen d'arriver aux emplois lucratifs du Gouvernement. D'autre part, devons-nous défendre tout accès de ce genre à nos jeunes gens ? Ce serait vouloir faire du catholicisme une religion de parias. Il faut donc que l'école catholique, tant anglaise crue birmane, soit reconnue du Gouvernement, qu'elle offre aux élèves qui la fréquentent des chances de succès, sinon supérieures du moins égales à celles de nos rivaux, sous peine de voir nos enfants nous échapper et passer au camp du protestantisme ; non pas que leurs écoles, en tant qu'écoles, puissent être appelées confessionnelles, pas plus que les nôtres d'ailleurs. Mais l'influence du milieu compte pour beaucoup dans la formation morale. N'aurions-nous que des païens dans nos établissements, une telle influence est énorme à tous points de vue, étant donnée l'importance capitale que le Birman bouddhiste attache au Christianisme et à celui qui l'enseigne et le pratique. Nos écoles primaires et secondaires, anglaises et birmanes, ne laissent pas que de donner à notre sainte religion un prestige considérable aux yeux des gens du pays aussi bien que du Gouvernement local, contribuant, avec nos autres Etablissements catholiques, à prouver que nous ne le cédons à personne, en Birmanie, sous le rapport de l'éducation de la jeunesse.
    Sans doute, nos écoles actuelles sont des écoles neutres ; mais, Dieu aidant, dans un avenir plus ou moins prochain, on pourra y enseigner le catéchisme. En attendant, la jeune génération qui passe sur nos bancs est éloignée du monastère bouddhiste et de la propagande protestante, en même temps que les matières de classe lui laissent peu de temps, moins encore d'attrait, pour la lecture des livres de religion. Ainsi, avec l'âge, ces jeunes gens plus ignorants du bouddhisme, se montreront plus accessibles à la prédication et au missionnaire qu'ils apprennent à connaître, que tous respectent comme leur maître, et que plusieurs déjà commencent à aimer comme un Père. Nous avons enregistré des conversions précieuses dans ces écoles, et dernièrement encore un enfant exprimait le désir qu'il avait d'être catholique, mais son père s'y opposait. « Ma mère, disait-il, n'a pas d'objections. Après la mort de mon père ; je me ferai baptiser ». Si notre écolier ne se fait pas chrétien, au moins peut-on croire qu'il n'aura pas d'objections à ce que ses enfants le deviennent un jour.
    Il est douteux que la génération présente, ou même la suivante, soit prête à embrasser notre sainte religion. Ce qui est certain, c'est que la conversion du Birman doit être préparée de longue main et, sous ce rapport, l'école catholique abaisse la barrière qui nous sépare l'un de l'autre. On l'a compris. A l'heure actuelle, il y a un réveil marqué du bouddhisme dans les hautes sphères de la société ; déjà, il est question d'ouvrir des écoles et des collèges où l'étude de' la vie et des préceptes de Gaudama aura la première place. Cela évidemment en vue de faire pièce aux écoles chrétiennes, catholiques ou autres.
    Impossible de ne pas reconnaître, pour la suivre, l'évolution religieuse qui se produit sous nos yeux et de ne pas nous armer dès maintenant pour tes luttes de l'avenir. Le dernier mot restera sans nul doute à la vérité, mais encore faut-il que, par des efforts et des sacrifices, nous en hâtions le triomphe final.
    Des efforts, nous en sommes capables ; mais pas toujours, hélas ! Des sacrifices nécessaires. Qu'on en juge plutôt par les chiffres suivants :
    Tout missionnaire doit avoir à sa résidence principale une école de garçons et une école de filles ; l'une et l'autre avec pensionnat, où les enfants des villages environnants puissent recevoir, pendant quelques années au moins, l'enseignement religieux indispensable. Il est extrêmement difficile de les garder à moins de les prendre entièrement à sa charge. Or, chaque élève coûte environ 3 roupies par mois pour sa nourriture. Les fournitures classiques reviennent en moyenne à 4 roupies par an ; avec les habits, à 8 roupies. Les médicaments coûtent environ 3 roupies par élève. Les frais généraux d'entretien des bâtiments, mobilier de classe, etc. pour deux écoles d'une vingtaine d'élèves chacune, ne montent pas à moins de 200 roupies. Dépense totale : plus de 2000 roupies. Ce que le missionnaire peut recevoir des habitants, et aussi de la mission, pour entretien d'orphelins, ne dépasse guère 1000 roupies. Reste donc à en trouver un autre millier pour équilibrer le budget. Des secours du gouvernement, fort appréciables d'ailleurs, ne font guère que payer les instituteurs. Quant aux écoles que le missionnaire doit entretenir dans les villages, la condition est souvent pire. Il n'y a pas à nourrir les enfants, mais il faut trouver la paye du maître d'école. L'allocation octroyée par le gouvernement n'y suffit pas, à cause du petit nombre des élèves. Ces messieurs deviennent de plus en plus exigeants, réclament une augmentation de salaire, et pour peu qu'il y ait, dans un district, 5 ou 6 écoles de ce genre, les charges montent vite et haut. Encore un coup, ne pas maintenir ces établissements, c'est envoyer les enfants catholiques dans les écoles bouddhistes ou protestantes.
    Pourquoi, nous demande-t-on souvent, les parents ne veulent-ils rien payer ou à peu près pour l'éducation de leurs enfants ? Parce que, chez les ministres américains, on ne paye pas. Et comment feront ces derniers pour maintenir leurs maîtres ? « L'UNION » établie en Amérique leur en fournit les moyens. De plus, dans chaque district, des collectes sont faites, ou plutôt des impôts perçus sur leurs adeptes, à seule fin de subvenir à l'entretien des « Pasteurs » caté schistes et instituteurs. Chez nous, on ne lève et on ne peut lever aucun impôt de ce genre. Tout est laissé à la bonne volonté de nos chrétiens. Malheureusement, elle ne va pas loin, pas plus d'ailleurs que l'aide modeste que nous offre la mission. Encore ce secours, pris sur les allocations de la Propagation de la Foi et de la Sainte Enfance, est-il réduit chaque année, alors que nos besoins vont grandissant.
    Somme toute, la grande dépense du missionnaire est pour les écoles ; il faudrait qu'il pût dépenser beaucoup plus encore et ouvrir de nouveaux établissements dans son district, afin de préparer louvre des conversions.
    Le compte-rendu du dernier Exercice accuse le beau chiffre de 115 établissements scolaires, et celui, non moins consolant, de 5.780 élèves. Admettons qu'un millier de ces élèves soit entièrement à notre charge et à raison de 50 roupies par an chacun, on peut évaluer la dépense que nous impose l'éducation en Birmanie à un demilack de roupies (50.000 fr.), somme déjà supérieure aux allocations combinées de la Propagation de la Foi et de la Sainte Enfance.
    Terminons en disant que d'après un rapport officiel du Gouvernement de l'Inde, intitulé : Statistiques judiciaires et administratives de l'Inde Anglaise pour 1901-1902, la Birmanie, bien qu'au cinquième rang parmi les sept provinces de l'Inde en population, arrive bonne première sous le rapport de l'éducation avec une moyenne de 39.4 d'enfants ayant l'âge de fréquenter et fréquentant l'école ; puis viennent Bombay avec 37.9 ; le Bengale 27.8 ; Madras 25.8 ; etc
    De même sous le rapport des lettrés des deux sexes : de sexe masculin 378, et de sexe féminin 45 par 1000 habitants. C'est au point que la province de Madras, dont la population est 4 fois celle de la Birmanie, n'atteint pas tout à fait le nombre de lettrés de cette dernière.
    Bravo ! Pour la Birmanie.
    LUCE,
    Provicaire apostolique
    1906/27-32
    27-32
    Birmanie
    1906
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